Catégorie : <span>Finn, Francis</span>

Ouvrage : Percy Wynn | Auteur : Finn, Francis

— Eh ! jeune homme, qu’est-ce que tu fabriques ici ? 

La per­sonne à qui s’a­dres­sait cette rude ques­tion était, un enfant blond et déli­cat, dont l’âge ne parais­sait pas dépas­ser neuf ou dix ans. Avant d’être ain­si inter­pel­lé, il se tenait soli­taire, assis sur un banc dans un coin reti­ré de la cour de récréa­tion. Au pre­mier coup d’œil, il était aisé de voir que, ce n’é­tait pas un être vulgaire. 

Les lèvres de l’en­fant trem­blèrent, mais il ne répon­dit pas : il sem­bla cher­cher une réponse, dont les mots ne vou­laient pas venir. 

— Au moins, dis-nous ton nom ? 

— Per­cy Wynn[1], Mon­sieur.

La voix était claire et argen­tine. Le nom fut accueilli par un mur­mure de déri­sion de la part des sui­vants de Richards[1].

— Per­cy Wynn ! Per­cy Wynn ! répé­ta le chef d’un ton qu’il croyait spi­ri­tuel, quel joli nom ! N’es-tu pas de mon avis ? 

— Oh ! que oui, répon­dit Percy. 

Les enfants écla­tèrent de rire. Per­cy com­prit qu’on se moquait de lui, le sang afflua vers ses joues, il devint écarlate. 

— Oh ! là, là ! m’é­cria Mar­tin Peters[1] ; un petit fluet à visage de fouine, quel soleil ! comme il rou­git ! c’est une fille. 

À défaut de force phy­sique, Peters avait une langue méchante.

Un autre rire se fit entendre et Per­cy, se voyant le point de mire d’une ving­taine d’yeux mau­vais, qui rayon­naient de son embar­ras, rou­git encore plus et, se levant, essaya de se frayer un pas­sage et d’é­chap­per à la pénible obses­sion de ses bourreaux. 

Au collège, Percy Wynn est défendu par Tom Playfair
Bien sûr, il ne veut pas rece­voir de gifles, dit un nou­vel arrivant.

Mais Richards le sai­sit vio­lem­ment par le bras. 

— Pas si vite, Percy. 

— Je vous en prie, lais­sez-moi par­tir, j’ai besoin d’être seul. 

— Pas du tout, assieds-toi. J’ai à te poser quelques questions. 

Et Richards le fit brus­que­ment retom­ber sur son siège.

— Mon cher Per­cy, sais-tu où tu cou­che­ras ce soir ? 

— Oui, Mon­sieur, en haut dans le… dor­toir, je crois que c’est bien le nom. Le sur­veillant m’a mon­tré ma place il y un quart d’heure. 

— Très bien. Mais comme tu es nou­veau, il faut que je t’ap­prenne les usages. Ce soir, dès que tu seras cou­ché, — et il fau­dra te dépê­cher, — tu diras à haute voix : « Étei­gnez la lampe, Mon­sieur le sur­veillant, je suis au lit. »

Les audi­teurs et admi­ra­teurs de Richards prirent une expres­sion de gra­vi­té affec­tée… Le men­songe, voi­là le niveau du comique qui leur convenait. 

— Vrai­ment, il faut dire, cela ? dit Per­cy. Excu­sez-moi Mon­sieur, un autre ne pour­rait-il prendre ma place ?

— Non, non, il faut que ce soit toi : les nou­veaux le font tous, le pre­mier soir de leur arrivée.

— Mais, mais… s’é­cria Per­cy, quelle drôle de coutume !

— Drôle… passe… dit Richards, il faut le faire quand même.

— Bien… je le ferai. 

— Te rap­pelles-tu bien la phrase :

— « Mon­sieur le sur­veillant, étei­gnez la lampe, je suis au lit. »

— Tu as une mémoire d’ange. — Autre chose main­te­nant. Tu vas faire cra­quer tes doigts, tout de suite. 

— Faire cra­quer quoi ? deman­da Per­cy d’un air embarrassé. 

— Regarde, et Richards, pres­sant la main droite contre les pha­langes gauches, fit jaillir de ses arti­cu­la­tions un bruit sonore. 

— Je ne pour­rai jamais, Mon­sieur, dit Per­cy très sérieux

— Peu importe, essaie. 

— Je vous en sup­plie, pas cette fois ; j’es­saie­rai en mon par­ti­cu­lier, et quand j’au­rai appris, je serai si heu­reux de céder à vos désirs.

— Peuh ! s’é­cria John Somers, il a appris le dictionnaire. 

— Je vous assure qu’il n’en est rien, répli­qua Per­cy gravement. 

— Allons, allons ! reprit Richards d’un ton presque mena­çant, essaie, et un peu vite. Pas de caprices. 

Per­cy ne put plus y tenir. Écla­tant en san­glots, il se leva et ten­ta encore de se faire jour à tra­vers ses persécuteurs. 

Richards le sai­sit plus rude­ment que la pre­mière fois et le reje­ta bru­ta­le­ment sur le banc. 

— Veux-tu rece­voir une gifle, ou faire ce qu’on te dit ? 

— Bien sûr, il ne veut pas rece­voir des gifles et il serait bien sot de faire ce que tu demandes, dit un nou­vel arri­vant, qui s’é­tait ouvert un pas­sage dans le groupe en don­nant sans céré­mo­nies des coups de coude à droite et à gauche. 

  1. [1] Pro­non­cez : Ouinn, Rid­chard’s, Péterss
Ouvrage : Percy Wynn | Auteur : Finn, Francis

Le Père Midd­le­lon, au caté­chisme, avait par­lé avec dou­ceur et insis­tance de la misé­ri­corde de Dieu. 1l avait tout d’a­bord dit quelques mots sur la néces­si­té de la contri­tion puis il avait posé des ques­tions aux élèves afin de s’as­sure qu’ils avaient bien com­pris sa pensée. 

« Har­ry Quip, com­men­ça-t-il, répon­dez-moi. Sup­po­sez mon ami, que vous êtes un grand pécheur : depuis que vous avez l’âge de rai­son, vous avez com­mis péché mor­tel sur péché mor­tel. Toutes vos fautes souillent encore votre âme, toutes vos confes­sions ont été mau­vaises, et vous appre­nez subi­te­ment que vous allez mou­rir, ici même, dans cette classe. Faut-il désespérer ? 

— Non, Père, répon­dit Har­ry. Je deman­de­rais à la Saint Vierge, notre Mère bénie, de m’ob­te­nir la grâce de faire un bon acte de contri­tion, et je me confes­se­rais, m’a­ban­don­nant dans les bras de la misé­ri­corde de Dieu. 

Le jugement dernier, Michael Ange, Chapelle Sixtine

— Mais voi­ci, Car­mo­dy, conti­nua le pro­fes­seur, vous n’a­vez jamais fait une seule bonne action, et d’un autre côté, vous avez sur la conscience tous les péchés que tous les enfants du monde ont com­mis. Que feriez-vous dans ce cas, si l’on vous disait qu’il faut mou­rir de suite ? 

— Je me confie­rais dans les mérites infi­nis du Pré­cieux Sang. 

— Joseph, voi­ci un cas plus grave : votre conscience est salie de tous les péchés dont j’ai par­lé, et vous êtes seul, sans com­pa­gnons, livré à vos faibles forces, au milieu de, l’o­céan ; aucun prêtre près de vous pour vous absoudre, aucun ami pour prier pour vous. Que faire ? 

Joseph répon­dit avec une élé­va­tion sug­gé­rée sans le vou­loir par les paroles mêmes de son professeur : 

— J’es­saie­rais avec la grâce de Dieu de faire un acte de contri­tion par­faite ; alors, je m’en­fon­ce­rais dans les vagues comme dans les bras de Dieu : Dieu est partout ! 

— Voi­là une belle réponse. Mais, Rey­nolds, sup­po­sez que Dieu, en puni­tion de tous vos péchés, vous afflige d’une hideuse mala­die. Sup­po­sez alors que vos amis s’é­loignent de vous avec hor­reur, que vos rela­tions vous rejettent par­mi les bêtes ; sup­po­sez que vous êtes mou­rant de dénue­ment et de faim, et, au moment de votre mort, vous deman­dez un prêtre pour entendre votre confes­sion, mais celui-ci, épou­van­té par votre état repous­sant, s’en­fuit au loin, criant que Dieu vous a déjà dam­né ! Seriez-vous désespéré