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Ouvrage : La semaine de Suzette

Conte de Pâques

Histoire pour la fête de Pâques, racontée aux enfants

Dans une petite ville du moyen âge, aux rues étroites, aux toits poin­tus, vivait, il y a bien long­temps, la fille d’un humble potier. On l’appelait Jac­quotte la sérieuse, car, bien qu’elle n’eût que douze ans, elle ne son­geait pas à jouer comme les autres petites filles mais pas­sait ses jour­nées dans l’atelier de son père, à recueillir les débris d’argile qui tom­baient du tour du potier ; elle les pétris­sait dans ses mains, puis, avec des outils de cise­leur que son père lui avait fabri­qués sur sa prière, elle tra­çait dans la pâte molle des guir­landes de fleurs, des fruits, des oiseaux, et toutes les figures que lui ins­pi­rait sa fan­tai­sie. Un jour, le bruit se répan­dit que le sei­gneur de la ville avait déci­dé d’offrir une cloche à l’église. Comme il la vou­lait très belle, tous les maîtres cise­leurs étaient invi­tés à concou­rir pour sa déco­ra­tion : les pro­jets devaient être expo­sés sur la place publique le jour du ven­dre­di saint, et le peuple assem­blé serait juge.

Jac­quotte, quand elle apprit cela, fut sai­sie d’une sorte de fièvre.

— Père, sup­pliait-elle, faites-moi une cloche d’argile, pour que j’essaie de la décorer.

— Y songes-tu ? répon­dit en riant le potier. Tu vou­drais concou­rir, mau­viette, avec des arti­sans qui ont du poil au menton !

Pour­tant, il finit par céder aux larmes de sa fille, et se mit à l’ouvrage, tout en haus­sant les épaules. Mais il avait tant tar­dé que la cloche ne fut ache­vée que le soir du jeu­di saint.

— Allons dor­mir, main­te­nant, dit-il à Jac­quotte. En te levant de bonne heure, tu auras encore le temps d’être prête pour le concours, et il dis­si­mu­la un sou­rire dans sa barbe.

Ouvrage : Autres textes

Patissier ambulant« Grand’­mère ! grand’­mère ! m’é­criai-je, voi­ci le mar­chand de gâteaux : viens vite ! j’ai été sage. »

J’en­ten­dais en effet au loin, dans la rue du vil­lage, la cla­quette du pâtis­sier ; et il ne venait pas len­te­ment comme chaque jour ; comme chaque jour, il ne s’ar­rê­tait pas de porte en porte ; la cla­quette, aux bat­te­ments si mal assu­rés d’or­di­naire, n’al­ter­nait plus avec le cri trem­blo­tant du bon­homme ; elle frap­pait fort et sans cesse. Les petits gâteaux venaient droit à moi, leur plus constant ami, et je me disais tout joyeux : « Nul ne les arrête au pas­sage, nul ne me pren­dra celui que je préfère »

Mais à mesure que le bruit appro­chait, un doute cruel gran­dis­sait dans ma tête : mon vieux mar­chand n’a­vait ni une démarche aus­si pré­ci­pi­tée, ni un bras aus­si ferme. « Mon Dieu, me disais-je, si ce n’é­tait pas lui ! ne vien­drait-il plus ? serait-ce main­te­nant un autre à sa place, et à la place de mes bons petits gâteaux dorés, les mau­vais gâteaux de tout le monde ? »

Il me pre­nait envie de bou­der les nou­veaux venus ; et cepen­dant, c’é­taient tou­jours des gâteaux : ils appro­chaient… je les sen­tais venir… « Grand’­mère ! grand’­mère ! » et, tra­ver­sant la cour à la hâte, je me lan­çai hors du logis.

Hélas ! mon bon­heur avait été trop grand pour ne pas cacher une décep­tion cruelle : Point de gâteaux ! point de mar­chand jeune ou vieux !… Un enfant de chœur en cos­tume, por­tant une immense cré­celle, par­cou­rait la rue en s’ar­rê­tant un ins­tant à chaque porte ; et soit qu’il ren­dît hom­mage à mon aïeule, soit qu’il vou­lût ajou­ter le sar­casme à la mys­ti­fi­ca­tion, il fit devant moi sa pause la plus longue et son tapage le plus acharné.

Crécelle du jeudi saintJe ren­trai au logis, tré­pi­gnant de rage, et j’al­lai me jeter dans les bras de ma grand’mère.

« Le méchant, m’é­criai-je, il l’a fait pour se moquer de moi ! »

Et je me mis à ver­ser de grosses larmes.

« Cher petit ! me dit mon aïeule, en tirant de son grand sac un bon­bon qui me cal­ma sou­dain, — l’en­fant de chœur ne pen­sait pas à toi ; oublies-tu donc que nous sommes au jeu­di saint ? Nous n’a­vons plus de cloche, il venait nous annon­cer l’heure des vêpres.

— Com­ment, grand’­mère, plus de cloche ? je l’ai enten­due Ce matin…

— Ce matin ; mais ce soir elle s’en est allée.

— Où donc, grand’mère ?

— À Rome, mon enfant.

— À Rome !… Et pourquoi ?

— Parce qu’elle y va chaque année le jeu­di saint.

Paques : Cloches partant pour Rome— Et pourquoi,faire ?

— Ah ! bien des choses. Elle va voir le saint-père.

— Et les autres ?

— Com­ment les autres ?

— Les cloches de la ville, celles des autres églises ?

— Elles y vont aussi.

— Quoi, toutes ?

— Oui, toutes.

— Oh ! grand’­mère ! dis-je en sou­riant.… Mais, ajou­tai-je avec inquié­tude, quand reviendront-elles ?

— La veille de Pâques, à midi, et elles son­ne­ront bien fort pour rat­tra­per le temps perdu.

— Oh ! tant mieux ! je pour­rai recon­naître le mar­chand de gâteaux. »

Et ma grand’­mère, ache­vant d’es­suyer mes larmes par un gros bai­ser, me prit par la main et m’emmena à vêpres.

Ouvrage : Autres textes | Auteur : Ancelet-Hustache, Jeanne

Conte de Pâques pour les enfants sages

Il était une fois, dans une tour grise qui domine un des plus vieux quar­tiers de Paris, cinq cloches sus­pen­dues en trois ran­gées : deux, puis deux, puis une. Mgr l’Archevêque les avait bénites et elles por­taient des noms, car les cloches reçoivent des noms comme les petits chrétiens.

baptême de cloches

Que les cloches étaient jolies, le jour de leur bap­tême, dans leur robe blanche ornée de bro­de­ries et de rubans ! La plus petite, qui avait pour par­rain et mar­raine des enfants royaux, avait été nom­mée Hen­riette-Louise, comme une prin­cesse de France.

Les cloches mêlaient leurs voix quand on bap­ti­sait un petit, quand le prêtre unis­sait deux époux ou quand l’âme d’un chré­tien était retour­née à Dieu. Le dimanche aus­si, leurs notes plus chan­tantes ou plus graves s’accordaient pour louer le Sei­gneur, et aux jours de fête, leurs accents se fai­saient si joyeux que leur allé­gresse sem­blait rem­plir la ville entière.

Pour les son­ner, on ne fai­sait pas usage de cordes. C’est bon quand il s’agit des cloches de vil­lage qu’un seul homme peut mettre en branle.

Ici la plus petite cloche, la filleule royale Hen­riette-Louise pesait près de deux mille livres.

Aux jours solen­nels, quand toutes les cloches devaient prendre part à la fête, le maître-son­neur allait recru­ter des hommes solides dans les coins du quar­tier où il savait les trouver.

Des deux mains, ils empoi­gnaient les cro­chets de fer vis­sés dans les poutres, et s’y tenaient ferme, le maître-son­neur don­nait le signal et, de toutes leurs forces, les son­neurs appuyaient en mesure régu­lière sur des pédales qui met­taient la cloche en branle. Pen­dant qu’elle se balan­çait, ils res­taient un ins­tant sus­pen­dus dans le vide, mais ils évi­taient de regar­der sous eux le noir pro­fond de la tour, où un filet était d’ailleurs prêt à les rece­voir si le ver­tige arra­chait leurs mains aux cram­pons de fer.

Sonnerie des cloches - Manoeuvre bourdon Emmanuel

Au pied du clo­cher, les fidèles se ren­daient à l’église en beaux atours du dimanche. La joie était plus grande encore quand les petites filles en mous­se­line blanche arri­vaient pour la pre­mière Com­mu­nion ou la Fête-Dieu. D’année en année, celles-ci demeu­raient sem­blables, si bien que, du haut du clo­cher, on eût pu croire que c’étaient tou­jours les mêmes qui reve­naient, mais la mode trans­for­mait la coupe des vête­ments que por­taient les mes­sieurs et la forme des robes pour les dames.

Comme les hommes aiment le chan­ge­ment ! que de choses étranges ils inventent ! Les che­vaux, qui fai­saient son­ner sous leurs sabots le pavé des rues voi­sines, avaient peu à peu dis­pa­ru. Des voi­tures qui rou­laient toutes seules avaient rem­pla­cé les calèches ou les camions lourds qu’ils traî­naient. Voi­ci même qu’on avait trou­vé le moyen de trans­for­mer presque abso­lu­ment la nuit en jour.

Or il advint ceci.

Dans l’escalier, un beau jour, des pas reten­tirent, qui n’étaient point les pas pesants des son­neurs. Trois mes­sieurs en cha­peau rond, habillés chez le bon tailleur, accom­pa­gnaient Mon­sieur le Curé. Ils regar­dèrent les cloches de haut en bas, de long en large et en tra­vers, pro­non­cèrent des mots extra­va­gants que les cloches n’avaient jamais enten­dus et aux­quels elles ne com­pre­naient goutte : « Élec­tri­ci­té… moteur… cou­rant… trans­for­ma­teur… mise en mou­ve­ment auto­ma­tique… », puis ils sor­tirent de la poche de leur ves­ton de grandes feuilles avec des tra­cés noirs aus­si extra­va­gants que leurs paroles, et des car­nets sur les­quels ils se mirent à ins­crire des chiffres.

Ouvrage : Évangile d’une grand’mère | Auteur : Ségur, Comtesse de

Marie-Made­leine, la pauvre péche­resse conver­tie, la fidèle et cou­ra­geuse chré­tienne du Cal­vaire, pous­sée par son amour pour Jésus, sor­tit de Jéru­sa­lem le dimanche matin avant même le lever du soleil. Elle vou­lait aller pleu­rer près du tom­beau de son bon maître, s’exposant ain­si aux insultes des sol­dats qui gar­daient le corps.

Pen­dant qu’elle allait au tom­beau, le Christ était res­sus­ci­té ; et lorsque Made­leine arri­va au petit jar­din qui entou­rait le sépulcre, les gardes s’étaient déjà enfuis et Made­leine vit avec stu­pé­fac­tion la porte ouverte et la pierre enlevée.

Pierre roulée et tombeau vide PaquesElle jeta un regard rapide dans l’intérieur du caveau, et croyant qu’on avait enle­vé le corps, elle cou­rut pré­ci­pi­tam­ment au Cénacle aver­tir Pierre, qui était déjà consi­dé­ré comme le Chef des Apôtres. Pierre et Jean sor­tirent aus­si­tôt et cou­rurent vers le tom­beau. Made­leine les sui­vit de loin.

Ouvrage : Évangile d’une grand’mère | Auteur : Ségur, Comtesse de

Qua­torze fois dans le temps de ses pré­di­ca­tions Notre-Sei­gneur avait annon­cé qu’après sa Pas­sion et sa mort, il res­sus­ci­te­rait le troi­sième jour, et il pré­sen­tait d’avance cette résur­rec­tion comme le signe évident et défi­ni­tif auquel, non-seule­ment les Apôtres, mais les Juifs infi­dèles eux-mêmes, pour­raient recon­naître qu’il était le Fils de Dieu, égal à Dieu son Père.

Les enne­mis du Sau­veur connais­saient si bien cette pro­phé­tie et en com­pre­naient tel­le­ment l’importance, que leur pre­mier soin, aus­si­tôt que Jésus eut été enle­vé de la croix et dépo­sé au Saint Sépulcre, fut d’y mettre des gardes, et de fer­mer la porte du tom­beau avec les grands sceaux publics.

Mise au tombeau Rembrandt - Récit de la Résurrection pour les petits

Par cette méfiance des vues des Apôtres, par ces pré­cau­tions exces­sives, ils ren­dirent eux-mêmes plus cer­taine la résur­rec­tion de Notre-Sei­gneur dont tous les gardes du tom­beau furent témoins.

Valen­tine. Com­ment ! C’est devant eux tous que Jésus sor­tit vivant du tombeau ?

Grand’mère. Oui, devant tous, à leur grande frayeur, comme je vais vous le racon­ter tout à l’heure.