L’enfance de la Vierge Marie

Histoire pour les petits

La Vierge Marie racontée aux Jeannettes et LouveteauxL était une fois, dans la capi­ta­le de la Pales­ti­ne, deux vieux époux, cas­sés par l’âge et le tra­vail.

Ils habi­taient une peti­te mai­son blan­che et pro­pret­te, au bout de la grand’rue de Jéru­sa­lem, jus­te devant le Tem­ple. Le soir, lorsqu’il fai­sait beau, ils aimaient s’asseoir sur le pas de leur por­te et regar­der, sans rien dire, le soleil tout rou­ge entrer dans son lit de nua­ges der­riè­re les tours et les cou­po­les du monu­ment.

Mais ils n’étaient pas heu­reux, car ils n’avaient pas d’enfant et se trou­vaient bien seuls.

Un soir, com­me ils se sen­taient plus tris­tes que jamais, Joa­chim prit la main d’Anne, la ser­ra très fort et lui dit :

« Puis­que c’est ain­si et que nous deve­nons vrai­ment très âgés, nous allons fai­re enco­re un immen­se sacri­fi­ce…

— Quel sacri­fi­ce enco­re ? dit Anne, sen­tant un petit pin­ce­ment du côté de son cœur.

— Eh bien ! dit Joa­chim, tout bas et tout len­te­ment, nous allons nous sépa­rer !

— Quoi ! pleu­ra la pau­vre Anne.

— Oui, nous allons vivre pen­dant quel­que temps cha­cun très loin l’un de l’autre. Nous offri­rons ain­si au Bon Dieu ce qui nous coû­te le plus par­ce que c’est cer­tai­ne­ment cela qui sera le plus dur ».

Ils s’aimaient tel­le­ment, ces deux bons vieux, que la pen­sée de n’être plus ensem­ble leur fen­dait le cœur.

Joa­chim, qui savait très bien ce qu’il vou­lait, ne se lais­sa pas atten­drir par les lar­mes d’Anne ; il pré­pa­ra son petit balu­chon (en Orient, il faut bien moins de baga­ges que par ici pour voya­ger) et, le len­de­main matin, après avoir embras­sé sa fem­me très fort, s’en alla seul sur la grand’route blan­che. Anne pleu­rait tel­le­ment qu’elle ne put regar­der long­temps ; et qua­si tou­te la jour­née, elle demeu­ra, la tête dans le cou­de, à san­glo­ter silen­cieu­se­ment.

Saint Anne et Saint Joachim les parents de Marie

En ce temps-​là, la Pales­ti­ne pos­sé­dait de vas­tes régions cou­ver­tes d’une her­be drue et sèche, dont se nour­ris­saient d’innombrables trou­peaux de mou­tons. Com­me il eût été dan­ge­reux de les lais­ser ain­si se pro­me­ner seuls, des ber­gers les accom­pa­gnaient. Vêtus d’une houp­pe­lan­de bru­ne ou ver­dâ­tre, appuyés sur un long bâton ter­mi­né par une peti­te bêche et qu’on nom­me une hou­let­te, ils res­taient de longs mois loin de chez eux, pas­sant la jour­née en plein air à sur­veiller leurs trou­peaux. Le soir, assis en cer­cle autour d’un feu, ils se racon­taient des his­toi­res sous le beau ciel clair d’Orient. C’est eux que Joa­chim alla rejoin­dre lorsqu’il eut quit­té sa fem­me et sa blan­che peti­te mai­son. Les ber­gers étaient de bra­ves gens, pas curieux. Ils le reçu­rent sans rien lui deman­der. Alors, en gar­dant les mou­tons, Joa­chim pen­sait au Bon Dieu, à Anne, sa fem­me, au petit enfant qu’ils vou­draient tant avoir ; et ses jour­nées et par­fois même ses nuits n’étaient qu’une lon­gue priè­re.

Saint Joachim priant Dieu et gardant son troupeauQuand on prie le Bon Dieu avec per­sé­vé­ran­ce, on finit tou­jours par être exau­cé. Il faut conti­nuer pen­dant long­temps. Puis, ne pas avoir peur d’un sacri­fi­ce pour accom­pa­gner cet­te priè­re. Anne et Joa­chim en avaient déjà fait beau­coup : jamais de plus grand que de se quit­ter. Par­ce qu’ils furent vrai­ment géné­reux, le Bon Dieu se mon­tra, à son tour, par­fai­te­ment bon.

Un soir que Joa­chim, assis sur un rocher, regar­dait ses mou­tons se per­dre dou­ce­ment dans la bru­me, il aper­çut une lumiè­re flot­tant à l’horizon. Intri­gué, il scru­ta ce point lumi­neux, ten­dant en avant son visa­ge ridé. La lumiè­re parais­sait appro­cher, briller davan­ta­ge. Joa­chim se mit debout pour mieux obser­ver ; mais alors qu’il se rele­vait péni­ble­ment, tant ses mem­bres étaient gourds et tor­dus par les rhu­ma­tis­mes, il dut quit­ter des yeux, un ins­tant, l’étrange clar­té. Lorsqu’il se fut dres­sé, il fut stu­pé­fait de voir un ange : un bel ange dont les ailes fris­son­naient enco­re avec un bruit si doux, si léger et si frais que Joa­chim crut le prin­temps devant lui. Ahu­ri, il s’appuya de tout son poids sur sa hou­let­te et ouvrit bien gran­de sa vieille bou­che éden­tée, mais il n’eut pas le temps de poser des ques­tions. L’ange par­lait, et sa voix était déli­cieu­se com­me une musi­que de fête :

Histoire pour veillée scout : la naissance de Marie« Joa­chim, tu vas être exau­cé ! — (Ce n’est jamais pos­si­ble ! se dit Joa­chim). — Le Bon Dieu a été tou­ché de tes priè­res, de tes sacri­fi­ces. Il a été content de voir que tu ne déses­pé­rais pas, qu’au contrai­re tu conti­nuais de Le ser­vir de ton mieux. Tu auras bien­tôt une peti­te fille : une char­man­te peti­te fille que tu appel­le­ras Marie. Elle sera si exqui­se que, dès qu’elle pour­ra mar­cher, tu la confie­ras aux prê­tres du Tem­ple afin qu’ils l’offrent au Bon Dieu.

« Tu avais long­temps espé­ré. Tu avais long­temps atten­du. Ta récom­pen­se est magni­fi­que, car tu vas pos­sé­der le plus beau cadeau que jamais Dieu ait fait aux hom­mes.

« Ren­tre chez toi. La vieille Anne s’inquiète de ta lon­gue absen­ce et part à ta ren­con­tre.

« Pour te prou­ver la véra­ci­té de ma pro­mes­se, je t’annonce que tu retrou­ve­ras ta fem­me auprès de la fon­tai­ne, à l’entrée de la vil­le ».

Joa­chim n’en croyait ni ses yeux, ni ses oreilles. Ses vieilles mains trem­blan­tes agi­taient son bâton, et l’ange avait dis­pa­ru depuis long­temps déjà qu’il demeu­rait enco­re sur pla­ce, aba­sour­di.

Lorsqu’il revint à lui, il vou­lut immé­dia­te­ment se met­tre en rou­te ; il ramas­sait son sac et ses pro­vi­sions épar­ses, quand il se sou­vint des mou­tons. La nuit était venue. On dis­tin­guait à pei­ne, sur le paca­ge, la mas­se gri­se de tous ces dos, ser­rés les uns contre les autres, d’où mon­taient de tris­tes bêle­ments.

Oh ! ces mou­tons !

Joa­chim  eut vrai­ment envie de les lais­ser là, de les aban­don­ner pour être plus vite ren­tré, mais il se rap­pe­la qu’il faut tou­jours ache­ver ce qu’on com­men­ce et que, lorsqu’on vous a confié une mis­sion, il faut la mener jusqu’au bout. Alors, avec un gros sou­pir, il alla vers ses mou­tons, sif­fla ses chiens, leur don­na quel­ques ordres brefs ; puis, en une len­te pro­ces­sion, le trou­peau des­cen­dit vers la val­lée, dans un bruit sourd de petits sabots heur­tant le sol pier­reux.

À pei­ne le der­nier agneau a-​t-​il pous­sé sa queue dans l’étroite por­te de la ber­ge­rie que Joa­chim tire vive­ment le loquet et court, pour autant que le lui per­met­tent ses vieilles jam­bes, don­ner son congé au patron et rega­gner la vil­le.

Une tel­le nuit, le ciel était en fête. On le voyait bien à ce four­mille­ment d’étoiles, plus nom­breu­ses que d’habitude et si joyeu­ses qu’elles sem­blaient tou­tes dan­ser.

Et Joa­chim, le cœur heu­reux, chan­tait une peti­te chan­son, très sim­ple, que les étoi­les repre­naient avec lui, cel­le qui nous vient aux lèvres, à nous aus­si, lors­que nous som­mes contents :

« Mer­ci, mon Dieu !
Mon Dieu, mer­ci ! »

 

Saint Joachim rejoint Sainte Anne

Ça n’a l’air de rien ; mais c’était si beau que les lapins en pro­me­na­de, loin de s’enfuir en enten­dant un pas réson­ner sur la rou­te, accou­raient au contrai­re à sa ren­con­tre et l’accompagnaient même un bon bout de che­min en agi­tant en caden­ce leur peti­te queue blan­che. Les oiseaux endor­mis rêvè­rent à des chan­sons si jolies qu’à leur réveil, ils n’osèrent plus chan­ter. Puis, lors­que Joa­chim tra­ver­sa la forêt, de bran­che en bran­che, les feuilles chu­cho­tè­rent : « C’est Joa­chim qui va avoir une peti­te fille ! » et elles s’écartaient d’elles-mêmes devant lui pour lui faci­li­ter la rou­te. Sur les cailloux et les gros­ses sou­ches, les vers lui­sants, se ras­sem­blant bien vite, don­naient tou­te la lumiè­re dont ils étaient capa­bles pour l’empêcher de tré­bu­cher, car le bon Joa­chim ne voyait rien. Tout à son can­ti­que, il mar­chait, mar­chait, mar­chait enco­re, tant et si bien qu’il arri­va avant l’aube à la por­te de la vil­le endor­mie dans la nuit.

Le mes­sa­ge des feuilles fut répé­té si rapi­de­ment par les her­bes, que la fon­tai­ne l’apprit avant que Joa­chim ne par­vînt auprès d’elle. De bien loin déjà, il l’entendit chan­ter, cris­tal­li­ne :

« Viens Joa­chim, viens Joa­chim… »

Elle réveilla Anne, la pau­vre vieille. Endor­mie contre la mar­gel­le, elle ne savait ce qui lui avait pris la veille au soir (nous, nous le savons bien !). Elle avait eu, sou­dain, une si gran­de envie, un si fort besoin de revoir Joa­chim qu’en un tour­ne­main elle avait clos sa por­te et tra­ver­sé la vil­le pour se ren­dre à la cam­pa­gne. À son âge, on n’avance pas bien vite. On est rapi­de­ment essouf­flée. Aus­si, n’en pou­vant plus, elle s’était repo­sée, un ins­tant, un petit ins­tant, auprès de la si fraî­che fon­tai­ne… et voi­ci qu’elle se réveillait. Anne ne com­prit d’abord pas la nou­vel­le, se frot­ta les yeux en se deman­dant où elle était, et sou­dain, vit devant elle une ombre que son cœur recon­nut : Joa­chim !

La fon­tai­ne apai­sée mur­mu­ra un chant d’amour, et les étoi­les s’éteignirent pour lais­ser à la lune, curieu­se et tar­di­ve, un coin de ciel bour­ré d’anges à l’écoute.

 

La naissance de Marie

E Marie enfantLLE était bien jolie, la blon­de peti­te fille d’Anne et de Joa­chim ! La plus ravis­san­te enfant qu’on pût admi­rer dans la contrée ! Pour­tant, Dieu sait s’il y avait de char­man­tes peti­tes filles et de beaux petits gar­çons en cet­te gran­de vil­le de Jéru­sa­lem ! Aucun d’eux ne pos­sé­dait tant de fines­se, tant de char­me.

Son âme d’abord était bel­le. Elle n’était pas mar­quée de cet­te tache qu’on nom­me le péché ori­gi­nel. Depuis qu’au Para­dis Ter­res­tre, Adam et Ève ont déso­béi, il souille tous les enfants qui vien­nent au mon­de. Pour l’âme de Marie, Dieu fit une excep­tion. Com­ment voulez-​vous que la peti­te fille, des­ti­née à deve­nir un jour la mère de Jésus, ait pu être, un seul ins­tant, sous la domi­na­tion du démon, l’ennemi de Jésus ? C’est impos­si­ble ! C’est pour­quoi le Bon Dieu la gra­ti­fia d’un extra­or­di­nai­re pri­vi­lè­ge. Dès le moment de sa créa­tion, Il don­na à la sain­te Vier­ge une âme tou­te pure, tou­te blan­che, à laquel­le le démon ne put jamais tou­cher. On appel­le cet­te grâ­ce l’Immaculée Concep­tion, et vous appren­drez à la mieux connaî­tre lors­que vous serez plus grands.

Vous com­pre­nez dès lors com­bien l’âme inno­cen­te de la sain­te Vier­ge devait trans­pa­raî­tre à tous, en cet­te épo­que où per­son­ne n’était bap­ti­sé. Elle se reflé­tait dans ses yeux bleus, très doux, très grands, ombra­gés de cils si longs qu’on eût dit, lorsqu’elle bais­sait les pau­piè­res, qu’un éven­tail pas­sait sur ses pru­nel­les. La grâ­ce brillait dans son sou­ri­re, un sou­ri­re qui creu­sait des fos­set­tes char­man­tes dans ses joues fraî­ches com­me les fleurs du jar­din et accueillait tous les visi­teurs, parents, voi­sins, amis, heu­reux de jouir de la joie des vieux parents. Ceux-​ci ne savaient com­ment remer­cier le Bon Dieu de leur avoir don­né une tel­le mer­veille et ils ne vou­lu­rent pas tar­der à accom­plir leur pro­mes­se.

Trop sou­vent, lors­que nous som­mes dans la pei­ne, lors­que nous avons de gros cha­grins, d’immenses dif­fi­cul­tés, nous pro­met­tons au Bon Dieu d’être bien sages, de fai­re un gros sacri­fi­ce s’il veut bien nous aider ; mais une fois l’aide venue, le cha­grin conso­lé, nous oublions notre pro­mes­se… et le Bon Dieu attend tou­jours notre offran­de.

Joachim et Anne offrant Marie au Temple

Les parents de Marie ne vou­lu­rent pas être si négli­gents. Lorsqu’elle eut trois ans, ils lui mirent sa plus bel­le robe et la condui­si­rent au Tem­ple, la mai­son du Bon Dieu.

Pre­nant Marie par la main, ils tra­ver­sè­rent la rue, lon­gè­rent le long bas­sin dans lequel se reflé­taient les cou­po­les du Tem­ple et arri­vè­rent au pied des grands esca­liers qui menaient au monu­ment.

Marie, les yeux bais­sés, don­nant gen­ti­ment la main à son papa et à sa maman, se lais­sait condui­re en silen­ce. Elle n’avait pas remar­qué que les pois­sons rou­ges de la pis­ci­ne étaient mon­tés à la sur­fa­ce pour la voir pas­ser lors­que son ombre avait glis­sé sur l’eau. Elle n’avait pas enten­du les hiron­del­les se tai­re à son appro­che. Elle était trop occu­pée à ne son­ger qu’au Bon Dieu.

Ne voilà-​t-​il pas que, jusque-​là si sage entre ses deux parents, elle lâche sou­dain leur main, se met à cou­rir, puis, seule, gra­vit les hau­tes mar­ches ! Anne et Joa­chim pou­vaient à pei­ne la sui­vre, tant elle était vive ! Lorsqu’elle eut esca­la­dé tous les degrés, Marie rede­vint la peti­te fille sérieu­se et cal­me du début de la pro­me­na­de, joi­gnit les mains et seule enco­re, gra­ve, recueillie, péné­tra dans l’enceinte sacrée, par­fu­mée de l’encens des sacri­fi­ces.

Le vieux prê­tre de gar­de, enten­dant un pas menu réson­ner sur les dal­les, s’avança pour accueillir la visi­teu­se et rece­voir son offran­de. Il fut bien éton­né de ren­con­trer une peti­te fille si bel­le qu’il la prit pour un ange et si clai­re qu’il crut qu’un grand cier­ge l’éclairait.

De der­riè­re un pal­mier, une vieille fem­me l’avait aus­si aper­çue :

« Oh ! la bel­le peti­te fille ! » ne put-​elle s’empêcher de mur­mu­rer ; mais le prê­tre la fit tai­re d’un « chut » reten­tis­sant. Il com­pre­nait bien, lui, qu’il ne s’agissait plus de mêler des paro­les de la ter­re à la confi­den­ce que Marie fai­sait au Bon Dieu.

Sa priè­re fut lon­gue. Ses parents, l’ayant enfin rejoin­te, s’étaient age­nouillés à ses côtés et leurs genoux leur fai­saient mal, tant Marie n’en finis­sait pas. Anne, qui souf­frait des reins, en eut assez la pre­miè­re. Elle dit à Marie :

« Allons, peti­te, il est temps de ren­trer ! Tu pour­ras reve­nir ici quand tu le vou­dras, puis­que tu es main­te­nant une peti­te fille du Bon Dieu ».

Marie était obéis­san­te. Elle se redres­sa aus­si­tôt et, après une gran­de révé­ren­ce à l’autel, quit­ta le Tem­ple, en don­nant, cet­te fois, sérieu­se­ment la main

Ses che­veux d’or, flot­tant autour de sa tête, lui fai­saient une auréo­le com­me si le vent les eût sou­le­vés ; mais c’était le vol des anges qui, en pas­sant, la frô­laient de leurs ailes invi­si­bles.

 

Récit de l'évangile pour les enfants : la vie de Marie

La prière de Marie enfantARIE gran­dit. La peti­te fille blon­de et rose, offer­te au Bon Dieu, prit l’habitude d’aller Le prier tous les jours. Dès qu’elle avait ren­du les menus ser­vi­ces que sa maman lui deman­dait, dès qu’elle avait remis en ordre les usten­si­les du ména­ge, replié la nat­te sur laquel­le elle dor­mait, balayé et chas­sé les  peti­te pous­siè­res, elle mon­tait bien vite au Tem­ple, dont les beaux bâti­ments se pro­fi­laient dans les fenê­tres de la clai­re mai­son.

Dans le Tem­ple, Marie apprit à par­ler au Bon Dieu, bien sim­ple­ment, com­me nous nous entre­te­nons avec notre papa ou notre maman. Elle Lui racon­tait ses peti­tes his­toi­res, Lui disait qu’elle L’aimait et Lui deman­dait cha­que jour de L’aimer davan­ta­ge et de Lui prou­ver par son obéis­san­ce cet amour dont elle Lui par­lait. Car il ne sert à rien de répé­ter au Bon Dieu que nous L’aimons si nous ne le prou­vons par nos actes. Il est si faci­le de mur­mu­rer : « Mon Dieu, je vous aime ! » ; mais il est bien plus dif­fi­ci­le de dire : « Par­ce que je vous aime, je serai obéis­sant ou je ne me met­trai plus en colè­re ».

Au Tem­ple, Marie apprit en outre à lire, à connaî­tre l’Histoire de son peu­ple : cet­te His­toi­re qu’on nom­me l’Histoire Sain­te, car elle racon­te les rela­tions du Bon Dieu et des hom­mes ; on lui ensei­gna mil­le cho­ses uti­les à sa vie futu­re de fem­me et de ména­gè­re afin que, lorsqu’elle serait gran­de, elle rem­plît par­fai­te­ment son rôle d’enfant du Bon Dieu.

Car elle gran­dis­sait, la peti­te Marie. Ce fut bien­tôt une jeu­ne fille ravis­san­te, fraî­che com­me un pêcher en fleurs, au prin­temps. Ses parents, trou­vant qu’une si déli­cieu­se jeu­ne fille devait avoir des petits enfants aus­si beaux et aus­si bons qu’elle, pen­sè­rent la marier. Ils étaient pau­vres, cer­tes, mais cepen­dant d’une excel­len­te famil­le. Ne descendaient-​ils pas du Roi David ? Cela remon­tait si haut qu’ils en avaient per­du et la riches­se et le titre. Le sou­ve­nir en demeu­rait, car il ne faut pas oublier ses ancê­tres. Or, dans cet­te noble famil­le, on ne pou­vait, sans déchoir, épou­ser quelqu’un d’un rang infé­rieur. Com­ment, alors, décou­vrir celui qui convien­drait à une tel­le enfant ?

Récit scout : Sainte Anne au TempleLa meilleu­re solu­tion, lors­que nous som­mes embar­ras­sés, c’est auprès du Bon Dieu que nous pou­vons la trou­ver ; c’est pour­quoi Joa­chim, Anne et Marie repri­rent le che­min du Tem­ple. Je vous l’ai déjà dit, ce n’était pas loin. La rue à tra­ver­ser, le bas­sin à lon­ger : et voi­ci les hau­tes mar­ches. Cet­te fois, Marie, gran­de fille, mar­chait seule, entre ses parents, mais on eût dit que le soleil la sui­vait de rayons et la nim­bait de lumiè­re.

Les jeu­nes gens de la famil­le de David — ses cou­sins en som­me, dont cha­cun eût été bien content d’être choi­si com­me époux de Marie, — avaient été convo­qués au Tem­ple.

Sans les regar­der, Marie s’agenouilla pieu­se­ment sur le sol et pria lon­gue­ment. Anne, elle, ne se gênait pas pour jeter des coups d’œil fur­tifs sur les figu­res ras­sem­blées autour d’elle. Il y avait un grand bar­bu, là dans le coin, qui lui plai­sait assez. Ou peut-​être ce petit blond, dont la tein­te de che­veux s’harmonisait si bien avec ceux de Marie. Le gros, à côté, était vrai­ment trop gros : on eût dit qu’il avait mis un cous­sin sous sa cein­tu­re, tant son ven­tre bal­lon­nait, et son voi­sin lou­chait si fort qu’Anne bais­sa vite les yeux, sen­tant qu’elle en deve­nait bigle.

« Mon Dieu, mon Dieu, lequel choi­sir ? Et Marie qui prie tou­jours ! Est-​elle inno­cen­te, cet­te enfant, alors que son ave­nir est là, devant elle, sous la for­me de ces beaux ou laids jeu­nes hom­mes ! Elle prie, elle prie enco­re ! Elle ferait beau­coup mieux de les regar­der un peu. Voyez qu’elle pren­ne le lou­che ou ce, boiteux-​là, appuyé sur sa can­ne : com­me ils seraient mal assor­tis ! Non, vrai­ment, il faut qu’elle se dépê­che ».

Tout en mar­mon­nant, Anne se rap­pro­cha de Marie et, la pous­sant du cou­de :

Allons, ma fille, décide-​toi ! »

Marie leva vers sa mère des yeux si clairs et si brillants qu’Anne crut que deux étoi­les venaient de s’allumer.

« Ma mère, le Bon Dieu choi­si­ra pour moi ».

Et elle se rele­va. Len­te­ment, ses regards firent le tour de l’assemblée. Éblouis, les jeu­nes gens avaient bais­sé les yeux et joint les mains sur le bâton dont s’était accom­pa­gnée leur mar­che. Un silen­ce mer­veilleux pla­nait dans le Tem­ple. Les tour­te­rel­les du sacri­fi­ce s’étaient pen­chées au bord de leur cage ; et un rayon de soleil, arrê­tant brus­que­ment sa dan­se par la fenê­tre entr’ouverte, s’immobilisa en une lon­gue cou­lée d’or.

Marie choisit un époux - histoire pour les enfantsMarie regar­dait tou­jours non les figu­res, qui ne l’intéressaient pas, mais les bâtons ; car le Bon Dieu lui avait indi­qué dans sa priè­re : « Celui dont le bâton fleu­ri­ra, ce sera lui ton époux ». Elle avait déjà fait des yeux le tour de l’assemblée sans voir fleu­rir aucun bâton, quand elle décou­vrit, cachée der­riè­re le pre­mier rang, une sil­houet­te recueillie dont elle devi­nait le contour. Marie fit un pas en avant pour l’observer davan­ta­ge, et les jeu­nes gens, d’eux-mêmes, s’écartèrent. Alors, la can­ne de l’inconnu s’épanouit en roses blan­ches et roses d’un tel par­fum qu’en un ins­tant le Tem­ple en fut tout embau­mé.

Le rayon de soleil, fati­gué de son immo­bi­li­té, se remit en mar­che et sau­tilla sur le bâton fleu­ri avec tant de grâ­ce que cha­que péta­le sem­blait une aile.

« C’est lui ! » dit sim­ple­ment Marie. Et elle ten­dit la main. Les colom­bes rou­cou­lè­rent à nou­veau, les fleurs du bâton s’envolèrent dans un nua­ge de papillons mul­ti­co­lo­res et le rayon de soleil s’inclina sur les deux têtes rap­pro­chées en un bel arc-​en-​ciel éblouis­sant et frais.

Joseph et son baton fleuri, choisi par Marie


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Marie et la venue de Jésus »

Un commentaire

  1. Pincemaille a dit :

    Bon­soir Mes­sieurs,
    Mon com­men­tai­re sera des plus sim­ples : je pos­sè­de ce livre offert par mes parents lors de ma bien loin­tai­ne enfan­ce puisqu’édité en 1947 !!! J’ai dû l’avoir 2 ou 3 ans plus tard ! et l’ai tou­jours gar­dé dans ma biblio­thè­que et j’y tiens beau­coup.
    Je me dis par­fois qu’il est fort dom­ma­ge qu’il ne soit pas réédi­té pour les enfants d’aujourd’hui : hé bien c’est fait par votre inter­mé­diai­re ! Bra­vo et mer­ci pour les pau­vres enfants actuels qui ne voient bien sou­vent, autour d’eux, que de mau­vai­ses cho­ses !
    Ami­tiés à tous. En union de priè­res.

    26 juillet 2015
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