Le Père Paul de Moll (1824 – 1896)

Ouvrage : Autres textes

Un de nos lec­teurs de Bel­gique, M. Édouard van Spey­brouck, vient de publier, au pro­fit d’une bonne œuvre, un ouvrage très cap­ti­vant sur le Père Paul, le célèbre thau­ma­turge belge [1]. En France, on ignore géné­ra­le­ment ce qu’était le Père Paul. Aus­si, sommes-nous heu­reux de pou­voir aujourd’hui, grâce à M. Edouard van Spey­brouck, le faire connaître à nos lecteurs.

Voi­ci d’abord l’histoire de sa vie à grands traits :

Père Paul naquit à Moll, com­mune de la pro­vince d’Anvers, le 15 jan­vier 1824, et reçut au bap­tême le nom de Fran­çois. Il était fils de Vincent Luy­ckx et d’Anne-Catherine van Balen.

Le jeune Fran­çois Luy­ckx fré­quen­ta d’abord l’école pri­maire de Mil­le­ghem-Moll, et voi­ci à ce sujet ce qu’on raconte : la plu­part des élèves habi­taient assez loin de la demeure où l’instituteur tenait école ; or, quand il fai­sait beau, celui-ci ne trou­vait sou­vent rien de plus natu­rel que de venir à la ren­contre des enfants, jusqu’à l’endroit nom­mé de Rei-Boo­men, où l’on voit encore une ran­gée d’arbres, et là, tous s’asseyaient à l’ombre des grands chênes, pour entendre la leçon du maître.

Fran­çois fut envoyé ensuite au col­lège de Gheel, pour y faire ses huma­ni­tés. Cette célèbre ins­ti­tu­tion était située à six kilo­mètres de la mai­son pater­nelle ; il lui fal­lait donc faire tous les jours douze kilo­mètres pour suivre les cours !

Dès son jeune âge, Fran­çois s’était sen­ti appe­lé à l’état reli­gieux, et fut heu­reux lorsque, le 25 juin 1848, il vit s’ouvrir devant lui les portes du monas­tère des Béné­dic­tins, à Termonde.

Le 24 août sui­vant, il reçut l’habit de Saint-Benoît. Dès lors, il se pré­pa­ra de loin au grand jour où il pour­rait à jamais renon­cer aux folles espé­rances du monde, et s’unir défi­ni­ti­ve­ment à la grande famille du Patriarche des moines d’Occident. Après une année d’épreuves, il fut admis, le 30 sep­tembre 1849, à la Pro­fes­sion, et à se lier au Sau­veur par les veaux de pau­vre­té, de chas­te­té et d’obéissance.

En 1856, il se ren­dit en Ita­lie pour conti­nuer ses études théo­lo­giques au célèbre col­lège des Béné­dic­tins de Parme, et ce fut dans cette ville que, pour la pre­mière fois, il mon­ta trem­blant les degrés de l’autel, afin de sacri­fier pour les vivants et les morts.

Il revint dans sa patrie en 1859, rési­da à Ter­monde jusqu’en 1869, année où il fut char­gé du réta­blis­se­ment de l’abbaye d’Afflighem, et fon­da, en 1879, le monas­tère de Steen­brugge dont il fut supé­rieur jusqu’en 1886, et qu’il quit­ta en 1887, pour ren­trer à Termonde.

Dès sa pre­mière rési­dence à Ter­monde, le bon peuple fla­mand com­prit que la Pro­vi­dence avait sus­ci­té au monas­tère un homme d’une ver­tu extra­or­di­naire, et la renom­mée du Père Paul s’étendit rapidement.

On peut éva­luer à plus d’un mil­lion le nombre de per­sonnes qui eurent recours aux bons offices et aux conseils de Père Paul. Du carac­tère le plus doux et le plus bénin, il accueillait à bras ouverts tous ceux qui s’adressaient à lui ; mais il fut sur­tout le pro­tec­teur et l’ami des pauvres et des éprou­vés, un mot le démontre : une dame des envi­rons du monas­tère étant dan­ge­reu­se­ment malade, on deman­da au bon reli­gieux si déjà il était allé la voir.

— Non, répon­dit le Père, je ne vais chez les riches que s’ils le demandent ; pour les pauvres, c’est différent.

Il sem­blait que ce fût un besoin inné de sa nature cha­ri­table, de venir en aide au pro­chain. À son gré, on ne lui deman­dait jamais assez, et sou­vent, sur le point de quit­ter ses visi­teurs, il s’enquérait avec une insis­tance tou­chante s’ils n’avaient plus rien à lui demander…

Un jour, ayant reçu, par l’obligeante entre­mise d’un ami, une lettre d’un savant de ses connais­sances, lec­ture faite, Père Paul dépo­sa le pli avec un geste de désap­poin­te­ment, disant :

— Le cher ami ne demande rien !

À un de ses amis d’Oostcamp, il disait textuellement :

— Deman­dez-moi tout ce que vous vou­drez, je vous l’obtiendrai, et, quand je serai au Ciel, deman­dez tou­jours, j’aurai alors tout le temps de m’occuper de vous, et mon pou­voir sera plus grand encore.

À toute heure de la nuit aus­si bien que pen­dant le jour, on pou­vait faire appel à son dévoue­ment. Il n’accordait du reste au repos qu’un temps des plus res­treint. Cou­ché sur un gra­bat, il repo­sait la tête sur une plan­chette ; ou bien, très sou­vent, dor­mait debout, le dos appuyé au mur… Il vou­lut un jour ensei­gner à une de ses connais­sances ce der­nier mode de pas­ser la nuit :

— Vous ver­rez comme on dort bien ain­si ! disait-il en riant.

Sa modes­tie et sa pro­fonde humi­li­té étaient aus­si éton­nantes que les pri­va­tions et les péni­tences dont il sem­blait faire ses délices, mais aux­quelles on ne peut son­ger sans fré­mir. Com­ment, en effet, pour ne dire que cela, peut-on se faire à l’idée d’un homme se cei­gnant les reins d’une chaî­nette en fils de fer munie de cent pointes ?

Lui qu’on voyait com­man­der aux élé­ments, gué­rir tant de malades, dévoi­ler les secrets de la nature et de la conscience humaine, et pré­dire tant d’évènements, se déro­bant à toute louange, il se plai­sait à répé­ter : « Nous ne savons rien, abso­lu­ment rien ! »

Au dio­cèse de Gand, le bruit de ses pro­diges étant par­ve­nu à l’Évêché, Mon­sei­gneur fit com­pa­raître devant lui ce moine dont on par­lait tant, et lui deman­da, avec une cer­taine sévé­ri­té, de quoi il se mêlait et quels étaient ses talents. Père Paul tran­quilli­sa le chef de son dio­cèse, en répondant :

— Mon­sei­gneur, je ne suis rien et ne sais rien.

Presque jamais il ne par­la, même aux reli­gieux ses frères, des pro­di­gieuses et conti­nuelles faveurs obte­nues par son inter­ven­tion ; aus­si, fût-ce un spec­tacle digne de ten­ter le pin­ceau d’un Phi­lippe de Cham­pagne, le peintre des miracles de saint Benoît, que de voir, au len­de­main du décès du bon Père, l’étonnement géné­ral des Béné­dic­tins, aux récits des faits mer­veilleux rap­por­tés de toutes parts par la mul­ti­tude des favorisés.

Les moines connais­saient bien la grande popu­la­ri­té de Père Paul, car les neuf dixièmes des visi­teurs au monas­tère ne deman­daient à voir que lui ; mais ils ne se dou­taient pas du pou­voir immense de leur humble confrère. Et pour­tant sa renom­mée s’étendait, non seule­ment au pays, mais à l’étranger. Elles étaient nom­breuses, les visites et les lettres reçues de France, d’Angleterre, d’Allemagne, de Hol­lande, d’Italie, d’Amérique et d’autres pays encore, où le Père comp­tait par­mi ses clients de grands per­son­nages et même des plus illustres… En fait de pro­diges à ins­crire à l’actif du bon Père, cet art de tenir ses œuvres sous le bois­seau n’était peut-être pas un des moindres.

Certes, on ne pou­vait remettre en meilleures mains les inté­rêts de la pro­vince béné­dic­tine lors du réta­blis­se­ment de l’ancienne et célèbre abbaye d’Afflighem et de la fon­da­tion du monas­tère de Steen­brugge. Sans autres res­sources que la Pro­vi­dence, Père Paul se met­tait à l’œuvre, ne deman­dant jamais rien à per­sonne ; mais dis­tri­buant, à pro­fu­sion, des faveurs que tout l’or du monde ne pour­rait pro­cu­rer. La recon­nais­sance four­nis­sait le nécessaire.

À Ter­monde, on se rap­pelle la foule qui jour­nel­le­ment assié­geait le monas­tère, dès 5 heures du matin. Père Paul rece­vait, à la file, les gens accou­rus de toute part. On pas­sait là comme à un gui­chet où cha­cun reçoit son compte. Des malades, des para­ly­tiques, des aveugles étaient gué­ris ins­tan­ta­né­ment, ou rece­vaient la pres­crip­tion d’une prière ou d’une neu­vaine à saint Benoît, avec la garan­tie d’un suc­cès cer­tain. Les cen­taines de béquilles aban­don­nées sur l’invitation du Révé­rend Père, et appen­dues aux murs de l’église, don­naient une idée des innom­brables faveurs obtenues.

Père Paul semait lit­té­ra­le­ment les pro­diges sous ses pas. On eût dit que des pou­voirs sur­hu­mains lui étaient dévo­lus à dis­cré­tion, et qu’il en usait sans mesure et à tout pro­pos. Der­niè­re­ment, un avo­cat en fai­sait la remarque : « Vrai­ment, il faut croire, disait-il, que ce Père fai­sait des miracles par habi­tude et en guise de passe-temps… C’était un thau­ma­turge fin-de-siècle… jamais on n’a consta­té chez d’autres des faits aus­si stu­pé­fiants, aus­si continuels ! »

Il suf­fi­sait d’avoir été une fois en rap­port avec lui pour se sen­tir tout sou­la­gé de ses misères, et empor­ter de cette visite comme une pro­vi­sion inépui­sable de bien-être. On pou­vait sur­tout s’en rendre compte les jours où le Rév. Père tenait ses consul­ta­tions à Anvers, chez l’un ou l’autre de ses amis. La foule fai­sait queue jusque dans la rue, et sur les figures de ces per­sonnes, dont le nombre dépas­sait le plus sou­vent la cen­taine, se lisait la tris­tesse, l’inquiétude ou le décou­ra­ge­ment que l’espoir ne par­ve­nait pas encore à dis­si­per. Mais quel chan­ge­ment à l’issue de la courte visite ! Les visages étaient rayon­nants et les cœurs tout à la joie ; on avait obte­nu, ou l’on avait la cer­ti­tude d’obtenir, dans un délai fixé, les faveurs tant dési­rées. La clair­voyance du Père n’était jamais en défaut, et il se mon­trait mieux ren­sei­gné des vrais besoins de ses visi­teurs que bien sou­vent eux-mêmes.

La mis­sion de Père Paul ne se bor­nait pas à gué­rir toute espèce de mala­dies cor­po­relles ou spi­ri­tuelles ; on venait le consul­ter sur les cas les plus divers. Les jeunes gens lui deman­daient son avis sur leur voca­tion, et d’un mot le Père les fixait, en leur fai­sant connaître la Volon­té de Dieu, et en attes­tant la véra­ci­té de ses dires, par quelques révé­la­tions qui stu­pé­fiaient par leur exac­ti­tude, ou par quelque prodige.

C’étaient des gens en peine aux­quels le Père pro­met­tait de prier pour la réus­site de leurs affaires, et assu­rait que tout irait bien ; ou qui rece­vaient des conseils pré­cieux pour se tirer d’un mau­vais parti.

Par­fois même, de mau­vais drôles venus par moque­rie, et qu’il ter­ras­sait d’un mot, pour les age­nouiller ensuite au Tri­bu­nal de la Péni­tence, ou il leur rap­pe­lait les fautes les plus cachées ou oubliées.

À d’autres, il pré­di­sait un ave­nir meilleur et rele­vait les cou­rages abattus.

Le R. P. Paul de Moll, un thaumaturge au XIXe siècle
Le R. P. Paul

Et comme si cet immense tra­vail ne suf­fi­sait pas à sa dévo­rante acti­vi­té, Père Paul visi­ta, très sou­vent, nombre d’autres loca­li­tés. Bruges, Gand, Anvers, Bruxelles, Lou­vain entre autres, lui sont rede­vables d’innombrables bien­faits. Peu de cou­vents des villes et des bour­gades par­cou­rues, qui ne reçurent maintes visites. Il faut entendre son éloge de la bouche des reli­gieux et des reli­gieuses, pour se faire une idée de la joie pro­vo­quée dans ces mai­sons de prières, à l’annonce d’une visite de celui qu’on appe­lait le Saint.

— S’il est utile, disait une Révé­rende Mère Supé­rieure de couvent, de rece­voir la béné­dic­tion d’un prêtre, que ne peut-on attendre de la béné­dic­tion d’un aus­si grand saint que le Père Paul !

Les Ins­ti­tu­tions cha­ri­tables, les hôpi­taux, les pri­sons même, n’étaient pas oubliés. Père Paul trou­vait par­tout des cœurs à conso­ler, des malades à gué­rir, des mal­heu­reux à sou­la­ger, des amis à obli­ger, et tout cela, il le fai­sait avec un natu­rel et une bon­ho­mie tels que s’il se fût agi des actes les plus ordi­naires et à la por­tée de tous. Ses paroles étaient de la plus char­mante sim­pli­ci­té : « Vous êtes malade, je prie­rai un peu pour cela, demain ce sera fini. » Ou bien : « Soyez tran­quille ; ne vous inquié­tez pas, tout ira bien, vous serez éton­né de tout ce qui vous arri­ve­ra d’heureux ! »

On peut dire que presque toutes les misères humaines pou­vaient trou­ver en Père Paul un sou­la­ge­ment réel ; et, d’après le témoi­gnage d’un grand nombre, cette puis­sante pro­tec­tion se conti­nue depuis la mort du Révé­rend Père.


Notre cher et tant regret­té Père Paul mou­rut à l’abbaye de Ter­monde, le lun­di 24 février 1896, à 11 heures moins cinq minutes du soir.

Le R. P. Paul sur son lit de mort
Le R. P. Paul sur son lit de mort

Ses obsèques solen­nelles eurent lieu à l’église de l’abbaye, le jeudi.

Comme pour tous les saints, la véné­ra­tion du peuple fut la gloire de ses funé­railles. La Presse n’ayant pas été infor­mée du décès, aucun article nécro­lo­gique ne put livrer à la publi­ci­té la nou­velle du dou­lou­reux évè­ne­ment ; néan­moins, une foule énorme vint assis­ter au ser­vice funèbre et accom­pa­gna le Père à sa der­nière demeure. Jamais ne s’effacera de la mémoire des témoins com­bien ces funé­railles furent émouvantes.


Père Paul racon­ta lui-même à diverses per­sonnes com­ment il reçut du Ciel sa mis­sion extraordinaire :

« Au com­men­ce­ment de ma vie reli­gieuse, disait-il, étant malade au point de me voir condam­ner par la Science, j’eus une vision : Notre Sei­gneur m’apparut, accom­pa­gné de la Sainte Vierge, de saint Joseph et de saint Benoît. Tan­dis que Marie me tenait la main, le Sau­veur posant sa main sur ma tête me dit :

« — Soyez gué­ri, désor­mais vous vivrez pour la conso­la­tion d’un grand nombre de personnes.

« Et aus­si­tôt, je fus guéri. »

Au lec­teur de juger si la pré­dic­tion s’est réa­li­sée, et si la vie de Père Paul se résume bien dans l’épigraphe de ce livre : Tran­siit benefaciendo.

Nous lais­sons la parole aux faits.

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Voi­ci quelques-uns des faits dont le récit, dans le livre de M. Édouard van Spey­brouck, n’occupe pas moins de 200 pages.

L’enfant de la femme d’un bate­lier, sœur d’une de nos reli­gieuses, était rachi­tique. Le père du petit mal­heu­reux incu­rable s’en fut deman­der à Père Paul la gué­ri­son de son enfant ; et celui-ci guérit.

Ce bate­lier se plai­gnant ensuite de la grande quan­ti­té de rats qui infes­taient son bateau, Père Paul lui racon­ta qu’un autre bate­lier, aus­si, était venu lui deman­der d’être déli­vré des rats, et que ceux-ci mou­rurent aus­si­tôt. Mais, ajou­ta le Père, ce bate­lier n’est pas reve­nu me le dire.

Le len­de­main, au bateau du pre­mier bate­lier, on consta­ta ce fait plus qu’étrange : un grand nombre de gros rats se trou­vaient éten­dus morts à fond de cale, mais par couples, un rat posé trans­ver­sa­le­ment sur l’autre, en forme de croix !

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Le fils unique de parents riches avait atteint l’âge de sept ans et était res­té muet. Une ser­vante ayant, en 1892, ame­né l’enfant à Ter­monde, Père Paul dit à celle-ci :

— Cet enfant pour­ra bien par­ler, si ses parents font une neuvaine.

— Je prie­rai aus­si, dit la servante.

Père Paul s’adressa alors à l’enfant :

— Dites donc avec moi : Jésus, Marie, Joseph.

Et, len­te­ment, l’enfant répé­ta : Jésus, Marie, Joseph.

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Depuis quelque temps déjà, la fille d’un méde­cin de cam­pagne était sourde d’une oreille, et de l’autre elle n’entendait que peu ou point.

Accom­pa­gné de sa mère et d’une amie, elle se ren­dait auprès de Père Paul à Ter­monde. Pen­dant le tra­jet, par une cause ou l’autre, la sur­di­té de l’oreille la moins affec­tée devint com­plète également.

Admises en pré­sence du Père, l’amie lui dit :

— Révé­rend Père, gué­ris­sez, s’il vous plaît, cette demoi­selle de sa sur­di­té, c’est si gênant d’être sourde !

Père Paul appli­qua ses mains sur les oreilles de la sourde, et, à l’instant même, la demoi­selle enten­dit, mais si par­fai­te­ment, qu’elle per­çut les paroles dites à voix basse à plu­sieurs pas de dis­tance. La sur­di­té n’est plus survenue.

Père Paul dit à cette demoiselle :

— Vous aurez de l’amour de Jésus.

Et depuis, la demoi­selle a par­fois consta­té à l’église des faits extra­or­di­naires, dont elle décrit, comme suit, quelques exemples :

Le 2 août 1894, un jour d’Adoration, j’eus le bon­heur de voir, pour la pre­mière fois, dans l’hostie de l’ostensoir, Notre-Sei­gneur atta­ché à la croix.

Le Jeu­di-Saint de l’année 1896, en fai­sant mon Ado­ra­tion, je vis, sur le voile qui recou­vrait le Ciboire, une grande Hos­tie : peu après, cette Hos­tie se chan­gea en une face très aimable.

Le jour de la fête du Sacré-Cœur, en 1896, je vis sur le voile du Ciboire, Notre-Sei­gneur ten­dant les bras, l’un de ses bras était plus éle­vé que l’autre, et les mains étaient cou­vertes. Le cœur était rouge et la face très aimable.

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Nous avions au jar­din une volière de tour­te­relles. En 1893, Père Paul s’approchant de la volière, me dit :

— Tiens n’avez-vous donc pas de tour­te­relles blanches ?

Depuis lors, tous les petits sont éclos le plu­mage blanc, et nous n’avons plus que des tour­te­relles blanches.

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À la cam­pagne, non loin de Ter­monde, demeu­rait une exta­tique, péni­tente de Père Paul, dont la mai­son se trou­vait à proxi­mi­té d’une ligne de che­min de fer. Or, un matin étant chez elle à l’ouvrage, cette per­sonne se sen­tit irré­sis­ti­ble­ment pous­sée dehors et entraî­née rapi­de­ment jusque près de la voie fer­rée, où elle s’agenouilla, comme mal­gré elle.

À ce moment même pas­sa un train. L’extatique vit bais­ser la glace d’un com­par­ti­ment de troi­sième, et Père Paul lui don­ner de là sa bénédiction.

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Une connais­sance de Père Paul, habi­tant Grand, fit, en 1893, l’acquisition d’un groupe en ciment : le corps du Christ mort sur les genoux de sa Mère (pie­ta).

Père Paul bénit ce groupe et, aus­si­tôt, racon­ta-t-il lui-même, les larmes cou­lèrent abon­dam­ment des yeux de cette Vierge.

Le pro­dige s’est renou­ve­lé sou­vent, et, par­fois, se repro­duit depuis la mort du Révé­rend Père.

Pen­dant une couple d’heures, le jeu­di 20 sep­tembre 1894, nous fûmes témoin du même fait, en pré­sence de Père Paul, qui recueillit alors pour nous deux de ces larmes dans un petit tube en verre. Il nous dit ensuite d’emplir d’eau ledit tube, afin d’empêcher les larmes de sécher.

Le ven­dre­di 9 juillet 1897, nous eûmes la curio­si­té de sou­mettre ce petit tube à une jeune fille exta­tique demeu­rant à Sta­broeck, et très connue à Anvers depuis vingt ans, pen­dant son extase.

Pre­nant en main le tube, l’extatique s’écria :

— Oh !… trae­nen van Maria ! (Oh !… des larmes de Marie !)

Atten­dons patiem­ment que l’Église décide, elle qui seule pour­ra déter­mi­ner la nature de ce grand prodige.

Quelque temps après la mort de Père Paul, en dépla­çant le groupe, on y vit, col­lé par der­rière, une éti­quette por­tant le mono­gramme PP, tra­cé à l’encre par le Révé­rend Père.

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Une jeune orphe­line presque entiè­re­ment para­ly­sée et qui, par suite de mala­die ner­veuse, avait per­du l’usage de la parole, fut ame­née par nos reli­gieuses à Ter­monde, le 19 mars 1878, jour de la fête de saint Joseph. On fut obli­gé de por­ter la pauvre malade à la gare, et les reli­gieuses ne savaient com­ment elles s’y pren­draient, à Ter­monde, pour se rendre au monas­tère avec le para­ly­tique, car à cette der­nière gare ne sta­tionnent pas de voi­tures publiques. Père Paul n’avait pas été prévenu.

Or, à leur arri­vée en gare de Ter­monde, et à leur grand éton­ne­ment, les reli­gieuses virent un cocher s’approcher d’elles, et leur dire, le cha­peau à la main :

Le R. P. Paul sur son lit de mort

— Mes sœurs, ma voi­ture vous attend pour vous conduire au monas­tère ; je vien­drai vous reprendre cet après-midi.

Père Paul, ayant vu la malade, assu­ra qu’elle gué­ri­rait. Puis il dit aux religieuses :

— Faites deux neu­vaines et, si la gué­ri­son ne s’obtient pas encore, com­men­cez une troi­sième neuvaine.

Un matin au com­men­ce­ment de la troi­sième neu­vaine, tout à coup la malade se mit à mar­cher et à par­ler. Cette gué­ri­son s’est maintenue.

Édouard Van Spey­brouck.
Paru dans L’Écho du mer­veilleux en juillet 1898.

Source : https://biblisem.net/etudes/vanspere.htm

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  1. [1] Titre : Quelques traits de la vie du Très Révé­rend Père Paul de Moll, béné­dic­tin, 1824 – 1896. Le volume : 2 francs. Fran­co : 2 fr. 50. Écrire à l’auteur à Bruges.

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