Une confirmation tragique

Auteur : Christiano, J. | Ouvrage : 90 Histoires pour les catéchistes I, II. Les sept sacrements .

La confirmation

Terreur - La GuillotineC’était au temps de la Grande Révo­lu­tion, au pays d’Anjou. La guillo­tine était ins­tal­lée en per­ma­nence à Angers où l’on pour­sui­vait de tous côtés les prêtres qui n’avaient pas vou­lu quit­ter le pays. Tel était le cas d’un saint curé de vil­lage du nom de Noël. Son dévoue­ment à toute épreuve lui valait d’ailleurs l’admiration des fidèles et c’était à qui lui pré­pa­re­rait la cachette la plus sûre. A la métai­rie de la Comouillère, l’abbé Noël se sen­tait par­ti­cu­liè­re­ment chez lui, car on l’y entou­rait de la plus affec­tueuse véné­ra­tion. René Lan­dry, le fils aîné de la famille, avait 12 ans. Il aimait de tout son cœur l’abbé qui le pre­nait sou­vent sur ses genoux et il n’était jamais plus heu­reux que lorsqu’il pou­vait lui rendre service.

Intré­pide agent de liai­son, il le rejoi­gnait au fond des bois, lui por­tant des livres ou du linge. Il avait aus­si le secret de lui déni­cher des cachettes introu­vables afin de per­mettre au cou­ra­geux confes­seur de célé­brer la Sainte Messe.

leçon de catéchismeDepuis près de trois ans tou­te­fois celui-​ci n’avait pu trou­ver la pos­si­bi­li­té de faire faire la Pre­mière Com­mu­nion aux enfants de sa paroisse. Ayant éta­bli son quar­tier géné­ral dans une ferme per­due au milieu des bois, il entre­prit d’y pré­pa­rer une ving­taine d’entre eux, dont le jeune René. On ima­gine ce que fut cette pré­pa­ra­tion et les leçons don­nées tan­tôt dans un champ de genêts tan­tôt sous une hutte de char­bon­nier ! Enfin le grand jour arri­va ! La céré­mo­nie eut lieu dans une grange. L’abbé Noël célé­bra la messe sur une humble table de  cui­sine autour de laquelle se grou­pèrent les jeunes com­mu­niants. Der­rière eux s’étaient ran­gés les pay­sans aux longs che­veux, les femmes en coiffes blanches et les bonnes aïeules avec le capu­chon de leur mante rabat­tu sur le front. L’abbé prê­cha avec tout son cœur devant ce groupe de chré­tiens dignes des Cata­combes ; ensuite il com­mu­nia tous les assis­tants. Au moment où les enfants renou­ve­laient leurs pro­messes de bap­tême, la main sur l’Évangile, un guet­teur signa­la la pré­sence des sol­dats sur la route ! Aus­si­tôt on étei­gnit les cierges, il se fit un grand silence et l’on enten­dit, le cœur bat­tant, le pas ryth­mé des hommes sur les cailloux du che­min… Grâce à Dieu, ils n’avaient rien vu ! Bien­tôt le bruit de leur marche s’estompa dans la nuit et la céré­mo­nie s’acheva pieu­se­ment par la consé­cra­tion à la Très Sainte Vierge.

Quelques heures plus tard l’abbé Noël était appe­lé à la Comouillère où une vieille ser­vante des parents de Roger allait mou­rir. Il était à peine entré qu’un voi­sin vint le pré­ve­nir qu’un piquet de la Garde Natio­nale était en marche dans la direc­tion de la ferme ! Le prêtre confes­sa tout de même la mou­rante, mais il n’avait pas ache­vé de lui don­ner l’Extrême-Onction que les sol­dats encer­claient la mai­son, frap­pant à la porte à grands coups de crosses.

Le petit com­mu­niant du matin guet­tait der­rière une fenêtre du pre­mier étage l’arrivée des gardes. Il crai­gnait que son cher abbé n’eût pas le temps de gagner le gre­nier où se trou­vait une cachette sûre. « Ce qu’il me faut faire à tout prix, se dit-​il, c’est amu­ser cette bande de sol­dats au moins pen­dant quelques minutes. Si ça tourne mal pour moi, tant pis ! La vie d’un prêtre vaut mille fois plus que celle d’un gamin de 12 ans ! Et puis le Jésus de ma Pre­mière Com­mu­nion me pren­dra dans son Para­dis si je meurs ! » Aus­si­tôt son plan est éta­bli. Avi­sant un vieux coffre où l’on reti­rait les vête­ments, il s’y glis­sa les­te­ment, ayant bien soin de lais­ser dépas­ser au-​dehors un mor­ceau d’étoffe noire…

coffre ancien

Au rez-​de-​chaussée les cris, les jurons et le bruit des meubles ren­ver­sés disaient clai­re­ment que les sans-​culottes étaient dans la place. Bien­tôt René enten­dit qu’ils se ruaient dans l’escalier condui­sant au pre­mier étage. La haine au cœur, ils enva­his­saient la pièce, fouillant les lits, la che­mi­née, son­dant de la crosse de leurs fusils ou de leurs baïon­nettes le plan­cher et les murailles. Sou­dain l’un d’eux, aper­ce­vant le coffre écla­ta d’un gros rire méchant : « Ah ! Ah ! fit-​il, le calo­tin s’est trop pres­sé pour entrer dans sa boîte ! Il a lais­sé prendre au-​dehors un mor­ceau de sa sou­tane ! Le voi­là pris au piège ! »

 

Le garde bon­dit vers le coffre puis sou­le­va le cou­vercle d’un air de triomphe tan­dis qu’un de ses cama­rades enfon­çait à l’intérieur la pointe de son fusil. On enten­dit un faible cri puis, domi­nant sa dou­leur, René, dans un geste d’héroïque cou­rage, se dres­sa, la joue sillon­née d’une large balafre rouge. Écla­tant alors de rire il cria aux sol­dats stu­pé­faits : « Vous cher­chez un calo­tin par ici ! Eh bien ! le v’la pour vous ser­vir ! Êtes-​vous contents, Mes­sieurs ? » Furieux d’être ain­si dupés, les gardes tirèrent les oreilles de René, qui en pro­fi­ta pour faire encore quelques gri­maces et amu­ser la gale­rie. Enfin, n’ayant rien trou­vé à l’étage les sou­dards mon­tèrent au gre­nier… Mais celui qu’ils cher­chaient avait eu le temps de gagner sa cachette ! Mal­gré tous leurs efforts ils ne purent rien décou­vrir et s’en allèrent bredouilles.

Gardes nationaux

Dès qu’ils eurent quit­té la mai­son, la mère du jeune héros, encore toute trem­blante d’émotion, s’empressa d’étancher le sang qui cou­lait de la bles­sure. Tan­dis qu’elle le pan­sait, les larmes aux yeux, l’intrépide gar­çon, pâli par la dou­leur mais gar­dant intact son cou­rage, lui dit avec le sou­rire : « Pour­quoi pleu­rer, maman ? Il n’y avait pas d’évêque pour confir­mer les pre­miers com­mu­niants ce matin… Eh bien ! me voi­là confir­mé maintenant ! »

J. Chris­tia­no, « Flores mar­ty­rum »

 

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