Catégorie : <span>La simple histoire de la Vierge Marie</span>

Ouvrage : La simple histoire de la Vierge Marie | Auteur : Bastin, R., O.M.I

A lire en ligne : les noces de Cana

Les mariĂ©s de Cana - Histoire Ă  lire au catĂ©chismeA plu­part d’entre vous ont dĂ©jĂ  par­ti­ci­pĂ© Ă  un mariage.

VĂȘtus d’un cos­tume de satin bleu, d’une robe crĂšme, tenant en main un petit bou­quet d’Ɠillets roses, ils ont sui­vi la mariĂ©e en por­tant la traĂźne blanche de sa robe jolie. Puis, aprĂšs le cor­tĂšge, le dĂźner des grandes per­sonnes presque ter­mi­nĂ©, ils sont entrĂ©s dans la salle du fes­tin, timides, un peu rou­gis­sants et, dans les excla­ma­tions de joie, se sont fau­fi­lĂ©s Ă  une place rĂ©ser­vĂ©e pour y savou­rer une bonne glace aux fraises et boire un doigt de cham­pagne pĂ©tillant et mous­seux, qui leur cha­touillait le bout du nez et le fond de la gorge, dĂ©licieusement.

Et vous tous Ă  qui cela est arri­vĂ©, vous avez cer­tai­ne­ment pen­sĂ© durant la messe Ă  cette rĂ©jouis­sance qui vous atten­dait, et vous Ă©tiez trĂšs impa­tients de voir arri­ver le moment de vous pré­sen­ter devant les grandes per­sonnes et de prendre part Ă  leur joie.

Or ima­gi­nez-vous votre dĂ©cep­tion si, en arri­vant dans la grande salle toute bleue de la fumĂ©e des cigares, vous vous trou­viez devant le maĂźtre de la mai­son qui vous dirait :

« Mes chers enfants, je suis ravi de vous voir, mais il ne reste plus rien Ă  vous offrir. Nous avons tout man­gĂ©, tout bu
 Les plats, les bou­teilles sont vides. Vous arri­vez trop tard. Embras­sez la mariĂ©e et retirez-vous ! Â»

C’est char­mant d’embrasser une mariĂ©e, rose, fraĂźche et jolie, mais cela ne vaut pas un gros bai­ser de cham­pagne et une dĂ©li­cieuse glace qui vous fond dans la bouche avec un goĂ»t de fraise !

Eh bien ! cette dĂ©sa­grĂ©able aven­ture allait arri­ver aux enfants qui, le matin, avaient assis­tĂ© aux cĂ©ré­mo­nies reli­gieuses des noces de Cana. Ils s’é­taient tenus sage­ment durant le long office, avaient recon­duit la mariĂ©e Ă  la mai­son du ban­quet, en por­tant non sa traĂźne, car elle n’en avait pas, mais des pla­teaux sur les­quels se trou­vaient du sel, de la farine, du levain, ces sym­boles de la vie mĂ©na­gĂšre que la jeune Ă©pouse devrait mener. Puis, ils avaient Ă©tĂ© s’a­mu­ser dans un coin de la cour, en essayant de ne pas trop salir leurs robes de cĂ©ré­mo­nie. À quoi jouer, quand on ne peut ni se traß­ner par terre, ni se pour­suivre, ni se battre ?

histoires bibliques illustrées : les noces de Cana

Ne sachant trop que faire, les enfants s’é­taient appro­chĂ©s de la cui­sine et de ses dĂ©pen­dances. Ils joui­raient Ă  l’a­vance des excel­lents mets dont ils pour­raient se rĂ©ga­ler et se dis­trai­raient au spec­tacle ani­mĂ© qui se dĂ©rou­lait sous leurs yeux. Sans cesse, l’on voyait pas­ser des ser­vi­teurs, por­tant solen­nel­le­ment de grands plats de terre cuite sur les­quels repo­sait un mou­ton rĂŽti, avec tant de sauce autour qu’elle en dĂ©gou­li­nait et que les chiens du voi­si­nage lĂ©chaient les longues traß­nĂ©es brunes sur le sol pous­sié­reux. Des esclaves affai­rĂ©s cou­raient sans arrĂȘt rem­plir Ă  de grandes urnes ven­trues les brocs de vin, dont les invi­tĂ©s sem­blaient faire une Ă©norme consom­ma­tion. Il faut dire qu’ils Ă©taient trĂšs nom­breux (plus d’une cen­taine), que la cha­leur Ă©tait acca­blante, et puis qu’ils Ă©taient tous trĂšs Ă©mus : et l’é­mo­tion donne soif. Pen­sez donc, Ă  ce mariage, c’é­tait la pre­miĂšre fois que JĂ©sus se mon­trait en public, et tout le monde savait que Jean-Bap­tiste, qui Ă©tait trĂšs cĂ©lĂšbre, l’a­vait dĂ©cla­rĂ© bien plus grand que lui !

Lors­qu’on ren­contre pour la pre­miĂšre fois un impor­tant per­son­nage, l’on est tou­jours un peu angois­sĂ©. Pour se don­ner du cou­rage, volon­tiers l’on boit un petit coup de vin. Cela fouette le sang, donne du nerf, de la verve. On se sent plus assu­rĂ©. Puis lors­qu’on l’a vu, ce grand homme, lors­qu’on a com­pris com­bien il est simple, gen­til, accueillant, une grande joie vous enva­hit et l’on se sent si heu­reux qu’on reprend encore un petit verre de vin. Un verre de vin de fĂȘte. C’est pour­quoi les invi­tĂ©s de la noce tĂ©moi­gnaient d’une telle soif.

Ouvrage : La simple histoire de la Vierge Marie | Auteur : Bastin, R., O.M.I

Les rois mages adorent l'Enfant-Dieu

RĂ©cit pour la jeunesse : La sainte familleANT bien que mal, la sainte Famille s’ins­tal­la dans la grotte. Les ber­gers les aidĂšrent en appor­tant quelque mobi­lier rudi­men­taire, suf­fi­sant pour faire le mĂ©nage, laver les langes et pré­pa­rer les repas.

Joseph avait Ă©tĂ© s’ins­crire dans la liste des des­cen­dants de David, son ancĂȘtre, et atten­dait avec impa­tience que JĂ©sus eĂ»t quelques jours de plus pour ren­trer Ă  Naza­reth et retrou­ver son commerce.

La tem­pé­ra­ture Ă©tait douce. Le soir seule­ment, le froid pin­çait ; heu­reu­se­ment, l’ñne, de sa grosse cha­leur ani­male, rĂ©chauf­fait la petite grotte. Vrai­ment, per­sonne ne pou­vait se plaindre. D’ailleurs quand le Bon Dieu est avec nous, que peut-il nous man­quer encore ?

C’é­tait vers la fin de la jour­nĂ©e. Elle avait Ă©tĂ© trĂšs belle, trĂšs claire et pas trop chaude. Sur le ciel bleu, le soleil dĂ©jĂ  bas avait un bon rire d’or et safra­nait la campagne.

Marie et Joseph, assis Ă  l’en­trĂ©e de la grotte, goû­taient la paix du soir et contem­plaient JĂ©sus, endor­mi en suçant son pouce. Un grand vol de pigeons, tour­noyant autour de la grotte, lui tra­çait une aurĂ©ole mou­vante et soyeuse. Sou­dain, l’ñne, qui pais­sait pai­si­ble­ment, dres­sa d’a­bord l’o­reille, puis la queue, puis, trem­blant, s’arc-bou­ta sur les quatre pattes. Les pigeons Ă©lar­girent leur ronde et se dĂ©ployĂšrent en une large roue au-des­sus du che­min creux dont le fos­sĂ© borde l’étable.

Histoire de l'Évangile : l'arrivĂ©e des mages« Que se passe-t-il ? » deman­da Joseph Ă  Marie.

« Je ne sais, dit la sainte Vierge. N’en­tends-tu pas du bruit ? Â»

Joseph ten­dit l’o­reille. En effet, d’in­dis­tincts mur­mures bruis­saient dans la plaine et, bien­tĂŽt, un nuage de pous­siĂšre cou­rut sur la route. Dans la nuĂ©e Ă©tin­ce­lĂšrent tout Ă  coup deux petits che­vaux pies, flan­quĂ©s de cava­liers jaunes et bleus.

Immé­dia­te­ment, Marie craint pour l’en­fant. Rapi­de­ment, elle sai­sit JĂ©sus et l’emporte. Joseph est debout et n’a pas assez de ses deux yeux pour voir se dĂ©rou­ler le cor­tĂšge. Voi­ci dix cha­meaux de poil fauve, bien relui­sants, avec des coffres lourds aux fer­rures cui­vrĂ©es, accro­chĂ©s Ă  leurs flancs. Voi­lĂ  trois dro­ma­daires, d’un blanc d’i­voire, dont la bosse est recou­verte d’une riche Ă©toffe vio­lette sur laquelle sont assis, droits et majes­tueux, de superbes per­son­nages dont deux ont, pour le moins, une Ă©trange figure. L’un est noir, avec des lĂšvres rouges. L’autre est jaune comme un citron, avec des petits yeux plis­sĂ©s et une figure toute chif­fon­nĂ©e. Joseph a bien le temps de les exa­mi­ner, car ces trois-lĂ  avancent trĂšs lentement.

Mais ce n’est pas tout. Pour ter­mi­ner le cor­tĂšge, sou­te­nue par un ange, une Ă©toile Ă©clipse le soleil et va se poser au-des­sus de la grotte. Elle est si claire que ses rayons, per­çant les parois, jettent Ă  l’in­té­rieur une douce lumiĂšre dont un reflet coule par l’ou­ver­ture. Joseph demeure inter­lo­quĂ©. Que vient donc faire dans son pauvre abri cette brillante caval­cade ? Car c’est bien devant la grotte qu’elle s’ar­rĂȘte. Les esclaves portent des tapis sous les pieds des dro­ma­daires qui s’a­ge­nouillent. Solen­nels, les trois grands per­son­nages en des­cendent. Joseph n’a jamais vu des hommes aus­si riche­ment vĂȘtus. Le pre­mier porte une cou­ronne d’or Ă©blouis­sante Ă  la lumiĂšre de l’é­toile. Le second, pré­cieu­se­ment, serre sur son cƓur un cof­fret de laque, et sa noire figure et ses mains basa­nĂ©es tranchent vigou­reu­se­ment sur ses vĂȘte­ments de soie nei­geuse. En pas­sant, il fait Ă  Joseph un large sou­rire (le pre­mier Ă  peine a saluĂ© !) : et l’on eĂ»t dit la brusque ouver­ture d’un cla­vier de pia­no. Le troi­siĂšme semble ĂȘtre plus ĂągĂ©, car sa des­cente de dro­ma­daire ren­contre de grosses dif­fi­cul­tĂ©s. Petit et jaune, vĂȘtu d’une robe vert clair avec de larges bandes pourpres, il est coif­fĂ© d’un immense cha­peau en pain de sucre oĂč des mil­liers de clo­chettes tin­tin­na­bulent. De ses yeux bri­dĂ©s et malins, il fait un clin d’Ɠil Ă  Joseph et se dĂ©pĂȘche de rejoindre ses compagnons.

Image de l'Epiphanie : l'adoration des mages

Ouvrage : La simple histoire de la Vierge Marie | Auteur : Bastin, R., O.M.I

Récit de l'annonciation pour les jeunes du Caté

CatĂ©chĂšse mariale pour les jeunesPRÈS ses fian­çailles, Marie quit­ta JĂ©ru­sa­lem pour pré­pa­rer Ă  Naza­reth la mai­son qu’elle occu­pe­rait avec Joseph, lors­qu’elle serait mariĂ©e.

Ne vous ima­gi­nez pas une belle mai­son ! En Orient, les demeures ne sont pas trĂšs jolies. Gros blocs car­rĂ©s, per­cĂ©s de petites fenĂȘtres afin que le soleil ne pĂ©nĂštre pas (le soleil est trĂšs chaud dans ce pays), elles res­semblent Ă  un jeu de cubes qu’on aurait dis­per­sĂ©s dans le jardin.

L’in­té­rieur en est fort pauvre aus­si. On y trouve juste le strict nĂ©ces­saire pour faire la cui­sine et pour le sommeil.

Comme Marie avait beau­coup de goĂ»t, elle avait dis­po­sĂ© ses humbles objets avec tant d’art que sa mai­son Ă©tait vrai­ment trĂšs avenante.

Un soir de mars, prĂšs du feu de bois allu­mĂ© pour cou­per l’hu­mi­di­tĂ©, Marie, ayant fini son mĂ©nage, s’é­tait assise pour lire la Bible. Les langues rouges et jaunes des flammes lĂ©chaient les bĂ»ches noires et grises, et Marie, le livre ouvert sur les genoux, son­geait dou­ce­ment Ă  ce Mes­sie pro­mis Ă  tra­vers toute l’His­toire Sainte et atten­du avec quelle impatience !

Il y a bien long­temps, le Bon Dieu avait annon­cĂ© qu’Il revien­drait sur la terre pour par­don­ner et rĂ©pa­rer le pĂ©chĂ© d’A­dam et d’Ève, lorsque les hommes seraient prĂȘts Ă  Le rece­voir. Jusque-lĂ , Il n’a­vait pas encore trou­vĂ© une Ăąme assez pure pour deve­nir sa maman, assez fidĂšle pour n’ai­mer que Lui, assez forte pour accep­ter sa souf­france. Marie aurait tant aimĂ© ĂȘtre choi­sie comme maman du Bon Dieu, mais elle se trou­vait si humble, si petite, si pauvre qu’elle n’o­sait espé­rer un pareil hon­neur. Alors, elle pria de tout son cƓur pour que les hommes, ces­sant d’of­fen­ser le Bon Dieu, Lui per­missent de rĂ©a­li­ser son grand dessein.

Marie prie dans son coeur Ă  Nazareth

Le feu de bois s’é­tei­gnait dou­ce­ment. Les grandes flammes n’é­taient plus dans l’ñtre sombre qu’une poi­gnĂ©e d’é­toiles pal­pi­tantes. Et Marie se deman­dait ce qu’elle pour­rait bien faire pour hĂąter la venue du Messie.

Sou­dain le feu sif­fla — on eĂ»t dit une corde de vio­lon­celle qui, seule, eĂ»t chan­té — et voi­ci que les braises endor­mies, dou­ce­ment, se rĂ©veillent. L’une aprĂšs l’autre, les flammes se dressent de leur lit de pourpre, elles s’é­tirent, se courbent, se balancent ; elles retombent mol­le­ment encore sur leur couche. La chan­son se fait plus impé­rieuse ; alors, sou­dain dres­sĂ©es, elles montent Ă  l’as­saut de l’ñtre en une flam­bĂ©e magni­fique, chas­sant l’ombre dans les coins les plus recu­lĂ©s de la piĂšce et inon­dant de lumiĂšre et de cha­leur Marie Ă©ton­nĂ©e d’un tel rĂ©veil.

Une arai­gnĂ©e, qui au bout de son fil fai­sait une petite sieste avant la chasse de la nuit, crut le matin dĂ©jĂ  arri­vĂ© et remon­ta bien vite se cacher au pla­fond, mau­dis­sant sa paresse et ce long somme qui la met­tait Ă  la diĂšte. Le cana­ri s’é­broua dans sa cage entr’ou­verte et, comme un oiseau d’or, vint se poser sur la che­mi­nĂ©e, prĂšs d’un gros bou­quet d’an­co­lies dont les corolles, mor­dues par la lumiĂšre, posaient Ă  chaque feuille une petite aurĂ©ole tremblante.

Marie, de ses yeux lim­pides, regar­da l’oi­seau, les fleurs, la lumiĂšre et, tout Ă  coup, eut l’im­pres­sion qu’il y avait quel­qu’un der­riĂšre elle.

Brus­que­ment, elle se retour­na sur son bas tabou­ret et dĂ©cou­vrit un ange si beau, si majes­tueux qu’elle tom­ba Ă  genoux, lĂąchant son livre pour mieux joindre les mains. À ses pieds, son ombre se recro­que­villa et, le plus dou­ce­ment qu’il put, le cana­ri rega­gna sa cage, sans faire le moindre bruit.

Ouvrage : La simple histoire de la Vierge Marie | Auteur : Bastin, R., O.M.I

Histoire pour les petits

La Vierge Marie racontĂ©e aux Jeannettes et LouveteauxL Ă©tait une fois, dans la capi­tale de la Pales­tine, deux vieux Ă©poux, cas­sĂ©s par l’ñge et le travail.

Ils habi­taient une petite mai­son blanche et pro­prette, au bout de la grand’­rue de JĂ©ru­sa­lem, juste devant le Temple. Le soir, lors­qu’il fai­sait beau, ils aimaient s’as­seoir sur le pas de leur porte et regar­der, sans rien dire, le soleil tout rouge entrer dans son lit de nuages der­riĂšre les tours et les cou­poles du monument.

Mais ils n’é­taient pas heu­reux, car ils n’a­vaient pas d’en­fant et se trou­vaient bien seuls.

Un soir, comme ils se sen­taient plus tristes que jamais, Joa­chim prit la main d’Anne, la ser­ra trĂšs fort et lui dit :

« Puisque c’est ain­si et que nous deve­nons vrai­ment trĂšs ĂągĂ©s, nous allons faire encore un immense sacrifice


— Quel sacri­fice encore ? dit Anne, sen­tant un petit pin­ce­ment du cĂŽtĂ© de son cƓur.

— Eh bien ! dit Joa­chim, tout bas et tout len­te­ment, nous allons nous sĂ©parer !

— Quoi ! pleu­ra la pauvre Anne.

— Oui, nous allons vivre pen­dant quelque temps cha­cun trĂšs loin l’un de l’autre. Nous offri­rons ain­si au Bon Dieu ce qui nous coĂ»te le plus parce que c’est cer­tai­ne­ment cela qui sera le plus dur Â».

Ils s’ai­maient tel­le­ment, ces deux bons vieux, que la pen­sĂ©e de n’ĂȘtre plus ensemble leur fen­dait le cƓur.

Joa­chim, qui savait trĂšs bien ce qu’il vou­lait, ne se lais­sa pas atten­drir par les larmes d’Anne ; il pré­pa­ra son petit balu­chon (en Orient, il faut bien moins de bagages que par ici pour voya­ger) et, le len­de­main matin, aprĂšs avoir embras­sĂ© sa femme trĂšs fort, s’en alla seul sur la grand’­route blanche. Anne pleu­rait tel­le­ment qu’elle ne put regar­der long­temps ; et qua­si toute la jour­nĂ©e, elle demeu­ra, la tĂȘte dans le coude, Ă  san­glo­ter silencieusement.

Saint Anne et Saint Joachim les parents de Marie

En ce temps-lĂ , la Pales­tine pos­sé­dait de vastes rĂ©gions cou­vertes d’une herbe drue et sĂšche, dont se nour­ris­saient d’in­nom­brables trou­peaux de mou­tons. Comme il eĂ»t Ă©tĂ© dan­ge­reux de les lais­ser ain­si se pro­me­ner seuls, des ber­gers les accom­pa­gnaient. VĂȘtus d’une houp­pe­lande brune ou ver­dĂątre, appuyĂ©s sur un long bĂąton ter­mi­nĂ© par une petite bĂȘche et qu’on nomme une hou­lette, ils res­taient de longs mois loin de chez eux, pas­sant la jour­nĂ©e en plein air Ă  sur­veiller leurs trou­peaux. Le soir, assis en cercle autour d’un feu, ils se racon­taient des his­toires sous le beau ciel clair d’O­rient. C’est eux que Joa­chim alla rejoindre lors­qu’il eut quit­tĂ© sa femme et sa blanche petite mai­son. Les ber­gers Ă©taient de braves gens, pas curieux. Ils le reçurent sans rien lui deman­der. Alors, en gar­dant les mou­tons, Joa­chim pen­sait au Bon Dieu, Ă  Anne, sa femme, au petit enfant qu’ils vou­draient tant avoir ; et ses jour­nĂ©es et par­fois mĂȘme ses nuits n’é­taient qu’une longue priĂšre.

Saint Joachim priant Dieu et gardant son troupeauQuand on prie le Bon Dieu avec per­sé­vé­rance, on finit tou­jours par ĂȘtre exau­cĂ©. Il faut conti­nuer pen­dant long­temps. Puis, ne pas avoir peur d’un sacri­fice pour accom­pa­gner cette priĂšre. Anne et Joa­chim en avaient dĂ©jĂ  fait beau­coup : jamais de plus grand que de se quit­ter. Parce qu’ils furent vrai­ment gĂ©né­reux, le Bon Dieu se mon­tra, Ă  son tour, par­fai­te­ment bon.

Un soir que Joa­chim, assis sur un rocher, regar­dait ses mou­tons se perdre dou­ce­ment dans la brume, il aper­çut une lumiĂšre flot­tant Ă  l’ho­ri­zon. Intri­guĂ©, il scru­ta ce point lumi­neux, ten­dant en avant son visage ridĂ©. La lumiĂšre parais­sait appro­cher, briller davan­tage. Joa­chim se mit debout pour mieux obser­ver ; mais alors qu’il se rele­vait pĂ©ni­ble­ment, tant ses membres Ă©taient gourds et tor­dus par les rhu­ma­tismes, il dut quit­ter des yeux, un ins­tant, l’é­trange clar­tĂ©. Lors­qu’il se fut dres­sĂ©, il fut stu­pé­fait de voir un ange : un bel ange dont les ailes fris­son­naient encore avec un bruit si doux, si lĂ©ger et si frais que Joa­chim crut le prin­temps devant lui. Ahu­ri, il s’ap­puya de tout son poids sur sa hou­lette et ouvrit bien grande sa vieille bouche Ă©den­tĂ©e, mais il n’eut pas le temps de poser des ques­tions. L’ange par­lait, et sa voix Ă©tait dĂ©li­cieuse comme une musique de fĂȘte :

Histoire pour veillĂ©e scout : la naissance de Marie« Joa­chim, tu vas ĂȘtre exau­cĂ© ! — (Ce n’est jamais pos­sible ! se dit Joa­chim). — Le Bon Dieu a Ă©tĂ© tou­chĂ© de tes priĂšres, de tes sacri­fices. Il a Ă©tĂ© content de voir que tu ne dĂ©ses­pé­rais pas, qu’au contraire tu conti­nuais de Le ser­vir de ton mieux. Tu auras bien­tĂŽt une petite fille : une char­mante petite fille que tu appel­le­ras Marie. Elle sera si exquise que, dĂšs qu’elle pour­ra mar­cher, tu la confie­ras aux prĂȘtres du Temple afin qu’ils l’offrent au Bon Dieu.

« Tu avais long­temps espé­rĂ©. Tu avais long­temps atten­du. Ta rĂ©com­pense est magni­fique, car tu vas pos­sé­der le plus beau cadeau que jamais Dieu ait fait aux hommes.

« Rentre chez toi. La vieille Anne s’in­quiĂšte de ta longue absence et part Ă  ta rencontre.

« Pour te prou­ver la vĂ©ra­ci­tĂ© de ma pro­messe, je t’an­nonce que tu retrou­ve­ras ta femme auprĂšs de la fon­taine, Ă  l’en­trĂ©e de la ville Â».

Joa­chim n’en croyait ni ses yeux, ni ses oreilles. Ses vieilles mains trem­blantes agi­taient son bĂąton, et l’ange avait dis­pa­ru depuis long­temps dĂ©jĂ  qu’il demeu­rait encore sur place, abasourdi.

Lors­qu’il revint Ă  lui, il vou­lut immé­dia­te­ment se mettre en route ; il ramas­sait son sac et ses pro­vi­sions Ă©parses, quand il se sou­vint des mou­tons. La nuit Ă©tait venue. On dis­tin­guait Ă  peine, sur le pacage, la masse grise de tous ces dos, ser­rĂ©s les uns contre les autres, d’oĂč mon­taient de tristes bĂȘlements.