Catégorie : Renoux, Jean-​Claude

Récit de Noel ProvencalDans une mai­son, vieille mai­son offer­te à tous les vents, res­tait il y a bien long­temps une vieille, vieille fem­me qu’on appe­lait la mamet Jau­met­te. La vie n’avait guè­re épar­gné la vieille, et elle n’avait plus de famil­le qu’un petit-​fils. Et enco­re : l’enfant qui s’appelait Oli­vier était si petit, si mai­gre, si pâle, que le voyant cha­cun rete­nait sa res­pi­ra­tion de crain­te de le voir s’affaisser com­me un châ­teau de car­tes. La vieille avait en char­ge la ber­ge­rie du châ­teau de la Bau­me qui se trou­vait tout à côté de la mai­son, vieille mai­son offer­te à tous les vents.

Un jour un méde­cin pas­sant par là, vit l’enfant si petit, si mai­gre, si pâle. Il dit à la vieille fem­me qu’elle devrait mieux le condui­re à l’hôpital. Au regard qu’échangèrent la mamet Jau­met­te et son petit-​fils, il sut que rien ne pour­rait sépa­rer ces deux-​là. Alors il pro­po­sa à la vieille de fai­re cou­cher l’enfant dans la ber­ge­rie, et non dans la vieille mai­son offer­te à tous les vents :

— La cha­leur des mou­tons le pro­té­ge­ra du froid, et avec un peu de chan­ce peut-​être se portera-​t-​il mieux.
Et le méde­cin s’en fut là où l’on payait ses ser­vi­ces.

La vieille fem­me amé­na­gea un coin pour l’enfant, à l’écart des mou­tons, et la vie conti­nua com­me par le pas­sé. Mais Oli­vier ne s’en por­tait pas mieux. La fiè­vre dévo­rait ses grands yeux, et il ne quit­tait plus guè­re la ber­ge­rie.

Vint la pério­de de Noël. Oli­vier, pour pas­ser le temps, confec­tion­na une crè­che, et y mit tous les san­tons que la mémé Jau­met­te lui avait offerts les Noëls pré­cé­dents :

Le tout petit Enfant dans son nid de paille, Jose­ph et Marie, le bœuf et l’âne, les rois mages, l’ange Bou­fa­reu souf­flant dans sa trom­pet­te, le ber­ger et son chien, un petit pâtre qui por­tait un agneau, l’aveugle et son fils, un banc d’allumettes, les amou­reux Mireille et Vin­cent se cachant der­riè­re un buis­son de mous­se, Rous­ti­de et sa lan­ter­ne cher­chant les amou­reux, le Ravi s’extasiant tout en levant les bras, le gar­de cham­pê­tre et le bou­mian, la pois­son­niè­re et son pis­ta­chier de mari, le rémou­leur, qu’on appel­le amou­laï­re en Pro­ven­ce, le meu­nier qui s’était char­gé d’un sac énor­me de fari­ne fraî­che­ment mou­lue, un mon­treur d’ours et sa bête…

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Qui ne connaît l’histoire des rois mages qui, gui­dés par une étoi­le, se ren­di­rent à Beth­léem ren­dre hom­ma­ge à l’Enfant Jésus ?

Le pre­mier s’appelait Gas­pard. Il avait le teint clair des Euro­péens, et appor­tait de l’or. Le second, Mel­chior, avait la peau bru­ne des gens de Pales­ti­ne et d’Arabie. Celui-​là était por­teur d’encens. Le troi­siè­me, Bal­tha­zar, était cou­leur de nuit sans lune et ses dents brillaient com­me brillent les dents des Afri­cains. Ce der­nier offrit à l’enfant Jésus de la myr­rhe.

Raconter l'Epipĥanie aux enfants : Adoration des Mages - Fra Angelico

On sait moins ce qui leur advint sur le che­min du retour.

* * *

Ils étaient savants en beau­coup de cho­ses, cer­tes, mais cela n’empêcha point qu’ils se per­di­rent bel et bien, n’ayant plus le secours de l’étoile pour les aider. Après avoir erré plu­sieurs jours dans le désert, à bout de nour­ri­tu­re et sans eau, ils aper­çu­rent enfin une misé­ra­ble cahu­te devant laquel­le se tenaient un cou­ple et deux enfants.

Les joues déchar­nées, les yeux brillants de faim, ils firent pour­tant bon accueil aux mages, les invi­tè­rent à entrer, et leur offri­rent un peu du peu qu’ils avaient : de l’eau pour se rafraî­chir.

— C’est que nous avons faim aus­si, dit Mel­chior. Un peu de pain, même ras­sis, ferait l’affaire.

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