L’enfance de la Vierge Marie

Auteur : Bastin, R., O.M.I | Ouvrage : La simple histoire de la Vierge Marie .

Histoire pour les petits

La Vierge Marie racontée aux Jeannettes et LouveteauxL était une fois, dans la capi­tale de la Pales­tine, deux vieux époux, cas­sés par l’âge et le travail.

Ils habi­taient une petite mai­son blanche et pro­prette, au bout de la grand’rue de Jéru­sa­lem, juste devant le Temple. Le soir, lorsqu’il fai­sait beau, ils aimaient s’asseoir sur le pas de leur porte et regar­der, sans rien dire, le soleil tout rouge entrer dans son lit de nuages der­rière les tours et les cou­poles du monument.

Mais ils n’étaient pas heu­reux, car ils n’avaient pas d’enfant et se trou­vaient bien seuls.

Un soir, comme ils se sen­taient plus tristes que jamais, Joa­chim prit la main d’Anne, la ser­ra très fort et lui dit :

« Puisque c’est ain­si et que nous deve­nons vrai­ment très âgés, nous allons faire encore un immense sacrifice…

— Quel sacri­fice encore ? dit Anne, sen­tant un petit pin­ce­ment du côté de son cœur.

— Eh bien ! dit Joa­chim, tout bas et tout len­te­ment, nous allons nous séparer !

— Quoi ! pleu­ra la pauvre Anne.

— Oui, nous allons vivre pen­dant quelque temps cha­cun très loin l’un de l’autre. Nous offri­rons ain­si au Bon Dieu ce qui nous coûte le plus parce que c’est cer­tai­ne­ment cela qui sera le plus dur ».

Ils s’aimaient tel­le­ment, ces deux bons vieux, que la pen­sée de n’être plus ensemble leur fen­dait le cœur.

Joa­chim, qui savait très bien ce qu’il vou­lait, ne se lais­sa pas atten­drir par les larmes d’Anne ; il pré­pa­ra son petit balu­chon (en Orient, il faut bien moins de bagages que par ici pour voya­ger) et, le len­de­main matin, après avoir embras­sé sa femme très fort, s’en alla seul sur la grand’route blanche. Anne pleu­rait tel­le­ment qu’elle ne put regar­der long­temps ; et qua­si toute la jour­née, elle demeu­ra, la tête dans le coude, à san­glo­ter silencieusement.

Saint Anne et Saint Joachim les parents de Marie

En ce temps-​là, la Pales­tine pos­sé­dait de vastes régions cou­vertes d’une herbe drue et sèche, dont se nour­ris­saient d’innombrables trou­peaux de mou­tons. Comme il eût été dan­ge­reux de les lais­ser ain­si se pro­me­ner seuls, des ber­gers les accom­pa­gnaient. Vêtus d’une houp­pe­lande brune ou ver­dâtre, appuyés sur un long bâton ter­mi­né par une petite bêche et qu’on nomme une hou­lette, ils res­taient de longs mois loin de chez eux, pas­sant la jour­née en plein air à sur­veiller leurs trou­peaux. Le soir, assis en cercle autour d’un feu, ils se racon­taient des his­toires sous le beau ciel clair d’Orient. C’est eux que Joa­chim alla rejoindre lorsqu’il eut quit­té sa femme et sa blanche petite mai­son. Les ber­gers étaient de braves gens, pas curieux. Ils le reçurent sans rien lui deman­der. Alors, en gar­dant les mou­tons, Joa­chim pen­sait au Bon Dieu, à Anne, sa femme, au petit enfant qu’ils vou­draient tant avoir ; et ses jour­nées et par­fois même ses nuits n’étaient qu’une longue prière.

Saint Joachim priant Dieu et gardant son troupeauQuand on prie le Bon Dieu avec per­sé­vé­rance, on finit tou­jours par être exau­cé. Il faut conti­nuer pen­dant long­temps. Puis, ne pas avoir peur d’un sacri­fice pour accom­pa­gner cette prière. Anne et Joa­chim en avaient déjà fait beau­coup : jamais de plus grand que de se quit­ter. Parce qu’ils furent vrai­ment géné­reux, le Bon Dieu se mon­tra, à son tour, par­fai­te­ment bon.

Un soir que Joa­chim, assis sur un rocher, regar­dait ses mou­tons se perdre dou­ce­ment dans la brume, il aper­çut une lumière flot­tant à l’horizon. Intri­gué, il scru­ta ce point lumi­neux, ten­dant en avant son visage ridé. La lumière parais­sait appro­cher, briller davan­tage. Joa­chim se mit debout pour mieux obser­ver ; mais alors qu’il se rele­vait péni­ble­ment, tant ses membres étaient gourds et tor­dus par les rhu­ma­tismes, il dut quit­ter des yeux, un ins­tant, l’étrange clar­té. Lorsqu’il se fut dres­sé, il fut stu­pé­fait de voir un ange : un bel ange dont les ailes fris­son­naient encore avec un bruit si doux, si léger et si frais que Joa­chim crut le prin­temps devant lui. Ahu­ri, il s’appuya de tout son poids sur sa hou­lette et ouvrit bien grande sa vieille bouche éden­tée, mais il n’eut pas le temps de poser des ques­tions. L’ange par­lait, et sa voix était déli­cieuse comme une musique de fête :

Histoire pour veillée scout : la naissance de Marie« Joa­chim, tu vas être exau­cé ! — (Ce n’est jamais pos­sible ! se dit Joa­chim). — Le Bon Dieu a été tou­ché de tes prières, de tes sacri­fices. Il a été content de voir que tu ne déses­pé­rais pas, qu’au contraire tu conti­nuais de Le ser­vir de ton mieux. Tu auras bien­tôt une petite fille : une char­mante petite fille que tu appel­le­ras Marie. Elle sera si exquise que, dès qu’elle pour­ra mar­cher, tu la confie­ras aux prêtres du Temple afin qu’ils l’offrent au Bon Dieu.

« Tu avais long­temps espé­ré. Tu avais long­temps atten­du. Ta récom­pense est magni­fique, car tu vas pos­sé­der le plus beau cadeau que jamais Dieu ait fait aux hommes.

« Rentre chez toi. La vieille Anne s’inquiète de ta longue absence et part à ta rencontre.

« Pour te prou­ver la véra­ci­té de ma pro­messe, je t’annonce que tu retrou­ve­ras ta femme auprès de la fon­taine, à l’entrée de la ville ».

Joa­chim n’en croyait ni ses yeux, ni ses oreilles. Ses vieilles mains trem­blantes agi­taient son bâton, et l’ange avait dis­pa­ru depuis long­temps déjà qu’il demeu­rait encore sur place, abasourdi.

Lorsqu’il revint à lui, il vou­lut immé­dia­te­ment se mettre en route ; il ramas­sait son sac et ses pro­vi­sions éparses, quand il se sou­vint des mou­tons. La nuit était venue. On dis­tin­guait à peine, sur le pacage, la masse grise de tous ces dos, ser­rés les uns contre les autres, d’où mon­taient de tristes bêlements.

Oh ! ces moutons !

Joa­chim  eut vrai­ment envie de les lais­ser là, de les aban­don­ner pour être plus vite ren­tré, mais il se rap­pe­la qu’il faut tou­jours ache­ver ce qu’on com­mence et que, lorsqu’on vous a confié une mis­sion, il faut la mener jusqu’au bout. Alors, avec un gros sou­pir, il alla vers ses mou­tons, sif­fla ses chiens, leur don­na quelques ordres brefs ; puis, en une lente pro­ces­sion, le trou­peau des­cen­dit vers la val­lée, dans un bruit sourd de petits sabots heur­tant le sol pierreux.

À peine le der­nier agneau a-​t-​il pous­sé sa queue dans l’étroite porte de la ber­ge­rie que Joa­chim tire vive­ment le loquet et court, pour autant que le lui per­mettent ses vieilles jambes, don­ner son congé au patron et rega­gner la ville.

Une telle nuit, le ciel était en fête. On le voyait bien à ce four­mille­ment d’étoiles, plus nom­breuses que d’habitude et si joyeuses qu’elles sem­blaient toutes danser.

Et Joa­chim, le cœur heu­reux, chan­tait une petite chan­son, très simple, que les étoiles repre­naient avec lui, celle qui nous vient aux lèvres, à nous aus­si, lorsque nous sommes contents :

« Mer­ci, mon Dieu !
Mon Dieu, merci ! »

 

Saint Joachim rejoint Sainte Anne

Ça n’a l’air de rien ; mais c’était si beau que les lapins en pro­me­nade, loin de s’enfuir en enten­dant un pas réson­ner sur la route, accou­raient au contraire à sa ren­contre et l’accompagnaient même un bon bout de che­min en agi­tant en cadence leur petite queue blanche. Les oiseaux endor­mis rêvèrent à des chan­sons si jolies qu’à leur réveil, ils n’osèrent plus chan­ter. Puis, lorsque Joa­chim tra­ver­sa la forêt, de branche en branche, les feuilles chu­cho­tèrent : « C’est Joa­chim qui va avoir une petite fille ! » et elles s’écartaient d’elles-mêmes devant lui pour lui faci­li­ter la route. Sur les cailloux et les grosses souches, les vers lui­sants, se ras­sem­blant bien vite, don­naient toute la lumière dont ils étaient capables pour l’empêcher de tré­bu­cher, car le bon Joa­chim ne voyait rien. Tout à son can­tique, il mar­chait, mar­chait, mar­chait encore, tant et si bien qu’il arri­va avant l’aube à la porte de la ville endor­mie dans la nuit.

Le mes­sage des feuilles fut répé­té si rapi­de­ment par les herbes, que la fon­taine l’apprit avant que Joa­chim ne par­vînt auprès d’elle. De bien loin déjà, il l’entendit chan­ter, cristalline :

« Viens Joa­chim, viens Joachim… »

Elle réveilla Anne, la pauvre vieille. Endor­mie contre la mar­gelle, elle ne savait ce qui lui avait pris la veille au soir (nous, nous le savons bien !). Elle avait eu, sou­dain, une si grande envie, un si fort besoin de revoir Joa­chim qu’en un tour­ne­main elle avait clos sa porte et tra­ver­sé la ville pour se rendre à la cam­pagne. À son âge, on n’avance pas bien vite. On est rapi­de­ment essouf­flée. Aus­si, n’en pou­vant plus, elle s’était repo­sée, un ins­tant, un petit ins­tant, auprès de la si fraîche fon­taine… et voi­ci qu’elle se réveillait. Anne ne com­prit d’abord pas la nou­velle, se frot­ta les yeux en se deman­dant où elle était, et sou­dain, vit devant elle une ombre que son cœur recon­nut : Joachim !

La fon­taine apai­sée mur­mu­ra un chant d’amour, et les étoiles s’éteignirent pour lais­ser à la lune, curieuse et tar­dive, un coin de ciel bour­ré d’anges à l’écoute.

 

La naissance de Marie

E Marie enfantLLE était bien jolie, la blonde petite fille d’Anne et de Joa­chim ! La plus ravis­sante enfant qu’on pût admi­rer dans la contrée ! Pour­tant, Dieu sait s’il y avait de char­mantes petites filles et de beaux petits gar­çons en cette grande ville de Jéru­sa­lem ! Aucun d’eux ne pos­sé­dait tant de finesse, tant de charme.

Son âme d’abord était belle. Elle n’était pas mar­quée de cette tache qu’on nomme le péché ori­gi­nel. Depuis qu’au Para­dis Ter­restre, Adam et Ève ont déso­béi, il souille tous les enfants qui viennent au monde. Pour l’âme de Marie, Dieu fit une excep­tion. Com­ment voulez-​vous que la petite fille, des­ti­née à deve­nir un jour la mère de Jésus, ait pu être, un seul ins­tant, sous la domi­na­tion du démon, l’ennemi de Jésus ? C’est impos­sible ! C’est pour­quoi le Bon Dieu la gra­ti­fia d’un extra­or­di­naire pri­vi­lège. Dès le moment de sa créa­tion, Il don­na à la sainte Vierge une âme toute pure, toute blanche, à laquelle le démon ne put jamais tou­cher. On appelle cette grâce l’Immaculée Concep­tion, et vous appren­drez à la mieux connaître lorsque vous serez plus grands.

Vous com­pre­nez dès lors com­bien l’âme inno­cente de la sainte Vierge devait trans­pa­raître à tous, en cette époque où per­sonne n’était bap­ti­sé. Elle se reflé­tait dans ses yeux bleus, très doux, très grands, ombra­gés de cils si longs qu’on eût dit, lorsqu’elle bais­sait les pau­pières, qu’un éven­tail pas­sait sur ses pru­nelles. La grâce brillait dans son sou­rire, un sou­rire qui creu­sait des fos­settes char­mantes dans ses joues fraîches comme les fleurs du jar­din et accueillait tous les visi­teurs, parents, voi­sins, amis, heu­reux de jouir de la joie des vieux parents. Ceux-​ci ne savaient com­ment remer­cier le Bon Dieu de leur avoir don­né une telle mer­veille et ils ne vou­lurent pas tar­der à accom­plir leur promesse.

Trop sou­vent, lorsque nous sommes dans la peine, lorsque nous avons de gros cha­grins, d’immenses dif­fi­cul­tés, nous pro­met­tons au Bon Dieu d’être bien sages, de faire un gros sacri­fice s’il veut bien nous aider ; mais une fois l’aide venue, le cha­grin conso­lé, nous oublions notre pro­messe… et le Bon Dieu attend tou­jours notre offrande.

Joachim et Anne offrant Marie au Temple

Les parents de Marie ne vou­lurent pas être si négli­gents. Lorsqu’elle eut trois ans, ils lui mirent sa plus belle robe et la condui­sirent au Temple, la mai­son du Bon Dieu.

Pre­nant Marie par la main, ils tra­ver­sèrent la rue, lon­gèrent le long bas­sin dans lequel se reflé­taient les cou­poles du Temple et arri­vèrent au pied des grands esca­liers qui menaient au monument.

Marie, les yeux bais­sés, don­nant gen­ti­ment la main à son papa et à sa maman, se lais­sait conduire en silence. Elle n’avait pas remar­qué que les pois­sons rouges de la pis­cine étaient mon­tés à la sur­face pour la voir pas­ser lorsque son ombre avait glis­sé sur l’eau. Elle n’avait pas enten­du les hiron­delles se taire à son approche. Elle était trop occu­pée à ne son­ger qu’au Bon Dieu.

Ne voilà-​t-​il pas que, jusque-​là si sage entre ses deux parents, elle lâche sou­dain leur main, se met à cou­rir, puis, seule, gra­vit les hautes marches ! Anne et Joa­chim pou­vaient à peine la suivre, tant elle était vive ! Lorsqu’elle eut esca­la­dé tous les degrés, Marie rede­vint la petite fille sérieuse et calme du début de la pro­me­nade, joi­gnit les mains et seule encore, grave, recueillie, péné­tra dans l’enceinte sacrée, par­fu­mée de l’encens des sacrifices.

Le vieux prêtre de garde, enten­dant un pas menu réson­ner sur les dalles, s’avança pour accueillir la visi­teuse et rece­voir son offrande. Il fut bien éton­né de ren­con­trer une petite fille si belle qu’il la prit pour un ange et si claire qu’il crut qu’un grand cierge l’éclairait.

De der­rière un pal­mier, une vieille femme l’avait aus­si aperçue :

« Oh ! la belle petite fille ! » ne put-​elle s’empêcher de mur­mu­rer ; mais le prêtre la fit taire d’un « chut » reten­tis­sant. Il com­pre­nait bien, lui, qu’il ne s’agissait plus de mêler des paroles de la terre à la confi­dence que Marie fai­sait au Bon Dieu.

Sa prière fut longue. Ses parents, l’ayant enfin rejointe, s’étaient age­nouillés à ses côtés et leurs genoux leur fai­saient mal, tant Marie n’en finis­sait pas. Anne, qui souf­frait des reins, en eut assez la pre­mière. Elle dit à Marie :

« Allons, petite, il est temps de ren­trer ! Tu pour­ras reve­nir ici quand tu le vou­dras, puisque tu es main­te­nant une petite fille du Bon Dieu ».

Marie était obéis­sante. Elle se redres­sa aus­si­tôt et, après une grande révé­rence à l’autel, quit­ta le Temple, en don­nant, cette fois, sérieu­se­ment la main

Ses che­veux d’or, flot­tant autour de sa tête, lui fai­saient une auréole comme si le vent les eût sou­le­vés ; mais c’était le vol des anges qui, en pas­sant, la frô­laient de leurs ailes invisibles.

 

Récit de l'évangile pour les enfants : la vie de Marie

La prière de Marie enfantARIE gran­dit. La petite fille blonde et rose, offerte au Bon Dieu, prit l’habitude d’aller Le prier tous les jours. Dès qu’elle avait ren­du les menus ser­vices que sa maman lui deman­dait, dès qu’elle avait remis en ordre les usten­siles du ménage, replié la natte sur laquelle elle dor­mait, balayé et chas­sé les  petite pous­sières, elle mon­tait bien vite au Temple, dont les beaux bâti­ments se pro­fi­laient dans les fenêtres de la claire maison.

Dans le Temple, Marie apprit à par­ler au Bon Dieu, bien sim­ple­ment, comme nous nous entre­te­nons avec notre papa ou notre maman. Elle Lui racon­tait ses petites his­toires, Lui disait qu’elle L’aimait et Lui deman­dait chaque jour de L’aimer davan­tage et de Lui prou­ver par son obéis­sance cet amour dont elle Lui par­lait. Car il ne sert à rien de répé­ter au Bon Dieu que nous L’aimons si nous ne le prou­vons par nos actes. Il est si facile de mur­mu­rer : « Mon Dieu, je vous aime ! » ; mais il est bien plus dif­fi­cile de dire : « Parce que je vous aime, je serai obéis­sant ou je ne me met­trai plus en colère ».

Au Temple, Marie apprit en outre à lire, à connaître l’Histoire de son peuple : cette His­toire qu’on nomme l’Histoire Sainte, car elle raconte les rela­tions du Bon Dieu et des hommes ; on lui ensei­gna mille choses utiles à sa vie future de femme et de ména­gère afin que, lorsqu’elle serait grande, elle rem­plît par­fai­te­ment son rôle d’enfant du Bon Dieu.

Car elle gran­dis­sait, la petite Marie. Ce fut bien­tôt une jeune fille ravis­sante, fraîche comme un pêcher en fleurs, au prin­temps. Ses parents, trou­vant qu’une si déli­cieuse jeune fille devait avoir des petits enfants aus­si beaux et aus­si bons qu’elle, pen­sèrent la marier. Ils étaient pauvres, certes, mais cepen­dant d’une excel­lente famille. Ne descendaient-​ils pas du Roi David ? Cela remon­tait si haut qu’ils en avaient per­du et la richesse et le titre. Le sou­ve­nir en demeu­rait, car il ne faut pas oublier ses ancêtres. Or, dans cette noble famille, on ne pou­vait, sans déchoir, épou­ser quelqu’un d’un rang infé­rieur. Com­ment, alors, décou­vrir celui qui convien­drait à une telle enfant ?

Récit scout : Sainte Anne au TempleLa meilleure solu­tion, lorsque nous sommes embar­ras­sés, c’est auprès du Bon Dieu que nous pou­vons la trou­ver ; c’est pour­quoi Joa­chim, Anne et Marie reprirent le che­min du Temple. Je vous l’ai déjà dit, ce n’était pas loin. La rue à tra­ver­ser, le bas­sin à lon­ger : et voi­ci les hautes marches. Cette fois, Marie, grande fille, mar­chait seule, entre ses parents, mais on eût dit que le soleil la sui­vait de rayons et la nim­bait de lumière.

Les jeunes gens de la famille de David — ses cou­sins en somme, dont cha­cun eût été bien content d’être choi­si comme époux de Marie, — avaient été convo­qués au Temple.

Sans les regar­der, Marie s’agenouilla pieu­se­ment sur le sol et pria lon­gue­ment. Anne, elle, ne se gênait pas pour jeter des coups d’œil fur­tifs sur les figures ras­sem­blées autour d’elle. Il y avait un grand bar­bu, là dans le coin, qui lui plai­sait assez. Ou peut-​être ce petit blond, dont la teinte de che­veux s’harmonisait si bien avec ceux de Marie. Le gros, à côté, était vrai­ment trop gros : on eût dit qu’il avait mis un cous­sin sous sa cein­ture, tant son ventre bal­lon­nait, et son voi­sin lou­chait si fort qu’Anne bais­sa vite les yeux, sen­tant qu’elle en deve­nait bigle.

« Mon Dieu, mon Dieu, lequel choi­sir ? Et Marie qui prie tou­jours ! Est-​elle inno­cente, cette enfant, alors que son ave­nir est là, devant elle, sous la forme de ces beaux ou laids jeunes hommes ! Elle prie, elle prie encore ! Elle ferait beau­coup mieux de les regar­der un peu. Voyez qu’elle prenne le louche ou ce, boiteux-​là, appuyé sur sa canne : comme ils seraient mal assor­tis ! Non, vrai­ment, il faut qu’elle se dépêche ».

Tout en mar­mon­nant, Anne se rap­pro­cha de Marie et, la pous­sant du coude :

Allons, ma fille, décide-toi ! »

Marie leva vers sa mère des yeux si clairs et si brillants qu’Anne crut que deux étoiles venaient de s’allumer.

« Ma mère, le Bon Dieu choi­si­ra pour moi ».

Et elle se rele­va. Len­te­ment, ses regards firent le tour de l’assemblée. Éblouis, les jeunes gens avaient bais­sé les yeux et joint les mains sur le bâton dont s’était accom­pa­gnée leur marche. Un silence mer­veilleux pla­nait dans le Temple. Les tour­te­relles du sacri­fice s’étaient pen­chées au bord de leur cage ; et un rayon de soleil, arrê­tant brus­que­ment sa danse par la fenêtre entr’ouverte, s’immobilisa en une longue cou­lée d’or.

Marie choisit un époux - histoire pour les enfantsMarie regar­dait tou­jours non les figures, qui ne l’intéressaient pas, mais les bâtons ; car le Bon Dieu lui avait indi­qué dans sa prière : « Celui dont le bâton fleu­ri­ra, ce sera lui ton époux ». Elle avait déjà fait des yeux le tour de l’assemblée sans voir fleu­rir aucun bâton, quand elle décou­vrit, cachée der­rière le pre­mier rang, une sil­houette recueillie dont elle devi­nait le contour. Marie fit un pas en avant pour l’observer davan­tage, et les jeunes gens, d’eux-mêmes, s’écartèrent. Alors, la canne de l’inconnu s’épanouit en roses blanches et roses d’un tel par­fum qu’en un ins­tant le Temple en fut tout embaumé.

Le rayon de soleil, fati­gué de son immo­bi­li­té, se remit en marche et sau­tilla sur le bâton fleu­ri avec tant de grâce que chaque pétale sem­blait une aile.

« C’est lui ! » dit sim­ple­ment Marie. Et elle ten­dit la main. Les colombes rou­cou­lèrent à nou­veau, les fleurs du bâton s’envolèrent dans un nuage de papillons mul­ti­co­lores et le rayon de soleil s’inclina sur les deux têtes rap­pro­chées en un bel arc-​en-​ciel éblouis­sant et frais.

Joseph et son baton fleuri, choisi par Marie


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Marie et la venue de Jésus »

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Un commentaire

  1. Pincemaille a dit :

    Bon­soir Messieurs,
    Mon com­men­taire sera des plus simples : je pos­sède ce livre offert par mes parents lors de ma bien loin­taine enfance puisqu’édité en 1947 !!! J’ai dû l’avoir 2 ou 3 ans plus tard ! et l’ai tou­jours gar­dé dans ma biblio­thèque et j’y tiens beaucoup.
    Je me dis par­fois qu’il est fort dom­mage qu’il ne soit pas réédi­té pour les enfants d’aujourd’hui : hé bien c’est fait par votre inter­mé­diaire ! Bra­vo et mer­ci pour les pauvres enfants actuels qui ne voient bien sou­vent, autour d’eux, que de mau­vaises choses !
    Ami­tiés à tous. En union de prières.

    26 juillet 2015
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