Marie et la venue de Jésus

Auteur : Bastin, R., O.M.I | Ouvrage : La simple histoire de la Vierge Marie .

Récit de l'annonciation pour les jeunes du Caté

Catéchèse mariale pour les jeunesPRÈS ses fian­çailles, Marie quit­ta Jéru­sa­lem pour pré­pa­rer à Naza­reth la mai­son qu’elle occu­pe­rait avec Joseph, lorsqu’elle serait mariée.

Ne vous ima­gi­nez pas une belle mai­son ! En Orient, les demeures ne sont pas très jolies. Gros blocs car­rés, per­cés de petites fenêtres afin que le soleil ne pénètre pas (le soleil est très chaud dans ce pays), elles res­semblent à un jeu de cubes qu’on aurait dis­per­sés dans le jar­din.

L’intérieur en est fort pauvre aus­si. On y trouve juste le strict néces­saire pour faire la cui­sine et pour le som­meil.

Comme Marie avait beau­coup de goût, elle avait dis­po­sé ses humbles objets avec tant d’art que sa mai­son était vrai­ment très ave­nante.

Un soir de mars, près du feu de bois allu­mé pour cou­per l’humidité, Marie, ayant fini son ménage, s’était assise pour lire la Bible. Les langues rouges et jaunes des flammes léchaient les bûches noires et grises, et Marie, le livre ouvert sur les genoux, son­geait dou­ce­ment à ce Mes­sie pro­mis à tra­vers toute l’Histoire Sainte et atten­du avec quelle impa­tience !

Il y a bien long­temps, le Bon Dieu avait annon­cé qu’Il revien­drait sur la terre pour par­don­ner et répa­rer le péché d’Adam et d’Ève, lorsque les hommes seraient prêts à Le rece­voir. Jusque-là, Il n’avait pas encore trou­vé une âme assez pure pour deve­nir sa maman, assez fidèle pour n’aimer que Lui, assez forte pour accep­ter sa souf­france. Marie aurait tant aimé être choi­sie comme maman du Bon Dieu, mais elle se trou­vait si humble, si petite, si pauvre qu’elle n’osait espé­rer un pareil hon­neur. Alors, elle pria de tout son cœur pour que les hommes, ces­sant d’offenser le Bon Dieu, Lui per­missent de réa­li­ser son grand des­sein.

Marie prie dans son coeur à Nazareth

Le feu de bois s’éteignait dou­ce­ment. Les grandes flammes n’étaient plus dans l’âtre sombre qu’une poi­gnée d’étoiles pal­pi­tantes. Et Marie se deman­dait ce qu’elle pour­rait bien faire pour hâter la venue du Mes­sie.

Sou­dain le feu sif­fla — on eût dit une corde de vio­lon­celle qui, seule, eût chan­té — et voi­ci que les braises endor­mies, dou­ce­ment, se réveillent. L’une après l’autre, les flammes se dressent de leur lit de pourpre, elles s’étirent, se courbent, se balancent ; elles retombent mol­le­ment encore sur leur couche. La chan­son se fait plus impé­rieuse ; alors, sou­dain dres­sées, elles montent à l’assaut de l’âtre en une flam­bée magni­fique, chas­sant l’ombre dans les coins les plus recu­lés de la pièce et inon­dant de lumière et de cha­leur Marie éton­née d’un tel réveil.

Une arai­gnée, qui au bout de son fil fai­sait une petite sieste avant la chasse de la nuit, crut le matin déjà arri­vé et remon­ta bien vite se cacher au pla­fond, mau­dis­sant sa paresse et ce long somme qui la met­tait à la diète. Le cana­ri s’ébroua dans sa cage entr’ouverte et, comme un oiseau d’or, vint se poser sur la che­mi­née, près d’un gros bou­quet d’ancolies dont les corolles, mor­dues par la lumière, posaient à chaque feuille une petite auréole trem­blante.

Marie, de ses yeux lim­pides, regar­da l’oiseau, les fleurs, la lumière et, tout à coup, eut l’impression qu’il y avait quelqu’un der­rière elle.

Brus­que­ment, elle se retour­na sur son bas tabou­ret et décou­vrit un ange si beau, si majes­tueux qu’elle tom­ba à genoux, lâchant son livre pour mieux joindre les mains. À ses pieds, son ombre se recro­que­villa et, le plus dou­ce­ment qu’il put, le cana­ri rega­gna sa cage, sans faire le moindre bruit.

Histoire de l'annonciation pour le catéchisme

« Je vous salue, pleine de grâces », dit l’ange avec une telle gen­tillesse que Marie bais­sa la tête, toute gênée. Elle savait bien qu’elle aimait le Bon Dieu de tout son cœur, qu’elle ne L’avait jamais offen­sé, mais s’entendre appe­ler « pleine de grâces » par un mes­sa­ger du ciel la rem­plis­sait de confu­sion.

Inti­mi­dée, elle pen­cha la tête un peu sur le côté pour mieux écou­ter l’ange :

« Le Sei­gneur est avec vous. Il vous aime spé­cia­le­ment : aus­si m’a-t-Il char­gé de vous annon­cer que bien­tôt vous serez la maman d’un petit gar­çon que vous appel­le­rez Jésus. Il devien­dra très puis­sant ; on le nom­me­ra le Fils de Dieu et, grâce à Lui, les hommes seront enfin sau­vés, car son règne n’aura pas de fin.

« Vou­lez-vous bien deve­nir la maman de ce petit Jésus ? »

Marie était si heu­reuse, mais aus­si tel­le­ment confuse qu’elle rou­git encore plus et, d’une petite voix dans laquelle pas­sait tout son cœur, elle mur­mu­ra ce mot, doux comme un bai­ser : « oui ! »

Alors, le Saint-Esprit, se mon­trant sous la forme d’une colombe, vint poser sur Marie le double sceau de ses ailes blanches. tan­dis que dans son âme la grâce des­cen­dait.

 

Marie rend visite à sa cousine Elisabeth

Récit pour les Scouts et Guides : La visitationE matin-là, Marie se leva plus tôt que d’habitude. Il s’agissait de par­tir en voyage et d’aller voir la cou­sine Éli­sa­beth.

Vous connais­sez la cou­sine Éli­sa­beth ? La femme du prêtre Zacha­rie, deve­nu muet pour avoir dou­té de la parole d’un ange lui annon­çant, comme à Joa­chim, la nais­sance pro­chaine d’un enfant. C’était un gar­çon qu’il lui pro­met­tait. Bien éton­né, Zacha­rie avait dit, ain­si que Joa­chim, mais sur un tout autre ton : « Ce n’est jamais pos­sible ! » L’ange, vexé, lui avait reti­ré l’usage de la parole :

« Puisque tu dis des bêtises, tais-toi ! »

Zacharie muet car il met en doute la parole de l'ange Le pauvre Zacha­rie en était réduit à se pro­me­ner avec des tablettes sur les­quelles il écri­vait ce qu’il avait à dire, et qu’il met­tait sous les yeux de ceux qui atten­daient sa réponse. Vous com­pre­nez que, dans ces condi­tions, on ne son­geait pas à enga­ger de longues conver­sa­tions avec lui. Il fal­lait s’arranger pour qu’il n’eût à répondre qu’un oui ou qu’un non, ce qu’il pou­vait faire d’un signe de tête. On gagnait ain­si du temps ; et déjà, à cette époque, les gens étaient fort pres­sés.

Seule­ment, pour Zacha­rie, ce n’était pas très gai. Il res­tait sou­vent seul, à se mor­fondre dans un coin, en suçant le bout de son sty­let qua­si inutile. Réel­le­ment pieux, il accep­tait sa péni­tence avec un grand esprit de foi et en offrait au Bon Dieu tous les désa­gré­ments pour le gar­çon qu’ils atten­daient, sa femme et lui.

D’après l’ange, ce gar­çon aurait un rôle magni­fique à rem­plir sur la terre. Il serait le héraut de Notre-Sei­gneur, le pré­cur­seur de son cou­sin, l’éclaireur du Bon Dieu, celui qui va devant et trace le che­min.

Puisque Jean-Bap­tiste devait, un jour, mar­cher devant son fils et le faire connaître aux hommes, la sainte Vierge vou­lut appor­ter à la maman du pré­cur­seur son salut à elle et son aide.

Éli­sa­beth habi­tait un petit vil­lage dans le sud, assez éloi­gné de Naza­reth puisqu’il fal­lait quatre jour­nées de marche pour y par­ve­nir.

Vous savez bien qu’en ce temps-là, n’existaient ni tram, ni auto. Quand les gens vou­laient ou devaient par­tir en voyage, les riches mon­taient un cha­meau, les pauvres un âne et les misé­rables allaient à pied. On chaus­sait de grosses san­dales, avec une bonne semelle et, les pieds nus, afin de don­ner de l’air aux orteils pour qu’ils ne s’échauffassent point, on mar­chait des jour­nées entières avant d’arriver au but.

Récit de La visitation pour les jeunes tiré de l'ÉvangileLa sainte Vierge se mit en route de bon matin. Il fait beau­coup moins chaud aux pre­mières heures que pen­dant le reste de la jour­née, et la marche est plus rapide qu’en plein midi. Elle regar­da si les voi­sins étaient prêts ; car eux aus­si allaient du côté de Jéru­sa­lem, et les voyages en groupe sont plus ras­su­rants.

Le ciel était d’un beau vert, très clair, très lim­pide, sur lequel flot­tait une longue bande de nuages pourpres. Sur le toit de la maison,un rouge-gorge chan­tait sa prière du matin et vint se poser sur la bobi­nette dès que Marie eut fer­mé sa porte. Autour du seuil, des lise­rons agi­taient leurs clo­chettes blanches comme des petits mou­choirs d’adieu, et un gros mimo­sa, posé tel un nuage d’or sur le coin du jar­din, juste là où il borde la route, répan­dit ses fleurs au pas­sage de la douce jeune femme.

Marie était vêtue sim­ple­ment, comme les femmes de son pays, d’une robe qu’elle avait tis­sée elle-même et d’un ample man­teau bleu dont un pan lui recou­vrait la tête. Son ombre tour­nait autour d’elle, légère, cachant un ange dans ses plis. Un ange gar­dien dont le sou­ci était grand de veiller sur Marie, car elle n’était pas seule en voyage. Jésus, dont elle allait bien­tôt deve­nir la maman selon la parole de l’archange, l’accompagnait, très près de son cœur ; et Marie, tout en avan­çant dans la cara­vane joyeuse, lui par­lait dou­ce­ment, ten­dre­ment et sans fin. Tous, autour d’elle, se lais­saient dis­traire par les péri­pé­ties de la route. Elle ne voyait que son Jésus.

Vers le soir, lorsqu’un homme lui offrit son âne afin de lui per­mettre de se repo­ser un peu, Marie leva sur lui des grands yeux éton­nés et si ravis qu’il res­ta confon­du de tant de fraî­cheur après une jour­née tel­le­ment las­sante. Vrai­ment, elle ne croyait pas le soir déjà arri­vé !

Ce furent de mer­veilleuses jour­nées. La pré­sence de Marie faci­li­tait à tous le voyage et son sou­rire était le meilleur récon­fort lorsqu’on se sen­tait trop las. Un petit gar­çon, har­ce­lé par les mouches et les mous­tiques, vint se réfu­gier dans son ombre ; et l’ange qui l’habitait l’éventa de ses ailes. Du coup, il ne vou­lut plus quit­ter Marie, et c’est en lui don­nant la main qu’il décou­vrit le vil­lage d’Élisabeth.

Du haut du che­min bor­dé de pal­miers dont les grandes feuilles s’inclinaient avec beau­coup de grâce au pas­sage des voya­geurs, Marie dis­tin­gua à l’entrée du vil­lage la petite mai­son de sa cou­sine Éli­sa­beth, d’où mon­tait, sur le ciel pur, une colonne de fumée légère : on y pré­pa­rait, sans doute, le simple sou­per de maïs et d’orge écra­sés.

Vous êtes bénie entre toutes les femmes

Marie frap­pa à la porte et, entrant dans la mai­son, vit Éli­sa­beth accrou­pie près du foyer, occu­pée à remuer dans la mar­mite une longue cuiller de bois. Marie lui cria joyeu­se­ment bon­soir, tan­dis qu’Élisabeth, stu­pé­faite d’une visite si inat­ten­due, pous­sait un cri de sai­sis­se­ment. Vite, elle se redres­sa et, avant que Marie eût le temps de s’avancer davan­tage, elle tom­ba à genoux, bégayant, tant son émo­tion était forte, les paroles que nous répé­tons après elle dans notre « Je vous salue, Marie » :

« Vous êtes bénie entre les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni ».

La sainte Vierge ne fut pas du tout éton­née d’entendre Éli­sa­beth la saluer si res­pec­tueu­se­ment. Elle savait bien que ce com­pli­ment s’adressait par elle à Jésus, à ce Jésus dont elle sen­tait contre son cœur la chaude pré­sence.

Alors, rele­vant Éli­sa­beth et la tenant ser­rée bien fort contre sa poi­trine, elle chan­ta le superbe can­tique qu’on nomme le Mag­ni­fi­cat, par lequel elle remer­cie le Bon Dieu de l’avoir choi­sie, elle si petite, pour appor­ter aux hommes le bon­heur et le salut.

Les deux cou­sines pleu­raient d’émotion et de joie.

La vie de la Vierge Marie racontée aux enfants

Comme Marie était fati­guée de son voyage et allait demeu­rer de longs mois avec Éli­sa­beth, celle-ci la fit rapi­de­ment sou­per. On avait oublié le sou­per ! Heu­reu­se­ment, l’ange gar­dien, après avoir été très ému de la salu­ta­tion, s’était sou­ve­nu que les humains doivent man­ger mal­gré leurs joies : alors, il avait entre­te­nu le feu, touillé dans la pâtée, et Marie, Zacha­rie et Éli­sa­beth ne firent jamais un aus­si bon repas que ce soir-là.

 

Marie à la Crèche : La nativité - pour les enfants

Marie et Joseph se rendent à BetlhéemN ces jours-là, un bruit étrange cir­cu­lait de ville en vil­lage : l’empereur de Rome, pour connaître le nombre des habi­tants de Pales­tine, avait déci­dé que cha­cun d’eux devrait se faire ins­crire au lieu d’origine de sa famille. C’était comme une petite « éva­cua­tion » qu’il vou­lait ordon­ner par là. La mesure était annon­cée depuis long­temps. D’après les on dit, sa mise en vigueur devait être assez proche, aus­si les pauvres gens com­men­çaient à s’inquiéter.

Marie et Joseph n’entendaient pas sans un peu d’effroi ces com­mé­rages. Joseph avait son tra­vail : il était char­pen­tier, et le métier ne chô­mait pas. Il y avait tou­jours une char­rue à remettre en état, un nou­veau meuble à fabri­quer ou un balai à emman­cher. Lais­ser là la clien­tèle pour par­tir en voyage, même en voyage for­cé, ce n’est pas une bonne réclame pour un arti­san. Puis, Marie n’était pas bien por­tante. Elle s’était assez fati­guée à pré­pa­rer la layette, le ber­ceau, les menus objets néces­saires à la nais­sance de Jésus. Elle sen­tait qu’Il allait bien­tôt arri­ver et elle n’était pas tran­quille à la pen­sée de devoir faire une longue route en cet état.

Le soir, lorsque Joseph avait ache­vé son tra­vail, il en par­lait lon­gue­ment à Marie avant d’aller dor­mir. C’était lui le plus abat­tu des deux, tant il crai­gnait pour elle. Marie, avec un bon sou­rire, le conso­lait en lui disant que peut-être ce voyage ne devrait pas se faire, qu’elle se trou­ve­rait mieux por­tante et qu’enfin, le Bon Dieu, entre les mains duquel ils étaient tous les deux, ne les aban­don­ne­rait jamais. Elle par­lait si gen­ti­ment, avec tant de foi et de confiance, que Joseph, ragaillar­di, après lui avoir don­né un bai­ser sur le front, s’en allait se cou­cher en sif­flant un can­tique.

Un matin, l’édit parut. En grosses lettres, il y était pres­crit à tous et à cha­cun de retour­ner dans le lieu d’origine de sa famille afin de s’y faire ins­crire.

Conster­né, Joseph alla trou­ver Marie. Il fal­lait donc quit­ter Naza­reth et se rendre à Beth­léem, ber­ceau de la famille. Marie le récon­for­ta, une fois de plus, en lui mon­trant que telle était la volon­té de Dieu. Peut-être se sou­vint-elle qu’il y a bien long­temps, des pro­phètes avaient annon­cé que le Mes­sie, c’est-à-dire Jésus, devait naître à Beth­léem ? Mal­gré les peines de Joseph, elle dut être bien contente : Jésus serait bien­tôt sur la terre.

Sans retard, Joseph sel­la le petit âne gris, qui d’habitude fai­sait les courses dans la cam­pagne, et après quelques jour­nées fort fati­gantes, les trois voya­geurs arri­vèrent à Beth­léem.

Plus ils appro­chaient de la ville, plus les routes étaient encom­brées. Dans Beth­léem, c’était la cohue. L’âne n’arrivant plus à avan­cer, Joseph en fit des­cendre Marie. Il cher­che­rait seul un loge­ment pen­dant que la Vierge gar­de­rait le bau­det. Elle était épui­sée, la pauvre sainte Vierge, et s’appuyait contre le flanc de l’animal chas­sant de la queue les mouches tour­billon­nantes. Le matin avait été très froid ; main­te­nant, une lourde buée mon­tait du sol. Marie se sen­tit lasse de tant de mou­ve­ment, de cha­leur et d’agitation autour d’elle.

Joseph fut long à reve­nir. Marie, exté­nuée, s’était accro­chée de ses deux bras noués au cou de l’âne ; et celui-ci, d’un doux mou­ve­ment d’oreilles, s’efforçait de lui don­ner un peu de fraî­cheur. Per­sonne ne fai­sait atten­tion à ce groupe minable. Pas un pas­sant ne son­gea à lui faire l’aumône d’un verre d’eau ou d’un sou­rire.

Enfin, Marie enten­dit auprès d’elle la voix basse et triste de Joseph. Elle ouvrit les yeux et le regar­da affec­tueu­se­ment. Ses che­veux étaient col­lés par la sueur, son visage gris de pous­sière, ses vête­ments fri­pés. Fort déçu, il ren­trait de sa course vaine, n’ayant trou­vé aucun loge­ment, pas la moindre place où pas­ser la nuit. « Ma pauvre Marie, ma pauvre Marie », hoque­tait-il en hochant la tête. Marie, tou­jours vaillante, ne se lais­sa pas démon­ter. Pour récon­for­ter Joseph, elle secoua sa las­si­tude, le prit gen­ti­ment par la main et lui dit :

« Viens, sor­tons de la ville : elle est trop égoïste. Dans la cam­pagne, nous trou­ve­rons mieux ».

Appuyés l’un sur l’autre, pré­cé­dés par l’âne, qui leur frayait un sen­tier dans les étroites rues encom­brées, ils mar­chèrent une heure encore sans plus rien dire. D’être ensemble, cela leur fai­sait chaud au cœur ; comme il nous est doux d’avoir, à notre côté, un ami sur qui nous pou­vons comp­ter à fond !

L'âne de la Crèche à Noël pour les petits enfantsUn court braie­ment les tira de leur engour­dis­se­ment. L’âne, qui mar­chait avec une telle assu­rance qu’il sem­blait être du pays, piqua un galop joyeux vers une petite grotte dont on dis­tin­guait mal l’entrée, car il fai­sait déjà bien sombre. À sa suite, Marie et Joseph péné­trèrent dans un réduit pas bien grand, assez nau­séa­bond car des mou­tons y avaient séjour­né lon­gue­ment. Une douce cha­leur demeu­rait encore de leur pas­sage et des bottes de paille fraîche étaient ran­gées le long des parois. Marie s’y lais­sa tom­ber, haras­sée, et Joseph s’assit à ses côtés. Puis, la tête entre les mains, les coudes col­lés aux genoux, il pleu­ra silen­cieu­se­ment.

Lorsque nous nous trou­vons très mal­heu­reux, pleu­rer nous apaise. Avec nos larmes, notre gros cha­grin se dis­sipe, le calme renaît en nous.

Joseph, pleu­rant sur la misère de la sainte Vierge, sur la méchan­ce­té et l’égoïsme des habi­tants de Beth­léem, tout natu­rel­le­ment son­gea aus­si à ce petit Jésus qui allait naître. Il com­prit que le Bon Dieu, venant sur la terre, vou­lait y arri­ver comme un petit pauvre pour don­ner une leçon à tous les enfants, à toutes les grandes per­sonnes, dési­reux de satis­faire leurs caprices, inca­pables du moindre sacri­fice, redou­tant quelque incom­mo­di­té. Une grosse bouf­fée d’affection réchauf­fa son cœur : comme il l’aimerait, ce Jésus ! Ras­sé­ré­né, il se redres­sa, frot­ta ses yeux rou­gis de larmes et sur­sau­ta : sur les genoux de Marie, un petit enfan­çon, nu et rose, sem­blait attendre qu’on l’emmaillotât. Joseph fut si trou­blé que, tom­bant à genoux, il se remit à pleu­rer, mais de joie cette fois. Il n’hésita pas à recon­naître, en ce petit être, son Dieu et son Rédemp­teur, comme nous croyons, lorsque nous allons com­mu­nier, que c’est Jésus qui est pré­sent dans la petite hos­tie.

La sainte Vierge cher­cha rapi­de­ment quelques langes, en vêtit l’enfant et le dépo­sa dans la crèche, où Joseph, vite rele­vé, avait mis une botte de paille et plié son man­teau. Tous deux, épaule contre épaule, contem­plaient le bébé endor­mi quand un bruit les fit tres­saillir. L’âne, avec mille pré­cau­tions, entrait dans la grotte et vint se blot­tir entre la crèche et le mur, puis, s’abaissant vers l’enfant, souf­fla sa bonne haleine chaude sur le petit corps. Marie eut pour le bau­det un bon sou­rire et Joseph le flat­ta de la main. La brave bête ! Elle vou­lait offrir au Bon Dieu ce qu’elle avait de meilleur. Long­temps, la prière de Marie et de Joseph fut accom­pa­gnée de l’espèce de ron­fle­ment que pro­dui­sait l’animal entre chaque res­pi­ra­tion.

Sou­dain l’âne poin­ta l’oreille. Il n’osa pas s’arrêter de souf­fler de crainte que l’enfant n’eût froid, mais il témoi­gnait d’une étrange inquié­tude. Joseph le remar­qua le pre­mier. Il n’en dit rien à Marie — sa prière était si recueillie ! — et à son tour ten­dit l’oreille.

Noël : les bergers adorent l'Enfant Jésus que Marie leur présenteDans la nuit silen­cieuse, un vague mur­mure s’éleva : une chan­son, une prière comme celle qu’on entend lorsqu’une foule récite le cha­pe­let. Le bruit cou­lait, cou­lait, s’enflait de plus en plus. Der­rière le mur­mure sourd, réson­nait main­te­nant une douce musique, la plus belle musique que Joseph ait jamais enten­due. Elle res­sem­blait à un can­tique, un can­tique tel­le­ment mélo­dieux que Joseph son­gea tout de suite que, seuls, les anges étaient capables d’en chan­ter un sem­blable. Il regar­da Marie qui ne bou­geait pas. Il regar­da l’âne qui agi­tait ses deux oreilles en cadence. Il regar­da l’Enfant, et il lui sem­bla qu’il sou­riait. N’y tenant plus, Joseph se leva. Dans l’ouverture de la grotte, il décou­vrit deux ché­ru­bins, accrou­pis, regar­dant exta­siés leur Dieu deve­nu petit enfant. Leurs ailes blanches fer­maient l’entrée d’une bar­rière de plumes héris­sées. Dans l’interstice, Joseph vit s’avancer un groupe d’hommes, accom­pa­gnés de quelques mou­tons. Tous sem­blaient fort pres­sés ; mais devant la grotte ils s’arrêtèrent un ins­tant, décon­cer­tés. Il y eut un long conci­lia­bule, dont pro­fi­ta un minus­cule agneau pour péné­trer dans la grotte entre deux plumes et se fau­fi­ler aux pieds de Jésus. Les ché­ru­bins, au bruit de la conver­sa­tion, s’étaient retour­nés. Devi­nant des amis dans le groupe indé­cis, ils replièrent leurs ailes. N’hésitant plus, les ber­gers enva­hirent l’étroite demeure et contem­plèrent l’Enfant. Marie prit Jésus dans ses bras comme le prêtre tend l’ostensoir à la Béné­dic­tion du Saint-Sacre­ment. Les ber­gers firent comme nous : ils s’agenouillèrent et ado­rèrent l’Enfant divin. Ils n’avaient pas vou­lu venir les mains vides (nous non plus, quand nous allons voir Jésus) ; c’est pour­quoi ils lui offrirent un beau pain bis, une gourde de lait et un petit agneau blanc et propre comme un nuage éga­ré sur la terre.

Marie était toute joyeuse de tant d’amabilités. Vrai­ment, le Bon Dieu, s’Il deman­dait de grands sacri­fices à son Fils, ne l’abandonnait pas. Elle l’aima davan­tage encore si c’est pos­sible, et ser­ra plus fort son Jésus contre son cœur.

L’enfant sou­rit, d’un ado­rable sou­rire qui ravit les ber­gers, les mou­tons et l’âne. Les anges enton­nèrent le beau can­tique que vous connais­sez tous : le « Glo­ria ». Les ber­gers reprirent le refrain de leurs voix mâles et rudes. L’âne vou­lut les accom­pa­gner, mais sa voix était trop fausse. Joseph dut le faire taire ; alors, il se conten­ta de battre la mesure avec le bout de sa queue grise.


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