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Ouvrage : Le Croisé
Sainte Marie-Made­leine

Dans ce pays par­fu­mé de la Pro­vence, au milieu des sen­teurs de lavande se dresse une muraille de pierre. Accro­chée à celle-ci, une vaste grotte, où l’on accède par un sen­tier pédestre, semble veiller de toute éter­ni­té sur la val­lée. Au début de la chré­tien­té, une péni­tente est venue pleu­rer ses péchés dans la soli­tude, accom­pa­gnée dans ses larmes par les chants des grillons, et sou­te­nue dans sa prière par son frère, saint Lazare, pre­mier évêque de Mar­seille. À la Sainte-Baume, les fidèles sont aujourd’­hui nom­breux à se pres­ser pour implo­rer l’in­ter­ces­sion de sainte Marie-Madeleine.

Dans la petite ville de saint Maxi­min, non loin du sanc­tuaire, l’é­té touche à sa fin. Sur la place du vil­lage, les hommes, jeunes et vieux, jouent à la pétanque ou sirotent un pas­tis. L’ac­cent mélo­dieux des vil­la­geois ajoute une petite note de cou­leur à la soi­rée d’é­té qui, comme les autres, a reçu les fortes caresses d’un soleil de plomb. Sou­dain, un son stri­dent déchire l’air. En quelques secondes, la place où réson­nèrent les rires et les chants, s’est cou­verte d’un silence de mort. Tous ont recon­nu le signal fati­dique, celui de la sirène qui annonce ce que tous appré­hendent le feu ! Le feu est à la forêt… Au détour d’une ruelle, un enfant de douze ans, au teint bru­ni par le soleil, arrive en cou­rant. Son père, de per­ma­nence à la gen­dar­me­rie, a reçu le pre­mier la nou­velle. Yvon vient main­te­nant don­ner à tous des détails : le feu a pris au pied du sanc­tuaire, la forêt qui abrite le pas sinueux des pèle­rins est deve­nu, en quelques minutes un bra­sier que vient atti­ser avec fré­né­sie les souffles vio­lents du mistral.

Ouvrage : Et maintenant une histoire I | Auteur : Targis, Edmond

La der­nière char­rette de foin venait d’être mise en lieu sûr.

Et puis ce fut l’o­rage, violent, bru­tal. Les éclairs suc­cé­daient aux éclairs. Déjà, l’é­norme sapin de la cour du châ­teau avait été déra­ci­né. Plus loin, la petite ferme du père Jani­cout flam­bait comme fétu de paille. Sou­dain, on enten­dit un fra­cas épou­van­table, réper­cu­té d’é­cho en écho : la foudre venait d’at­teindre le clo­cher, le clo­cher de tuiles ver­nis­sées autour duquel se ser­raient les mai­sons. Une épaisse fumée, toute noire, mon­tait dans le ciel encore plus noir, le tout tra­ver­sé de lueurs rouges : les flammes. Le feu avait pris de par­tout à la fois.

Église du village en feu - première communion et eucharistieIls étaient deux qui avaient vu la foudre s’a­battre sur l’é­glise : Mon­sieur le Curé dans son pres­by­tère, et Jean le jaciste dans sa mai­son­nette de la rue Haute. Deux qui avaient bon­di ensemble dans la rue, l’un tout cour­bé sous le poids des ans et d’une exis­tence mise au ser­vice des autres, l’autre, jeune, le visage tour­né vers l’a­ve­nir. Deux, avec une seule pen­sée au fond du cœur : là-bas, dans « leur » église, le taber­nacle… et le ciboire aux hos­ties consacrées.

Ils se sont retrou­vés sur la place, avec la même angoisse dans le cœur, la même farouche volon­té dans le regard. Autour d’eux, avec bruit, les secours s’organisent.

« Mon­sieur le Curé, je sais… mais je vous en prie, n’al­lez pas plus loin. Je suis jeune et n’ai pas peur. Je Le rapporterai. »

Et, sans attendre la réponse, Jean s’é­lance. Un cri par­mi la foule : le grand por­tail d’en­trée s’é­croule, dans un jaillis­se­ment d’é­tin­celles. Par où donc Jean va-t-il péné­trer dans l’é­glise ? Il reste la petite porte basse. Elle est fer­mée, mais d’un grand coup d’é­paule, et han ! il l’en­fonce. La four­naise ! Une hor­rible fumée âcre qui étouffe, piquant atro­ce­ment et les yeux et la gorge. Un ron­fle­ment entre­cou­pé de cré­pi­te­ments. De grands éclairs rouges. L’in­cen­die dans toute son hor­reur. Déjà Jean regarde plus loin. Dans cet enfer qui l’en­toure, ses deux yeux très clairs se portent là-bas, vers le Christ de pierre qui domine la four­naise, le Christ aux deux bras éten­dus. Il semble pro­té­ger, dans la par­tie du chœur encore intacte, l’au­tel et le taber­nacle. Le petit jaciste rampe sur le sol : c’est le seul moyen de ne pas être trop brûlé.