Vers la grande ville

La Belle histoire de Jésus - jeune filleElle avait qua­tor­ze ans, elle était bru­ne, très bru­ne avec de longs che­veux ; elle vivait très heu­reu­se chez elle, entre son papa et sa maman, dans une peti­te vil­le tou­te blan­che, plan­tée au bord d’un grand lac trans­pa­rent sous un ciel très bleu.

Cela se pas­sait il y a très, très long­temps, dans un pays d’Orient.

Les bour­geons com­men­çaient à écla­ter un peu par­tout et, de mai­son en mai­son, on s’aidait, on s’activait pour pré­pa­rer le grand voya­ge que fai­saient cha­que année tous les habi­tants du pays vers la Gran­de Vil­le… Depuis deux ans déjà, la peti­te fille était de la par­tie.

***

Enfin, le départ arri­ve. Ce matin-​là, tous les enfants sont dans la rue : les aînés, leur balu­chon sous le bras, cou­rent par­tout. Les papas rem­plis­sent les sacs de pro­vi­sions, les mamans confient une fois enco­re les petits, qui sont accro­chés à leurs jupes, aux grand-​mères et aux grands-​pères trop âgés pour fai­re la rou­te…

Tou­te la jour­née, on mar­che sous le soleil. A midi, on s’est seule­ment arrê­té deux heu­res pour « cas­ser la croû­te » à l’ombre de grands pal­miers, sous les­quels on a dor­mi pour repren­dre des for­ces. Puis la cara­va­ne s’est remi­se à mar­cher. ..

Le soir tom­be. Dans un endroit très cal­me, on a déci­dé de pas­ser la nuit. Les enfants, fati­gués, se ser­rent contre leurs parents. Tout le mon­de s’assied ; on débal­le les pro­vi­sions, on par­ta­ge, on échan­ge. Puis les hom­mes allu­ment de grands feux, et, autour de la flam­me, on écou­te le récit de bel­les his­toi­res que le plus âgés des hom­mes, un vieillard à bar­be blan­che, racon­te lon­gue­ment.

***

récit sur la Passion du Christ - vue de JérusalemAu soir de sa troi­siè­me jour­née de voya­ge, la peti­te fille s’arrête brus­que­ment au détour du che­min et dési­gne l’horizon : la gran­de vil­le, tou­te blan­che, se déta­che sur le ciel rou­ge du soleil cou­chant…

Et c’est là que la nuit se pas­se… Au petit matin, la cara­va­ne se remet en rou­te au ryth­me des tra­di­tion­nels chants de mar­che.

Tout à coup, un arrêt : au loin, à la por­te de la vil­le, on entend crier… C’est un bruit de fou­le, com­me une mani­fes­ta­tion. A mesu­re qu’on appro­che, on dis­tin­gue en effet tou­te une mas­se de gens bran­dis­sant de gran­des bran­ches de pal­miers, et hur­lant : « Vivat ! » Cela aug­men­te de plus en plus, et la peti­te fille, se fau­fi­lant à tra­vers les hom­mes et les fem­mes qui encom­brent la rou­te, arri­ve à voir, assis sur un petit âne gris, un hom­me… Dou­ze de ses amis l’entourent, essayant de fai­re la poli­ce, d’empêcher la fou­le en déli­re de l’étouffer…

Récit sur l'Evangile - Jésus entre dans Jérusalem pour les Rameaux

Lui est très beau, très cal­me ; dans ses yeux, on lit une immen­se paix et aus­si une ombre de tris­tes­se. La peti­te fille s’arrête : elle L’a recon­nu, c’est Lui qui est venu, il y a deux ans, à la mai­son… Elle se rap­pel­le com­me déjà alors elle avait sen­ti la même for­ce qui s’échappait de Lui pour la péné­trer, et com­me elle avait dési­ré, à ce moment-​là, être meilleu­re ! Depuis, bien sûr, elle avait enco­re fait bien des bêti­ses, qui lui avaient valu quel­ques talo­ches, mais tout de même, elle n’avait jamais oublié la visi­te reçue à la mai­son, au prin­temps, quand elle avait dou­ze ans : c’était jus­te­ment un tout petit peu avant son pre­mier voya­ge vers la gran­de vil­le.

Pen­dant qu’elle revi­vait en sou­ve­nir tout cela, la fou­le l’a bous­cu­lée, sans qu’elle s’en aper­çoi­ve, puis s’est éloi­gnée, et, quand la peti­te fille sort de sa rêve­rie, elle se trou­ve seule au bord du che­min… Vite, elle cueille, elle aus­si, une immen­se pal­me à un arbre voi­sin, et elle s’élance dans la direc­tion où les cris s’entendent enco­re… Essouf­flée, mais rayon­nan­te de joie, elle se mêle à la fou­le, elle se fau­fi­le le plus près pos­si­ble du petit âne, et elle joint ses louan­ges à cel­les de tout le mon­de, jusqu’à ce qu’elle ne puis­se plus crier. Pen­dant trois jours, il y a dans la vil­le un vas­te remue-​ménage.

***

Mais, à par­tir du mer­cre­di, les gens cir­cu­lent plus vite. Dans les embra­su­res des por­tes, on chu­cho­te tout bas des cho­ses mys­té­rieu­ses :

« Vous ne le répé­te­rez pas, mais j’ai vu mon cou­sin qui m’a dit…

— Je vous le dis à vous, mais sur­tout ne le répé­tez à per­son­ne. »

Et, quand elle s’approche pour essayer de savoir, elle reçoit une talo­che. Une ou deux fois, elle com­prend qu’il s’agit de cet hom­me que tous accla­maient diman­che…

Alors, la peti­te fille veut savoir à tout prix… La nuit, des ombres pas­sent devant les por­tes, lon­geant les murs. Les yeux grands ouverts dans le noir, elle regar­de, elle cher­che à enten­dre, à com­pren­dre. Cela dure depuis deux jours… N’y tenant plus, elle se lève, le cœur ser­ré par une peur ter­ri­ble ; sans bruit, pour ne pas réveiller Papa et Maman, elle entr’ouvre la por­te et sort. Rasant les murs, se cachant dans les recoins des ruel­les, pieds nus pour ne pas fai­re de bruit, elle regar­de. De rue en rue, elle arri­ve à un grand mur clô­tu­rant un jar­din public, à l’extrémité de la vil­le…

récit de la Passion - arrestation de Jésus au Jardin des OliviersDu bruit… Pri­se de pani­que, elle se tapit dans un buis­son. De là, elle dis­tin­gue­ra sans qu’on la voie. Mais qu’arrive-t-il ? Des tor­ches brillent, et un grou­pe d’homme, l’air mau­vais, sort du jar­din. A la lueur des tor­ches, elle recon­naît, enchaî­né, Celui qui était l’objet d’une si gran­de fête, il y a qua­tre jours… Il a le même air de paix : II rayon­ne de cal­me au milieu des hom­mes, qui L’entourent, pleins de hai­ne.

La peti­te fille ne peut plus bou­ger… Oui ! ils L’ont arrê­té ? Mais pour­quoi ? Par­tout où Il est allé, Il a ren­du ser­vi­ce. Il a été bon pour tous, et Il aimait tant les petits enfants qu’Il leur racon­tait de bel­les his­toi­res… Gla­cée d’épouvante, elle res­te là jusqu’au jour. Puis elle va retrou­ver ses parents et, de gros­ses lar­mes rou­lant sur ses joues, leur annon­ce : « Ils L’ont arrê­té… »

***

Tou­te la jour­née, une agi­ta­tion fébri­le a secoué la vil­le. La peti­te fille a cher­ché à savoir… Les uns disent : « II faut qu’il meu­re ! » Les autres ne disent rien.

Et tout d’un coup, la nou­vel­le se répand par­tout que le gou­ver­neur de la vil­le va Le fai­re bat­tre avec des fouets et des ver­ges, com­me on bat­tait les escla­ves à ce moment-​là.

Pen­dant plus d’une heu­re, on ne sait rien de nou­veau. Une heu­re d’angoisse durant laquel­le elle pen­se à la souf­fran­ce de cet hom­me dont per­son­ne n’a pitié.

Elle va ici et là, de rue en rue, essayant de savoir si c’est bien­tôt fini, si on va enfin Le déli­vrer. Elle vou­drait Le voir, Lui dire que, si tous les autres Lui veu­lent du mal, elle au moins L’aime de tout son cœur.

Mais rien, la fou­le est accro­chée aux grilles et hur­le pour obte­nir sa mort. On ne peut même pas appro­cher…

La peti­te fille n’en peut plus ; elle s’est effon­drée sur la mar­che d’une mai­son, com­me éva­nouie.

Tout à coup, elle se redres­se… Des cris hor­ri­bles se font enten­dre : « A mort ! A mort ! »

Elle n’y tient plus, et s’enfuit. Elle mar­che, long­temps, par­tout, com­me une fol­le ; et au détour d’une rue, elle voit un grou­pe de fem­mes : sa maman à Lui est là. Elle ne pleu­re pas ; elle est seule­ment très pâle. Son visa­ge est creu­sé d’angoisse à la pen­sée de tout ce que souf­fre « son petit ». La peti­te fille la recon­naît bien : elle l’a vue, elle aus­si, il y a deux ans. Alors, n’y tenant plus, elle se jet­te à son cou et l’embrasse très fort.

Evangile de la Passion - Jésus rencontre sa mèreA ce moment-​là, la fou­le s’écarte, des pier­res volent, et l’on recon­naît, condui­sant au sup­pli­ce Celui qui était le triom­pha­teur du diman­che pré­cé­dent, ceux qui L’acclamaient. Lui est cou­vert de sang et de cra­chats. Il por­te deux énor­mes pou­tres de bois.

Sa maman est deve­nue plus pâle enco­re. Leurs yeux se sont croi­sés, une minu­te. Mais Lui a été obli­gé de conti­nuer sa rou­te, sans s’arrêter. Sa maman n’est pas tom­bée, mais la fillet­te s’est éva­nouie : c’était trop hor­ri­ble.

Quand elle s’est réveillée, la maman et le papa de la peti­te fille étaient près d’elle et, à leur regard, elle a com­pris qu’il était mort. Plus per­son­ne n’en par­lait. Si elle allait mieux, on allait repar­tir. La peti­te fille a dor­mi long­temps, long­temps… elle a enco­re un peu mal à la tête, mais l’air lui fera du bien.

***

Le retour vers sa peti­te vil­le est tris­te ; elle ne peut plus rire, ni man­ger, ni dor­mir : sans ces­se, elle pen­se à tout ce qu’elle a vu.

Le temps lui sem­ble long. Elle aide sa maman, cuit le pain, va cher­cher l’eau à la fon­tai­ne, balaie la mai­son et net­toie la vais­sel­le. Mais elle n’a plus le cou­ra­ge d’aller fai­re de gran­des par­ties avec ses cama­ra­des, com­me avant. Son cœur est lourd ; elle a peur, elle espè­re… elle ne sait pas quoi, mais elle vou­drait qu’il se pas­se quel­que cho­se… quel­que cho­se qui chan­ge ce qui est arri­vé…

Un jour, alors qu’elle est à la fon­tai­ne, un hom­me arri­ve en cou­rant, criant par­tout : « Celui qu’on a exé­cu­té ven­dre­di, à la gran­de vil­le, et bien ! ses amis L’ont revu… Oui, ils étaient tous ensem­ble, et Il est venu les trou­ver !… »

Bien­tôt tout le vil­la­ge est là, dis­cu­tant la cho­se…

« C’est de la bla­gue !…

— Mais non, puisqu’on L’a vu… » Les lan­gues vont bon train…

La peti­te fille écou­te, de tou­tes ses oreilles. Un immen­se espoir gon­fle son cœur… Si c’était vrai !… Elle a envie de crier, de chan­ter, de pleu­rer ! Elle vou­drait Le revoir !

La jour­née s’achève sans qu’on puis­se en savoir plus long. Et le len­de­main, c’est à qui la décou­ra­ge­ra :

« Voyons, ma peti­te fille, il faut être rai­son­na­ble : tu sais bien que c’est impos­si­ble !… »

Seuls, son papa et sa maman croient que c’est peut-​être vrai.

Un soir, la peti­te fille est ren­trée très tris­te : sa meilleu­re peti­te amie elle-​même lui a dit que ce n’était sûre­ment pas vrai. Elle n’a pas man­gé ce soir-​là. Et après le dîner, elle est allée s’asseoir devant la mai­son, tou­te seule ; et puis, elle a réflé­chi. Elle a repen­sé à tout ce qui était arri­vé. Et tout à coup elle a revu le visa­ge de sa maman à Lui, de sa maman qu’elle avait embras­sée… « Si c’est vrai, qu’il est vivant de nou­veau, elle doit sûre­ment le savoir !.. Je veux la voir… »

Et la peti­te fille attend que Papa et Maman dor­ment. Elle prend un petit sac avec des pro­vi­sions, et elle part. La lune éclai­re la rou­te. Elle a peur, mais elle veut arri­ver à tout prix…

***

Les kilo­mè­tres s’ajoutent aux kilo­mè­tres. Elle ne veut pas s’arrêter cet­te nuit de peur qu’on la retrou­ve avant qu’elle ait décou­vert la véri­té…

Le len­de­main, après quel­ques heu­res de repos, elle reprend la rou­te. Pour ne pas se per­dre, elle suit un fleu­ve dans lequel, quand elle a trop mal aux pieds, elle bar­bo­te un moment…

La nuit, elle s’enveloppe dans son man­teau et dort dans un buis­son. Elle est si fati­guée qu’elle n’a même plus le temps d’avoir peur.

Un beau matin, elle se trou­ve au tour­nant du che­min d’où l’on dis­tin­gue la Gran­de Vil­le.

Plus que quel­ques kilo­mè­tres. Elle les fait en cou­rant…

Passion du Christ - La maison de la Sainte Vierge à EphèseDe por­te en por­te, elle frap­pe, deman­dant… Elle n’est pas bien reçue, mais ne se décou­ra­ge pas…

Le soir, enfin, un hom­me, en qui elle recon­naît celui qui avait conduit le petit âne, lui ouvre…

Une fem­me est là, au fond de la piè­ce…

« Jean, qui est-​ce ? » demande-​t-​elle.

La fillet­te est entrée… Et c’est dans les bras de sa maman à Lui qu’elle ose deman­der : « C’est vrai ? » Dans un bai­ser, la maman lui répond : « Oui ! »

Ce que tu viens d’entendre, tu pen­ses peut-​être que c’est « une his­toi­re », et qu’on a inven­té les per­son­na­ges ?… Non. Celui qui a été tor­tu­re et mis à mort, c’est le Christ Jésus, et la fillet­te dont il est ques­tion, c’est la peti­te fille de Jaï­re, à qui Jésus avait ren­du la vie lorsqu’à dou­ze ans, après une lon­gue mala­die, elle était mor­te.

Récit du miracle de Jésus : la guérison de la fille de Jaïre

U. M.

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