Étiquette : 25 novembre

| Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Quelques fêtes de saints .

La dis­cus­sion avait l’air sérieuse entre Pierre et Solange, ce soir-là. Que com­plo­taient-ils donc en ren­trant de l’école ?

Chapeau de la sainte Catherine, Catherinette« Demain, c’est la « Sainte Cathe­rine », disait Solange. Suzy m’a mon­tré le bon­net qu’elle a fait pour Jeanne. Il est très beau. C’est une cas­se­role en soie rose, avec des ciseaux fen­dus aux extré­mi­tés de la queue et un mètre de ruban pour nouer sous le men­ton.

— Crois-tu que Jeanne sera contente de la fête de demain ? Depuis quelque temps elle est si triste. Je me demande pour­quoi ?

— Eh bien ! moi, je crois avoir com­pris. Te sou­viens-tu du jour où Madame Dubuis est venue à la mai­son ?

— Il y a un mois. Oui, eh bien ?

— Quand je suis ren­trée à l’école, Jeanne avait les yeux rouges. Elle venait de pleu­rer. Depuis ce jour-là, elle est triste.

— Com­ment Madame Dubuis, si bonne, a-t-elle pu lui faire de la peine ?

— Je vais te dire quelque chose ; mais tu ne le répé­te­ras pas. Tu le pro­mets ?

— Comme si les gar­çons étaient des bavards ! Enfin, puisque tu le veux, je pro­mets. »

Solange s’approcha plus près, comme si elle crai­gnait d’être enten­due.

« Tu connais Georges ?

— Le fils de Madame Dubuis ? Bien sûr, il n’y en a pas deux comme lui pour fabri­quer des sif­flets de châ­tai­gnier.

— Eh bien ! je crois que Madame Dubuis venait chez nous pour deman­der à Jeanne si elle vou­lait être la femme de Georges.

— Oh ! ce serait chic ! Et tu crois que Jeanne a dit non ?

Auteur : Lauriot-Prévost, Suzanne | Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Quelques fêtes de saints .

Sainte Catherine

La Sainte Cathe­rine à Jager­nault, le 25 novembre, avait tou­jours, de mémoire d’homme, été bel­le­ment fêtée. Toutes les demoi­selles du pays qui avaient eu leurs vingt-cinq ans dans l’année étaient seules admises à venir coif­fer et fleu­rir la sainte.

Elles étaient sept, cette année-là, sept belles jeunes filles qui sem­blaient aus­si déci­dées qu’elles étaient fraîches et accortes : c’étaient Lise et Made­leine, Ber­nine et Javotte, la grande Lino­lette, et Pacaude et Ginette.

Histoire pour la catéchèse des adolescents - Chapeau de la Sainte Catherine
Sta­tuette en bois sculp­té et poly­chrome, époque XVIII° : Ste Cathe­rine d’Alexandrie.

Made­moi­selle Emé­ren­tienne, La gou­ver­nante de Mon­sieur le Curé de Jager­nault, les avait réunies ce dimanche-là après les vêpres, pour s’assurer de leur concours et les exhor­ter à faire bien les choses. Mais, à son grand scan­dale, elle se heur­ta à un refus.

« Or, ça, dit Lise d’un ton net, je n’en ferai rien cette année.

– Moi de même », dit Made­leine.

« Ne comp­tez pas sur nous non plus », s’écrièrent à la fois Ber­nine et Javotte.

« Il me sera impos­sible de venir », dit Lino­lette.

Et Pacaude et Ginette par­lèrent de même.

« Qu’est-ce que cela signi­fie ? Per­dez-vous la tête ? » s’écria Made­moi­selle Emé­ren­tienne, confon­due.

Les sept filles bais­sèrent le nez en pre­nant un air buté.

« C’est peut-être la crainte de res­ter filles qui vous fait hési­ter ? » deman­da Made­moi­selle Emé­ren­tienne.

« Que non, dirent les filles, nous savons bien que, coif­fant ou non sainte Cathe­rine, nous sommes assez ave­nantes et jolies pour

Auteur : Mainé, Marie-Colette | Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Quelques fêtes de saints .

Invitation à lire la vie des saints - sainte Catherine d'Alexandrie - Raffaello SantiDans Alexan­drie, sur les bords de la Médi­ter­ra­née orien­tale, gran­dit la prin­cesse Cathe­rine, douée d’une vive intel­li­gence et d’une mer­veilleuse beau­té, mais dont le cœur est rem­pli d’orgueil.

À la mort du roi, la reine Sabi­nelle, sa mère, l’emmène en Armé­nie où Cathe­rine devient une ado­les­cente tou­jours plus belle, tou­jours plus savante, tou­jours plus orgueilleuse aus­si. Bien­tôt, les demandes en mariage se suc­cèdent, mais tou­jours elles sont sui­vies d’invariables refus. L’époux que l’on pro­pose à la jeune fille n’est jamais assez beau, jamais assez savant.

*

Or, un jour, la reine Sabi­nelle emmène Cathe­rine vers un vieil ermite nom­mé Ana­nias.
« Eh bien ! déclare celui-ci, à mon tour, j’ai un brillant par­ti à te pro­po­ser. »
Très intri­guée, la jeune fille écoute, puis lève vers le vieillard des yeux rem­plis de har­diesse :
« Avant de m’engager envers ce jeune homme, je veux le voir.
– Mon enfant, sache seule­ment que la plus belle créa­ture est vile devant lui.
– Qu’importe, je veux le voir abso­lu­ment.
– Soit, répond Ana­nias. Cette nuit donc, reste dans ta chambre et invoque la Vierge Marie, Mère de Dieu. »

*

Cathe­rine, bou­le­ver­sée, rentre chez elle. Bien­tôt, le soir tombe, jetant sur toute chose le silence, le recueille­ment.

D’une main trem­blante, la jeune fille allume les flam­beaux et les lampes.
« Je veux que mon visi­teur ait un accueil vrai­ment digne ; je veux que tout rayonne et brille ; je veux être moi-même magni­fique… d’ailleurs, ne le suis-je pas déjà ? »

Puis elle se met à genoux. Son cœur bat très fort, car elle essaie de croire en Dieu, de croire à ce qu’en réa­li­té elle n’a jamais cru vrai­ment.