La dentelle

Auteur : Colliaux, Marcelle | Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Fêtes de l'année liturgique .

dentelliere - Jan Vermeer - 1670. Histoire des crêpes du 2 février, la Purification

Rêveuse, Marie-Aude, la petite den­tel­lière, regar­dait sa navette inac­tive…

« Plus de fil, plus de soie, mur­mu­ra-t-elle ! Je n’aurai rien à offrir à Notre Dame Marie cette année… »

Ce n’était pour­tant ni le cou­rage, ni l’adresse qui man­quaient à Marie-Aude ! Petite den­tel­lière adroite, elle était répu­tée pour la finesse mer­veilleuse de ses den­telles, de ses déli­cates incrus­ta­tions, et les riches dames de la ville se déran­geaient pour venir lui com­man­der leurs fines parures.

Or, cette année-là, Marie-Aude était déso­lée. Dési­reuse d’offrir un pré­sent à Notre-Dame, comme toutes les dentel­lières du pays avaient cou­tume de le faire en la belle fête de la Puri­fi­ca­tion, elle avait rêvé depuis des mois de tis­ser en fil de soie un nap­pe­ron d’autel qui serait le chef-d’œuvre de sa vie !

A l’avance, elle avait ima­gi­né d’accorder harmonieu­sement ses fils en gra­cieux épis, en lis des champs, et de tis­ser fine­ment, si fine­ment en l’honneur de la Sainte Vierge, qu’il ne sau­rait y avoir plus déli­cat tra­vail que le sien.

Seule­ment, la vaillante petite Marie-Aude avait dépen­sé jusqu’à son der­nier sou pour soi­gner sa chère grand-mère malade, dont elle était le seul sou­tien, et il lui était impos­sible d’acheter le moindre fuseau pour Notre-Dame !

* * *

Pen­sive et triste, Marie-Aude écoute le régu­lier tic-tac de l’araignée Miette qui tisse, elle, une fine den­telle à la fenêtre et tord son fil en nœuds légers. Marie-Aude aime cette petite arai­gnée beso­gneuse qui tra­vaille en artiste silen­cieu­se­ment et, en connais­seuse, la jeune fille admire ses trames légères toutes emper­lées de la rosée du matin.

« Miette, ma mie, mur­mure-t-elle, tu as bien de la chance ! » Et Miette, l’humble pro­té­gée de Marie-Aude, semble com­pa­tir car, insen­si­ble­ment, elle ralen­tit son tra­vail et l’arrête tout à fait par dis­cré­tion !

* * *

« Vois, Marie-Aude, j’ai presque ter­mi­né ma den­telle pour Notre-Dame… elle est soi­gnée, tu sais ! »

dentelle, histoire pour le catéchisme, la purification de la Sainte ViergeC’est Hugue­nette, l’amie de Marie-Aude, qui déploie une vapo­reuse cou­lée de den­telle argen­tée qu’elle fait admi­rer avec fier­té à la pauvre jeune fille.

A cette vue, Marie-Aude sent de grosses larmes brû­lantes mon­ter à ses yeux ; mais elle les refoule courageu­sement, et, d’un cœur sin­cère, féli­cite la petite Hugue­nette de son adresse.

« Sainte Vierge, prie-t-elle en se retrou­vant seule, il n’y a que moi qui n’aurait rien à vous offrir ; vous qui avez été pauvre, vous com­pren­drez mon infor­tune ; vous qui avez été cha­ri­table, vous m’approuverez d’avoir ache­té à ma grand-mère son fla­con d’élixir plu­tôt que l’écheveau de soie dont je rêvais ; vous qui avez été adroite ouvrière, vous com­pren­drez la tris­tesse de mon renon­ce­ment ! »

* * *

Et voi­ci que, sa prière ter­mi­née, Marie-Aude a sou­dain une idée qui la trans­fi­gure… C’est ce soir que toutes les den­tel­lières offri­ront leurs pré­sents à la Sainte Vierge. Marie-Aude sera avec elles !

Len­te­ment, la jeune den­tel­lière recueille au fond d’un petit pot un reste de belle farine de fro­ment, blanche comme neige ; au pou­lailler, elle recueille un bel œuf blanc comme neige ; dans une petite jatte, un peu de lait, blanc comme neige aus­si, et enfin elle avise une poi­gnée de sucre sem­blable à du givre…

crepe - ingrédients. Histoire pour la chandeleurEt Marie-Aude, toute rosé de plai­sir, mélange avec art toutes ces blan­cheurs et pré­pare une pâte lisse, souple et embau­mante dans le beau sala­dier de terre cuite.

Main­te­nant, appli­quée, elle verse dans la poêle fami­liale la belle pâte lisse et, la pré­sen­tant à la chaude caresse des flammes de l’âtre, elle cuit une crêpe fine, si fine qu’elle en devient den­te­lée, comme un beau tulle rare. La jolie crêpe ajou­rée dore comme les épis que Marie-Aude avait rêvé de tis­ser ; elle dore et, fleu­rant bon le fro­ment, par­fume la petite cui­sine. Alors, Marie-Aude la retourne d’un geste adroit et la cris­tal­lise de sucre…

* * *

Et le soir, comme les autres den­tel­lières, elle s’approche de Notre-Dame en dépo­sant la jolie crêpe à ses pieds.

« Notre-Dame, mur­mure avec fer­veur la petite Marie-Aude, je vous offre ma den­telle, une den­telle de pauvre bien sûr, mais que j’ai enri­chie de tout mon cœur et de mon renon­ce­ment bien accep­té. »

* * *

Dou­ce­ment, la Sainte Vierge sou­riait… Et c’est depuis de temps-là que les jolies crêpes res­semblent à de pré­cieuses den­telles.

Mar­celle Col­liaux.

Présentation de l'Enfant-Jésus au temple et Purification de la Vierge

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