
TOUTES les heures du jour et de la nuit ont leur fête dans l’année.
En juillet, la Fête Nationale, par ses feux d’artifice, est la fête du soir. À Noël, la fête de minuit fait oublier le froid. Le jour des Rois, le gâteau, que l’on partage à midi, marque la fête du déjeuner dans la famille.

Mais Pâques, c’est la fête du matin. La lumière fleurit les églises comme le soleil fleurit le ciel. Avez-vous remarqué qu’il fait presque toujours un temps magnifique, le jour de Pâques ? Et, même s’il ne fait pas très beau, à regarder seulement les gens passer par les rues et par les routes, avec leurs habits neufs, on sent qu’il y a de la joie dans l’air. Dans les églises, où les cloches sont revenues, la semaine sainte étant finie, on a rallumé tous les cierges et même un de plus, énorme, dans lequel on a mis des grains d’encens, le fameux cierge pascal.
Car Pâques, c’est aussi la fête du feu nouveau. C’est pourquoi, sans doute, en certaines campagnes allemandes, on brûle un mannequin de bois, un « Judas ». En d’autres, dans le nord de l’Allemagne, on allume, le soir, de grands feux de Pâques, au sommet des collines, comme on fait ici pour la Saint-Jean. En Hollande, les villageois dansaient autrefois autour de ces feux, sautaient à travers les flammes ou au-dessus de la braise rouge, pour la plus grande frayeur des prudentes grand’mères. En Suède, les bonnes gens des campagnes, en même temps qu’ils allument des feux, tirent des coups de fusil et de pistolet en l’air ; ils disent qu’ils éloignent les trolls, c’est-à-dire les korrigans, les farfadets, les mille petits démons qui passent pour voler les fruits et gâter les récoltes.


Mais, de toutes les curiosités de Pâques, celle que vous préférez, Suzette, est certainement l’excellente habitude que les parents ont de donner des œufs à leurs enfants, non pas des œufs ordinaires, qu’on mange à la coque ou sur le plat, mais des œufs en sucre ou en chocolat, et dans lesquels, bien souvent, il y a des surprises.
On dit, en Europe centrale, que ces œufs-là sont pondus par un lièvre, qu’on appelle le lièvre de Pâques. Personne de mes amis n’a jamais vu ce lièvre-là.
Comme je crois bien que vous non plus, Suzette, vous ne l’avez jamais vu, même si vous êtes allée courir, le samedi soir, dans les bruyères des collines alsaciennes, je vais vous expliquer pourquoi, ici, on fait cadeau d’œufs de Pâques aux enfants sages.

Autrefois, au temps où il était défendu de manger des œufs pendant le Carême, on en mettait de côté que l’on faisait teindre de diverses couleurs, ordinairement en rouge, ou bien dorer ou argenter ; parfois, on y mettait des devises. La veille de Pâques, on les faisait bénir. Le grand jour de fête arrivé, on distribuait toute cette réserve de carême aux amis, aux enfants et aux domestiques.
Au temps des rois, le souverain en distribuait aux personnes de la cour, après la grand’messe.
Dans quelques régions, où les curés de village avaient conservé l’habitude de faire quêter des œufs pour la bénédiction, ce sont généralement les enfants de chœur qui font maintenant la quête pour eux-mêmes, accompagnés de plusieurs camarades, le samedi soir. Ils vont de porte en porte, à travers les campagnes, en chantant des couplets de bonne humeur, et les paysans ont trop bon cœur pour ne pas leur faire bon accueil.
Dans les villes, les œufs de Pâques ne sont pas pondus par un lièvre, mais par le moule du confiseur ; vous le savez trop bien, Suzette, pour que j’aie la prétention de vous l’apprendre.
B. DE LA HERVERIE.




Soyez le premier à commenter