Catégorie : <span>Bressange, Pierre</span>

Ouvrage : Bayard | Auteur : Bressange, Pierre

1 — L’appel des âmes

Le 10 juin 1637, nais­sait à Laon, d’une des meilleures familles de la ville, un petit enfant auquel en don­na le nom de Jacques.

Me Nico­las Mar­quette, le père, annon­ça la nou­velle à Mgr de Bri­chan­teau, ancien mis­sion­naire au Cana­da, lequel le féli­ci­ta chaleureusement.

Dès son tout jeune âge, Jacques mon­tra une fer­vente pié­té. Sa joie était d’al­ler à Notre-Dame de Liesse, célèbre sanc­tuaire situé à trois lieues de Laon.

Un autre fait mar­quait son esprit d’ab­né­ga­tion. À l’âge de 9 ans, il prit la réso­lu­tion de jeû­ner tous les same­dis, mal­gré les reproches de son père.

Le 8 octobre 1654, Jacques, qui avait 17 ans, entrait dans la Com­pa­gnie de Jésus, n’i­gno­rant pas les fortes études que cette Socié­té impo­sait à ses novices.

Pen­dant ce temps, au Cana­da, des reli­gieux allaient de tri­bu en tri­bu prê­cher l’É­van­gile, Haras­sés de fatigue, tor­tu­rés, ils offraient leur vie au bon Dieu.

On lisait avec émo­tion, en France, les récits dou­lou­reux qui venaient des cam­pe­ments indiens et qui deman­daient de grands cœurs pour por­ter la parole de Dieu.

Ces récits rela­taient l’ou­ver­ture de nou­velles mis­sions. Jacques déci­da de par­tir et deman­da l’au­to­ri­sa­tion au Père géné­ral de la Compagnie.

Il débar­qua à Qué­bec, le 20 sep­tembre 1666, prit quelques jours de repos et fut envoyé à la rési­dence des Trois-Rivières pour s’i­ni­tier aux langues du pays.

Le P. Mar­quette prit contact avec les mœurs des diverses tri­bus sau­vages, les­quelles vivaient dans de petites cabanes en bois.

Ces sau­vages ne son­geaient qu’au com­merce des peaux qu’ils échan­geaient contre des armes à feu, de la poudre et du plomb.

Las­sés des armes à feu, ils vou­lurent obte­nir de l’eau-de-vie. Dès lors, ils se livrèrent à de fré­quentes orgies, les­quelles leur ame­nèrent les pires maladies.

Lorsque la chasse avait été fruc­tueuse, ils s’a­ban­don­naient à de grands fes­tins, qui duraient près de quatre heures, ne conser­vant rien pour le lendemain.

Le P. Mar­quette, qui était à table avec eux, fut déchaus­sé. On lui grais­sa les jambes et les pieds, et pen­dant qu’il man­geait, tous les chefs du vil­lage lui ren­dirent visite.

Mais à ces fes­tins suc­cé­daient sou­vent trois ou quatre jours de jeûne. Le P. Mar­quette dut alors se conten­ter de peaux d’an­guille ou de jeunes pousses d’arbre.

À force de souf­frir, à force de tra­vail et de sup­plices, il avait réus­si à gagner déjà de nom­breuses âmes à la cause de Dieu.


2 — En canot sur les Lacs