Catégorie : <span>Dubard, Robert</span>

Ouvrage : Autres textes | Auteur : Dubard, Robert | Illustration : Dionnet, René
Saint Aubert pose son étoles sur le dragon

Vous connais­sez sans doute le Mont Saint-Michel. Je vous sou­haite d’y être allé par un beau jour d’é­té, quand le soleil joue dans les pierres de l’Ab­baye, se plaît à en sou­li­gner les détails par de gros traits d’ombre, et quand ce même soleil trans­forme l’é­ten­due des sables en moire changeante.

Vous connais­sez, ou vous connaî­trez à de pro­chaines vacances « le Mont », avec ses rues mon­tantes qui finissent en esca­liers, ses den­telles de pierre, ses bou­tiques où l’on vou­drait tout ache­ter, ain­si que la longue et magni­fique pro­me­nade en auto­car pour y par­ve­nir. Un sou­ve­nir que l’on n’ou­blie pas.

Mais, ce que vous igno­rez, c’est l’his­toire de ce rocher, toutes les mer­veilleuses légendes qui l’en­tourent comme d’une nuée dorée. On les évo­quait jadis, aux veillées, une tra­di­tion qui s’est trans­mise d’âge en âge et dont l’o­ri­gine se perd à l’ho­ri­zon de l’his­toire. Le mer­veilleux a dis­pa­ru de notre vie, et c’est grand dom­mage. Peut-être est-il un des ali­ments de l’âme, une source de poé­sie sûre­ment, que nous lais­sons tarir, faute d’y puiser.

Fort heu­reu­se­ment pour nous, un moine du XIIe siècle a recueilli ces récits légen­daires. C’est ain­si qu’ils nous sont par­ve­nus dans leur naï­ve­té et leur pieuse fraî­cheur. La légende s’y mêle aux faits, comme dans ces tapis­se­ries du moyen âge, les fils d’or aux fils de laine. Connais­sant la belle aven­ture du Mont Saint Michel, quand vous l’i­rez voir, la poé­sie des temps pas­sés s’a­jou­tant à la joie de votre décou­verte, votre joie en sera plus grande.

LE MONT AU TEMPS DES GAULOIS.

La gran­diose pers­pec­tive de la baie du Mont-Saint-Michel était, au temps des Gau­lois, une val­lée maré­ca­geuse et boisée.

À quelle époque la mer a‑t-elle enva­hi cette val­lée ? Les savants ne sont pas d’ac­cord sur la date à laquelle s’est pro­duite cette gigan­tesque inon­da­tion. Cer­tains la fixent au 1er ou au IIe siècles de l’ère chré­tienne, d’autres au IIIe siècle, d’autres encore, se mon­trant plus pré­cis, donnent une date, 709 de notre ère.

Les argu­ments s’é­changent comme des jave­lots acé­rés, mais aucun n’est assez pro­bant pour confondre l’adversaire.

Nous nous gar­de­rons de nous mêler à une contro­verse pour laquelle nous n’a­vons aucune com­pé­tence, et qui, du reste, est hors de notre sujet.

On croit savoir qu’au temps des Gau­lois, des drui­desses habi­taient le Mont, qui était alors appe­lé Bele­nus. Mais, des haches de pierre ont été retrou­vées dans les grottes du rocher, ce qui prou­ve­rait une habi­ta­tion plus ancienne encore.

Un temple païen y fut édi­fié au temps de l’oc­cu­pa­tion romaine ; mais dès le VIe siècle, on signale sur le Mont qui s’ap­pe­lait alors « Mont Tum­ba » ou Mont Tombe, la pré­sence d’a­na­cho­rètes. Ils y avaient édi­fié deux petites cha­pelles, dédiées à Saint-Étienne et à Saint-Sym­pho­rien et vivaient, comme tous les pieux ermites, une vie consa­crée à la prière et aux mortifications.

LA LÉGENDE DU LOUP.

Ils ne voyaient jamais per­sonne, pas même le curé du vil­lage voi­sin d’Astre, qui, cepen­dant, pour­voyait à leur nour­ri­ture. Il le fai­sait d’une façon fort curieuse : par un âne, sans nul guide. Cet âne était si bien dres­sé, et il connais­sait si bien le che­min, que jamais il ne s’é­car­tait de sa route, et il allait seul et reve­nait, de son vil­lage au Mont où demeu­raient les ermites.