Le plus beau cadeau

Auteur : Diethelm, P. Walther | Ouvrage : Le plus beau cadeau .

2 premiers communiantsJean-Pierre, le fils du doc­teur, s’était réjoui depuis long­temps pour la ren­trée des classes après les vacances de Noël. Il aimait pour­tant bien les vacances, sur­tout en hiver, quand il y a de la neige et qu’on peut faire du ski ou aller en luge. Ce pre­mier jour de classe avait son impor­tance, car chaque pre­mier com­mu­niant devait tirer au sort son com­pa­gnon de pre­mière com­mu­nion.

Jean-Pierre, à ce sujet, a un désir secret : « Si seule­ment le sort tombe sur Albert Clé­ment. C’est le fils d’un riche fabri­cant, il a de si beaux jouets. Nous irions très bien ensemble : moi, le fils du doc­teur, et Albert, tou­jours si bien habillé ».

* * *

Le Bon Dieu connais­sait ce désir secret, puisqu’il sait tout ! Et pour­tant — il ne l’a pas exau­cé, car ce désir n’était pas tout à fait bon.

Ain­si, quand on eut fini de tirer au sort, ce n’était pas Albert qui se trou­vait à côté de Jean-Pierre, mais le petit Charles, le plus pauvre de tous les gar­çons de la classe. Jean-Pierre, très déçu, le regar­dait à peine, d’un œil méchant.

Enfant ramoneurPour sûr, le petit Charles était pauvre, mais il n’était pas dégue­nillé, comme Jean-Pierre l’avait dit. Chaque matin, son visage était propre, ses mains aus­si. Ses che­veux étaient pei­gnés aus­si bien que pos­sible chez un gar­çon aux che­veux ébou­rif­fés. Ses habits étaient rac­com­mo­dés, il est vrai : mais bien qu’Albert racon­tât en se moquant, qu’une fois il avait comp­té sept pièces à son pan­ta­lon, jamais, mal­gré son extrême pau­vre­té, Charles ne venait en classe, les habits déchi­rés. Qu’en pou­vait ce pauvre gar­çon de n’être pas riche ?… Son père avait été tué lors d’un acci­dent et sa maman devait nour­rir ses quatre enfants par son tra­vail de blan­chis­seuse.

Déci­dé­ment, Jean-Pierre avait per­du sa bonne humeur pour de bon ! Il n’avait pas le moindre gen­til mot pour son nou­veau voi­sin, qui, lui, avait eu tant de joie d’être le com­pa­gnon du fils du doc­teur.

En géné­ral Jean-Pierre était un gen­til gar­çon. Non, il n’était pas méchant, le petit Jean-Pierre ; il avait ses défauts, mais aus­si ses qua­li­tés. Son plus grand défaut était qu’il aimait à jouer au riche et à se rendre impor­tant. Sans doute le Bon Dieu, connais­sant ce défaut, avait per­mis que Charles et non pas Albert devint son com­pa­gnon de pre­mière com­mu­nion.

Jean-Pierre avait même bon cœur. Si on connais­sait son cœur et si on savait en trou­ver la petite porte, Jean-Pierre pou­vait être très aimable.

 * * *

Par bon­heur, il avait une maman qui savait tou­jours trou­ver cette petite porte. Aus­si ce jour-là, quand le petit ren­tra de l’école, mécon­tent et maus­sade, elle n’eut pas de peine à devi­ner ce qui lui man­quait. Le matin même, il avait par­lé du tirage au sort et s’était deman­dé qui serait à côté de lui. Quand Jean-Pierre eut racon­té son cha­grin, sa maman en fut vrai­ment sou­la­gée. Mais elle ne lais­sa rien voir. Elle atten­dit.

« Jean-Pierre, dit-elle, au petit, le soir, quand, ses devoirs d’école finis, il prit un de ses livres d’histoires, viens, assieds-toi là, je veux te racon­ter une his­toire. C’est une his­toire de Noël pour les gar­çons de ton âge, et sur­tout pour un pre­mier com­mu­niant. Cette his­toire se passe au moment où les ber­gers s’en reve­naient de voir l’Enfant-Jésus.

Pen­dant la nuit de Noël, les enfants des ber­gers dor­maient d’un som­meil si pro­fond qu’ils ne virent pas les anges et qu’ils n’entendirent pas leur chant. Le matin, quand leurs parents racon­tèrent ce qu’ils avaient vu, ils ouvrirent de grands yeux. Ce petit Enfant Jésus annon­cé par les anges, cou­ché dans une crèche, dans une pauvre étable aban­don­née, était le Sau­veur du monde ! Ce pou­pon qui pleu­rait comme les autres bébés, était si beau qu’on se sen­tait heu­reux quand on l’avait vu et qu’on ne pou­vait plus l’oublier.

Nativité - Robert Campin , 1420Ravis, les enfants vou­lurent à tout prix voir l’Enfant Jésus : « Maman, papa, sup­plièrent-ils, lais­sez-nous aus­si aller voir cet enfant. Il est sûre­ment venu pour tous, grands et petits. »

Et les petits ber­gers s’en allèrent voir Jésus, lui appor­tant les cadeaux que les grands n’avaient pas eu le temps de prendre pen­dant la nuit.

Cha­cun d’eux por­tait quelque chose : une miche de pain, une motte de beurre, un pot de lait, un petit agneau, et que sais-je encore. Quand tous furent prêts, une petite fille res­ta à l’écart, tris­te­ment Elle n’avait rien à don­ner ; elle était trop pauvre, ses parents pos­sé­daient à peine le néces­saire.

Pour­tant c’était elle qui avait le plus grand désir de voir Jésus. Les autres enfants étant déjà par­tis, elle essaya de les rejoindre en cou­rant.

Elle y réus­sit et tous ensemble mar­chèrent en toute hâte jusqu’à l’étable qu’ils trou­vèrent faci­le­ment. Ils frap­pèrent à la porte. Un homme aimable fit entrer les petits visi­teurs.

Embar­ras­sés et timides, les enfants res­tèrent d’abord près de la porte. Mais quand la Maman de Jésus les invi­ta à s’approcher, ils n’eurent plus peur. L’Enfant divin se réveilla en ce moment et regar­da ten­dre­ment les petits ber­gers.

Les enfants se pres­sèrent autour du petit Jésus qui sou­riait à cha­cun. Ils se sou­vinrent tout à coup de leurs cadeaux et les offrirent à la sainte Vierge. Com­bien elle fut contente ! car elle n’avait rien. Pour cha­cune des offrandes elle eut un joyeux mer­ci !

Santon jeune fille mains vides - Récit pour la première communion des enfantsA ce moment la petite fille sen­tit plus que jamais sa pau­vre­té. Les larmes mon­tèrent à ses yeux parce qu’elle était là, devant l’Enfant Jésus, les mains vides. Alors, elle sut à mer­veille se tirer d’affaire en disant : « Mon petit Jésus, je t’aime tant, je te donne mon cœur. »

Et voi­ci que l’Enfant Jésus ten­dit ses mains, comme pour aller chez elle. La Sainte Vierge alors prit son Enfant et le mit dans les bras de la pauvre petite. Quelle joie pour la fillette ! Elle ser­rait le petit Jésus dans ses bras. Son cœur bat­tait bien fort et disait à chaque bat­te­ment : « Je t’aime, petit Jésus, je t’aime ! »

Les enfants com­prirent que la pauvre fillette avait appor­té le plus beau cadeau, le cadeau pré­fé­ré de Jésus.

Voi­là, mon petit Jean-Pierre, l’histoire que je vou­lais te racon­ter. As-tu com­pris ce qu’elle veut dire ? »

* * *

Bien sûr que Jean-Pierre avait fait atten­tion. Il n’avait pas bou­gé, et en pen­sée, il était avec les enfants, à la Crèche de Beth­léem. Mais il ne parais­sait pas com­prendre le sens de cette his­toire.

« Jean-Pierre, conti­nua la maman, le Bon Dieu a per­mis qu’un pauvre enfant soit ton com­pa­gnon de pre­mière com­mu­nion. Cela te déplaît, n’est-ce pas ? Eh bien, la fillette qui reçut le petit Jésus dans ses bras, n’était-elle pas pauvre ? Même, la plus pauvre de tous ceux qui étaient venus le trou­ver ? Et Jésus lui-même, n’était-il pas pauvre aus­si ? S’il a vou­lu l’être, c’est jus­te­ment pour nous mon­trer que l’essentiel, ce n’est pas les habits qu’on porte, mais le cœur qu’on a.

— Mais, maman, alors, pour­quoi le Bon Dieu a-t-il fait les uns riches et les autres pauvres ? Pour­quoi ne sommes-nous pas tous pauvres, puisque Jésus aime davan­tage les pauvres ? »

— Ce ne serait pas bien non plus, mon enfant ! Il n’y aurait alors per­sonne pour faire l’aumône aux pauvres et leur faire plai­sir. Et puis, ce n’est pas néces­saire qu’on soit pauvre pour plaire à Jésus. Si les enfants qui étaient riches avaient aus­si offert leur cœur à Jésus, il les aurait aimés tout autant. Ou bien, s’ils avaient don­né une de leurs offrandes à cette pauvre petite ber­gère, elle aurait aus­si pu en faire cadeau à Jésus. S’il en avait été ain­si, il est pos­sible que Jésus eût vou­lu aller dans le bras de cha­cun ?

— Alors, maman, deman­da Jean-Pierre, si je suis bien gen­til envers le petit Charles, et si je lui donne quelque chose de temps en temps, Jésus m’aimera-t-il aus­si, quand il vien­dra dans mon cœur à la pre­mière com­mu­nion ? »

La maman ne répon­dit pas à cette ques­tion de Jean-Pierre, mais elle le ser­ra bien fort dans ses bras, se réjouis­sant d’avoir, une fois de plus, trou­vé la petite porte du cœur de son enfant. Et Jean-Pierre savait que, lui aus­si, avait une clef : la clef du Cœur de Jésus. Il sen­tait aus­si que sa maman était contente de lui.

 * * *

Les jours et les semaines pas­sèrent ; les deux cama­rades du troi­sième banc s’aimaient de plus en plus. Jean-Pierre n’avait plus honte de Charles ; d’ailleurs, il n’y avait pas de quoi. Charles n’était ni pares­seux, ni sot. A l’école, il répon­dait aus­si bien que Jean-Pierre, et même mieux par­fois. Et il savait aus­si com­ment il fal­lait se com­por­ter. Une fois, il avait accom­pa­gné Jean-Pierre à la mai­son et avait été invi­té à dîner. Il fut si aimable et si cor­rect que la maman de Jean-Pierre en fut char­mée. « Je suis heu­reuse, dit-elle, que vous soyez ensemble. »

Le jour de la pre­mière com­mu­nion appro­chait. La joie des enfants aug­men­tait de jour en jour. Seul le petit Charles avait l’air tour­men­té. Il arri­vait même qu’il ne savait pas répondre à l’école, parce que ses pen­sées étaient ailleurs et qu’il n’avait pas enten­du la ques­tion.

Pauvre Charles ! Ses sou­liers de pre­mière com­mu­nion le pré­oc­cu­paient. Une fois, ne pou­vant plus gar­der son cha­grin pour lui, il le confia à Jean-Pierre. Sa maman lui avait fait un habit neuf avec les habits de son père, mais les sou­liers ? Il ne pou­vait pas mettre les sou­liers de son papa, et sa maman était trop pauvre pour lui en ache­ter des neufs. Les sou­liers qu’il por­tait n’étaient pas conve­nables pour un dimanche ordi­naire, encore moins pour le jour de la pre­mière com­mu­nion.

Tout en l’écoutant, Jean-Pierre regar­dait les sou­liers de Charles. En effet, ils étaient bien misé­rables. Pour cou­rir et sau­ter, ils pou­vaient encore aller, mais les por­ter le dimanche, et encore le dimanche de la pre­mière com­mu­nion ? Non  ! Vrai­ment, c’était impos­sible  ! Charles avait rai­son, et Jean-Pierre com­pre­nait très bien son cha­grin.

Charles a eu de la chance de se confier à Jean-Pierre. La porte du cœur de Jean-Pierre était tou­jours ouverte. Elle était même si grande ouverte, qu’il fit pour son ami et pour Jésus un beau et grand sacri­fice.

* * *

Les Chaussures neuves de la première communion de CharlesLe jour de la pre­mière com­mu­nion, Charles, le pauvre gar­çon, por­tait de beaux sou­liers tout neufs. Il ne savait pas lui-même d’où ils venaient. Le fac­teur avait appor­té le paquet. On ne pou­vait pas lire le nom de l’expéditeur ; on avait fait exprès de l’écrire si mal. Les sou­liers neufs dans le paquet étaient pour Charles. On avait écrit sur un billet : Pour un bon pre­mier com­mu­niant.

Le jour de la fête, Jean-Pierre, le fils du doc­teur, por­ta ses sou­liers ordi­naires du dimanche. Qu’avait-il donc fait de ses sou­liers neufs ? Avec la per­mis­sion de ses parents, il les avait don­nés secrè­te­ment à son ami  !

Chose curieuse ! Les sou­liers neufs aux pieds de Charles réjouis­saient son cœur bien plus que s’il les avait por­tés lui-même !

Soyez le premier à commenter

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    *

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.