Catégorie : Amien, Henri

Auteur : Amien, Henri | Ouvrage : À l'ombre du clocher - 1. Les sacrements | Ouvrage : Et maintenant une histoire I, Les sacrements à recevoir .

Récit pour la jeunesse, un miracle - Nef de l'église FaverneyFaver­ney est un petit vil­lage dans la Haute-Saône. Le visi­teur qui l’aborde ne peut man­quer de remar­quer l’immense bâtisse de l’ancienne abbaye béné­dic­tine, actuel­le­ment sec­tion de phi­lo­so­phie du grand sémi­naire de Besan­çon. Tout près du sémi­naire nous trou­vons la Basi­lique de Faver­ney… église célèbre de Notre-Dame-la-Blanche, célèbre aus­si par un grand miracle que Jésus y fit pour mon­trer sa pré­sence dans l’Hostie.

Repor­tons-nous plus de trois cents ans en arrière. En ce 24 mai 1608, nous trou­vons les reli­gieux très occu­pés. Ils vont, ils viennent, sous les cloîtres, por­tant des fleurs, des ten­tures, des cierges. C’est que nous sommes à la veille de la Pen­te­côte ; et, en cette fête, de par la per­mis­sion du Pape, les reli­gieux de Faver­ney ont l’autorisation d’exposer pen­dant trois jours la Sainte Hos­tie à la véné­ra­tion des fidèles.

A l’entrée du sanc­tuaire, le frère sacris­tain est occu­pé à dres­ser le repo­soir qui ser­vi­ra de trône à Jésus, tan­dis que les autres moines sus­pendent des guir­landes aux ten­tures et aux piliers de l’église. Le jour de la Pen­te­côte, les ado­ra­teurs se suc­cèdent jusqu’au déclin du jour. Cha­cun rentre alors chez lui ; les béné­dic­tins eux-mêmes songent à prendre leur repos.

Ils n’étaient pas très fer­vents car, au lieu de se relayer pour mon­ter la garde devant Jésus, ils rega­gnèrent tous leur cel­lule après avoir lais­sé seule­ment au repo­soir quelques cierges allu­més. Le lun­di 26 mai, à trois heures du matin, le sacris­tain vient ouvrir les portes de l’église et son­ner l’office. Une âcre odeur de fumée le sai­sit à la gorge ; il se pré­ci­pite dans la nef enté­né­brée, n’osant croire l’horrible véri­té. Et cepen­dant oui, c’est bien cela : du beau repo­soir, il ne reste plus qu’un petit tas de choses informes qui achèvent de se consu­mer. Affo­lé, il court au dehors, il appelle au secours, ne pou­vant que répé­ter en mots inar­ti­cu­lés, cou­pés de san­glots : « Mon repo­soir, ma cha­pelle ! »Les reli­gieux, les habi­tants accourent. Il faut bien se rendre à l’évidence, le mal­heur n’est que trop réel. Des braises encore rouges, on retire quelques mor­ceaux cal­ci­nés. C’est tout ce qui reste de la table d’autel. Voi­ci un chan­de­lier, tor­du par la vio­lence des flammes. Voi­ci la plaque de marbre qui sup­por­tait le repo­soir, gisant bri­sée en trois mor­ceaux. Atter­rés les reli­gieux écartent avec des pinces les débris, remuent les char­bons, cher­chant à retrou­ver quelque chose de l’ostensoir qui a dû, avec son pré­cieux dépôt, être la proie des flammes. Tout à coup, alors que le jour nais­sant éclaire l’église, la voix du plus jeune s’élève :