La légende du quatrième Roi Mage

Auteur : Bazin, Martine | Ouvrage : Autres textes .

La nuit était froide et le ciel d’Orient écla­tait en myriades d’étoiles plus belles les unes que les autres. Bal­tha­zar, Gas­pard et Mel­chior étaient sor­tis sur la ter­rasse de leur palais, et ils ne se las­saient pas de contem­pler le firmament.

Cette nuit-​là, les Rois Mages savaient qu’un astre nou­veau devait appa­raître, dif­fé­rents de tous les autres… Un signe céleste, qui annon­ce­rait la nais­sance du Sau­veur pro­mis à tous les hommes.

Or, voi­ci qu’il appa­rut sous leurs yeux, sor­tant de l’infinie pro­fon­deur des cieux. Il res­sem­blait à une flamme immense d’où jaillis­saient des mil­liers de lumières de toutes les cou­leurs. Les Mages res­taient là, émer­veillés, n’osant par­ler en pré­sence du signe de Dieu.

C’est alors que le jeune frère de Bal­tha­zar, Arta­ban, les rejoi­gnit et rom­pit le silence :

— C’est le signe annon­cé, c’est la pro­messe qui se réa­lise. Vite, il faut partir !

Bal­tha­zar, Gas­pard et Mel­chior se pré­pa­rèrent en toute hâte et, bien­tôt, une magni­fique cara­vane de cha­meaux, de dro­ma­daires et de che­vaux prit le che­min des mon­tagnes et du désert d’Arabie.

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Les Rois Mages ne quit­taient pas des yeux le signe qui les pré­cé­dait et leur indi­quait la route à suivre.

Cha­cun d’eux avait empor­té pour le nouveau-​né des cadeaux dignes d’un roi : Bal­tha­zar por­tait un cof­fret d’or fin, Gas­pard un pré­cieux vase d’encens et Mel­chior un riche fla­con de myrrhe.

Ils avaient déjà fait une demi-​journée de marche lorsque le jeune Arta­ban s’aperçut que, dans sa pré­ci­pi­ta­tion, il avait oublié ses présents.

— Conti­nuez sans moi, dit-​il, je retourne au palais et je vous rejoin­drai plus tard, avec mes serviteurs.

Et c’est ain­si que Bal­tha­zar, Gas­pard et Mel­chior sui­virent l’étoile mys­té­rieuse jusqu’au lieu où se trou­vait le petit Roi du ciel. Les trois Mages se pros­ter­nèrent devant l’Enfant pour l’adorer et dépo­sèrent à ses pieds l’or, l’encens et la myrrhe.

Pen­dant ce temps, Arta­ban avait pris beau­coup de retard. Lorsqu’il fut enfin prêt à par­tir avec deux com­pa­gnons, les pre­mières lueurs de l’aube fré­mis­saient à l’horizon.

Levant les yeux, Arta­ban ne vit plus le signe céleste mais, confiant, il se mit en route vers les mon­tagnes escarpées.

Le frère de Balthasar soigne un malheureux - histoire pour les enfantsQuand le soleil par­vint à son zénith, les voya­geurs avaient déjà der­rière eux plu­sieurs heures de route. C’est alors qu’ils aper­çurent un homme allon­gé dans la pous­sière, un pèle­rin épui­sé par une longue marche, malade et fiévreux.

— Je vais arri­ver en retard si je m’occupe de lui, pen­sa Arta­ban, mais je ne peux le lais­ser ainsi !

Avec l’aide de ses com­pa­gnons, il lui don­na à boire, mit de l’huile sur ses plaies, ver­sa de l’eau fraîche sur son front.

Puis, ins­tal­lant le voya­geur sur sa propre mon­ture, il le trans­por­ta avec mille pré­cau­tions jusqu’à la ville la plus proche et deman­da à l’aubergiste de le soi­gner jusqu’à ce qu’il soit guéri.

Pour le payer, il lui offrit un splen­dide saphir, que l’aubergiste reçut avec une joie non dissimulée.

Alors, Arta­ban se ren­dit compte qu’il venait de don­ner le pre­mier des cadeaux des­ti­nés à l’Enfant-Sauveur…

Un peu triste, il conti­nua son che­min, qui lui parut long, beau­coup trop long. Ce n’est qu’après de nom­breux jours de marche qu’il arri­va à Beth­léem, où devait naître le petit Roi du ciel.

Hélas, Arta­ban arri­vait trop tard ! Il apprit que les parents et l’Enfant venaient de fuir en Égypte pour pro­té­ger le petit de la colère du roi Hérode.

Car, pour être sûr qu’aucun autre roi ne pren­drait sa place, cet homme cruel avait déci­dé de faire assas­si­ner tous les petits enfants de Beth­léem qui avaient moins de deux ans.

La ville était qua­drillée par les sol­dats à che­val pen­dant que d’autres exé­cu­taient leur hor­rible besogne.

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Alors qu’il s’apprêtait à pas­ser la porte de la ville, Arta­ban vit une jeune femme qui fuyait en pleu­rant, ser­rant son bébé dans ses bras. Un sol­dat à che­val la pour­sui­vait, l’épée déjà tirée du fourreau.

Alors Arta­ban s’interposa, prit la mère et l’enfant sous sa pro­tec­tion et deman­da au sol­dat d’Hérode de les épar­gner, en échange d’un magni­fique rubis.

Le sol­dat n’en reve­nait pas, il allait être riche ! Après tout, il était mieux payé pour lais­ser ce bébé en vie que pour l’assassiner… Il accep­ta le mar­ché et fit demi-tour.

Le jeune Roi Mage res­ta quelque temps à Beth­léem en com­pa­gnie de ber­gers qui gar­daient leurs trou­peaux dans les mon­tagnes envi­ron­nantes. Les ber­gers l’avaient accueilli avec beau­coup de joie et lui avaient mon­tré l’étable où l’Enfant était venu au monde.

Puis Arta­ban se remit en route. Il déci­da de gagner l’Égypte pour ten­ter de trou­ver le Sau­veur, afin de lui offrir le der­nier pré­sent qui lui res­tait, une perle d’Orient très rare.

Mais les jours pas­saient, les semaines et les mois défi­laient et Arta­ban errait toujours.

Après avoir pas­sé plu­sieurs années en Égypte, il reprit le che­min de la Pales­tine, pen­sant que peut-​être le roi tant cher­ché était reve­nu dans son pays.

Mal­heu­reu­se­ment, pour entre­prendre ce nou­veau voyage, il dut vendre sa perle précieuse.

Arri­vé en terre de Pales­tine, voi­ci qu’il enten­dit par­ler d’un grand pro­phète qui par­cou­rait le pays et ensei­gnait les foules. Cer­tains l’appelaient « Maître », d’autres « Rab­bi » ou encore « Seigneur ».

Arta­ban vou­lait connaître cet homme. Il se ren­dit sur la mon­tagne où se ras­sem­blaient tous ceux qui écou­taient son enseignement.

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Dès qu’il le vit, Arta­ban sen­tit les larmes cou­ler sur ses joues. Jamais encore, il n’avait enten­du de telles paroles.

Le Maître disait :

— Celui qui aura tout quit­té, mai­son, famille, richesses, pour me suivre, celui-​là aura en récom­pense un tré­sor dans le ciel et la vie éternelle.

Il disait aussi :

— Ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait !

La nuit qui sui­vit, Arta­ban fit un rêve qui le rem­plit de joie et d’espérance : il vit le Maître venir vers lui accom­pa­gné de Bal­tha­zar, de Gas­pard et de Mel­chior, le pre­mier por­tant un cof­fret d’or fin, le second un pré­cieux vase d’encens et le troi­sième un riche fla­con de myrrhe.

Alors, s’approchant d’Artaban, il le remer­cia des pré­sents qu’il avait vou­lu lui offrir le jour de sa naissance.

Et, en disant cela, il ouvrit ses mains et mon­tra au qua­trième Roi Mage un saphir d’un bleu très pur, un rubis d’un rouge écla­tant et une perle d’Orient très rare…

Mar­tine Bazin

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