Quand fut arrivé le moment où Marie allait être mère, elle dut, avec Joseph, aller à Bethléem, pour obéir aux ordres de l’Empereur Auguste qui voulait faire le recensement de ses sujets. Arrivés là, les deux voyageurs cherchèrent un abri ; mais il y avait tant de monde dans la petite…
Et maintenant une histoire ! Posts
Né à Aoste, en Piémont, vers la fin de 1033, Anselme fut pris entre sa mère qui le formait avec douceur et son père qui le persécutait. Vers l’âge de 15 ans, il connut les attraits du monde et faillit même sombrer dans le mal à la mort de sa mère. Bientôt, pour échapper aux vexations paternelles, il s’enfuit en France, où il eut la bonne fortune de devenir l’élève de Lanfranc, au monastère du Bec. À 22 ans, il se fit moine. Nommé prieur quelque temps après, il se montra tout ensemble un maître d’une clarté, d’une vie et d’une élévation doctrinale admirables, et un directeur d’âmes sachant à merveille redresser, ouvrir, dilater et entraîner ses jeunes religieux. Lanfranc, son ancien précepteur, était devenu archevêque de Cantorbéry. À sa mort, Anselme fut appelé à lui succéder. Sa parole, ses écrits et son exemple firent faire de grands progrès à la piété et à la discipline dans le diocèse. Mais le roi Guillaume le Roux ayant tenté d’usurper les droits de l’Église et l’évêque lui opposant une résistance invincible, ce saint dut subir la confiscation de ses biens et l’exil. Il se retira auprès d’Urbain II à Rome. Au concile de Bari, il soutint contre les Grecs que le Saint-Esprit procède aussi du Fils. Rappelé en Angleterre par Henri Beauclerc, successeur de Guillaume, il y mourut le 21 avril 1109. Ses nombreux et savants ouvrages lui ont valu d’être déclaré Docteur de l’Église.
La grosse Louise a ouvert brusquement la porte du petit salon où Mme de Chambreil tricote devant une claire flambée.
Jaquemette a posé sa poupée et, surprise, s’est redressée de toute la hauteur de ses huit ans.
— Eh bien, Louise, que se passe-t-il ? demande Mme de Chambreil.
— Madame ! Madame !… C’est M. le Curé !
— M. le Curé à cette heure-ci ? Faites entrer, Louise !
La silhouette du prêtre se dessine dans l’entre-bâillement de la porte. Il secoue avant d’entrer quelques flocons de neige qui s’incrustent à sa pèlerine. Son bon sourire se fait embarrassé.
— Je m’excuse, madame, de venir vous déranger à cette heure indue.
— Vous savez bien, monsieur le Curé, que vous ne me dérangez jamais… Mais je suis navrée de voir que vous avez affronté un temps pareil pour venir jusqu’ici… et un soir de Noël encore !
— Eh ! oui… justement, un soir de Noël… C’est que, voyez-vous, madame, il m’arrive quelque chose de bien fâcheux : Je n’ai pas d’Enfant Jésus !
Devant le sourire un peu amusé de Mme de Chambreil, le bon prêtre s’explique :
— Vous savez que, grâce à la générosité de mes paroissiens, j’ai pu organiser une crèche cette année… une crèche tout à fait bien. Mue Béchaille a tout préparé. Moi-même y ai mis tantôt, la dernière main. Nous avons saint Joseph, la Sainte Vierge, les bergers. Tout, madame sauf l’Enfant Jésus que la maison de Paris qui nous a fourni ses personnages a négligé de comprendre dans l’envoi. J’ai envoyé un télégramme avant-hier et, confiant dans la Providence, j’ai attendu sans trop d’appréhension. Mais il faut se rendre à l’évidence. Le train de quatre heures est passé sans m’amener le colis désiré, et je ne sais plus comment faire… Alors, je suis venu, madame… pour vous demander conseil.
Mme de Chambreil comprit tout de suite ce que le pauvre prêtre attendait d’elle.
— Ne désespérez pas, monsieur le Curé, il reste encore une chance. Je vais aller avec la voiture à Bayeux pour tâcher de trouver un petit Jésus.
— Mais, madame…
— Ne faut-il pas tout tenter ?
Apôtre et martyr (Iᵉʳ siècle).
Fête le 21 décembre.
Lorsque Notre-Seigneur, après avoir passé trente ans dans l’humilité d’une vie obscure, inaugura sa mission publique et commença à révéler au monde les mystères du royaume des cieux, il choisit, en traversant les bourgades de la Palestine, des disciples qui l’accompagnèrent dans ses courses apostoliques. Douze d’entre eux furent plus intimement associés à son ministère : il les instruisit avec prédilection, il les envoya prêcher en son nom, il en fit ses messagers, ses amis, ses apôtres. Parmi ces privilégiés qui recueillirent de plus près les sublimes enseignements du Maître et les secrets de son cœur si aimant, se trouvait saint Thomas.
Si l’on en croit d’anciens documents, son vrai nom était Judas ; et c’est sans doute à cause de l’emploi très commun de ce nom chez les Juifs que, pour le distinguer de ses homonymes, on l’aurait désigné sous le surnom de Thomas, signifiant jumeau, comme le nom grec de Didyme par lequel le désigne aussi l’évangéliste saint Jean. D’après une tradition, il serait né à Antioche, et des écrits apocryphes racontent qu’il avait une sœur jumelle nommée Lydie. Mais il faut ouvrir l’Évangile pour trouver des épisodes d’une authenticité indiscutable de la vie de saint Thomas.
Courageuse fidélité au Maître.
À l’époque où il entendit l’appel de Jésus, Thomas devait mener en Galilée, comme la plupart des autres apôtres, une humble existence de pêcheur. Plus tard, en effet, après la Résurrection du Christ, nous le trouvons parmi les disciples qui, ayant repris leur ancien métier, jetaient leurs filets dans les eaux du lac de Tibériade et qui, favorisés d’une apparition du Sauveur ressuscité, durent à sa parole de faire une pêche miraculeuse. Son caractère se révèle dans trois faits que raconte saint Jean.
C’est d’abord un épisode où l’apôtre se montre généreusement dévoué au Maître et pousse la fidélité jusqu’à vouloir affronter la mort. Notre-Seigneur avait publiquement enseigné aux Juifs qu’il était égal au Père et Dieu comme lui, et ses auditeurs avaient ramassé des pierres pour le lapider comme un blasphémateur ; mais il s’était dérobé à leur fureur, car l’heure de souffrir pour la Rédemption du monde n’était pas encore venue. Quand cette heure approcha, il dit à ses disciples : « Retournons en Judée. » Ces paroles les effrayèrent. « Maître, s’écrièrent-ils, il y a quelques jours, les Juifs voulaient vous lapider, et vous voulez retourner dans ce pays ! » Ils redoutaient, dans un double sentiment d’amour et de crainte, les mauvais traitements qui étaient réservés à leur Maître et à eux-mêmes. C’est alors que Thomas, surmontant toute crainte, encouragea ses compagnons à rester fidèles à Jésus jusqu’à la mort. Il leur dit ces courageuses paroles : « Allons nous aussi et mourons avec lui. Eamus et nos et moriamur cum illo. » En cette circonstance, comme le remarque saint Vincent Ferrier, il montra plus de charité que les autres apôtres, car il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie.
Amour de la vérité.
Résolu à suivre le Christ jusque sur le chemin du supplice, Thomas était, on n’en peut douter, très attentif aux enseignements divins, et il voulait les bien comprendre. Peu enclin à croire sans se rendre compte et défiant devant toute affirmation que n’appuyaient pas des preuves solides, il aimait la vérité et s’y attachait avec ardeur, dès qu’elle s’imposait à son esprit. Loin d’être naïvement crédule, il raisonnait sur ce qu’il entendait et ne se rendait qu’à une doctrine lumineuse et certaine. Deux épisodes mettent en relief cette attitude d’âme.
Transportons-nous au Cénacle, où le Seigneur prend avec ses disciples son dernier repas, ce repas pascal où, après leur avoir donné son Corps et son Sang par l’institution de la sainte Eucharistie, il leur livre les plus sublimes enseignements qui n’aient jamais frappé oreille humaine. Comme il est sur le point de s’offrir à la mort, il console ses apôtres qu’afflige la pensée de la séparation prochaine, en leur annonçant qu’il va leur préparer une place dans la maison de son Père, et en leur disant : « Lorsque je m’en serai allé et que je vous aurai préparé une place, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous y soyez aussi ; et vous savez où je vais et vous en connaissez le chemin. » Mais Thomas l’interrompt : « Seigneur, nous ignorons où vous allez ; comment pouvons-nous en savoir le chemin ? » Par ces mots, il avoue humblement que la doctrine du Maître touchant le terme de sa mission a dépassé la portée de son esprit, et il demande à en être mieux instruit. Et Jésus de lui répondre par ces paroles qui soulignent si magnifiquement son œuvre rédemptrice : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie ; nul ne va au Père que par moi… » Aucun apôtre, sans doute, n’écoute alors avec plus d’attention la doctrine de vérité et de vie que continue à exposer le Sauveur.
L’heure du doute et l’heure de la foi.
Parce qu’il aimait la vérité, l’apôtre Thomas la voulait pure ; il se mettait en garde contre l’illusion et l’imagination qui la travestissent. Il y avait chez lui, jusqu’à l’excès, une sorte de prudence intellectuelle qui l’empêchait d’ajouter foi à tout témoignage humain dont il ne touchait pas les preuves incontestables. C’est ce qui apparaît dans l’épisode évangélique si connu, où il subit une heure de doute, et même d’incrédulité, avant l’heure exquise de la foi rassurée et indéfectible.
Jésus-Christ, après sa Résurrection, apparut aux disciples qui, par crainte des Juifs, s’étaient enfermés au Cénacle. Thomas, à ce moment, ne se trouvait pas avec eux. À son retour, ils l’entourèrent et lui dirent : « Nous avons vu le Seigneur. » Quelque surprenant que fût le fait de la Résurrection glorieuse du Sauveur, l’apôtre aurait dû s’incliner devant l’affirmation unanime des disciples. Il n’en fît rien : il craignait qu’ils eussent été victimes d’une illusion. « Si je ne vois dans ses mains, dit-il, la marque des clous, et si je ne mets mon doigt à la place des clous, et ma main dans son côté, je ne croirai point. »
Huit jours après, comme les disciples étaient encore réunis au Cénacle et qu’ils avaient Thomas parmi eux, Jésus leur apparut de nouveau en leur disant : « Paix avec vous ! » Puis, s’adressant à Thomas et lui montrant ses plaies, il lui dit : « Mets ici ton doigt, et regarde mes mains ; approche aussi la main, et mets-la dans mon côté ; et ne sois pas incrédule, mais croyant. » L’apôtre toucha-t-il les cicatrices du Sauveur ? Le texte sacré ne le dit pas, et on peut croire qu’il suffit à Thomas d’entendre le témoignage rendu par Jésus à la réalité de sa Résurrection pour repousser tout doute et toute incrédulité, et pour exprimer sa foi, désormais lumineuse et ardente, dans ce cri plein de respect et d’amour : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus reprit : « Parce que tu m’as vu, Thomas, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru ! » Pour tout reproche, il opposait à la soumission tardive de son apôtre le mérite et le bonheur des âmes qui croient en lui sans exiger de le voir.
Les Pères de l’Église se sont plu à montrer combien l’incrédulité passagère du disciple a tourné à l’avantage du christianisme, en ôtant tout sujet de douter de la Résurrection, et par conséquent de la divinité de Jésus. Saint Grégoire le Grand écrit : « L’incrédulité de saint Thomas a plus fait pour affermir notre foi que la foi des disciples qui avaient cru. »
L’adieu de Jésus et la venue de l’Esprit.
Après la scène qui vient d’être racontée, le nom de l’apôtre Thomas n’apparaît que deux fois dans le Nouveau Testament (Jean, XXI, 2 ; Actes, 1, 13) ; et c’est d’abord dans une circonstance où le Sauveur ressuscité apparut encore à plusieurs des siens pour leur faire de touchants adieux avant de retourner à son Père, puis dans la réunion des disciples au Cénacle, où ils persévéraient dans la prière et où ils reçurent l’Esprit-Saint.
Conte de Noël
POURQUOI donc, en ce 24 décembre Daniel montre-t-il un front si grave et un regard tout sombre ? Aurait-il mérité de trouver, le lendemain, ses chaussures vides ? Non, l’Enfant Jésus sait bien que Dani est un bon petit gars…, oh ! un tout petit peu gourmand, un tout petit peu paresseux ; ma enfin, personne n’est parfait, et maman a déclaré que son petit garçon a fait des progrès.

Ce n’est donc ni le remords ni la crainte qui tourmente notre bonhomme. Alors ?… Alors, il a des soucis, ou plutôt « un » souci, un seul, et c’est bien assez, car cet hôte, dans la cervelle de 5 ans, est aussi encombrant qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine.
Voici l’affaire :
Tantôt, devant la crèche, tous les membres de la famille ont déposé un spécimen de leurs chaussures ; Bonne-Maman a exigé, en effet, que ses grands enfants tentent leur chance comme le tout petit. Papa et maman, en revanche, ont réclamé la présence d’une des « confortables » de l’aïeule ; la servante Mélanie, elle aussi a été invitée à se faire représenter près de l’Enfant Dieu par une de ses belles pantoufles.
Demain matin, les cadeaux multiples recouvriront, sans nul doute, ce bizarre bataillon, pour la grande joie de tous.
Mais voilà : Dani est, maintenant, un grand garçon ; il sait qu’il est bien plus doux encore de donner que de recevoir, et il a décidé que, cette fois, entre l’Enfant Jésus et la « Villa Rose » (c’est le nom de la villa de Daniel), les dons ne seraient pas à sens unique, mais qu’il y aurait échange de cadeaux.
— Mademoiselle, qu’est-ce que je pourrais bien offrir au Petit Jésus pour son Noël ?

La zélatrice a caressé le minois rose tendu vers elle.
— Donne-lui ton cœur, mon petit homme.
Son cœur…, croit-on, par hasard, que Daniel aurait attendu d’être si vieux — pensez donc, 5 ans aux prochaines violettes ! — pour le donner tout entier à Jésus ? Puisque les grandes personnes sont incapables de lui offrir une idée neuve, il trouvera lui-même.
Ce n’est d’ailleurs pas bien difficile… Sur la table de la chambre se trouve une petite boîte où grand-maman, tante Jeanne, parrain, glissent parfois, à son intention, pièces blanches ou billets. Il parait qu’on appelle ça une tirelire, et qu’en vidant ladite tirelire Daniel pourra obtenir, en échange des pièces et des billets, l’auto à pédales, objet de ses rêves. Eh bien ! adieu, auto…
— Écoute, ô Neïlah… j’ai mis tant d’ardeur à fouler le raisin qu’au soir mes mains étaient rouges comme les mains du prêtre immolant des victimes. J’ai tant moissonné au champ du riche que, sur la terre, mes gerbes, retenant le soleil dans l’or de leurs épis, en retardaient l’heure de l’ombre. J’ai tant peiné, ô Neïlah ! Mais vois : ma bourse de peau déjà s’alourdit et gonfle comme un fruit mûrissant du figuier. Bientôt, je serai riche. J’achèterai deux gras troupeaux. Je louerai ce beau champ au pied de la colline. Plus tard, j’aurai ma vigne et son pressoir. J’aurai des serviteurs qui me rendront des comptes. Alors, ô Neïlah ! ton père ne me repoussera plus. Je t’emmènerai dans ma maison, et tu deviendras mon épouse.
Le regard ardent sous le turban clair, le visage tendu vers des lointains mystérieux, ainsi le jeune Bethléemite parlait. À ses côtés, sur le même banc de roc, sa compagne restait pensive, les mains tordant la bordure du voile.
Elle dit, d’une voix lente et triste :
— Simon le laboureur a trois beaux champs, pauvre Azaël, et du froment jusqu’au faîte de ses greniers ; ses troupeaux sont gras. Il est riche, et il m’aime, et c’est à lui que veut me fiancer mon père.
— Mais toi… toi, tu ne veux pas ? cria le jeune homme angoissé.
L’adolescente joignit les mains. Deux larmes perlèrent au bord de ses longs cils.
— O mon pauvre Azaël !
Ce fut tout l’aveu de son amour et de son impuissance.
Un jour vint, cependant, où les enfants de Bethléem pensèrent sourire au bonheur comme à l’ami qu’on voit venir.
Azaël était presque riche, à force de labeur. Il faisait, en riant, tinter sa bourse pleine. Encore quelques efforts, et les oliviers bleus seraient à lui, et la vigne non loin du champ.
Neïlah, rêveuse, passait à son poignet un bracelet de corne ouvragée qu’il avait sculptée pour elle, aux veillées de montagne, en gardant les troupeaux. Il venait de le lui offrir, et le cœur de la jeune fille battait encore des paroles qu’il avait dites :





