Renée s’engouffre dans le couloir sordide, et d’un solide coup de talon claque la porte au nez de toute cette joie de la rue pleine de gens pressés, riant de porter du bonheur en paquets roses et bleus, qu’ils accrocheront tout à l’heure à un sapin fleuri de lumière et d’argent.
Car toute l’allégresse de Noël est dans la rue, dans les vitrines, sur les visages et dans les cœurs ; on la devine derrière chaque fenêtre blanchie ; on l’aperçoit par chaque porte qui s’entrouvre sur des pavés rutilants ou des brassées de houx et de gui, on la lit dans les yeux des parents qui se faufilent mystérieusement au sous-sol avec des paquets plein les bras ; elle éclate dans la démarche même des enfants qui semblent courir au-devant de la jubilation… Elle est partout, oui, partout, excepté dans son cœur à elle et dans cette pièce toute grise où elle va retrouver une pauvre femme – sa mère – qui tousse à n’en plus finir…
« Il n’y a que pour moi que ce n’est pas Noël !… » murmure-t-elle avec une atroce amertume qui tire ses lèvres minces et noircit le regard de jais dans son visage terne et mal venu.
Elle s’est tassée sur l’escalier, mordillant ses ongles tour à tour et ressassant cette détresse depuis des mois enlisée au fond de son cœur, et qui déborde tout d’un coup, à l’heure même où tant d’autres cœurs s’ouvrent, larges, au bonheur… Elle ne pleure pas : elle rage. Elle rage de


Tu… uh… uit !… tu… uh… uit !…