Étiquette : <span>Noël</span>

Ouvrage : La semaine de Suzette | Auteur : Valdor | Illustration : Morin, Henry

La tour de Grandcroix

Dans une modeste mais char­mante habi­ta­tion, située en pleine cam­pagne nor­mande, demeu­rait la famille Ver­dier, com­po­sée du père, de la mère et de quatre enfants : Lucienne âgée de treize ans, déjà sérieuse et rai­son­nable, Roger, grand gar­çon de onze ans, Ninette, qui en avait huit, et enfin le petit Paul qui n’en comp­tait que six. Cette aimable et nom­breuse famille n’a­vait pour tout reve­nu que les appoin­te­ments de M. Ver­dier qui exerçait…

les fonc­tions de per­cep­teur. Aus­si la maman devait-elle réa­li­ser des pro­diges d’é­co­no­mie pour par­ve­nir à bou­cler le bud­get ; on y’ar­ri­vait cependant.

À côté de l’ha­bi­ta­tion de M. Ver­dier s’é­le­vait une tour déla­brée, der­nier ves­tige d’un château…

qui avait connu des siècles de splen­deur. Il était la pro­prié­té des comtes de Grand­croix, ancien­ne­ment hauts et puis­sants sei­gneurs, dont les géné­ra­tions suc­ces­sives avaient fait reten­tir les bois de leurs classes et che­vau­chées. Cette noble famille était peu à peu tom­bée en déca­dence et avait fini par se trou­ver tota­le­ment ruinée.

Ouvrage : Lectures Catholiques | Auteur : L'Ermite, Pierre

(Une salle à man­ger de bour­geois sans goût ; aux murs, por­traits de Gari­bal­di, de Vic­tor Noir, de Louis Blanc, de Charles Rouge. Le mari, un mon­sieur sec, barbe en pointe, l’air mau­vais, com­mence à déjeu­ner devant sa femme ; celle-ci figure quel­conque, plu­tôt douce.) 

— Dis, Charles… ? 

— Quoi… ? Je vou­drais bien que ce soir tu sortes du bureau une heure avant, à cause de ton fils… 

— … De mon fils… ? 

— Tu ne devines pas… ? 

— Non. Mais… c’est Noël ! !

— Noël… ? Eh Bien, quoi… ? Noël… ? Voyons, j’at­tends l’explication… ? 

(La femme un peu vexée, ne répond pas, et mange, le nez sur la table. Lui en fait autant. Dans la salle, on ne per­çoit plus que le bruit de la cuillère bat­tant le fond de l’as­siette, et le glou­glou du potage qui déglu­tine entre deux haies de barbe. La bonne, une Bre­tonne, va, vient.) 

— Ah ça, Éli­sa, vas-tu me faire une tête pareille pen­dant tout le déjeuner… ? 

— Que veux-tu, je suis mère, moi !… je ne peux pas me faire à l’i­dée que demain tous les bébés seront heu­reux… qu’il y aura des extases au fond de leurs yeux bleus… qu’ils bat­tront des mains avec joie devant les che­mi­nées, parce que c’est leur jour… le jour des tout petits… et que, seul, notre enfant n’au­ra rien !… qu’il sera comme un paria au milieu du bon­heur géné­ral !… et tout cela pour ser­vir l’or­gueil de tes pas­sions poli­tiques… parce qu’il te plait d’a­voir des opi­nions qui ne sont pas celles de tout le monde, et que tu défends avec une bru­ta­li­té qui, d’ailleurs, prouve leur faiblesse !…

(Le mari pose sa cuillère, essuie sa barbe et regarde sa femme les yeux hors de la tête.) 

— Eh bien… je vais te répondre clai­re­ment ! … tu es mère moi, je suis père ! … on est ce qu’on peut !… Or, le père, c’est le maître !… c’est moi qui com­mande ici !… tu m’o­bliges à te le dire, tant pis pour toi !… J’a­joute ceci : Noël est une super­sti­tion, le reste d’une reli­gion qui ne tient plus debout !… (Il se tape sur les cuisses avec indi­gna­tion). Noël ! Noël !… Non, faut-il que tu sois à court d’ar­gu­ments pour me jeter ce motif à la figure !… et le comble, c’est que tu pre­nais à l’ins­tant un petit air vain­queur !… tu croyais me clouer le bec avec ton Noël !… Mais, ma petite, Noël… ça n’existe pas !… Qui fête Noël aujourd’­hui ?… Les calo­tins et les imbé­ciles !.. Je veux que mon fils ne se range ni d’un côté, ni de l’autre ; et Noël n’exis­te­ra jamais chez moi !… C’est com­pris ?… Tu me parles de jou­joux ?… je l’en gave­rai de jou­joux !… mais au jour de l’an ; sans quoi, j’au­rais l’air de col­la­bo­rer à la super­sti­tion, et de sou­li­gner, aux yeux de mon fils, la soi-disant fête… d’un soi-disant…

— … Tais-toi, mon pauvre ami, tu vas dire des stu­pi­di­tés !… Pour­tant une ques­tion : Quand tu étais tout jeune, tes parents te don­naient-ils par­fois un petit Noël… ?

— Oui…

— Et alors, de quel droit prives-tu ton fils d’un plai­sir qu’ont tous les enfants de son âge et que tu as eu toi-même… ?

(Lui, majes­tueux, en bran­dis­sant sa fourchette) 

— Au nom de l’é­vo­lu­tion de l’a­ve­nir et de la liber­té de la pensée ! !…

(La femme et la bonne haussent en même temps les épaules, et tout retombe dans un silence morne.)


(La chambre de bébé, la nuit ; petite veilleuse dont la lumière tremble dans un coin. L’en­fant ne dort pas ; on sent au remous de la cou­ver­ture que le petit corps s’a­gite, tourne, retourne, vire, ne tient pas en place. Tout à coup bébé s’assied.)

— Il me semble que j’ai enten­du un bruit… ? c’est peut-être les ailes de l’Ange qui frottent contre la suie de la che­mi­née…?? À pro­pos… Ils doivent se noir­cir, les Anges… quand ils des­cendent dans la che­mi­née… ? Pour­quoi ils ne montent pas l’es­ca­lier. Ah je sais !… c’est à cause des ser­rures… papa, il en a trois… de ser­rures… il leur en fau­drait des clés !… Encore un bruit… ? non, c’est le vent !… si j’al­lais voir… ?

Ouvrage : Tout l'Évangile en images | Auteur : Baeteman, R. P. J.

Dès que Jésus fut né, les Anges chan­tèrent dans le ciel, illu­mi­nant la nuit de leurs clar­tés. Ils s’a­dres­sèrent alors à des ber­gers qui gar­daient leurs trou­peaux, et leur dirent : « Allez à Beth­léem. Il vous est né un Sau­veur, que vous trou­ve­rez enve­lop­pé de langes et posé dans une crèche !…

Ouvrage : Tout l'Évangile en images | Auteur : Baeteman, R. P. J.

Quand fut arri­vé le moment où Marie allait être mère, elle dut, avec Joseph, aller à Beth­léem, pour obéir aux ordres de l’Em­pe­reur Auguste qui vou­lait faire le recen­se­ment de ses sujets. Arri­vés là, les deux voya­geurs cher­chèrent un abri ; mais il y avait tant de monde dans la petite…

Ouvrage : La semaine de Suzette

La grosse Louise a ouvert brus­que­ment la porte du petit salon où Mme de Cham­breil tri­cote devant une claire flambée. 

Jaque­mette a posé sa pou­pée et, sur­prise, s’est redres­sée de toute la hau­teur de ses huit ans. 

— Eh bien, Louise, que se passe-t-il ? demande Mme de Chambreil.

— Madame ! Madame !… C’est M. le Curé ! 

— M. le Curé à cette heure-ci ? Faites entrer, Louise ! 

La sil­houette du prêtre se des­sine dans l’entre-bâille­ment de la porte. Il secoue avant d’en­trer quelques flo­cons de neige qui s’in­crustent à sa pèle­rine. Son bon sou­rire se fait embarrassé. 

— Je m’ex­cuse, madame, de venir vous déran­ger à cette heure indue. 

— Vous savez bien, mon­sieur le Curé, que vous ne me déran­gez jamais… Mais je suis navrée de voir que vous avez affron­té un temps pareil pour venir jus­qu’i­ci… et un soir de Noël encore ! 

— Eh ! oui… jus­te­ment, un soir de Noël… C’est que, voyez-vous, madame, il m’ar­rive quelque chose de bien fâcheux : Je n’ai pas d’En­fant Jésus !

Devant le sou­rire un peu amu­sé de Mme de Cham­breil, le bon prêtre s’explique : 

— Vous savez que, grâce à la géné­ro­si­té de mes parois­siens, j’ai pu orga­ni­ser une crèche cette année… une crèche tout à fait bien. Mue Béchaille a tout pré­pa­ré. Moi-même y ai mis tan­tôt, la der­nière main. Nous avons saint Joseph, la Sainte Vierge, les ber­gers. Tout, madame sauf l’En­fant Jésus que la mai­son de Paris qui nous a four­ni ses per­son­nages a négli­gé de com­prendre dans l’en­voi. J’ai envoyé un télé­gramme avant-hier et, confiant dans la Pro­vi­dence, j’ai atten­du sans trop d’ap­pré­hen­sion. Mais il faut se rendre à l’é­vi­dence. Le train de quatre heures est pas­sé sans m’a­me­ner le colis dési­ré, et je ne sais plus com­ment faire… Alors, je suis venu, madame… pour vous deman­der conseil. 

Mme de Cham­breil com­prit tout de suite ce que le pauvre prêtre atten­dait d’elle. 

— Ne déses­pé­rez pas, mon­sieur le Curé, il reste encore une chance. Je vais aller avec la voi­ture à Bayeux pour tâcher de trou­ver un petit Jésus. 

— Mais, madame… 

— Ne faut-il pas tout tenter ?