Étiquette : <span>Pardon</span>

Ouvrage : Et maintenant une histoire II | Auteur : Picard, Claude

Lecture pour les louveteaux - Grands jeux ScoutAtten­tion, les gars, je résume le jeu : conduits par l’É­mir Noir, les Sar­ra­sins ont enle­vé un jeune che­va­lier du camp des Croi­sés et l’ont empri­son­né dans un lieu incon­nu. Le jeu débute au moment où ces der­niers partent à la recherche de leur com­pa­triote. Donc, vous autres, du camp des Croi­sés, dési­gnez l’un d’entre vous qui joue­ra le rôle du che­va­lier et se met­tra entre les mains des Sar­ra­sins qui l’emmèneront et le cache­ront le mieux possible.

« On l’at­tache, chef ?

- Qu’en pensez-vous ?

- Oui, oui, comme cela il pour­ra essayer de se libé­rer, ce sera mieux !

- Alors, selon les condi­tions habi­tuelles : empê­cher le pri­son­nier de se sau­ver sans le bru­ta­li­ser… d’accord ?

- D’ac­cord…

- Vous avez dix minutes avant le coup de trompe pour pré­pa­rer vos camps… Filez ! »

Pous­sant des hur­le­ments de Sioux, les gar­çons dis­pa­raissent dans les taillis. Chef Marc se retourne vers son adjoint :

« Bon début, les gars sont accro­chés : le jeu mar­che­ra bien. Tu ne trouves pas ?… Tu en fais une tête ?…

- Hum !… répond l’autre… Oui, le jeu sera bien s’il se ter­mine sans inci­dent : Guy est dans un camp, Richard dans l’autre.

- Bah ! Crois-tu qu’ils soient oppo­sés à ce point ?…Qu’y a‑t-il au juste entre eux ?

- Oh !… du côté de Guy, rien du tout… Il souffre assez de l’attitude de Richard ; mais il est net que ce der­nier ne peut le sup­por­ter ; cela vient, je crois, d’une jalou­sie d’école… »

***

Scouts jouant - Les Chevaliers contre les SarrazinsAu camp des Croi­sés, les vestes ont volé sur un talus her­beux ; puis, manches de che­mises retrous­sées et fou­lards glis­sés dans les cein­tures, les gar­çons se mettent à dis­cu­ter. Il s’a­git de dési­gner celui qui tien­dra le rôle du pri­son­nier. Cette fonc­tion ne tente per­sonne. Aucun gar­çon n’est dis­po­sé à res­ter attache sous la garde des sol­dats de l’É­mir, tan­dis que les autres par­ti­ci­pe­ront aux émo­tions de la recherche et de l’at­taque. Jacques, le chef de camp, com­mence à s’énerver :

« Déci­dez-vous ! Je ne peux tout de même pas y aller moi-même… »

Deux émis­saires Sar­ra­sins arrivent en cou­rant : ils viennent récla­mer le pri­son­nier. La dis­cus­sion reprend. Chef Marc intervient :

« Écou­tez, les gars, je ne veux for­cer per­sonne : on met­tra un fanion, voi­la tout.

- Ah ! non…non…Ce sera beau­coup moins intéressant !…

- Alors, décidez-vous !… »

Chef Marc regarde ses gar­çons ; il vou­drait bien que l’un d’eux fasse le geste généreux.

« Toi, Guy, tu es le seul chef d’équipe après Jacques… »

Voyant le gar­çon esquis­ser un geste de déné­ga­tion, il ajoute, en riant :

Ouvrage : À l'ombre du clocher - 1. Les sacrements | Auteur : Dardennes, Rose
Histoire d'une dispute entre deux amis ; le pardon et le sacrement de communion

Reine et Colette sont en brouille.

C’est arri­vé pour une bêtise : Reine vou­lait un livre ; Colette le dési­rait aus­si ; elles se sont cha­maillées. Reine a trai­té Colette de tri­cheuse ; Colette a giflé Reine ; puis elles se sont tour­né le dos en pro­cla­mant très haut que « jamais elles ne se recauseraient ».

Jac­que­line-la-douce a bien essayé d’arranger l’af­faire. Mais elle s’est heur­tée à de sombres visages fer­més, aux regards fuyants et aux lèvres pincées.

– Elle m’a appe­lée « tri­cheuse » ! explo­sa Reine aux yeux fulgurants.

– Elle m’a giflée ! gro­gna Colette, renfrognée.

– Met­tons que vous êtes quitte, et faites la paix !

Hélas ! Colette ne répon­dit rien et Reine déclara :

– Jamais !

Puis elle sor­tit en cla­quant la porte.

***

Cela dure depuis des semaines.

Au fond, elles sont très ennuyées, l’une et l’autre ; avant cette his­toire, elles étaient les meilleures amies du monde ; voi­sines, tou­jours ensemble. Main­te­nant, elles vont à l’é­cole à la queue leu leu ; le soir, Reine s’en va toute seule faire les com­mis­sions, et Colette s’en va toute seule cher­cher l’herbe pour les lapins…

Ce n’est pas gai !…

Non !

Mais Colette a dit qu’elle « ne recau­se­rait jamais » à Reine.

Ouvrage : Les contes de la Vierge | Auteur : Tharaud, Jérôme et Jean

C’é­tait un homme comme vous et moi, un homme ni meilleur ni pire, un pauvre diable de pécheur.

Conte à lire aux petits - pendaison du coupableQu’avait-il fait ? Je n’en sais rien. Une faute plus grave que les autres, un péché plus gros que les autres, un jour où Dieu, sans doute, l’avait aban­don­né trop long­temps à lui-même. Et on le menait au gibet de la bonne ville de Tou­louse entre le bour­reau et les Consuls, au milieu d’une foule de curieux et de méchants gar­çons, accou­rus sans doute pour voir ce qui les atten­dait demain.

Or, ce jour-là, le roi René fai­sait son entrée à Tou­louse, avec sa femme, la belle Aude, qu’il venait d’épouser dans un pays voisin.

En pas­sant devant le gibet, la Reine vit le condam­né déjà juché sur l’escabeau, la tête enga­gée dans la corde. Elle ne put rete­nir un cri et se cacha la tête dans les mains.

Le Roi arrê­ta tout son monde, fit signe au bour­reau de sur­seoir, et se tour­nant vers les Consuls :

Ouvrage : Et maintenant une histoire II | Auteur : Dardennes, Rose

récit d'enfants généreux - crecheQu’en penses-tu, Michel ?

– Qu’en dis-tu, Nicolas ?

– Parle aus­si, toi, Luc… »

Par­ler ?… Sou­vent, la chose est aisée aux trois gar­çons. Aujourd’­hui, elle leur semble ter­ri­ble­ment dif­fi­cile : ils vou­draient expri­mer des choses… des choses qui ne sont pas faciles à dire. Alors, ils se taisent ; ils réflé­chissent et concluent seulement :

« Il faut que ça finisse ! »

***

De mémoire d’homme, il y eût des frot­te­ments durs entre les Têtem­bois-de-la-ville et les Têtem­bois-de-la-terre. Ceux de la ville écla­bous­saient les cou­sins pay­sans de leurs toi­lettes et de leur argent, de leur fin par­ler, de leur confort et de leur mépris pour cette allure de rus­tauds endi­man­chés qu’ils pro­me­naient sur les trot­toirs de la ville, les jours de mar­ché. Ceux de la terre se moquaient un brin des cou­sins cita­dins qui ne dis­tin­guaient pas une poule d’un coq, et pour un peu de boue pous­saient des cris de pin­tade effa­rou­chée ; sur­tout, ils ne leur par­don­naient pas de comp­ter pour abê­tis­sant leur rude labeur, et de les tenir pour rustres, parce qu’ils n’avaient point appris à débi­ter joli­ment des inuti­li­tés et des men­te­ries. À chaque ren­contre, cela fai­sait des étin­celles ; aus­si, les ren­contres s’es­pa­cèrent de plus en plus : hier, on en était à l’é­change d’une carte au jour de l’an…

Mais le chô­mage sur­vint, et se com­pli­qua de la mala­die, chez les Têtem­bois-de-la-ville, qui se firent « tout miel » avec les Têtem­bois-de-la-terre : « Cou­sin par-ci… Cou­sine par-là… Com­ment allez-vous ?… Quelle joie de vous revoir !… Dites donc ?… le petit a besoin de grand air et de bonne nour­ri­ture ; nous avions pen­sé que, peut-être… »

Les Têtem­bois-de-la-terre sui­vaient le manège d’un œil amu­sé. Tiens ! tiens ! Ça sert donc à quelque chose, ces pay­sans ? On échan­gea des mots acides ; et cela finit très mal.

Mais Luc, Michel et Nico­las Têtem­bois-de-la-terre se demandent par quel bout cet esprit « revan­chard » peut bien s’ac­cor­der avec la Loi de Jésus qui dit de s’ai­mer tous comme des frères. Et, ne trou­vant vrai­ment pas, ils concluent :

« Il faut que ça finisse ! »

Mais com­ment faire finir « ça » ?

***

« Où donc sont les gamins ?

– Dans la chambre, à démé­na­ger la crèche.

– Démé­na­ger la crèche ? C’est pas

Ouvrage : Et maintenant une histoire II | Auteur : Lauriot-Prévost, Suzanne

C’en aurait fait, vrai­ment, une fameuse veillée, si seule­ment le vieux Feine avait été là !

Depuis des années et des années que le ber­ger ser­vait dans la famille, c’était la pre­mière fois qu’il man­quait, et c’est cela qui était grave… Tout le monde y pen­sait : les parents, les voi­sins, les amis réunis chez Jean-Mathias Cabaïre ; et, dans la salle bien chaude et bien éclai­rée, on sen­tait une espèce de gêne. On avait beau rire et par­ler plus fort pour écar­ter cette gêne, mal­gré tout, elle res­tait la maîtresse.

Papa, maman, racontez-moi une histoire - bergerie

Et tout cela, pour­quoi, mon Dieu, pour­quoi ? Pour une bêtise : un dia­logue un peu vif. Jean-Mathias, le Maître, et Feine, le vieux ber­ger, n’étaient pas d’accord sur une répa­ra­tion à faire à la ber­ge­rie. Ils avaient dis­cu­té en s’échauffant.

« Dans les temps d’autrefois, s’entêtait Feine, c’est comme ça qu’on fai­sait et c’était la bonne manière.

– On fait mieux à pré­sent, ripos­tait Jean-Mathias, et c’est le progrès.

– Que tu dis, avait répon­du le ber­ger avec un peu d’aigreur. Ton père, qui s’y connais­sait, n’aurait jamais agi comme ça… »

Alors, Jean-Mathias s’était emporté :

« Mon père était de son temps, c’est-à-dire du tien. Main­te­nant, c’est moi le Maître. Et j’entends faire à mon idée. Tu me brouilles l’esprit avec tes his­toires d’autrefois. Tiens, va‑t’en… »

Deve­nu très rouge, le vieux Feine s’était levé :

« Je m’en vas, avait-il dit d’une voix étran­glée, je m’en vas et je ne revien­drai plus. »

***

On avait pris ça pour des mots. Mais Feine n’était plus reve­nu. On ne le voyait plus, tra­ver­sant les pâtu­rages, sa grande houp­pe­lande volant au vent. Il ne sor­tait plus guère de sa petite chau­mine, en bas du vil­lage, toute seule et iso­lée dans la campagne.

Et, bien que la vieille mère l’eût sup­plié, bien que sa femme l’eût gour­man­dé, bien que les enfants eussent pleu­ré après le ber­ger et ses his­toires, Jean-Mathias n’avait pas vou­lu faire le pre­mier pas :

« Je veux bien qu’il revienne, oui, bien sûr, et je ne lui dirai rien, mais je n’irai pas le chercher… »

***

Contre tous les espoirs, Noël était arri­vé sans ame­ner de détente. Ce soir, pour la pre­mière fois depuis tou­jours, le vieux Feine ferait soli­taire sa veillée de Noël, et ce n’est pas lui qui pré­sen­te­rait à la Messe de Minuit l’agnelet der­nier-né, si soi­gneu­se­ment nour­ri par Maî­tresse Cabaïre, si ten­dre­ment cares­sé par les enfants… Ce soir, pour la pre­mière fois depuis des Noëls et des Noëls, qui remon­taient bien avant la mort du grand-père, la place du vieux Feine demeu­rait vide au coin du feu. Per­sonne n’avait vou­lu la prendre.