Le secret de Gopal


La grande salle des fêtes du collège de N... tenu aux Indes par les Pères jésuites, était ce soir-là pleine à craquer. On y passait un film passionnant et, si la salle elle-même se trouvait plongée
Le feu gagnait partout
La dernière charrette de foin venait d'être mise en lieu sûr.

Et puis ce fut l'orage, violent, brutal. Les éclairs succédaient aux éclairs. Déjà, l'énorme sapin de la cour du château avait été
Monsieur Vincent : de Dax à Paris

Vincent de Paul naquit en Gascogne, à Pouy — près de Dax — le 24 avril 1581. A vrai dire, aucun document religieux ni civil ne nous a jamais renseigné sur l'année de sa naissance. Mais
Les XIXe et XXe siècle.
∼∼ XXVIII ∼∼
C'est le dernier soir. Tante Jeanne, Annie, Bernard partent demain matin ; la vie va reprendre, régulière, studieuse, dans la petite maison claire, jusqu'à l'époque redoutée du retour
Le miracle du grand saint Nicolas II
II
Saint Nicolas embrassa les trois enfants et les interrogea avec douceur sur la mort qu’ils avaient misérablement soufferte. Ils contèrent que Garum, s’étant approché d’eux tandis
La violette de Pibrac
Que se passe-t-il donc à Pibrac ? Pourquoi cette animation à laquelle l'humble village gascon n'est guère accoutumé ? Pourquoi ces arcs de fleurs et de feuillages, et ces draps tendus aux fenêtres
Découpage diorama : Saint Joseph travaillant à Nazareth
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Et maintenant une histoire ! Posts

Auteur : Goyau, Georges | Ouvrage : À la conquête du monde païen .

XIX

« Mon supé­rieur, le Père Dehon, m’envoie fon­der une mis­sion au centre de l’Afrique, disait en 1897 le Père Gabriel Gri­son, des prêtres du Sacré-​Cœur de Saint-​Quentin ; je l’ai tou­jours dési­ré ; mais com­ment ferons-​nous ? Nous n’avons ni hommes ni argent. » Il par­tit avec un billet d’aller et retour, offert par l’État indé­pen­dant du Congo.

Le cou­pon de retour ne devait point être uti­li­sé ; le Père Gri­son res­ta là-​bas. Dès Noël 1897, dans une ins­tal­la­tion de for­tune, à quelques kilo­mètres en aval de Stan­ley­ville, il célé­brait devant cinq blancs et deux cents noirs la pre­mière messe de minuit qui eût jamais été mur­mu­rée dans ces régions ; et le len­de­main matin, seul dans la forêt, médi­tant et priant, il lui sem­blait entendre, « dans le loin­tain de l’avenir, les cloches son­ner à toute volée et appe­ler les pauvres tri­bus noires à la grande solen­ni­té de Noël ! »

L'histoire du soir des enfants : Congo Belge. — Franciscaines Missionnaires
Congo Belge. — Fran­cis­caines Mis­sion­naires de Marie sur un pont de lianes.

Bien vite, il se fami­lia­ri­sait avec les noirs, s’en allant, de hutte en hutte, jeter dans leurs mar­mites d’amicales pin­cées de sel, et les gron­dant, mais pas trop fort, lorsque par­fois, la nuit, ils venaient voci­fé­rer autour de sa tente en l’honneur de la lune. Par­mi eux, il y avait des can­ni­bales, des man­geurs de cadavres ; il fal­lait lut­ter contre cette bar­ba­rie. Le Père, un jour, voyait sur­ve­nir deux noirs : le pre­mier avait ven­du sa femme au second, pour que celui-​ci la man­geât ; et l’acheteur, une fois repu de cet épou­van­table menu, refu­sait de payer. Voi­là la terre de sau­va­ge­rie où les Prêtres du Sacré-​Cœur allaient implan­ter la ten­dresse du Christ et révé­ler aux hommes la digni­té de l’homme.

De jeunes esclaves furent rache­tés, un orphe­li­nat se fon­da. Puis, çà et là, des fermes-​chapelles s’ouvrirent, où des caté­chistes grou­paient la popu­la­tion et la pré­pa­raient à l’arrivée du mis­sion­naire nomade. « Nous vou­lons mar­cher sur le che­min frais, non sur le che­min de feu, » disaient les noirs ; le pre­mier de ces che­mins, pour eux, c’était la route du ciel, et le second la route de l’enfer. Leur choix était fait ; ils optaient pour le pre­mier. Et d’année en année, le T. R. P. Dehon expé­diait là-​bas de nou­veaux mis­sion­naires en pâture au labeur, en pâture à la mort. En douze ans, treize suc­com­bèrent. Par­fois quelque vieille pirogue, avec laquelle de leur vivant ils avaient affron­té les rapides du fleuve Congo, four­nis­sait, lorsqu’ils étaient morts, le bois néces­saire pour fabri­quer leur cercueil.

Auteur : Goyau, Georges | Ouvrage : À la conquête du monde païen .

XVIII

Mté­sa, roi de l’Ouganda, un jour de juin 1879, don­nait au Père Lour­del, père Blanc, un ter­rain sur l’une des sept col­lines de Rou­ba­ga, sa capi­tale ; en face du paga­nisme, en face du pro­tes­tan­tisme ins­tal­lé là depuis 1876, la pre­mière pierre de la mis­sion de l’Ouganda était posée, et dans Rome, l’autre ville aux Sept Col­lines, on se réjouissait.

« Je veux apprendre à lire, » disait au Père Lour­del en 1879 un indi­gène de l’Ouganda. Et le Père de répondre : « Bien volon­tiers, mais il fau­dra aus­si apprendre à connaître et à aimer Dieu. » Alors l’indigène, dont le nom était Mab­wan­da, lui répli­quait : « Tu as rai­son : j’ai été chez les musul­mans ; à les en croire, on peut se per­mettre tout ; il suf­fit, pour rede­ve­nir inno­cent, de se laver avec de l’eau ou du sable. J’ai été aus­si chez les pro­tes­tants, sans y trou­ver ce que je cherche ; mon cœur demeure insa­tis­fait. » Mab­wan­da consen­tait à apprendre le Cre­do ; d’autres bien­tôt le sui­vaient ; dès le mois de mars 1880, ils étaient déjà nom­breux ; et, le 27 mars, jour du same­di saint, les quatre plus dignes étaient bap­ti­sés… Bap­ti­sés secrè­te­ment, avant le jour ; cette église se tenait encore aux cata­combes. La vie cachée de la catho­li­ci­té, sur terre d’Ouganda, avait commencé.

Coloriage pour les enfants : Cardinal Lavigerie.
Car­di­nal Lavigerie.

Quelques années se pas­saient : la petite chré­tien­té se déve­lop­pait, par­mi beau­coup d’épreuves. Sou­dai­ne­ment, le nou­veau roi Mouan­ga se lais­sa per­sua­der que les chré­tiens, — ces Euro­péens, — met­taient ses États en péril. Un de ses conseillers, Mou­ka­sa, chré­tien lui-​même, ten­tait de prendre leur défense : le 15 novembre 1885, il le fai­sait déca­pi­ter, et Mou­ka­sa ouvrait un long cor­tège de vic­times. Le 17 novembre, un édit royal parais­sait : Mort aux chré­tiens ! dehors les mis­sion­naires ! tel était le sens de l’édit. Le roi fit venir tous ses pages, par petits groupes, leur deman­da s’ils priaient avec les blancs, fit cou­per l’oreille à l’un d’eux, puis parut s’apaiser, et de nou­veau se déchaî­na contre la pré­sence de ces chré­tiens : les vieilles divi­ni­tés païennes, disait-​il, se ven­geaient, en lui infli­geant des défaites navales, en mul­ti­pliant les incen­dies sur ses terres. L’orage allait gron­der : un chef des pages, Charles Louan­ga, bap­ti­sait ceux de ses cama­rades dont l’instruction n’était pas encore ache­vée. Par­mi eux, il y en avait un, tout jeune encore, — il s’appelait Kizi­to, — qui avait peur d’avoir peur lorsqu’il fau­drait mou­rir ; et Louan­ga lui disait : « Nous nous tien­drons par la main pour mou­rir ensemble. » Mouan­ga ras­sem­blait ses pages : « Êtes-​vous donc tous chré­tiens ? — Oui, maître, nous le sommes. — Et vous vou­lez le res­ter ? — Oui, tou­jours jusqu’à la mort. — Qu’on les tue ! » Il don­nait l’ordre de les lier, de leur faire faire soixante kilo­mètres ; là-​bas un bûcher les atten­dait. Le lugubre cor­tège par­tait, sous la béné­dic­tion du Père Lour­del. Et Mouan­ga ripos­tait aux pro­tes­ta­tions des mis­sion­naires en fai­sant exé­cu­ter le com­man­dant de sa garde, qui était un chré­tien… Sur la route inter­mi­nable, les pages condam­nés au bûcher che­mi­naient péni­ble­ment, se heur­tant les uns contre les autres, tant étaient gênants, par leur étroi­tesse, les liens qui les enchaî­naient. Ceux qui se plai­gnaient, ceux qui ne pou­vaient plus avan­cer, on les tuait. La veille de l’Ascension de 1886, le bûcher s’alluma : Louan­ga et ses com­pa­gnons rayon­naient de joie. « Entendez-​vous ces idiots ? rica­nait un des bour­reaux. On dirait vrai­ment qu’ils vont à la noce et que nous allons leur ser­vir un fes­tin ! » Louan­ga fut déta­ché de la petite troupe : on lui brû­la, savam­ment, les pieds et les jambes, en lais­sant intact, tout d’abord, le haut du corps. « Prie ton Dieu, raillait-​on, qu’il vienne te sor­tir de là ! » Et Louan­ga ripos­tait : « Il me semble que c’est de l’eau fraîche que tu me verses sur les pieds. » Les Livres Saints repré­sentent Dieu comme se riant de ses enne­mis : ain­si Louan­ga se riait-​il d’eux, pen­dant que l’on car­bo­ni­sait tous ses membres l’un après l’autre. Les treize autres pages furent enve­lop­pés cha­cun dans une claie de roseaux et entas­sés sur un seul bûcher : les roseaux s’enflammèrent, et le cré­pi­te­ment de ces torches vivantes ne pou­vait étouf­fer un mur­mure de prières, par lequel elles s’offraient elles-​mêmes en sacri­fice. Il y avait là trois petits pages encore, presque des enfants, aux­quels le bour­reau avait reçu ordre de faire grâce.

Auteur : Goyau, Georges | Ouvrage : À la conquête du monde païen .

XVII

Ce fut une dou­lou­reuse aurore que celle des Mis­sions Afri­caines de Lyon. Mgr de Marion-​Brésillac, qui en 1857 les fon­dait, rejoi­gnait, au prin­temps de 1859, le pre­mier essaim de mis­sion­naires, par­tis pour Sierra-​Leone : il se pré­pa­rait à se mettre avec eux au tra­vail. L’évêque, trois prêtres, deux frères : tel était le per­son­nel de la mis­sion. Au bout d’un mois, hélas ! la fièvre jaune avait déjà mis au tom­beau deux prêtres et un frère ; l’autre frère, très souf­frant, était rapa­trié. Et le pré­lat res­tait seul, avec un prêtre, M. Rey­mond. « Il n’est pas impro­bable, écrivait- il, que M. Rey­mond et moi sui­vions de près ceux que nous pleu­rons, et la Mis­sion de Sier­ra Leone sera alors aus­si­tôt finie que com­men­cée. » La cruelle pro­ba­bi­li­té se véri­fia. En juillet, tous deux tom­baient malades. M. Rey­mond avait la force d’administrer à son évêque mou­rant l’extrême-onction, de consom­mer les hos­ties qui res­taient, et de remon­ter dans son lit, pour y mou­rir à son tour. Il ne res­tait plus rien, en Afrique, des Mis­sions Afri­caines de Lyon.

Les missions d'Afrique - Histoire à lire aux enfantsMais déjà, à Lyon même, des novices se for­maient : le Père Augus­tin Planque les éle­vait. Il vou­lait que l’œuvre vécût. Une ligne du pro­phète Isaïe : « J’enverrai quelques-​uns d’entre eux en Afrique, Mit­tam ex eis in Afri­cam, » avait été don­née comme devise à la jeune Socié­té par Mgr de Marion-​Brésillac. Le Père Planque gar­dait pieu­se­ment une lettre, où celui-​ci lui avait dit : « Si la mer et ses écueils vou­laient que cette année fût ma der­nière, vous seriez là pour que l’œuvre ne fît pas nau­frage. » Cette lettre était plus qu’un sou­ve­nir, elle demeu­rait une con-​signe tes­ta­men­taire, et le Père Planque, d’accord avec le car­di­nal pré­fet de la Pro­pa­gande, vou­lait y obéir.

Dès 1861, la Socié­té des Mis­sions Afri­caines de Lyon s’installait au Daho­mey. Pays de sau­vages, où le roi Glé­glé, chaque année, fai­sait des raz­zias d’hommes pour les sacri­fices humains qu’exigeaient les litur­gies païennes et les somp­tueuses funé­railles des per­son­nages de la cour. Le Père Bor­ghe­ro, chef de la mis­sion, s’en allait voir Glé­glé : celui-​ci l’honorait en lui offrant une belle fête, où les Ama­zones daho­méennes, com­man­dées par Glé­glé, haran­guées par Glé­glé, cou­raient pieds nus sur des talus épi­neux, sur des toi­tures héris­sées de dards de cac­tus, avec une incom­pa­rable maî­trise. Il faut bien, com­men­tait Glé­glé, accueillir avec éclat l’envoyé de Napo­léon III. Mais le Père Bor­ghe­ro se défen­dait, rap­pe­lait qu’il était le mes­sa­ger d’un autre sou­ve­rain, d’un sou­ve­rain qui n’était pas de ce monde et qui pour­tant y régnait, Dieu. Glé­glé consen­tait que les mis­sion­naires fussent les hôtes de son pays, mais il pro­hi­bait que ses sujets se lais­sassent bap­ti­ser. On vit ces prêtres se faire méde­cins, culti­va­teurs ; leur ser­viable cha­ri­té, leurs leçons de civi­li­sa­tion, atti­raient cer­taines âmes ; et dans Why­dah, dis­crè­te­ment, une petite chré­tien­té parais­sait se for­mer. Mais, en 1869, les cir­cons­tances for­çaient les Mis­sions Afri­caines à s’exiler de cette ville, et lorsque, en sep­tembre 1870, l’émeute lyon­naise réqui­si­tion­na la mai­son mère, il n’y avait plus, en acti­vi­té de ser­vice afri­cain, que deux toutes petites poi­gnées de mis­sion­naires, à Lagos et à Porto-​Novo. Et mélan­co­li­que­ment le Père Planque son­geait que sur trente et un Pères qu’il avait déjà envoyés aux Mis­sions, cinq étaient morts, et que sept étaient reve­nus à peu près invalides.

Auteur : Goyau, Georges | Ouvrage : À la conquête du monde païen .

XVI

Il y a une cen­taine d’années, les vil­la­geois de Minerve, petite com­mune de l’Hérault, étaient fort intri­gués des allures de l’abbé Bes­sieux, leur curé. Il leur était arri­vé de Péze­nas, où, quinze mois durant, il avait fait office de vicaire : ces quinze mois avaient suf­fi pour que, par­mi les parois­siens, on lui don­nât le plus beau des noms, que son humi­li­té consi­dé­rait comme une iro­nie : on l’avait appe­lé « le saint ». Est-​ce donc marque de sain­te­té, se deman­daient les gens de Minerve, que de se traî­ner à pied, sur les routes d’alentour, en se char­geant inuti­le­ment de toutes sortes de paquets ?

Ils ne savaient pas que leur curé rêvait d’évasions, — les éva­sions du mis­sion­naire, — et qu’il s’exerçait aux marches épui­santes, en vue de la vie très dure des mis­sions. Lorsqu’il eut pas­sé sept ans chez eux, ce fut le tour de ses col­lègues du petit sémi­naire de Saint-​Pons d’être éton­nés. Au lieu qu’il répa­rât par une forte nour­ri­ture les fatigues de son métier de pro­fes­seur, on le voyait s’exténuer en jeûnes, ne s’accorder sou­vent d’autre menu qu’un peu de riz, et dor­mir sur une chaise trente nuits de suite. Il avait son secret : il vou­lait, par ces gym­nas­tiques d’ascétisme, exer­cer en lui l’endurance du mis­sion­naire. Il ne cachait pas, au demeu­rant, son inté­rêt pour les mis­sions, et tou­jours il était prêt à rem­pla­cer ses col­lègues dans cer­taines cor­vées, moyen­nant quelques sous pour la Pro­pa­ga­tion de la Foi.

L'évangélisation du Gabon racontée aux enfants du CatéchismeIl y eut grande rumeur au petit sémi­naire, un jour de 1842 : on apprit que l’abbé Bes­sieux, aux pré­cé­dentes vacances, s’en était allé à Paris ; que l’abbé Des­ge­nettes, le curé des Vic­toires, l’avait mis en rap­port avec le Père Liber­mann, qui fon­dait en ce moment même, pour l’apostolat des noirs d’Afrique, la congré­ga­tion du Saint-​Cœur-​de-​Marie, et qu’il allait entrer dans cette congré­ga­tion. Le pro­fes­seur de rhé­to­rique du sémi­naire, qui n’était autre que l’abbé Pau­li­nier, futur arche­vêque de Besan­çon, ponc­tuait l’événement en don­nant comme sujet de devoir à ses élèves le com­men­taire de cette ligne de Cha­teau­briand : « La reli­gion chré­tienne a réa­li­sé dans les déserts de l’Amérique ce que la fable nous raconte des Amphion et des Orphée. »

Pour se pré­pa­rer à de pareilles réa­li­sa­tions dans l’Afrique incon­nue, l’abbé Bes­sieux, en août 1842, entrait au novi­ciat de la Neu­ville, que, proche d’Amiens, Liber­mann venait de fon­der. Ils étaient treize, y com­pris Liber­mann : sept prêtres, trois diacres, un sous-​diacre et deux mino­rés. L’indigent logis que le leur ! On n’avait pas assez de chambres, pas assez de lits ; lorsque arri­va Bara­zer de Lan­nu­rien, qui sera, dix ans plus tard, le pre­mier supé­rieur du Sémi­naire fran­çais de Rome, Bes­sieux s’en alla cou­cher sous l’escalier, pour lui céder sa cel­lule. « Être misé­rable, disait Liber­mann, cela attire sur nous les regards du Christ. » Bes­sieux, blot­ti sous l’escalier, se sen­tait comme enve­lop­pé par l’œil du Maître.

Au bout de quelques mois, un Amé­ri­cain, deve­nu vicaire apos­to­lique des Deux-​Guinées et de Sier­ra Leone, Mgr Bar­ron, frap­pait à la porte de Liber­mann, lui deman­dait des mis­sion­naires. « Pour nos fac­to­re­ries du Gabon, donnez-​nous des prêtres, » disait à son tour Mac­kau, le ministre de la marine du roi Louis-​Philippe. L’Église, l’État avaient besoin, d’urgence, de ces novices de la Neu­ville. Liber­mann for­mait une équipe que le Père Bes­sieux était char­gé d’emmener.

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XV

Un empe­reur avait dit au XVIIe siècle : « Tant que le soleil échauf­fe­ra la terre, qu’il n’y ait pas de chré­tien assez har­di pour venir au Japon ; que tous le sachent, quand ce serait le roi d’Espagne en per­sonne ou le Dieu des chré­tiens ! Celui qui vio­le­ra cette défense le paie­ra de sa tête. » Entre le Japon et la civi­li­sa­tion chré­tienne, cet impla­cable ukase avait rele­vé, plus infran­chis­sables que jamais, les bar­rières naguère abais­sées par l’apostolique génie de saint Fran­çois Xavier. Des 750 000 catho­liques que pos­sé­dait en 1600 l’archipel japo­nais, il ne res­ta plus, après l’ouragan des per­sé­cu­tions et l’expulsion des mis­sion­naires, qu’un tout petit trou­peau pri­vé de pas­teurs, qui peu à peu se ter­ra… Et l’on put croire qu’à mesure que som­bre­raient, une par une, dans le gouffre fatal de la mort, ces der­nières épaves, le chris­tia­nisme japo­nais achè­ve­rait de s’éteindre.

Deux siècles et demi pas­sèrent : la France de la monar­chie de Juillet essaya de cogner aux portes du Japon. Une de nos cor­vettes ame­nait aux îles Liou-​kiou un prêtre du sémi­naire des Mis­sions Étran­gères, M. For­cade ; on deman­dait qu’il pût séjour­ner, en vue d’apprendre le japo­nais. Plus tard ce prêtre, en son arche­vê­ché d’Aix, racon­te­ra volon­tiers les longs mois qu’il avait pas­sés dans une bon­ze­rie, entou­ré de res­pec­tueux man­da­rins et d’obséquieux satel­lites qui sur­veillaient ses moindres gestes, ne pou­vant se pro­me­ner sur la plage qu’avec cet impor­tant cor­tège, qui s’armait de bam­bous pour empê­cher les pas­sants d’avancer vers ce « blanc ». Que lui servait-​il d’être deve­nu, de par un acte de Gré­goire XVI, vicaire apos­to­lique du Japon ? Son vica­riat lui demeu­rait inac­ces­sible ; on écar­tait le peuple de son Cre­do, comme d’une lèpre ou d’une peste.

Caté - Histoire de l'évangélisation du Japon
JAPON. — Le piquage du riz sous la direc­tion des Fran­cis­caines Mis­sion­naires de Marie (Lépro­se­rie de Biwasaki).

Même trai­te­ment, dix ans plus tard, pour deux mis­sion­naires qui avaient osé débar­quer dans l’île de Yéso : était-​ce une escorte, ou bien un cor­don sani­taire, qu’on orga­ni­sait autour d’eux ? Ils com­prirent bien­tôt qu’étant prêtres du Christ, ils ne pou­vaient être admis à com­mu­ni­quer avec les sujets de l’empereur. Le Japon de cette époque ne croyait avoir besoin d’aucun échange d’idées ; mais il com­men­çait à sou­hai­ter des échanges de mar­chan­dises, que régi­rait un bon trai­té de com­merce. Le baron Gros, venu à Tokio, au nom de Napo­léon III, pour négo­cier ce trai­té, eut l’adresse d’y faire ins­crire que la liber­té reli­gieuse était accor­dée aux étran­gers rési­dant au Japon, et que les pra­tiques inju­rieuses pour le chris­tia­nisme étaient abolies.

Le « Dieu des chré­tiens », — pour reprendre les termes du fameux édit, — pou­vait donc désor­mais venir au Japon sans payer cette audace de sa tête ; mais il n’y pou­vait venir que pour les étran­gers, ses fidèles, et non point pour les Japo­nais. Cette auto­ri­sa­tion, si par­ci­mo­nieuse fût-​elle, per­met­tait à M. Petit­jean, des Mis­sions Étran­gères, et à quatre de ses confrères, de rési­der au Japon. Ils y per­dirent cinq années en de sté­riles tâton­ne­ments, et fina­le­ment, en 1865, ils ouvrirent une cha­pelle à Naga­sa­ki. La rem­pli­rait qui pourrait !