Religieuses Augustines de l’Hôtel-Dieu de Paris

VERS l’an 651, saint Landry, évêque de Paris, fit bâtir près de son église une maison pour soigner les prêtres malades. Ce serait l’origine de l’Hôtel-Dieu.
Non loin de là vivaient des religieuses qui avaient pour tâche de blanchir le linge de l’église ; l’évêque Robert, successeur de saint Landry, leur confia le soin de cet hôpital et changea leur vœu de clôture en celui de servir les pauvres malades.
L’hôpital reçut d’abord le nom de Saint-Christophe ; plus tard, il fut appelé Maison de Dieu, puis Hôtel-Notre-Dame, et enfin Hôtel-Dieu.
En 1002, le Chapitre de Notre-Dame fut chargé de l’administrer, et chaque chanoine, en mourant, devait léguer son lit à cet hôpital.
En 1217, le Chapitre donna aux religieuses de l’Hôtel-Dieu un règlement inspiré de la règle de saint Augustin, d’où leur nom d’Augustines.
Malgré les agrandissements apportés au cours des siècles, cet hôpital ne suffisait pas à secourir tous les malades ; l’encombrement était si grand, surtout aux temps d’épidémie, qu’on était obligé d’entasser trois, quatre, six malades et plus dans le même lit.
Lorsque Henri IV fit construire l’hôpital Saint-Louis pour les pestiférés, il le confia aux Augustines.
Le bon renom de l’Hôtel-Dieu se répandit et de nombreuses villes de province firent appel au dévouement de ses religieuses.
Les guerres et les épidémies valurent des difficultés de toutes sortes à la Congrégation, et, à diverses époques, des réformes jurent apportées à l’Hôtel-Dieu. La plus importante fut celle qui suivit les guerres de religion. Sœur Geneviève Bouquet, devenue prieure sous le nom de Mère du Saint-Nom de Jésus, qui déjà avait institué un Noviciat, la mena à bien, avec l’aide de saint Vincent de Paul et de messire François Ladvocat, chanoine de Paris qui, en 1652, perfectionna les statuts et rédigea de nouvelles Constitutions. Ces Constitutions sont toujours en vigueur ; elles ont seulement été mises en accord avec la législation canonique actuelle et avec les progrès de la science.
Détruit par un incendie en 1772, l’Hôtel-Dieu fut réédifié sur le même emplacement. C’était une réunion de bâtiments construits irrégulièrement et s’étendant parallèlement sur les deux rives du petit bras de la Seine. Il comprenait 28 salles spacieuses avec 800 lits en temps ordinaire. Le service était assuré par 8 médecins et 3 chirurgiens assistés de 23 Sœurs hospitalières et de 20 novices.
Pendant la Révolution, les Augustines durent quitter leur habit religieux, mais elles demeurèrent à leur poste de charité dans leur hôpital appelé Grand hospice de l’humanité.
Quand la paix religieuse fut rétablie, les Sœurs reprirent leur costume et les exercices de la vie de communauté. La Congrégation se développa ; elle fut chargée du service d’autres hôpitaux : la Charité, Beaujon, Lariboisière.
Les révolutions de 1830 et de 1848, les épidémies de choléra de 1832, de 1849, de 1865, leur donnèrent l’occasion d’exercer leur admirable dévouement. De mème les sanglantes journées de la Commune, en 1871 ; les communards leur imposèrent le nom de « Sœur de la Commune », un bonnet noir et une ceinture rouge sur leur robe noire, mais elles restèrent au chevet des malades et des blessés, dans leur Hôtel-Dieu laïcisé.
Le vieil hôpital a été démoli sous le second Empire et remplacé par la construction grandiose qui s’étend du parvis Notre-Dame jusqu’au grand bras de la Seine ; elle fut achevée en 1878. La statue de Charlemagne et le jardinet qui l’entoure marquent l’emplacement de l’ancien Hôtel-Dieu.
Les lois de laïcisation détruisirent, à la fin du XIXe siècle, ce que pendant plus de douze cents ans les guerres et les révolutions avaient respecté. Les Augustines durent quitter la Charité, Beaujon, et Lariboisière en 1887 ; en janvier 1908, elles furent expulsées de Saint-Louis et de l’Hôtel-Dieu.
Elles se réfugièrent 66, rue des Plantes, à l’hôpital de Notre-Dame de Bon-Secours, fondé en 1879 par M. Carton, curé de Saint-Pierre de Montrouge.
C’est là que se trouvent la maison-mère et le noviciat de la Congrégation.
Les religieuses Augustines desservent aussi l’hôpital Boucicaut fondé en 1887, l’hôpital Debrousse fondé en 1892, la maison de convalescence d’Épinay-sur-Seine, la maternité Cognacq-Jay, et plusieurs cliniques privées. Pendant la grande guerre, elles exercèrent leur ministère charitable auprès des blessés à l’hôpital Marie-Lannelongue et à l’hôpital militaire du lycée Buffon.
Aux trois vœux ordinaires, les Augustines en ajoutent un quatrième : le service des pauvres malades.
Le premier acte de la jeune postulante en entrant dans la Congrégation est la prise du « tablier d’ordre », insigne de leur dignité de servantes des pauvres. Chaque postulante est accompagnée d’une « petite mère » qui la suit comme un ange gardien pour l’initier à sa nouvelle vie et lui apprendre les petits détails du service hospitalier.
Au bout de six mois, la postulante revêt l’habit religieux : robe noire, voile blanc, chapelet au côté, et elle commence son noviciat.
Avec une formation religieuse très profonde, la novice reçoit une formation technique solide et très étendue qui la rend apte à tous les offices.
Les novices suivent, en outre, des cours spéciaux sur toutes les branches de la science infirmière, et elles passent des examens pour obtenir le diplôme de l’Assistance publique.
Après trois années de noviciat et trois ans de vœux temporaires, elles sont admises à prononcer leurs vœux perpétuels. Elles ajoutent à leur costume la ceinture augustinienne de cuir, le rosaire au côté gauche, le bandeau blanc, la guimpe blanche, le voile noir et le manteau de chœur.
Depuis quelques années, Sous le nom de « Petites-Sœurs auxiliaires », ont été rétablies les « Sœurs de la Chambre » que la Révolution avait supprimées, et qui avaient pour tâche de seconder les religieuses Augustines dans tous leurs travaux. [1]
Franciscaines de Sainte Marie des Anges

CETTE Congrégation, adoratrice et missionnaire, doit son origine à l’oeuvre des Orphelines de guerre fondée en 1871, à Angers, par Mgr Freppel à qui elle fut inspirée par un ancien Saint-Cyrien, le P. Jean Chrysostome, gardien du couvent des Capucins d’Angers.
Ce dernier avait groupé, rue Saint-Eutrope, sous l’égide de saint François d’Assise, quelques dames du Tiers-Ordre désireuses de se dévouer aux enfants délaissés. Elles ouvrirent un orphelinat qui fut inauguré le 5 août 1871 par Mgr Freppel et le P. Monsabré.
Ce local étant devenu trop petit, l’œuvre s’installa, le 11 janvier 1872, au numéro 9 de la rue du Boeuf-Gorgé, aujourd’hui rue de La Blancheraie.
Le mois suivant, les Dames de l’Adoration perpétuelle se joignirent aux Tertiaires pour former une Congrégation nouvelle dont les religieuses, tout en se consacrant à l’éducation chrétienne de l’enfance, assureraient l’adoration perpétuelle du Saint Sacrement.
Le 6 juin, trois novices recevaient le saint habit avec le vocable de Sœurs Franciscaines de Sainte-Marie des Anges. Mlle Rurange, fondatrice, devint la première Supérieure générale, sous le nom de Mère Marie-Chrysostome de la Croix.
Un pensionnat ayant été aussi ouvert, la maison de la rue du Boeuf-Gorgé fut à son tour insuffisante. Généreusement aidée par la comtesse de La Grandière, la Congrégation entra en possession de l’ancien prieuré bénédictin de Saint-Sauveur de l’Esvière saccagé par la Révolution. Elles le firent réparer et s’y installèrent le 12 août 1873 en y ramenant la célèbre statue de Notre-Dame-Sous-Terre qui, retirée de la Maine, était conservée dans l’église Saint-Laud.
Entre temps, le P. Chrysostome, s’inspirant du livre de la Conduite intérieure en usage dans l’Ordre séraphique, rédigeait pour le nouvel Institut des Constitutions, un cérémonial, un règlement des novices, qui furent donnés comme modèle aux communautés de même nature.
Dès lors, les vocations se présentent nombreuses et de nouvelles fondations, monastères, pensionnats, se succèdent rapidement : Saint-Etienne, en 1874 ; Saint-Servan, en 1877 ; Sion (Suisse), en 1885 ; Southampton (Angleterre), en 1886 ; Hyères, en 1887, avec sanatorium et maison de repos pour les prêtres âgés ou malades ; Lyon, en 1893 ; Les Charpennes (Isère), en 1897 ; San Remo (Italie), en 1903, lors des expulsions en vertu des lois laïques ; Mons-en-Baroeul (Nord), en 1921, pour secourir les familles éprouvées par la grande guerre.
Les Missions étrangères, dans le même temps, offraient à la Congrégation un nouveau champ d’apostolat.
Quand le Saint-Siège confia aux Capucins en 1892 la nouvelle préfecture apostolique de Rajputana (Indes anglaises), Mgr Freppel et le P. Chrysostome jugèrent opportun d’y envoyer des religieuses de Sainte-Marie des Anges, et, le 12 septembre suivant, sept Sœurs s’embarquaient à Marseille pour se rendre à Mhow où une résidence convenable leur avait été préparée elles furent accueillies avec enthousiasme par la population. L’année suivante, cinq autres Sœurs rejoignirent premier contingent.
D’autres missions furent établies à Ajmer en 1896, à Kurda en 1899, à Thandla en 1907, à Mikhelpura en 1905, et un hôpital à Indore en 1906. Partout les Franciscaines de Sainte-Marie des Anges, avec la pratique de l’adoration du Très Saint Sacrement, se dévouent à l’enseignement et aux soins des enfants, à la visite des malades, baptisant les petits païens moribonds, secondant les missionnaires dans leur tâche apostolique.
Dès 1895, elles groupaient quelques jeunes filles indigènes désireuses de se consacrer à Dieu comme elles ; cette institution progressa si bien qu’en 1913, lorsque fut créé le diocèse d’Ajmer, son premier évêque, Mgr de Caumont, organisa un noviciat pour ces missions sisters qui, plus facilement que d’autres, peuvent pénétrer dans ces milieux si fermés de l’Inde.
Les Franciscaines de Saine-Marie des Anges sont partagées en Sœurs de chœur et en Sœurs converses.
Ces dernières ont un habit de laine noire, un cordon en laine blanche, un voile noir sur la guimpe et le bandeau blanc. Elles portent sur la poitrine une croix de bronze suspendue à un cordon rouge. Avec l’adoration du Saint Sacrement, elles s’occupent spécialement de la visite et du soin des malades à domicile.
Les religieuses de chœur portent un habit blanc, un camail rouge, une corde rouge, une croix d’argent suspendue à une chaîne également d’argent. Le voile est noir.
Quand elles sont en adoration devant le Saint Sacrement, qui est exposé nuit et jour, elles mettent un grand manteau rouge en souvenir du manteau écarlate dont Notre-Seigneur fut revêtu par dérision pendant la Passion.
Les exercices religieux de la journée qui se font en commun sont la messe, une heure d’adoration, une demi-heure d’oraison, la récitation au chœur de l’Office de la Sainte Vierge et de l’Office du Saint Sacrement, le rosaire, la lecture spirituelle, l’examen, la Bénédiction du Saint Sacrement.
Chaque Sœur fait, en outre, sans interruption, une heure d’adoration et récite pendant ce temps le rosaire en entier. Aux jeûnes et abstinences prescrits par l’Église, les Franciscaines de Sainte-Marie des Anges ajoutent le maigre tous les mercredis et samedis de l’année, et celles qui le peuvent jeûnent aussi tous les vendredis.
La Congrégation compte actuellement plus de 350 membres.
Le temps du postulat est de six mois, celui du noviciat un an ; après trois années de voeux annuels, les religieuses reviennent passer trois mois à la maison-mère, rue de l’Esvière, à Angers, pour se préparer à prononcer les voeux perpétuels.
Religieuses de Saint-Joseph de Cluny

LA fondatrice de cette Congrégation, Anna-Marie Javouhey, naquit le 10 novembre 1779, à Chamblanc, village de la Côte-d’Or. Elle était la cinquième des dix enfants d’une famille de cultivateurs aisés.
Intelligente, d’un jugement sûr et d’un solide bon sens unis à une volonté énergique, elle employa ces dons avec un grand zèle pour la gloire de Dieu.
Petite fille, elle entraînait ses sœurs et ses compagnes au travail et à la piété comme au jeu ; adolescente, elle fut le bras droit de son père au foyer domestique et dans les champs.
Pendant les sombres jours de la Terreur, elle sut protéger les prêtres traqués par les révolutionnaires, assurer l’exercice du culte, catéchiser les enfants et les préparer à la première Communion.
Les traits d’héroïque dévouement abondent sur cette période de sa vie.
Une suite d’événements providentiels lui montra ce que Dieu attendait d’elle. Par trois fois, en 1798, la Sainte Vierge lui apparut et l’invita à « former avec ses sœurs un Institut pour l’éducation des enfants de son sexe ». Sainte Thérèse d’Avila vint également la conseiller dans cette tâche.
Anna-Marie Javouhey suivit à la lettre ces indications. C’est ainsi que successivement un triple but lui fut désigné : l’éducation de la jeunesse, le soin des pauvres et des malades, l’apostolat des missions.
Elle ouvrit d’abord des écoles qui obtinrent un succès immédiat et qui se multiplièrent rapidement ; elle y pratiquait une méthode d’enseignement mutuel qui était alors une innovation.
La Congrégation prit canoniquement naissance le 12 mai 1807, jour où, en l’église Saint-Pierre à Chalon, Anne-Marie Javouhey, trois de ses sœurs et cinq de leurs compagnes prononcèrent leurs voeux et prirent le saint habit.
La nouvelle Congrégation se plaça sous le vocable de saint Joseph ; le nom de Cluny y fut ajouté le 29 mai 1812, lorsque le noviciat ayant été établi dans l’ancien couvent des Récollets de cette ville, Cluny devint la principale maison de l’Institut.
En 1849, le siège de la maison-mère et le noviciat principal furent fixés à Paris.
Institutrices, hospitalières, missionnaires, les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny se sont répandues dans les cinq parties du monde.
Dès 1816, on les appelait à l’île de la Réunion ; les années suivantes, d’autres colonies françaises et anglaises les réclamaient : le Sénégal, la Gambie, Sierra Leone, Madagascar, les Indes, et tout particulièrement la Guyane où elles firent des merveilles.
Elles comptent actuellement près de 250 communautés, dont 78 en France, et plus de 4 000 religieuses professes.
Après cent ans d’apostolat fécond dans l’enseignement chrétien, les pensionnats et les écoles leur furent interdits en France par les lois de laïcité ; mais les Sœurs n’ont pas abandonné leur mission ; elles sont demeurées éducatrices sous une autre forme, par les orphelinats, les patronages, les ouvroirs, les écoles ménagères et agricoles, les cours professionnels, les pensions de famille pour les étudiants, etc.
Leur apostolat se poursuit auprès des pauvres, des vieillards, des malades, des mourants, dans les hôpitaux, les dispensaires, les cliniques, les asiles d’aliénés, et par les visites à domicile, et aussi dans les œuvres paroissiales.
Les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny desservent l’hôpital Pasteur et l’hôpital Péan, à Paris ; l’important sanatorium de Bligny (Seine-et-Oise) et l’hospice d’aliénés de Saint-Yon (Seine-Inférieure).
La Congrégation, qui pratique la règle de saint Augustin, est de caractère mixte, à la fois active et contemplative.
L’Institut comprend deux classes de religieuses : les Sœurs de choeur, astreintes à la récitation quotidienne de l’Office de la Sainte Vierge, et employées à la direction des œuvres et à des fonctions diverses selon leurs aptitudes ; les Sœurs converses à qui sont confiés les emplois matériels, et qui, suivant les circonstances, peuvent être, dans les œuvres, les auxiliaires des Sœurs de chœur. Mais en ce qui concerne la vie religieuse, il n’y a aucune différence entre les deux catégories de Sœurs.
La Sainte Vierge prit soin elle-même de montrer à la fondatrice le costume de sa Congrégation en lui apparaissant revêtue des mêmes livrées : robe bleue, guimpe et bandeau blancs, pèlerine noire, grand scapulaire emprunté à la Trappe ou au Carmel, voile noir, anneau et Crucifix.
Les Sœurs converses remplacent le scapulaire, la pèlerine et la guimpe par un tablier noir, un fichu noir croisé sur la poitrine, et la Cornette blanche.
Deux traits caractérisent l’esprit de la Congrégation : la simplicité et l’abandon total à la volonté de Dieu. Rien dans la Congrégation, pas même les cérémonies, ne comporte de mise en scène ; pour la prise d’habit, les postulantes se présentent dans la toilette blanche des premières communiantes ; on part au bout du monde et on en revient sans plus attirer l’attention que si on allait faire une course à la ville voisine.
La Congrégation est administrée par une Supérieure générale élue pour neuf ans et assistée de six conseillères.
Chaque communauté est régie par une supérieure locale ; les communautés relevant d’une même juridiction forment une province confiée à une supérieure provinciale.
Les Constitutions ne prescrivent pas d’austérités corporelles ; les religieuses peuvent suivre leur attrait sur ce point dans les limites de l’obéissance. La fondatrice recommandait surtout, la pratique des mortifications intérieures : « soumettre son jugement, renoncer à sa propre volonté, garder le silence, embrasser toutes les croix inséparables des fonctions ».
La maison-mère et le noviciat central sont à Paris, 21, rue Méchain, XIVe. D’autres noviciats sont établis en France, en Angleterre, en Espagne, en Italie, au Pérou, au Chili, à l’île de la Réunion.
- [1] Ce texte date de 1938. En raison de la raréfaction des vocations, diverses branches des Augustines ont fusionné durant la seconde moitié du XXe siècle↩



Soyez le premier à commenter