La prière d’une protestante

Auteur : Schnebelin, Marguerite | Ouvrage : 90 Histoires pour les catéchistes II, III. Dévotion à la Sainte Vierge .

Sor­tant de l’usine où elle a tra­vaillé tout le jour, une femme aux traits amai­gris s’engage dans l’étroit che­min qui mène hors de la ville jusqu’à une « grotte de Lourdes ». Voi­là huit jours qu’elle fait ce tra­jet. L’inquiétude et la peine courbent ses épaules lasses. Au logis, son mari est cou­ché depuis six mois, souf­frant cruel­le­ment. De son tra­vail à elle dépend l’existence de tous. Mais la mal­heu­reuse, épui­sée de sur­me­nage et de pri­va­tions, voit venir l’heure où la misère fera suite à la gêne au foyer désolé.

À peu de dis­tance se dresse le rocher où rayonne la blanche sta­tue de la Sainte Vierge. Celle qui monte vers ce but s’arrête dans le sen­tier, indé­cise, l’âme angoissée.

— Qu’est-ce que je fais !… Moi, pro­tes­tante, venir la prier ! Qu’est-ce que j’espère ! De quel droit récla­mer sa pitié ?…

Mais une voix s’élève au fond de l’âme trou­blée, une voix qui ras­sure et invite à l’espoir « Ton mari et tes enfants sont catho­liques et c’est pour eux que tu viens. » « Et puis, mur­mure la pauvre femme, j’ai fait ce que je devais : j’ai res­pec­té les croyances du père, j’ai veillé à ce que les petits connaissent et pra­tiquent leurs devoirs… »

N’osant fran­chir la grille qui entoure le pauvre sanc­tuaire, la femme s’est age­nouillée sur les degrés, timi­de­ment, comme une intruse… Elle lève la tête et son regard humble fixe la statue :

— Je vous salue, Marie ! Je crois que vous êtes puis­sante et bonne… Ayez pitié de nous, vous que je n’ose appe­ler ma mère.

Le regard élo­quent achève : Mais je vous aime comme si vous l’étiez…

Quelques ins­tants plus tard, la femme s’éloigne, igno­rant que là-​haut, atten­tive et pen­chée vers sa misère, la Vierge à déjà fait le geste de grâce qui atti­re­ra son âme en peine vers la Lumière et vers la Paix…

Au fond de la petite chambre dont la pro­pre­té est le seul luxe, l’homme est cou­ché, le regard sombre, tour­men­té de sou­cis. Ses yeux las fixent sans la voir la tapis­se­rie fanée et, dans son cer­veau qui s’enfièvre, cent fois la même ques­tion se pose et s’agite :

— Qu’est-ce qu’on devien­dra si ça dure encore, si j’en ai pour des mois, cou­ché, impuis­sant ?… Moi, le père, sur qui les autres doivent comp­ter, obli­gé d’être à leur charge !… La femme tra­vaille trop, elle se mine, je le vois bien…

De la pièce voi­sine, les enfants, ren­trés de classe, arrivent en babillant. Mais le malade les écarte et, d’un geste impa­tient, ordonne : « Allez jouer ! Toi, José­phine, ajoute-​t-​il, s’adressant à l’aînée, va au-​devant de ta mère, elle a dû pas­ser à l’épicerie ce soir. »

Docile, la fillette s’éloigne, tan­dis que le père, la sui­vant du regard, songe tris­te­ment : « Dans deux mois, cette petite fera sa Pre­mière Com­mu­nion… et d’ici là, chez nous, ce sera la misère… » Il a souf­fert jusqu’alors sans se plaindre, mais, ce soir, son angoisse est trop vive… Il est seul, il peut lais­ser cou­ler les larmes qui brûlent ses yeux…

Pour­tant, hon­teux de sa fai­blesse, ce chré­tien que le mal­heur n’a pas révol­té songe qu’il a mieux à faire et mur­mure à voix haute :

— Sainte Vierge, ayez pitié de moi !

Une voix douce, à peine trem­blante, lui fait écho :

— Sainte Vierge, ayez pitié de nous !

C’est sa femme qui, sans bruit est entrée… Main­te­nant elle lui parle, cher­chant les mots qui redonnent l’espoir, com­pre­nant qu’il faut à tout prix rani­mer son courage.

Pour les enfants du KT - La prière du repas : Le bénédicitéL’homme écoute à peine… Il éprouve depuis quelques minutes sur ses jambes dou­lou­reuses une sen­sa­tion de brû­lure into­lé­rable. N’y tenant plus, il veut prier sa femme de défaire les pan­se­ments. Mais elle, tout en cau­sant, dresse le repas du soir. Le malade ne veut pas l’interrompre ; il atten­dra. D’ailleurs, il souffre moins. Le mal, si cui­sant tout à l’heure, s’atténue peu à peu… Il lui semble même — est-​ce une illu­sion ? — que ses jambes, empri­son­nées par leurs ban­dages, ont acquis une vigueur, une sou­plesse qu’il ne connais­sait plus…

Une heure après, quand l’active ména­gère, ayant ter­mi­né son ouvrage, s’apprête à lui don­ner ses soins, il dit :

— Je ne sais si je rêve, mais, depuis ton retour, je ne souffre plus !

La pauvre femme n’ose s’abandonner à l’espoir ; la dés­illu­sion serait si pénible. Elle défait la gaze qui pro­tège les com­presses, Et voi­ci que les jambes appa­raissent, non plus dans leur état lamen­table, sillon­nées de plaies, ron­gées par le mal mais intactes, gué­ries, avec un épi­derme renou­ve­lé, qu’effleure à peine la marque de cica­trices légères.

Muets d’étonnement, tous deux regardent, éper­dus, n’osant croire au miracle dont l’évidence est sous leurs yeux… Mais la femme, la pre­mière, accueille la joie immense, ines­pé­rée, et, sachant d’où elle leur vient, s’écrie, tom­bant à genoux : « O Notre-​Dame de Lourdes !… Merci ! »

Très ému, l’homme achève, fixant de ses yeux graves sa com­pagne qui pleure :

— Cela s’est fait quand nous l’avons priée, tu vois !

Quelques semaines plus tard, un same­di de mai, sous le regard de la Vierge, avait lieu le bap­tême de la pro­tes­tante conver­tie. Et pleine d’ardeur et de foi, elle fai­sait le len­de­main — en même temps que sa fille — dans un ‚grand recueille­ment d’actions de grâces, sa Pre­mière Communion…

D’après M. Schne­be­lin

Coloriage pour le catéchisme : ND de Lourdes

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