Et pourÂtant, que de bel et bon traÂvail il fait ! Voyons d’aÂbord la fameuse MisÂsion dont il se dit « le prĂŞtre indigne ». C’est une sinÂguÂlière orgaÂniÂsaÂtion, Ă la vĂ©riÂtĂ©. Les misÂsionÂnaires de M. Vincent arrivent dans un dioÂcèse, dans une ProÂvince ; ils demandent Ă l’éÂvĂŞque ses ordres, puis ils dĂ©barquent dans…
Catégorie : <span>Monsieur Vincent</span>
Un peu plus tard, ayant quitÂtĂ© les GonÂdi, et deveÂnu curĂ© de ChâÂÂtillon-les-Dombes, M. Vincent pourÂsuiÂvit sa lutte ardente et sans rĂ©pit contre le dĂ©sordre des mĹ“urs et l’inÂdifÂfĂ©Ârence reliÂgieuse. Il put ausÂsi comÂmenÂcer la rĂ©forme du clerÂgĂ©. Son aposÂtoÂlat, qui touÂchait si vite et si bien le peuple, s’éÂtenÂdit…
De Rome, Vincent parÂtit pour Paris — et il y alla avec une misÂsion. Le pape Paul V, en effet, lui avait confiĂ©, Ă lui, jeune prĂŞtre encore inconÂnu, un mesÂsage oral et secret pour le roi de France HenÂri IV lui-mĂŞme. Nous ne savons pas exacÂteÂment quelle Ă©tait cette misÂsion. CerÂtains hisÂtoÂriens croient qu’il s’aÂgisÂsait de prĂ©ÂpaÂrer la Cour de France Ă un mariage espaÂgnol, dans le but de rapÂproÂcher les nations cathoÂliques. Quoi qu’il en fĂ»t, Vincent de Paul et HenÂri IV se plurent : le roi apprĂ©Âcia l’éÂquiÂlibre et la vigueur de ce prĂŞtre, fils de payÂsan — et Vincent Ă©tait tout disÂpoÂsĂ© Ă aimer, dans HenÂri, le BĂ©arÂnais ami du peuple qui vouÂlait que les petites gens de son royaume eussent, le dimanche, la poule au pot.
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Peu après cette ambasÂsade — sur laquelle Vincent devait garÂder le secret — le jeune prĂŞtre fut nomÂmĂ© aumĂ´Ânier de la reine Margot…
Cette souÂveÂraine avait connu un curieux desÂtin. C’éÂtait la fille d’HenÂri II et de CatheÂrine de MĂ©diÂcis. Et sa mère l’aÂvait mariĂ©e contre son grĂ© Ă HenÂri de Navarre, deveÂnu depuis lors, nous l’aÂvons vu, HenÂri IV. Or, le roi de France avait obteÂnu l’anÂnuÂlaÂtion de son mariage — en sorte que MarÂgot Ă©tait deveÂnue « reine sans couronne ».
Vincent de Paul naquit en GasÂcogne, Ă Pouy — près de Dax — le 24 avril 1581. A vrai dire, aucun docuÂment reliÂgieux ni civil ne nous a jamais renÂseiÂgnĂ© sur l’anÂnĂ©e de sa naisÂsance. Mais Vincent lui-mĂŞme devait plus tard, Ă douze reprises difÂfĂ©Ârentes, prĂ©ÂciÂser son âge dans des lettres que l’on a conserÂvĂ©es, et nous l’en croyons sur parole.
MalÂgrĂ© la parÂtiÂcule, l’enÂfant n’éÂtait pas de famille noble. Il y avait Ă Pouy un ruisÂseau qu’on appeÂlait Paul, et, selon l’uÂsage de cette Ă©poque, la famille qui vivait près de lĂ fut appeÂlĂ©e « de Paul ». Vincent a d’ailleurs toute sa vie signĂ© « Depaul » en un mot.
Ses parents avaient quelque bien, mais ils Ă©taient de petits payÂsans. Le père, Jean de Paul, boiÂtait — ce qui ne l’empĂŞchait pas de traÂvailler avec acharÂneÂment, avec âpreÂtĂ©. Il finit d’ailleurs par Ă©larÂgir son modeste domaine, et deveÂnir proÂpriĂ©Âtaire de pluÂsieurs fermes. Mais en attenÂdant, ses six enfants (quatre garÂçons et deux filles) besoÂgnèrent dur pour aider leurs parents. Vincent, le futur saint, vint au monde le troisième.
De très bonne heure, il garÂda les breÂbis, les vaches et les pourÂceaux de son père. Il devait le rapÂpeÂler plus tard, affirÂmant sans aucune honte qu’il Ă©tait « un pauvre porÂcher de naisÂsance ». Pieux, il lui arriÂvait frĂ©ÂquemÂment, dit-on, d’alÂler prier sous un chĂŞne auprès de la maiÂson de ses parents. Les lieux oĂą s’éÂcouÂla son enfance Ă©taient situĂ©s au bord du fleuve l’AÂdour : terres basses que les eaux recouÂvraient deux fois par an. Le sol en Ă©tait maigre ; il y pousÂsait du seigle et un peu de millet. Aux saiÂsons pluÂvieuses, des mares y stagÂnaient — en sorte que le petit berÂger devait surÂveiller son trouÂpeau du haut de ses Ă©chasses, affronÂtant le vent mouillĂ©.
Comme le curĂ© d’Ars, Vincent de Paul eut une enfance Ă la fois libre et rude. Et comme lui, lorsÂqu’il Ă©tait renÂtrĂ© Ă la maiÂson, il n’éÂtait pas prĂ©ÂciÂsĂ©Âment gâtĂ© : dorÂmant non loin de l’éÂtable des bĂŞtes qui n’éÂtait sĂ©paÂrĂ©e de la maiÂson des hommes que par une mince cloiÂson de planches…
Quant aux repas famiÂliaux, il les dĂ©criÂra plus tard en quelques mots : « Au pays dont je suis, on est nourÂri d’une petite graine appeÂlĂ©e millet que l’on met Ă cuire dans un pot ; Ă l’heure du repas, elle est verÂsĂ©e dans un vaisÂseau, et ceux de la maiÂson viennent autour, prendre leur rĂ©fecÂtion, et après, ils vont Ă l’ouvrage. »
De mĂŞme, il brosÂseÂra un tableau vivant et simple de la vie que menaient ses propres sĹ“urs Ă la camÂpagne : « Reviennent-elles Ă la maiÂson pour prendre un maigre repas, lasÂsĂ©es et fatiÂguĂ©es, toutes mouillĂ©es et crotÂtĂ©es, Ă peine y sont-elles, si le temps est propre au traÂvail ou si leurs père et mère comÂmandent de retourÂner, ausÂsiÂtĂ´t elles s’en retournent, sans s’arÂrĂŞÂter Ă leur lasÂsiÂtude et sans regarÂder comme elles sont agencĂ©es. »





