Voulant essayer d’apitoyer les Juifs, Pilate ordonna que Jésus fut flagellé, comme un criminel. L’attachant à une demi-colonne, les bourreaux le flagellèrent avec des fouets garnis de pointes de fer et de boules de plomb. Chez les Juifs, le nombre des coups ne devait pas dépasser quarante ; mais comme les…
Étiquette : <span>Passion</span>
Après avoir été, à Montmartre, le curé du Moulin-Rouge, je suis devenu, à Saint-François-de-Sales, le curé de l’Hospitalité de Nuit.
C’est là, dans cette maison, née du cœur des catholiques, que chaque soir, lentement, tristement, pas à pas, arrivent les vaincus de la vie, pour trouver un matelas, du pain, et un peu d’oubli…
C’est pourquoi, après les quatorze retraites paroissiales, j’ai voulu que les « clochards » de chez moi aient, eux aussi, leur retraite à eux, où ils entendraient le langage qu’ils comprennent, et des paroles qui leur feraient du bien.
Ce sera mon dernier coup de canon.
J’ai précisément, dans mon clergé, un brave prêtre savoisien qui a beaucoup voyagé en Terre Sainte, et qui avec son cœur et une barbe magnifique, est tout à fait l’homme de la situation.
Le directeur de l’Hospitalité semble un peu inquiet, car, avec les événements, il y a pas mal de « fortes têtes », ce soir-là, dans la maison.
Mon vicaire le rassure.
— Tout ira bien… Je vais leur prêcher la Passion.
— La Passion… ? Vous n’y pensez pas !…
— Mais oui… la Passion…
Et il pousse la porte.
Vision unique d’humanité.

Je voudrais que tous les provinciaux, qui rêvent des grandes villes, puissent voir ici un des envers du décor.
Grande salle rectangulaire. Relents d’habits miteux, de sueur, de tabac — et quel tabac ! — de vinasse et d’alcool…
Là, sur des bancs très bas, sont assis des centaines d’hommes de tout âge, de toute profession, de toute langue….
Ex omni natione quae sub cælo est…
Tignasses mal peignées… barbes hirsutes, vêtements en lambeaux… Tout cela plus ou moins habité…
Le premier que j’aperçois, c’est mon ancien gardien du chantier de Sainte-Odile… brave homme dont j’ai dû me séparer, parce qu’il ne gardait rien du tout.
L’un montre ses semelles percées et il dit sentencieusement : « Je marche sur mes tiges !… » mais une bouteille de « rouge » sort, à moitié, de sa poche.
« Dieu a tant aimé le monde qu’Il
a donné son Fils unique ».
Jean s’éveilla, le lendemain matin, tout surpris de ne pas entendre la voix aigre de la mère Mathieu lui ordonner de se lever et, comme déjà le soleil printanier inondait sa chambre, il se dit qu’il ne serait pas à la gare, à l’heure de l’arrivée des journaux… Mais la porte s’ouvrit, et la vieille bonne entra, avec un bon sourire.
Quelle joie ce fut pour l’enfant de faire une toilette soignée, de mettre du linge et des vêtements propres. Madame Lagarde vint chercher Jean : dans un joli geste affectueux, l’enfant lui sauta au cou, comme s’il était redevenu le petit Jeannot qu’une mère tendre couvrait jadis de baisers.

— Cher petit, dit Madame Lagarde, en embrassant l’enfant, comme tu me rappelles le fils que j’ai perdu à la guerre et dont tu as, cette nuit, occupé la chambre…
Elle emmena Jean dans la salle à manger, et, pendant qu’il déjeunait, l’informa de ses projets, pour la journée.
— Ce matin, tu travailleras.
— J’irai vendre des journaux ?
Tout sanglant, tout brisé par la douleur, le Rédempteur du monde fut traîné devant son juge.
Pilate, marchant devant lui hors de la salle du Prétoire, le montra à la foule en disant : « Voilà l’Homme. »
Lui-même, juge inique, eut peur de sa cruelle faiblesse. Il crut qu’en montrant au peuple ce corps ensanglanté, ce visage déchiré, ils auraient pitié de lui.
« Voilà l’Homme ! » dit Pilate.
Oui, voilà l’Homme, l’Homme saint, l’Homme-Dieu qu’ils ont méconnu, outragé, torturé. Voilà l’Homme qui veut souffrir, qui veut mourir pour sauver ceux qui le méconnaissent, qui l’outragent, qui le torturent ; voilà l’Homme-Dieu mourant, mais qui veut souffrir encore jusqu’à ce qu’il ait expié tous les péchés de tous les hommes qu’il appelle ses frères.
Et les Juifs n’ont aucune pitié de ses atroces douleurs ; ils veulent qu’il souffre encore, ils veulent l’avilir plus encore par le supplice ignominieux de la croix, et tous rugissent de plus fort en plus fort :
« Crucifiez-le ! crucifiez-le ! »
Pilate, à ces cris, rassemble son courage : « Pourquoi le crucifierai-je, demanda-t-il, puisqu’il est innocent ? Crucifierai-je votre Roi ?
— Nous n’avons pas d’autre Roi que César ! crient les Juifs. Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous ! Il s’est dit Fils de Dieu, et selon notre loi il doit mourir ! Si vous le relâchez, vous êtes ennemi de César ! »
À ces paroles, Pilate eut peur et chercha à étouffer la voix de sa conscience. Il monta donc sur son tribunal, qui, suivant l’usage des anciens, était situé en plein air et devant le palais. Il se fit apporter de l’eau, et se lavant les mains en présence de la foule :
Dès que le jour parut, Caïphe rassembla une seconde fois les Princes des Prêtres, les Anciens du peuple, les Scribes et les Pharisiens. Ils interrogèrent de nouveau Jésus, qui affirma encore qu’il était le Christ, le Fils de Dieu fait homme, Ils confirmèrent la condamnation à mort ; mais comme le gouverneur romain pouvait seul faire exécuter les condamnations à mort, Jésus fut conduit au palais de Ponce Pilate, qui était gouverneur de Jérusalem au nom de l’Empereur Tibère.
Pilate était un homme faible et égoïste ; il désirait plaire à tout le monde et il ne cherchait pas à être juste dans ses jugements.
Il était environ six heures du matin quand Jésus fut amené à son tribunal. Les Juifs accusèrent Jésus d’une foule de crimes et ils affirmèrent qu’il se disait Roi de Judée, et qu’il méprisait l’autorité de César Tibère.
Pilate interrogea Jésus ; il fut frappé de sa majesté et de sa douceur.
« Es-tu Roi ? lui demanda-t-il.
— Oui ; répondit le Sauveur, tu l’as dit, je suis Roi ; mais mon Royaume n’est pas de ce monde. Si mon Royaume était de ce monde, je serais environné de serviteurs qui prendraient ma défense. Je suis venu en ce monde pour rendre témoignage à la vérité.
— Et qu’est-ce que la vérité ? » demanda Pilate. Mais sans attendre une réponse dont, au fond, il se souciait peu, il s’avança vers les Juifs, et leur dit que ne trouvant aucun crime en cet homme, il allait le renvoyer à Hérode, Tétrarque de Galilée.
Armand. Qu’est-ce que c’est, Tétrarque ?
Grand’mère. Un Tétrarque était un Roi d’une petite province. Hérode commandait la province de Galilée, qui était une partie de la Judée ou Palestine. Et comme Pilate venait d’apprendre que Jésus était Galiléen, il voulut se faire ami d’Hérode en lui renvoyant un homme qui était de sa province.
CXXII. Jésus devant Hérode.
Hérode, Tétrarque de Galilée, était un prince cruel, orgueilleux et railleur, c’est-à-dire moqueur.
Il avait entendu parler de Jésus comme d’un faiseur de miracles, et il s’attendait, ainsi que ses courtisans, à lui voir faire des prodiges. Mais le Fils de Dieu ne dit pas une parole en sa présence.
Hérode, mécontent et désappointé, se moqua de lui, le regarda comme un fou, et le fit revêtir d’une robe blanche, ce qui, en Galilée, était le vêtement des fous. Il lui fit mettre dans la main un long roseau en place du sceptre royal que portent les Rois, et il le renvoya à Pilate, accompagné par une populace grossière qui blasphémait, qui l’insultait et le frappait.






