Étiquette : Marâtre

Auteur : Daniel-Rops | Ouvrage : Légende dorée de mes filleuls .

Temps de lec­ture : 9 minutes

QuStatue de Sainte Germaine Cousin dite de Pibrace se passe-t-il donc à Pibrac ? Pour­quoi cette ani­ma­tion à laquelle l’humble vil­lage gas­con n’est guère accou­tu­mé ? Pour­quoi ces arcs de fleurs et de feuillages, et ces draps ten­dus aux fenêtres tout de rosés par­se­més ? Regar­dez donc, sur la route de Tou­louse — qui n’est longue, que de trois lieues, — gra­vis­sant la col­line s’avance un grand cor­tège, car­rosses, cava­liers et sol­dats. C’est la reine-mère, Cathe­rine de Médi­cis, de noir vêtue, en robe à col­le­rette empe­sée, le jeune roi Hen­ri III tout ruti­lant de pas­se­men­te­rie d’or et le duc de Mont­pen­sier et la petite prin­cesse de Lor­raine et l’on ne sau­rait dire com­bien de cour­ti­sans et de nobles sei­gneurs. Où va donc tout ce beau monde ? Ren­con­trer les chefs des pro­tes­tants, avec qui la Roi est en guerre, et tâcher, une fois de plus, de faire la paix.

On est alors au cœur des guerres de reli­gion. Depuis bien des années la France souffre et saigne de ces luttes fra­tri­cides entre chré­tiens. Le sou­ve­nir des mas­sacres affreux de la Saint-Bar­thé­le­my, depuis plus de dix ans, demeure vif dans les mémoires, comme une plaie. Tout le monde est inquiet du len­de­main. Et puis a-t-on confiance dans cette reine vio­lente, dans ce jeune prince fri­vole qui ne songe qu’à s’amuser ? Il n’a même pas d’enfants ! Et son héri­tier, son cou­sin Hen­ri de Navarre est pro­tes­tant et ne veut pas abju­rer la reli­gion de Cal­vin ; que se pas­­se­ra-t-il s’il devient un jour Hen­ri IV ?

Ils parlent de tout cela, les pay­sans de Pibrac, tout en atten­dant le cor­tège royal. Bien sûr, on accla­me­ra le jeune Roi, la Reine et Mes­sieurs les Sei­gneurs, parce qu’il faut être poli envers des hôtes illustres, qui pas­se­ront tout au long de la grande rue et même qui s’arrêteront pour déjeu­ner au châ­teau chez Mes­sire Guy du Faur ; on est très poli en ce temps-là, et quand même, c’est un hon­neur pour le vil­lage que cette visite de la cour, un hon­neur qui le ren­dra illustre ! mais on n’en pen­se­ra pas moins…

Ce qu’ils ne savent pas, les