Catégorie : Le Douaron, Père Guillaume

Auteur : Le Douaron, Père Guillaume | Ouvrage : Et maintenant une histoire I, Les sacrements à recevoir .

J’étais à peine arri­vé depuis trois semaines en mis­sion que mon Supé­rieur m’envoya bap­ti­ser un vieux dans le vil­lage d’Adéane, situé à douze kilo­mètres. J’étais heu­reux, je vous l’avoue. Une dif­fi­cul­té sur­git sou­dain : com­ment ins­trui­rai-je cet homme ?

« Il est bien dis­po­sé, me dit le Père ; je l’ai ins­truit des véri­tés néces­saires ; d’ailleurs, Céles­tin pour­ra les lui rap­pe­ler. Quant au che­min, sui­vez la ligne du télé­graphe. »

Croi­rait-on qu’une ligne télé­gra­phique tra­ver­sât la brousse ? Mais sans aucun avan­tage pour le brous­sard, car elle fai­sait cent kilo­mètres sans lais­ser tom­ber le moindre écho du monde civi­li­sé.

Missionnaire et son guideJe me mis en route sous la conduite de Céles­tin, mon guide. Pour pro­vi­sions, un misé­rable pois­son et quelques bis­cuits. Il était sept heures. Quelle marche pénible à la queue leu leu dans ces sen­tiers de brousse aux mille détours, sous un soleil acca­blant, et avec le sou­ci de ne pas poser un pied sans regar­der aupa­ra­vant, car il est facile de tré­bu­cher.

* * *

Nous mar­châmes long­temps sans inci­dent. La brousse, les champs de riz, les espaces incultes que tra­ver­saient les biches, les coins de forêt où piaillaient et sif­flaient des mil­liers d’oiseaux aux plu­mages les plus variés, tout me fas­ci­nait, moi, jeune brous­sard, au point que j’en oubliai la route…

« La ligne ! dis-je à Céles­tin.

— Nous la retrou­ve­rons là-bas, mon Père. »

Et l’on mar­cha long­temps encore. Le soleil deve­nait bien chaud, quoiqu’on fût au mois de décembre.

« Onze heures. Voyons, Céles­tin, nous avons dépas­sé le vil­lage ?

— Non, mon Père. », me répon­dit-il avec l’air tran­quille de quelqu’un qui ne s’en fait pas pour quelques kilo­mètres de plus ou de moins. Les Noirs sont d’endiablés mar­cheurs.