Quelques heures d’une grande semaine à Jérusalem.

Samedi.

En des­cen­dant du Cal­vai­re, hier, après la mort de Jésus, j’étais tel­le­ment fati­guée et impres­sion­née par tout ce que j’avais vu que je me suis éten­due sur ma nat­te pour dor­mir et oublier.

Récit de la mort et de la résurrection pour les enfants - Marco Palmezzano, Crucifixion Mais, sans ces­se, dans ma tête et devant mes yeux, les scè­nes ter­ri­bles que j’avais vues pas­saient et repas­saient, com­me un rêve. Tous les évé­ne­ments de ces der­niers jours défi­laient, et je n’arrivais pas à com­pren­dre com­ment Jésus, que la fou­le accla­mait, était deve­nu l’ennemi public numé­ro un, que tous vou­laient fai­re mou­rir et qu’on avait cloué sur une croix. On ne l’appelle plus Jésus, ici. Tout le mon­de dit : « Le Christ ! »

Je revoyais sa figu­re cou­ver­te de sang et de cra­chats, je revoyais sa mort… Et, com­me tous les autres, je pen­sais « C’est bien fini, Il est mort. » Pour­tant, mal­gré ces moments de déses­poir, au milieu de mes lar­mes, je voyais tout de même le visa­ge de Marie, sa maman, lorsqu’elle est redes­cen­due du Cal­vai­re : la paix et la lueur d’espérance que j’y avais lues et qui m’avaient tant frap­pée !

De temps en temps, je me levais de ma nat­te et je sor­tais sur le pas de la por­te pour voir de loin la croix se dres­ser dans le ciel, ne pou­vant croi­re enco­re que la jour­née d’hier n’était pas un cau­che­mar ! Non, la croix était bien là : Jésus, le Christ, était bien mort.

A la tom­bée de la nuit, il m’a sem­blé aper­ce­voir des for­mes qui s’agitaient au som­met du Cal­vai­re, allant et venant. J’ai eu envie de savoir ce qui se pas­sait et, me fau­fi­lant dans les rues, je suis grim­pée le plus vite pos­si­ble au som­met du Cal­vai­re, refai­sant tout le che­min par­cou­ru. J’ai com­pris, en arri­vant en haut, ce qui se pas­sait. Aujourd’hui, c’est ici le sab­bat, c’est-à-dire le jour où per­son­ne ne doit tra­vailler : il ne fal­lait pas que le Corps de Jésus res­tât sur la croix aujourd’hui, il fal­lait donc l’enterre avant la nuit, puis­que les gens ne peu­vent rien fai­re pen­dant le sab­bat.

Alors, Jose­ph d’Arimathie, un ami de Jésus qui fait par­tie du Grand Conseil de Pila­te, le gou­ver­neur du pays, a deman­dé à celui-​ci qu’on lui per­met­te d’ensevelir le cru­ci­fié.

C’est ce qu’il fai­sait, aidé de Jean et de quel­ques fem­mes, quand je suis arri­vée. Ils avaient des­cen­du de la croix le corps de Jésus et sa maman, assi­se sur un rocher, Le sou­te­nait.

Elle ne pleu­rait pas et pour­tant, com­me elle devait souf­frir ! je me suis rap­pe­lé ma maman à moi, quand mon petit frè­re est mort : elle le tenait dans ses bras, elle aus­si, et je ne savais pas quoi fai­re pour la conso­ler.

La passion racontée aux jeunes - Fernando Gallego - Pieta

En voyant Marie, j’ai com­pris que si Jésus avait répan­du son sang pour le par­don des péchés, com­me Il l’avait dit Lui-​même, jeu­di, à ses dis­ci­ples, sa maman avait, elle aus­si, souf­fert pour le par­don de nos fau­tes, et je me suis mise à l’aimer très fort, cet­te maman qui n’avait rien fait pour évi­ter que son Fils souf­frit à cau­se de nous.

J’ai eu hon­te, devant elle, de tou­tes les bêti­ses que j’ai fai­tes dans ma vie, et j’ai eu envie de le lui dire. A pas de loup, je me suis appro­chée et je lui ai jeté mes bras autour du cou en l’embrassant très fort, avec de gros­ses lar­mes sur les joues : « Maman, par­don ! » lui ai-​je dit. Tout de sui­te, elle a com­pris.

J’aurais vou­lu lui dire que je ne vou­lais plus fai­re de bêti­ses… je n’ai pas su, mais je suis cer­tai­ne qu’elle l’a devi­né ; sur­tout, je suis sûre que je serai plus for­te, main­te­nant, pour lut­ter contre tout ce qui est mal, par­ce que je pen­se­rai à lui deman­der son aide. C’est une maman qui nous a don­né son Fils : elle com­prend tout et elle nous aime.

Ceux qui étaient là com­men­çaient à enve­lop­per Jésus dans un grand drap blanc, son lin­ceul. Quand cela a été fait, ils L’ont empor­té ; je les ai sui­vis, et j’ai vu qu’ils Le met­taient dans un tom­beau creu­sé dans un rocher. Après avoir cou­ché le corps dans le fond du caveau, Jean et Jose­ph ont rou­lé une énor­me pier­re devant l’entrée et ils sont par­tis, l’air tris­te et abat­tu, sauf la maman de Jésus, qui gar­dait sur son visa­ge la paix et la lueur d’espérance d’hier.

A pei­ne s’étaient-ils éloi­gnés qu’une escoua­de de sol­dats s’est appro­chée : ils ont scel­lé le tom­beau : « Ses dis­ci­ples pour­ront tou­jours essayer de venir cher­cher son corps pour racon­ter ensui­te qu’Il s’est res­sus­ci­té Lui-​même ! Ce serait vrai­ment trop sim­ple de fai­re croi­re cela à tout le mon­de ! Mais c’est quand même bizar­re d’être obli­gé de gar­der le corps d’un mort ! Enfin, on aura tout vu ! » Puis ils se sont assis. je suis redes­cen­due, la mort dans l’âme : ça y est, tout est fini, le Christ est enfoui dans un rocher, on ne Le ver­ra plus. Et pour­tant, ils ont enco­re peur de Lui et des dis­ci­ples, ceux qui vou­laient Le fai­re mou­rir, puisqu’ils Le font gar­der !

* * *

Dimanche.

Le Christ Jésus, est res­sus­ci­té ! Il est de nou­veau vivant ! Vous ne com­pre­nez pas ? Moi non plus, bien sûr, mais c’est vrai, et c’est tel­le­ment mer­veilleux ! Soyez heu­reux, tous ! Criez-​le autour de vous : le Christ est res­sus­ci­té !

Ce n’est pas une his­toi­re que je vous racon­te : des gens L’ont vu, Lui ont par­lé. Donc, c’est vrai.

Hier soir, quand je vous ai quit­tés, je ne savais plus que pen­ser ! Seul le sou­ve­nir de la maman de Jésus me redon­nait un peu d’espoir ! Et puis, ce matin, quand je suis sor­tie, j’ai croi­sé Pier­re et Jean qui cou­raient com­me des fous dans la direc­tion du tom­beau ! Je me suis deman­dé ce qu’ils avaient. Der­riè­re eux, sui­vait une fem­me : cel­le qui était au pied de la croix, ven­dre­di, et que les autres appel­lent tou­jours Marie-​Madeleine. J’ai sur­mon­té . ma timi­di­té et je me suis appro­chée : « Dites, qu’est-ce qui se pas­se ? Pour­quoi courent-​ils ain­si ? » Elle ne répon­dait pas, com­me si elle pen­sait à autre cho­se. « Dites-​moi ce qu’il y : il se pas­se sûre­ment quel­que cho­se ! » Alors, elle s’est mise à pleu­rer : « Je suis allée au tom­beau avec une amie, ce matin, pour ver­ser du par­fum sur le corps de Jésus. Nous nous deman­dions com­ment nous ferions pour rou­ler la pier­re qui fer­mait l’entrée. Et puis, en y arri­vant, nous nous som­mes aper­çues qu’elle n’était plus devant ! Nous avons eu peur ! Plus de gar­des non plus à la por­te ! En appro­chant, nous avons vu que le corps de Jésus n’était plus là ! Oh ! c’est ter­ri­ble, ils L’ont volé ! Je suis venue pré­ve­nir Pier­re et Jean : ils cou­rent sur les lieux ! »

Pâques, Dimanche de la Résurrection - histoire pour le catéchisme - Giovanni Bellini. La Resurrection, 1475-79.Marie-​Madeleine s’est éloi­gnée. J’ai revu en un éclair le visa­ge de Marie, et j’ai été sûre alors que le Christ était vivant, que la résur­rec­tion était réel­le.

Deux sol­dats dis­cu­taient dans une impas­se : « Mon vieux, nous étions en train de som­no­ler, quand, tout à coup, nous avons rou­lé sur le sol, ren­ver­sés par un grand trem­ble­ment de ter­re, com­me ven­dre­di… Une clar­té extra­or­di­nai­re nous a entou­rés et, sans pou­voir bou­ger, nous avons vu un per­son­na­ge qui sem­blait trans­pa­rent de lumiè­re. Il était assis sur le rocher dont Il venait de rou­ler la pier­re, et le tom­beau était vide ! Cela a duré quel­ques ins­tants seule­ment, puis tout est rede­ve­nu nor­mal ! Nous avons cou­ru chez le gou­ver­neur pour lui racon­ter ces faits. Il nous a payés pour qu’on dise que ses dis­ci­ples sont venus Le cher­cher pen­dant que nous dor­mions. Alors, je te dis la véri­té à toi, mais tu ne me ven­dras pas ! »

Ils se sont éloi­gnés. J’étais ahu­rie de tant de mau­vai­se foi.

Vous devi­nez que je grillais d’envie de revoir Jésus… Alors, je me suis déci­dée à aller vers le tom­beau, dans l’espoir de Le retrou­ver, moi aus­si. Et de nou­veau, au coin d’une rue, j’ai ren­con­tré Marie-​Madeleine. Elle ne pleu­rait plus, je vous assu­re ; son visa­ge était radieux ! Elle m’a sau­té au cou et m’a ser­rée très fort :

« Je L’ai vu, Il vit, Il m’a par­lé, Il est res­sus­ci­té !

— Oh ! racon­te… » lui ai-​je deman­dé.

Elle m’a dit alors qu’elle était retour­née, seule, au tom­beau, en me quit­tant tout à l’heure.

Com­me elle était près de l’entrée, tout en lar­mes, elle a enten­du une voix qui lui disait

« Pour­quoi pleures-​tu ?

— Par­ce qu’on a pris mon Sei­gneur et que je ne sais même pas où on L’a mis. »

Puis, ne fai­sant plus atten­tion à Celui qui lui par­lait, elle s’est mise à ins­pec­ter tous les alen­tours, espé­rant trou­ver un indi­ce qui lui mon­tre­rait où elle pour­rait trou­ver le corps de Jésus.

Alors, tout à coup, devant elle, elle vit quelqu’un

« Pour­quoi pleures-​tu ? Qui cherches-​tu ? »

Elle crut que c’était un jar­di­nier.

« Marie ! » lui a dit Celui qu’elle n’avait pas recon­nu tout d’abord.

Alors elle a com­pris : « O Maî­tre ! »

Mais Jésus lui a dit « Va trou­ver les autres, et annonce-​leur la nou­vel­le ».

Et Marie-​Madeleine est allée le leur dire.

Le cau­che­mar est fini ! Le Christ est res­sus­ci­té ! Dites-​le par­tout !

Babe­th.

Coloriage de Pâques : Jesus ressuscité apparait à Marie-Madeleine

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