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12 mars 2026Saint Grégoire le Grand, Pape et Docteur de l’Église

Gré­goire, qui fut plus tard sur­nom­mé le Grand, était romain et fils du séna­teur Gor­dien. For­mé aux études juri­diques, il était deve­nu pré­teur quand, à l’âge de 35 ans, il quit­ta le monde. Il fon­da six monas­tères en Sicile et un sep­tième à Rome, où il se reti­ra. Les aus­té­ri­tés aux­quelles il se livra ne tar­dèrent pas à alté­rer sa san­té. C’est alors que le pape Pélage II, après l’a­voir ordon­né diacre, l’en­voya comme légat à Constan­ti­nople. Pélage étant mort quelques années plus tard, Gré­goire, après une éner­gique résis­tance, dut accep­ter de lui suc­cé­der sous le nom de Gré­goire Ier. La situa­tion était des plus cri­tiques : déchi­rée par une mul­ti­tude d’hé­ré­sies, déso­lée par la tié­deur de son cler­gé, l’É­glise, au dire de Gré­goire lui-même, « était comme un vieux navire vio­lem­ment secoué, fai­sant eau de toutes parts » ; on croyait la fin du monde arri­vée. Gré­goire ne se décou­ra­gea pas. Il répri­ma les Dona­tistes en Afrique, les Ariens en Espagne, expul­sa les Agnoètes d’A­lexan­drie, obli­gea les Goths à quit­ter l’hé­ré­sie arienne. Il conver­tit la Grande-Bre­tagne en y envoyant saint Augus­tin et qua­rante moines. Au patriarche de Constan­ti­nople il fit aban­don­ner le titre de patriarche œcu­mé­nique qu’il s’é­tait attri­bué pour lui don­ner une leçon il s’in­ti­tu­la lui-même et intro­dui­sit pour les papes l’u­sage de s’in­ti­tu­ler « ser­vi­teur des ser­vi­teurs de Dieu, ser­vus ser­vo­rum Dei ». Il s’ef­for­ça de réfor­mer le cler­gé sécu­lier et régu­lier. Il ajou­ta à l” « Hanc igi­tur » de la messe les mots diesque nos­tros in tua pace dis­po­nas : éta­blis­sez nos jours dans votre paix ». Consi­dé­rant la musique sacrée, non comme un acces­soire, mais comme une par­tie du culte, il ras­sem­bla les anciennes mélo­dies et en ajou­ta d’autres : ce qui a valu à ce chant le nom de chant gré­go­rien. Auteur de nom­breux ouvrages qui lui ont méri­té le titre de Doc­teur de l’É­glise, saint Gré­goire mou­rut le 12 mars 604, après qua­torze ans d’un pon­ti­fi­cat surmené.


Ouvrage : La revue des saints

Apôtre et martyr (Iᵉʳ siècle).

Fête le 21 décembre.

Lorsque Notre-Sei­gneur, après avoir pas­sé trente ans dans l’humilité d’une vie obs­cure, inau­gu­ra sa mis­sion publique et com­men­ça à révé­ler au monde les mys­tères du royaume des cieux, il choi­sit, en tra­ver­sant les bour­gades de la Pales­tine, des dis­ciples qui l’accompagnèrent dans ses courses apos­to­liques. Douze d’entre eux furent plus inti­me­ment asso­ciés à son minis­tère : il les ins­trui­sit avec pré­di­lec­tion, il les envoya prê­cher en son nom, il en fit ses mes­sa­gers, ses amis, ses apôtres. Par­mi ces pri­vi­lé­giés qui recueillirent de plus près les sublimes ensei­gne­ments du Maître et les secrets de son cœur si aimant, se trou­vait saint Thomas.

Si l’on en croit d’anciens docu­ments, son vrai nom était Judas ; et c’est sans doute à cause de l’emploi très com­mun de ce nom chez les Juifs que, pour le dis­tin­guer de ses homo­nymes, on l’aurait dési­gné sous le sur­nom de Tho­mas, signi­fiant jumeau, comme le nom grec de Didyme par lequel le désigne aus­si l’évangéliste saint Jean. D’après une tra­di­tion, il serait né à Antioche, et des écrits apo­cryphes racontent qu’il avait une sœur jumelle nom­mée Lydie. Mais il faut ouvrir l’Évangile pour trou­ver des épi­sodes d’une authen­ti­ci­té indis­cu­table de la vie de saint Thomas.

Courageuse fidélité au Maître.

À l’époque où il enten­dit l’appel de Jésus, Tho­mas devait mener en Gali­lée, comme la plu­part des autres apôtres, une humble exis­tence de pêcheur. Plus tard, en effet, après la Résur­rec­tion du Christ, nous le trou­vons par­mi les dis­ciples qui, ayant repris leur ancien métier, jetaient leurs filets dans les eaux du lac de Tibé­riade et qui, favo­ri­sés d’une appa­ri­tion du Sau­veur res­sus­ci­té, durent à sa parole de faire une pêche mira­cu­leuse. Son carac­tère se révèle dans trois faits que raconte saint Jean.

C’est d’abord un épi­sode où l’apôtre se montre géné­reu­se­ment dévoué au Maître et pousse la fidé­li­té jusqu’à vou­loir affron­ter la mort. Notre-Sei­gneur avait publi­que­ment ensei­gné aux Juifs qu’il était égal au Père et Dieu comme lui, et ses audi­teurs avaient ramas­sé des pierres pour le lapi­der comme un blas­phé­ma­teur ; mais il s’était déro­bé à leur fureur, car l’heure de souf­frir pour la Rédemp­tion du monde n’était pas encore venue. Quand cette heure appro­cha, il dit à ses dis­ciples : « Retour­nons en Judée. » Ces paroles les effrayèrent. « Maître, s’écrièrent-ils, il y a quelques jours, les Juifs vou­laient vous lapi­der, et vous vou­lez retour­ner dans ce pays ! » Ils redou­taient, dans un double sen­ti­ment d’amour et de crainte, les mau­vais trai­te­ments qui étaient réser­vés à leur Maître et à eux-mêmes. C’est alors que Tho­mas, sur­mon­tant toute crainte, encou­ra­gea ses com­pa­gnons à res­ter fidèles à Jésus jusqu’à la mort. Il leur dit ces cou­ra­geuses paroles : « Allons nous aus­si et mou­rons avec lui. Eamus et nos et moria­mur cum illo. » En cette cir­cons­tance, comme le remarque saint Vincent Fer­rier, il mon­tra plus de cha­ri­té que les autres apôtres, car il n’y a pas de plus grand amour que de don­ner sa vie.

Amour de la vérité.

Réso­lu à suivre le Christ jusque sur le che­min du sup­plice, Tho­mas était, on n’en peut dou­ter, très atten­tif aux ensei­gne­ments divins, et il vou­lait les bien com­prendre. Peu enclin à croire sans se rendre compte et défiant devant toute affir­ma­tion que n’appuyaient pas des preuves solides, il aimait la véri­té et s’y atta­chait avec ardeur, dès qu’elle s’imposait à son esprit. Loin d’être naï­ve­ment cré­dule, il rai­son­nait sur ce qu’il enten­dait et ne se ren­dait qu’à une doc­trine lumi­neuse et cer­taine. Deux épi­sodes mettent en relief cette atti­tude d’âme.

Trans­por­tons-nous au Cénacle, où le Sei­gneur prend avec ses dis­ciples son der­nier repas, ce repas pas­cal où, après leur avoir don­né son Corps et son Sang par l’institution de la sainte Eucha­ris­tie, il leur livre les plus sublimes ensei­gne­ments qui n’aient jamais frap­pé oreille humaine. Comme il est sur le point de s’offrir à la mort, il console ses apôtres qu’afflige la pen­sée de la sépa­ra­tion pro­chaine, en leur annon­çant qu’il va leur pré­pa­rer une place dans la mai­son de son Père, et en leur disant : « Lorsque je m’en serai allé et que je vous aurai pré­pa­ré une place, je revien­drai et je vous pren­drai avec moi, afin que là où je suis, vous y soyez aus­si ; et vous savez où je vais et vous en connais­sez le che­min. » Mais Tho­mas l’interrompt : « Sei­gneur, nous igno­rons où vous allez ; com­ment pou­vons-nous en savoir le che­min ? » Par ces mots, il avoue hum­ble­ment que la doc­trine du Maître tou­chant le terme de sa mis­sion a dépas­sé la por­tée de son esprit, et il demande à en être mieux ins­truit. Et Jésus de lui répondre par ces paroles qui sou­lignent si magni­fi­que­ment son œuvre rédemp­trice : « Je suis la Voie, la Véri­té et la Vie ; nul ne va au Père que par moi… » Aucun apôtre, sans doute, n’écoute alors avec plus d’attention la doc­trine de véri­té et de vie que conti­nue à expo­ser le Sauveur.

L’heure du doute et l’heure de la foi.

Parce qu’il aimait la véri­té, l’apôtre Tho­mas la vou­lait pure ; il se met­tait en garde contre l’illusion et l’imagination qui la tra­ves­tissent. Il y avait chez lui, jusqu’à l’excès, une sorte de pru­dence intel­lec­tuelle qui l’empêchait d’ajouter foi à tout témoi­gnage humain dont il ne tou­chait pas les preuves incon­tes­tables. C’est ce qui appa­raît dans l’épisode évan­gé­lique si connu, où il subit une heure de doute, et même d’incrédulité, avant l’heure exquise de la foi ras­su­rée et indéfectible.

Jésus-Christ, après sa Résur­rec­tion, appa­rut aux dis­ciples qui, par crainte des Juifs, s’étaient enfer­més au Cénacle. Tho­mas, à ce moment, ne se trou­vait pas avec eux. À son retour, ils l’entourèrent et lui dirent : « Nous avons vu le Sei­gneur. » Quelque sur­pre­nant que fût le fait de la Résur­rec­tion glo­rieuse du Sau­veur, l’apôtre aurait dû s’incliner devant l’affirmation una­nime des dis­ciples. Il n’en fît rien : il crai­gnait qu’ils eussent été vic­times d’une illu­sion. « Si je ne vois dans ses mains, dit-il, la marque des clous, et si je ne mets mon doigt à la place des clous, et ma main dans son côté, je ne croi­rai point. »

Huit jours après, comme les dis­ciples étaient encore réunis au Cénacle et qu’ils avaient Tho­mas par­mi eux, Jésus leur appa­rut de nou­veau en leur disant : « Paix avec vous ! » Puis, s’adressant à Tho­mas et lui mon­trant ses plaies, il lui dit : « Mets ici ton doigt, et regarde mes mains ; approche aus­si la main, et mets-la dans mon côté ; et ne sois pas incré­dule, mais croyant. » L’apôtre tou­cha-t-il les cica­trices du Sau­veur ? Le texte sacré ne le dit pas, et on peut croire qu’il suf­fit à Tho­mas d’entendre le témoi­gnage ren­du par Jésus à la réa­li­té de sa Résur­rec­tion pour repous­ser tout doute et toute incré­du­li­té, et pour expri­mer sa foi, désor­mais lumi­neuse et ardente, dans ce cri plein de res­pect et d’amour : « Mon Sei­gneur et mon Dieu ! » Jésus reprit : « Parce que tu m’as vu, Tho­mas, tu as cru. Heu­reux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru ! » Pour tout reproche, il oppo­sait à la sou­mis­sion tar­dive de son apôtre le mérite et le bon­heur des âmes qui croient en lui sans exi­ger de le voir.

Les Pères de l’Église se sont plu à mon­trer com­bien l’incrédulité pas­sa­gère du dis­ciple a tour­né à l’avantage du chris­tia­nisme, en ôtant tout sujet de dou­ter de la Résur­rec­tion, et par consé­quent de la divi­ni­té de Jésus. Saint Gré­goire le Grand écrit : « L’incrédulité de saint Tho­mas a plus fait pour affer­mir notre foi que la foi des dis­ciples qui avaient cru. »

Saint Thomas s'écrie : « Mon Seigneur et mon Dieu »
Saint Tho­mas s’é­crie : « Mon Sei­gneur et mon Dieu »

L’adieu de Jésus et la venue de l’Esprit.

Après la scène qui vient d’être racon­tée, le nom de l’apôtre Tho­mas n’apparaît que deux fois dans le Nou­veau Tes­ta­ment (Jean, XXI, 2 ; Actes, 1, 13) ; et c’est d’abord dans une cir­cons­tance où le Sau­veur res­sus­ci­té appa­rut encore à plu­sieurs des siens pour leur faire de tou­chants adieux avant de retour­ner à son Père, puis dans la réunion des dis­ciples au Cénacle, où ils per­sé­vé­raient dans la prière et où ils reçurent l’Esprit-Saint.

Ouvrage : Revue Bernadette | Auteur : Champdeniers, G. de | Illustration : Iessel, Manon

Conte de Noël

POURQUOI donc, en ce 24 décembre Daniel montre-t-il un front si grave et un regard tout sombre ? Aurait-il méri­té de trou­ver, le len­de­main, ses chaus­sures vides ? Non, l’En­fant Jésus sait bien que Dani est un bon petit gars…, oh ! un tout petit peu gour­mand, un tout petit peu pares­seux ; ma enfin, per­sonne n’est par­fait, et maman a décla­ré que son petit gar­çon a fait des progrès.

Daniel offre sa tirelire à Jésus de la crèche

Ce n’est donc ni le remords ni la crainte qui tour­mente notre bon­homme. Alors ?… Alors, il a des sou­cis, ou plu­tôt « un » sou­ci, un seul, et c’est bien assez, car cet hôte, dans la cer­velle de 5 ans, est aus­si encom­brant qu’un élé­phant dans un maga­sin de porcelaine.

Voi­ci l’affaire :

Tan­tôt, devant la crèche, tous les membres de la famille ont dépo­sé un spé­ci­men de leurs chaus­sures ; Bonne-Maman a exi­gé, en effet, que ses grands enfants tentent leur chance comme le tout petit. Papa et maman, en revanche, ont récla­mé la pré­sence d’une des « confor­tables » de l’aïeule ; la ser­vante Méla­nie, elle aus­si a été invi­tée à se faire repré­sen­ter près de l’En­fant Dieu par une de ses belles pantoufles.

Demain matin, les cadeaux mul­tiples recou­vri­ront, sans nul doute, ce bizarre bataillon, pour la grande joie de tous.

Mais voi­là : Dani est, main­te­nant, un grand gar­çon ; il sait qu’il est bien plus doux encore de don­ner que de rece­voir, et il a déci­dé que, cette fois, entre l’En­fant Jésus et la « Vil­la Rose » (c’est le nom de la vil­la de Daniel), les dons ne seraient pas à sens unique, mais qu’il y aurait échange de cadeaux.

— Made­moi­selle, qu’est-ce que je pour­rais bien offrir au Petit Jésus pour son Noël ?

La zéla­trice a cares­sé le minois rose ten­du vers elle.

— Donne-lui ton cœur, mon petit homme.

Son cœur…, croit-on, par hasard, que Daniel aurait atten­du d’être si vieux — pen­sez donc, 5 ans aux pro­chaines vio­lettes ! — pour le don­ner tout entier à Jésus ? Puisque les grandes per­sonnes sont inca­pables de lui offrir une idée neuve, il trou­ve­ra lui-même.

Ce n’est d’ailleurs pas bien dif­fi­cile… Sur la table de la chambre se trouve une petite boîte où grand-maman, tante Jeanne, par­rain, glissent par­fois, à son inten­tion, pièces blanches ou billets. Il parait qu’on appelle ça une tire­lire, et qu’en vidant ladite tire­lire Daniel pour­ra obte­nir, en échange des pièces et des billets, l’au­to à pédales, objet de ses rêves. Eh bien ! adieu, auto…

Ouvrage : Les Veillées des Chaumières | Auteur : André-Delastre, Louise

— Écoute, ô Neï­lah… j’ai mis tant d’ar­deur à fou­ler le rai­sin qu’au soir mes mains étaient rouges comme les mains du prêtre immo­lant des vic­times. J’ai tant mois­son­né au champ du riche que, sur la terre, mes gerbes, rete­nant le soleil dans l’or de leurs épis, en retar­daient l’heure de l’ombre. J’ai tant pei­né, ô Neï­lah ! Mais vois : ma bourse de peau déjà s’a­lour­dit et gonfle comme un fruit mûris­sant du figuier. Bien­tôt, je serai riche. J’a­chè­te­rai deux gras trou­peaux. Je loue­rai ce beau champ au pied de la col­line. Plus tard, j’au­rai ma vigne et son pres­soir. J’au­rai des ser­vi­teurs qui me ren­dront des comptes. Alors, ô Neï­lah ! ton père ne me repous­se­ra plus. Je t’emmènerai dans ma mai­son, et tu devien­dras mon épouse. 

Le regard ardent sous le tur­ban clair, le visage ten­du vers des loin­tains mys­té­rieux, ain­si le jeune Beth­lée­mite par­lait. À ses côtés, sur le même banc de roc, sa com­pagne res­tait pen­sive, les mains tor­dant la bor­dure du voile. 

Elle dit, d’une voix lente et triste : 

— Simon le labou­reur a trois beaux champs, pauvre Azaël, et du fro­ment jus­qu’au faîte de ses gre­niers ; ses trou­peaux sont gras. Il est riche, et il m’aime, et c’est à lui que veut me fian­cer mon père.

— Mais toi… toi, tu ne veux pas ? cria le jeune homme angoissé.

L’a­do­les­cente joi­gnit les mains. Deux larmes per­lèrent au bord de ses longs cils. 

— O mon pauvre Azaël ! 

Ce fut tout l’a­veu de son amour et de son impuissance. 

Un jour vint, cepen­dant, où les enfants de Beth­léem pen­sèrent sou­rire au bon­heur comme à l’a­mi qu’on voit venir. 

Azaël était presque riche, à force de labeur. Il fai­sait, en riant, tin­ter sa bourse pleine. Encore quelques efforts, et les oli­viers bleus seraient à lui, et la vigne non loin du champ. 

Neï­lah, rêveuse, pas­sait à son poi­gnet un bra­ce­let de corne ouvra­gée qu’il avait sculp­tée pour elle, aux veillées de mon­tagne, en gar­dant les trou­peaux. Il venait de le lui offrir, et le cœur de la jeune fille bat­tait encore des paroles qu’il avait dites : 

Ouvrage : La semaine de Suzette | Auteur : Vani

Dans les pays scan­di­naves, en Suède, par exemple, les fêtes de Noël ont com­men­cé plus tôt que chez nous. Elles partent du 13 décembre, le jour de la sainte Luce, pour ne finir que le 13 jan­vier, le jour de la saint Knut.

De bon matin, le 13, dans les vil­lages, sainte Luce s’en va réveiller les enfants. Elle est vêtue d’une grande robe blanche et elle a sur la tête une cou­ronne de feuilles vertes, gar­nie de bou­gies allu­mées. Elle porte à la main, soit un bol de lait, soit un pla­teau char­gé de café et de gâteaux :

— Gai, les enfants, on est en vacances, pré­pa­rez-vous pour la Noël !

C’est qu’on n’a pas le temps de chô­mer. Il y a bien des choses à faire. Il faut que, pour le soir de Noël, la mai­son soit, non seule­ment propre et brillante, mais encore ornée. On fabrique des guir­landes pour gar­nir les murs ; on fait sur­tout beau­coup de gâteaux. Les enfants sont char­gés de décou­per les pains d’é­pices qui doivent repré­sen­ter des bons­hommes ou de façon­ner la pâte d’a­mandes dont on va faire des bou­quets comme vous en avez vu ici même dans les confi­se­ries, repré­sen­tant des bottes de légumes. Les plus adroits colo­rient ces légumes. On les man­ge­ra au moment du réveillon.

Enfin, voi­ci la nuit de Noël. Les enfants se sont endor­mis. Seule, la maman veille pour tout pré­pa­rer. Avant de réveiller les petits pour les emme­ner à la messe, elle va faire le tour de la mai­son, ouvrir toutes les per­siennes, lever les stores. À chaque fenêtre, elle place une bou­gie allu­mée. Il faut que les gens, amis ou pas­sants, qui regar­de­ront ses fenêtres, sachent que là on se pré­pare pour la messe.

Dehors, il fait très froid, il y a beau­coup de neige. Aus­si va-t-on à la messe en trai­neau. Le trai­neau, pré­pa­ré par le père, attend devant la porte. Toute la famille s’y entasse. On part et, tout le long du par­cours, celui qui conduit tien­dra à la main une torche en flam­mée. Plu­sieurs traî­neaux vont ain­si, par groupes. On s’est don­né ren­dez-vous entre amis, on s’in­ter­pelle en pas­sant, on riva­lise de vitesse ; l’air froid pique, mais cha­cun est de bonne humeur : c’est la nuit de Noël.

Quand on arrive, avant d’en­trer dans l’é­glise chaude, toute illu­mi­née et sonore du bruit de l’orgue, les por­teurs de torches les jettent près de l’en­trée, toutes au même endroit. Elles s’en­tassent, conti­nuent de brû­ler et font une flamme haute qui semble mon­ter au ciel.

Le matin de Noël, sitôt réveillés, les enfants prennent leur petit déjeu­ner et s’en vont en bande, dans la forêt, aidés par un plus grand, pour cou­per un beau sapin. Vous pou­vez ima­gi­ner comme c’est amu­sant de le choi­sir tout givré, tout vivant, par­mi tant d’autres, dans la grande forêt. Ils sont beaux, ces sapins, et se tiennent bien droits, car ils viennent de voir une des plus belles fêtes du monde. C’est que du moins, une vieille légende l’af­firme pen­dant qu’on chante à la messe, au moment anni­ver­saire de la nais­sance du Christ, la forêt se trans­forme tout à coup. Elle est soli­taire, per­sonne ne s’y pro­mène, per­sonne ne la trou­ble­ra. Alors, la joie qu’elle aura bien­tôt du prin­temps, elle la sent à ce moment-là. La neige de son sol fond tout à coup et des brins d’herbe sortent leur tête et poussent, poussent avec rapi­di­té. Car le miracle est court, il faut se dépê­cher. Les sapins se secouent, perdent leur givre. La glace qui recou­vrait les étangs se mor­celle, les sources se remettent à glou­glou­ter et les ruis­seaux à cou­rir. On ne sait pas d’où sortent les papillons gelés qui, accro­chés sous des brin­dilles, atten­daient le soleil. Ils font cha­toyer leurs ailes. Ils vont de droite et de gauche appe­ler les oiseaux endor­mis. Et les oiseaux volètent et chantent. Leurs plus belles chan­sons de l’é­té leur reviennent en mémoire. Au ciel, les nuages bas ont dis­pa­ru et l’on ne voit plus que des étoiles qui se pressent et brillent de toutes leurs forces pour mieux admi­rer le miracle de la forêt. Mais quand l’heure de minuit est pas­sée, tout rentre dans l’ordre de l’hi­ver : les étangs se recouvrent, les sources se figent, les ruis­seaux s’ar­rêtent, les étoiles se voilent et les sapins se givrent, tan­dis que les oiseaux se cachent et que les papillons rési­gnés rede­viennent de petits mor­ceaux de glace, avec au cœur, tou­te­fois, la patience de ceux qui sont désor­mais sûrs du printemps.

Ouvrage : L'Étoile noëliste

(Conte pour le temps de Noël)

☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Dans une des plus anciennes rues de Bruges-la-Morte, vivait depuis plus d’un demi-siècle Mar­tha la Modeleuse. 

On eût dit qu’elle avait l’âge de son logis, tant elle avait l’air vieille. On ne l’entendait jamais rire ni même se par­ler à elle-même tout haut, comme les gens qui vivent seuls en ont l’ha­bi­tude. Mais on la voyait tou­jours pen­chée sur son modeste éta­bli, façon­nant de ses mains res­tées souples de char­mants bibe­lots de cire.

La chambre où l’ouvrière tra­vaillait était bien humble, bien étroite, presque pauvre. Cepen­dant, toute la lumière du jour sem­blait s’y répandre. Dès qu’il fai­sait beau, des clar­tés mul­ti­co­lores ruis­se­laient dans la pièce, grâce à la vaste ogive, fer­mée seule­ment les jours de mau­vais temps par un très curieux vitrail.

Sur une petite éta­gère accro­chée au mur, étaient ran­gés tous les bibe­lots au fur et à mesure qu’ils étaient achevés.

Auprès des saints Michel domp­tant de for­mi­dables dra­gons, se dres­saient de minces figu­rines dra­pées de mous­se­line et de tulle.

Elles ser­vaient à déco­rer les gâteaux et les pièces mon­tées ser­vis aux repas de pre­mière Com­mu­nion, ain­si qu’aux dîners de noces du pays, et repré­sen­taient, tan­tôt des com­mu­niantes, tan­tôt de frêles petites mariées.

Il y avait aus­si sur l’étagère des che­mins de croix minus­cules et naïfs, qui ser­vaient à gar­nir les repo­soirs des jours de Fête-Dieu.

Enfin, quelques pou­pées de cire sou­te­nues par un pied de bois se tenaient sou­riantes et droites en atten­dant les acheteurs.

Mar­tha la Mode­leuse n’était sans doute qu’une simple ouvrière, sans pré­ten­tion et sans culture. Mais ses bibe­lots avaient un cachet pri­mi­tif et sin­cère qui révé­lait vrai­ment un sen­ti­ment natu­rel, inné, d’artiste.

On sen­tait que cette femme avait beau­coup souf­fert, car elle réus­sis­sait davan­tage les figures tou­chantes des saintes dou­lou­reuses, et don­nait au visage de ses Vierges tou­jours le même air éplo­ré. Un pré­lat qui était venu pour admi­rer son tra­vail et lui faire une com­mande pour une nou­velle cha­pelle qu’il venait d’inaugurer, lui en avait fait dou­ce­ment l’observation :

— Même au point de vue de la réa­li­té, votre petite sta­tue de Marie tenant Jésus n’est pas tout à fait réelle. Vous ne l’avez pas fait sou­rire à son Fils.

Marthe avait répon­du ces mots :

— Mon­sei­gneur, toutes les mères ont dans le cœur une angoisse pro­fonde en tenant leur enfant. Elles ne peuvent pas faire autre chose que de pleurer.……