Étiquette : <span>Patron des servants de messe</span>

Ouvrage : Le deuxième livre d'André


Dans les pre­miers siècles de l’Église, au temps des per­sé­cu­tions, l’of­fice de por­ter le corps du Sei­gneur aux pri­son­niers et même aux mou­rants était confié aux ministres inférieurs. 

En ce jour, où le mas­sacre immi­nent de tant de chré­tiens sur­ex­ci­tait encore les pas­sions de Rome païenne, ce devoir, deve­nait plus dan­ge­reux à rem­plir. Les ministres des autels ne pou­vaient s’a­ven­tu­rer au dehors. 

Le pain ayant été consa­cré, le prêtre Dyo­ni­sius, de l’au­tel sur lequel était pla­cée l’Eu­cha­ris­tie, cher­cha par­mi les assis­tants à qui il la remet­trait. Avant que per­sonne ne se fût pré­sen­té, le jeune aco­lyte Tar­ci­sius s’a­ge­nouilla aux pieds du ministre du Christ, les mains éten­dues et prêtes à rece­voir le divin dépôt. Son visage angé­lique rayon­nait d’in­no­cence ; il sem­blait implo­rer la pré­fé­rence et même la réclamer. 

Messe dans les catacombes

— Tu es trop jeune, mon enfant, décla­ra le bon prêtre, rem­pli d’ad­mi­ra­tion à la vue de ce tableau. 

— Ma jeu­nesse, saint père, sera pour moi la meilleure des pro­tec­tions. Ah ! ne me refu­sez pas ce grand honneur. 

Les yeux de l’en­fant se mouillèrent de larmes et une émo­tion modeste colo­ra ses joues quand il pro­non­ça ces paroles. Il éten­dit de nou­veau ses mains en avant, et il mit tant d’in­sis­tance et de fer­veur dans sa prière que le prêtre ne put résis­ter. Pre­nant les divins mys­tères, il les enve­lop­pa soi­gneu­se­ment dans un linge de toile, et les dépo­sa dans les mains de l’a­co­lyte en disant : 

— Rap­pelle-toi, Tar­ci­sius, quel tré­sor je confie à ta fai­blesse. Évite, sur ton che­min, les places publiques ; n’ou­blie pas que les choses saintes ne doivent point être don­nées aux chiens, ni les perles jetées devant les pour­ceaux. Gar­de­ras-tu fidè­le­ment les dons sacrés de Dieu ? 

— Je mour­rai plu­tôt que de les livrer, répon­dit le ver­tueux enfant en cachant le céleste dépôt sur son sein, dans sa tunique.

Et il par­tit avec un empres­se­ment res­pec­tueux. Il par­cou­rut d’un pas léger les rues de la ville, la phy­sio­no­mie empreinte d’une gra­vi­té au-des­sus de son âge, et il s’é­car­tait atten­ti­ve­ment des voies trop fré­quen­tées ou trop étroites. 

Il appro­chait d’une grande mai­son ; la maî­tresse de cette demeure, une riche matrone sans enfants, le voyant venir rapi­de­ment, les bras croi­sés sur la poi­trine, fut frap­pée de sa beau­té et de son air de douceur. 

— Arrête un ins­tant, cher enfant, lui dit-elle en se pla­çant sur son che­min ; quel est ton nom, et où demeurent tes parents ? 

— Je suis Tar­ci­sius, un orphe­lin, répli­qua-t-il en levant les yeux avec un sou­rire ; je n’ai d’autre logis qu’un gîte que, sans doute, il ne vous plai­rait guère d’en­tendre nommer. 

— Alors, entre dans ma mai­son pour te repo­ser ; je désire te par­ler. Oh ! que n’ai-je un enfant tel que toi ! 

— Pas main­te­nant, noble dame, pas main­te­nant. Je me suis char­gé de la mis­sion la plus solen­nelle et la plus sacrée ; il ne m’est pas per­mis d’en dif­fé­rer d’un moment l’accomplissement. 

— Eh bien ! pro­mets-moi de reve­nir demain ; cette habi­ta­tion m’appartient. 

— J’y consens, si je suis encore en vie, répon­dit l’en­fant avec un tel feu dans le regard que la matrone crut voir un mes­sa­ger des sphères supérieures.