Saint Joseph

« Marie, êtes-​vous prê­te ?

— Me voi­ci ! »

Et la jeu­ne fem­me s’assied sur l’âne entre deux bal­lots. Il fait enco­re nuit… Marie et Jose­ph par­tent pour Beth­léem.

L’Empereur Augus­te a ordon­né de recen­ser tous les habi­tants de l’Empire Romain et ce n’est pas peti­te affai­re, car l’Empire est vas­te. Pour sim­pli­fier la beso­gne des agents du gou­ver­ne­ment, cha­cun doit se fai­re ins­cri­re à son lieu d’origine ; Luc, l’Évangéliste, nous le dit, et des papy­rus trou­vés récem­ment le confir­ment.

Pour les par­ti­cu­liers, quel­le com­pli­ca­tion ! Voyez-​vous qu’actuellement, on dirait aux Pari­siens d’aller se fai­re ins­cri­re dans la vil­le, le vil­la­ge, dont leur famil­le est ori­gi­nai­re ! Paris se vide­rait pres­que ; les trains, les cars, les voi­tu­res n’y suf­fi­raient pas… Jose­ph, lui, n’a com­me moyen de loco­mo­tion qu’un âne gris. Marie est mon­tée sur l’animal, et Jose­ph mar­che à côté, tenant la bri­de d’une main, et de l’autre, son bâton de voya­ge : trois à qua­tre jours de mar­che en pers­pec­ti­ve, vers le sud… voya­ge agréa­ble vers Pâques, mais beau­coup moins en plein hiver. Il fait très froid dans les val­lées, et Jose­ph craint pour Marie. Pour se réchauf­fer, celle-​ci des­cend de temps en temps de sa mon­tu­re et mar­che près de Jose­ph. Ils par­lent du Mes­sie pro­mis et atten­du ; le plus sou­vent, ils prient ensem­ble. Plein de res­pect et d’attention, Jose­ph entou­re Marie de pré­ve­nan­ces ; à la hal­te, il récol­te le bau­me pour le mêler à l’eau de la bois­son ; il ins­tal­le le cam­pe­ment sous quel­que téré­bin­the, et s’il fait noir, sus­pend la lan­ter­ne à une bran­che… Voi­ci Jéru­sa­lem !… Enco­re une dizai­ne de kilo­mè­tres, et ils seront ren­dus… Le voya­ge est péni­ble dans les mon­ta­gnes de Judée, les sabots ner­veux de l’âne cla­quent sur le sen­tier…

Dessin à colorier - Pas de place - Joseph et Marie refusés

Beth­léem!… Jose­ph est tout heu­reux à l’idée de trou­ver un gîte. Plu­sieurs fois, en cours de rou­te, il a par­lé à Marie des parents et connais­san­ces qu’il a là-​bas. Ils se feront fête de les rece­voir… Plein de confian­ce, il va frap­per à une por­te : « Pas de pla­ce ! »… Un peu plus loin, même cho­se… et ain­si de sui­te, de por­te en por­te, de rue en rue… C’est que la peti­te vil­le regor­ge de mon­de… Les mem­bres des Tri­bus de Ben­ja­min et de Juda sont venus de par­tout pour se fai­re ins­cri­re… et sans dou­te faut-​il atten­dre son tour de pas­ser aux bureaux… il y a des feuilles à rem­plir, des ren­sei­gne­ments à don­ner… on s’attarde à Beth­léem, au lieu de fai­re pla­ce aux nou­veaux arri­vants. Dans les Khans (hôtel­le­ries), c’est effroya­ble, bêtes et gens s’entassent dans les cours. Entre les cris des humains et les brai­ments des ânes, on ne s’entend plus… les cha­meaux ne sont pas les moins encom­brants… Impos­si­ble de son­ger à ins­tal­ler Marie dans ce désor­dre et ce vacar­me… C’est d’ailleurs tou­jours la même répon­se : « Plus de pla­ce ! »

Jose­ph est navré. La nuit est tom­bée, il fait froid. Patien­te, Marie attend sous l’arbre de la pla­ce auquel l’âne a été atta­ché. Jose­ph revient vers elle et lui conte sa mésa­ven­tu­re : « Écou­tez, Marie, je sais, non loin d’ici, une grot­te qui pour­rait nous ser­vir d’abri ; les ber­gers l’utilisent par­fois pour leurs trou­peaux et leurs réser­ves de four­ra­ge ; ce n’est pas luxueux !… » et, tout confus, il conduit sa jeu­ne fem­me vers la pau­vre éta­ble, grot­te natu­rel­le, creu­sée au flanc de la col­li­ne. Il en est plu­sieurs de cet­te sor­te dans ces para­ges. Peut-​être Jose­ph les a-​t-​il décou­ver­tes quand il était enfant. Des­cen­dant de David, il est très pos­si­ble qu’il soit né et qu’il ait pas­sé son enfan­ce dans la vil­le de ses pères.

Dans l’Ancien Tes­ta­ment, Jose­ph, fils de Jacob est une figu­re pro­phé­ti­que du Jose­ph de l’Évangile. Il en est très sou­vent ain­si ; l’Ancien et le Nou­veau Tes­ta­ment sont pleins de paral­lè­les. Les deux rails du che­min de fer, nous condui­sent au but de notre voya­ge, et les deux paral­lè­les de l’Ancien et du Nou­veau Tes­ta­ment, nous condui­sent à la véri­té.

Le pre­mier Jose­ph, le fils de Jacob, était l’avant-dernier de dou­ze gar­çons et nous savons com­ment ses aînés le per­sé­cu­tè­rent jusqu’à le jeter dans un puits et à le ven­dre à des mar­chands égyp­tiens.

Nous pou­vons sup­po­ser que le second Jose­ph eut aus­si des frè­res qui ne le ren­di­rent pas plus heu­reux… gar­çons taquins, moqueurs, qui le jet­tent à ter­re d’un bon coup dans le dos quand ils le sur­pren­nent en priè­re sous la gale­rie ou dans la cham­bre hau­te. Pour trou­ver la paix, Jose­ph va se cacher dans les grot­tes ou chez quel­que arti­san qui lui apprend à tra­vailler le bois… plus tard même, il quit­te le pays et remon­te vers le nord. Jose­ph est dans la for­ce de l’âge, c’est un excel­lent ouvrier. Il tra­vaille non en ama­teur, par goût de la menui­se­rie, mais pour gagner sa vie et cel­le de Marie, car il faut vivre, et pour ser­vir ses frè­res les hom­mes : char­pen­tes, clayon­na­ges, meu­bles, jougs et char­rues… Il a hâte d’en finir avec le recen­se­ment et de retour­ner à son ate­lier… Mais pour l’instant, il a d’autres sou­cis : l’étable est encom­brée de paille, peut-​être de fumier, et des toi­les d’araignées pen­dent au pla­fond… Il ran­ge, net­toie, sus­pend une lam­pe à la voû­te, fait un peu de feu pour le sou­per, arran­ge pour Marie un lit de camp avec quel­ques bot­tes de paille et des cou­ver­tu­res… puis, la priè­re fai­te en com­mun, il se reti­re dans un coin de la grot­te et pros­ter­né, conti­nue sa priè­re… Il est confus vrai­ment de n’avoir à don­ner au Mes­sie atten­du que ce pau­vre gîte. Il son­ge au ciel res­plen­dis­sant, au tem­ple de Jéru­sa­lem, mai­son de Dieu sur ter­re… quel­le splen­deur ! Quel­le riches­se à côté d’ici !… Il offre à Dieu sa décon­ve­nue de tout à l’heure… Sou­dain il est tiré de sa priè­re par une lumiè­re qui emplit la grot­te, par des chants angé­li­ques… Marie ser­re sur son cœur un tout petit enfant… Jose­ph, de nou­veau se pros­ter­ne et ado­re… puis il s’approche res­pec­tueu­se­ment, et Marie met l’Enfant dans ses bras.

Noël - Saint Joseph accueille Jésus à la crêche - coloriage de la sainte famille

Jose­ph sait très bien que ce tout-​petit est le Fils du Dieu Tout-​Puissant, Éter­nel ; qu’Il est Dieu lui-​même, puis­que Fils de Dieu : « Dieu a tel­le­ment aimé les hom­mes qu’il leur a don­né son Fils uni­que » ; et la secon­de per­son­ne de la Sain­te Tri­ni­té nous a tel­le­ment aimés, qu’Elle a consen­ti de grand cœur à se fai­re hom­me pour nous sau­ver. Il est vrai­ment Dieu par son Père ; vrai­ment hom­me, par Marie ; Il est l’Homme-Dieu, le Dieu fait-​Homme. Il n’y en a qu’un ; il n’y en aura jamais d’autre.

Pour­tant, Jose­ph est père aus­si à sa façon. Dieu lui a confié Jésus ; à lui de le gar­der, de l’élever, de le nour­rir, d’en pren­dre soin. Dieu lui a aus­si confié Marie. À Pérou­se, en Ita­lie, on vénè­re l’anneau que Jose­ph pas­sa au doigt de Marie, lors de leur maria­ge. Le 3 août, cha­que année, un prê­tre y fait tou­cher les bagues des jeu­nes mariés.

Près de Jésus, Jose­ph, donc, rem­pla­ce Dieu, et c’est très grand. Il pour­rait bien s’enorgueillir et dire, com­me le Pha­ri­sien : « Moi, je ne suis pas com­me les autres hom­mes ! Par mon maria­ge avec Marie, je suis de la famil­le divi­ne !… »

Tout au contrai­re, il s’humilie et dit : « Sei­gneur, je ne suis pas digne ! » S’il n’avait été hum­ble, aurait-​il été si patient tout à l’heure, sous les refus de l’héberger ; par­fois sous les inju­res et les moque­ries ? C’est par­ce qu’il est hum­ble que Dieu l’a choi­si. Sa foi, son obéis­san­ce, sa fidé­li­té au tra­vail et au devoir quo­ti­dien, sa pure­té, sa bon­té, sont gran­des com­me son humi­li­té.

Autre occa­sion de s’enorgueillir quand, de si loin, arri­vent les Mages en cara­va­ne, avec de magni­fi­ques cadeaux.

Jose­ph, des­cen­dant de David, pour­rait se fai­re leur égal ; décli­ner sa généa­lo­gie qui comp­te tant de rois ; il se tait, il les sert, et, quand ils sont par­tis, d’accord avec Marie, il dis­tri­bue les pré­sents aux ber­gers, ses amis, et aux pau­vres… Les Rois Mages n’étaient que de bien petits rois à côté de David et de Salo­mon, et Jose­ph est plus que David, il est plus que Salo­mon et que Jose­ph fils de Jacob. Jose­ph était char­gé par le Pha­raon des gre­niers de l’Égypte ; il était en quel­que sor­te, le minis­tre du ravi­taille­ment ; Jose­ph gar­de Jésus, le fro­ment divin qui se fera notre pain Eucha­ris­ti­que, et notre nour­ri­tu­re jusqu’à la fin des siè­cles. Voyez com­me tout cela est grand ! Jose­ph n’a pas besoin com­me nous d’aller s’agenouiller devant le taber­na­cle ou l’ostensoir ; il se pros­ter­ne devant l’Enfant qui dort ou lui sou­rit dans sa peti­te crè­che. A Naza­re­th, Il aurait eu un joli ber­ceau tra­vaillé par Jose­ph, mais puis­que ce grand Dieu pré­fè­re la pau­vre­té, la sim­pli­ci­té ! Près de Lui, le char­pen­tier se fait plus pau­vre, plus sim­ple, plus petit que jamais.

Et voi­ci la cir­con­ci­sion, l’Enfant reçoit le nom de Jésus que Dieu lui a don­né — c’était alors au Père à choi­sir le nom. Et puis, c’est la Pré­sen­ta­tion au Tem­ple de Jéru­sa­lem : Jésus est offi­ciel­le­ment pré­sen­té et offert à son Père céles­te.

Le pro­phè­te Siméon et la pro­phé­tes­se Anne annon­cent des ter­ri­bles cho­ses : « Jésus sera aimé et sui­vi par les uns, contre­dit par les autres ; un glai­ve de dou­leur trans­per­ce­ra le Cœur de Marie. »

Coloriage Fuite en Egypte - Joseph emmène la Sainte Famille

Pen­dant que celle-​ci contem­ple avec amour les mains pote­lées et les petits pieds roses de son divin Enfant, le cœur de Jose­ph se ser­re. Jésus serait-​il des­ti­né à la croix ? Pour­quoi ce glai­ve de dou­leur dans le cœur de sa mère ?… Jésus, Marie… les deux que Dieu le Père lui a confiés… il en a la res­pon­sa­bi­li­té ; c’est très gra­ve… Il gar­de confian­ce… Pour­tant, des bruits cou­rent, ter­ri­fiants : Héro­de qui a eu vent des paro­les pro­phé­ti­ques d’Anne et de Siméon les rap­pro­che des dires des ber­gers et des Mages : Quel est donc ce petit enfant ? S’il devient un grand roi com­me David son grand-​père, n’imaginera-t-il pas de le détrô­ner ?… Héro­de médi­te un mau­vais coup ; c’est sûr… un beau jour, il décrè­te de fai­re mas­sa­crer tous les petits gar­çons de Beth­léem et envi­rons… Par bon­heur, un ange a pré­ve­nu Jose­ph qui a fui aus­si­tôt avec le Petit et sa mère. S’il avait été moins prompt dans son obéis­san­ce, que serait-​il arri­vé ? Nous devons beau­coup à Jose­ph. Pau­vre Jose­ph ! Quel­le épreu­ve que ce départ en Égyp­te, alors qu’il aurait fait si bon repren­dre à trois la cal­me vie de Naza­re­th !… L’Égypte ! Un pays loin­tain, incon­nu… A dos de cha­meau, le voya­ge sera plus faci­le et plus court, l’affaire de quel­ques jours, alors qu’à âne il faut comp­ter un mois ou peu s’en faut. Un Père Blanc nous disant cela, s’effrayait pour la Sain­te Famil­le de ce voya­ge à bour­ri­cot… Dan­ger des scor­pions qui pul­lu­lent et dont la mor­su­re est mor­tel­le… dan­ger des ser­pents, dan­ger de la soif, dan­ger des ban­dits… Jose­ph sent peser sur ses épau­les le poids d’une res­pon­sa­bi­li­té peu ordi­nai­re. Sa foi le sou­tient ; il est avec Jésus, avec Marie, il ne craint rien.

En Égyp­te, c’est la misè­re ; pas de clien­tè­le, peu d’outils… Il retrou­ve une colo­nie Jui­ve ; Juifs per­dus au milieu des païens, demi-​païens eux-​mêmes et sans dou­te se fait-​il apô­tre. En Égyp­te, plu­sieurs agglo­mé­ra­tions, dont la gran­de vil­le du Cai­re, se glo­ri­fient d’avoir reçu la Sain­te Famil­le et mon­trent l’endroit ou les ves­ti­ge de son habi­ta­tion. Cer­tes, le second Jose­ph n’était pas là dans la gloi­re du pre­mier, et pour­tant, il était com­me lui en Egyp­te et sa gloi­re était bien plus gran­de, mais elle était cachée. Jose­ph, ami du Pha­raon, avait sous ses ordres de nom­breux ser­vi­teurs ; ici ce sont les anges qui se font les mes­sa­gers du char­pen­tier. Un ange lui a dit que Jésus est le Fils de Dieu et de fuir en Égyp­te. Un ange, enco­re, lui annon­ce la mort d’Hérode et lui ordon­ne de ren­trer en Ter­re Sain­te. Il pour­rait objec­ter : « Je suis habi­tué au pays, je me suis fait une clien­tè­le… le voya­ge est dif­fi­ci­le ; atten­dons que Jésus soit plus grand… » Non, pas un mot ; il part aus­si promp­te­ment qu’il est venu. C’est un obéis­sant, un éner­gi­que. Les pieds dans les sables brû­lants, il reprend la rou­te du désert. De son bâton, il écar­te scor­pions et autres bêtes nui­si­bles… et, tout en mar­chant, il chan­te avec Marie la louan­ge de Dieu. Marie et Jésus n’ont rien à crain­dre près d’un gar­dien si vigi­lant.

Quel­le joie de ren­trer dans la patrie ! Jose­ph aime­rait à se fixer à Beth­léem. Là sont les sou­ve­nirs de la Nati­vi­té. Et puis, ce serait plus près de la fron­tiè­re en cas de nou­vel­le fui­te.

Il apprend qu’Archélaüs, fils d’Hérode, a rem­pla­cé son père et ne vaut pas mieux. On le dit ter­ri­ble­ment cruel. Il sera plus sage de retour­ner en Gali­lée… Et Jose­ph ouvre de nou­veau son ate­lier — que l’on mon­tre enco­re — et Marie retrou­ve sa peti­te mai­son blan­che de Naza­re­th, sur la col­li­ne fleu­rie. A ses pieds, au prin­temps, la plai­ne se cou­vre de nar­cis­ses blancs… mais elle ne peut voir les ané­mo­nes vio­let­tes ni les bou­gain­vil­liers cou­leur de sang, sans pen­ser à l’avenir. Jose­ph y pen­se aus­si dans le fond de son cœur, il en souf­fre, lui, si bon… car il est bon d’une bon­té fer­me, mais si pro­fon­de, si déli­ca­te, si ten­dre. Les jour­nées pas­sent cal­mes et sain­tes dans ce foyer uni. La priè­re, le tra­vail se les par­ta­gent. Les clients abu­sent un peu sou­vent de la gran­de bon­té de Jose­ph, soit qu’ils négli­gent de régler leurs fac­tu­res, soit qu’ils deman­dent des ser­vi­ces béné­vo­les, et, pour cet­te rai­son, bien que Jose­ph soit un ouvrier actif et capa­ble, il ne fait pas for­tu­ne. C’est tout jus­te s’il évi­te la gêne. Avec cela, si cha­ri­ta­ble ! N’a-t-il pas la plus gran­de des riches­ses : Jésus et Marie ? Il sait qu’eux aus­si sont venus se don­ner… et tous trois se livrent à plein cœur au Père céles­te et déjà aux âmes. Ils offrent priè­res, pen­sées, paro­les, actions, tra­vaux, pau­vre­té, joies et pei­nes, pour la gloi­re de Dieu et le salut du mon­de. Sans dou­te, Jose­ph aime-​t-​il à redi­re sou­vent : « Père, je vous offre tout par le Cœur de Jésus ; Jésus, je vous offre tout par le cœur de Marie. »

Vie de saint Joseph pour les jeunes - Saint Joseph et le petit Jésus à l'atelier

On a dit que saint Jose­ph était le pre­mier asso­cié de l’Apostolat de la priè­re ; on pour­rait dire aus­si qu’il fut le pre­mier croi­sé du cha­pe­let. Com­bien de fois dut-​il saluer res­pec­tueu­se­ment, affec­tueu­se­ment, Marie, com­bien de fois dut-​il lui redi­re dans son cœur les paro­les de l’Ange Gabriel et cel­le de sa cou­si­ne Éli­sa­be­th : Je vous salue Marie, plei­ne de grâ­ces !…
Cha­que année, Jose­ph des­cend à Jéru­sa­lem pour la fête de la Pâque, et sans dou­te pour cel­les des Taber­na­cles et de la Pen­te­cô­te. La Pâque est obli­ga­toi­re à par­tir de l’âge de dou­ze ans. Dès qu’il les atteint, Jésus accom­pa­gne ses parents à la capi­ta­le ; puis c’est le retour. Selon la cou­tu­me, les pèle­rins de cha­que vil­le ou vil­la­ge revien­nent ensem­ble, com­me ensem­ble les pèle­rins revien­nent de Lour­des. Jose­ph mar­che dans le grou­pe des hom­mes, Marie, dans celui des fem­mes ; les enfants vont d’un grou­pe à l’autre ou sont ensem­ble. Jose­ph et Marie ne s’inquiètent pas de Jésus ; Il est si bon enfant, si rai­son­na­ble !

A la hal­te ; sur­pri­se ! Il n’est pas là : « Je le croyais avec vous, Jose­ph. Je le croyais avec vous, Marie. » Ils pour­raient se jeter la pier­re, tout au moins échan­ger quel­ques repro­ches. Rien. Mais quel­le dou­leur pour Jose­ph dans les repro­ches qu’il s’adresse à lui-​même ! Lui, le gar­dien, le res­pon­sa­ble, com­ment a-​t-​il été si négli­gent ? Il s’accuse, il deman­de par­don à Dieu, à Marie, tout en retour­nant à Jéru­sa­lem. Ils cher­chent, ils s’informent dans les mai­sons amies : Per­son­ne ne l’a-t-il vu ? Aurait-​il été emme­né par quel­que bédouin ? A mesu­re que le temps pas­se, la tor­tu­re s’accroît au cœur de Jose­ph. Habi­tués à cet­te his­toi­re, nous ne mesu­rons plus la dou­leur des parents, et pour­tant !… Enfin ils le retrou­vent au Tem­ple, ins­trui­sant les Doc­teurs de la Loi. Ceux-​ci aiment à se pro­me­ner sous les por­ti­ques, en dis­cou­rant, et les enfants eux-​mêmes, ont droit de les inter­ro­ger, mais gare si, à leur tour on les ques­tion­ne ! Il leur fau­dra répon­dre et bien répon­dre, à ces savants pro­fes­seurs… Une sor­te d’examen public ! S’ils répon­dent mal, quel­le hon­te ! Jésus a répon­du par­fai­te­ment ; il a fait preu­ve d’une scien­ce plus qu’ordinaire et les Doc­teurs de la Loi se sont amu­sés, inté­res­sés, à lui poser d’autres ques­tions, mais leur admi­ra­tion tour­ne à la jalou­sie. Quoi ! ce petit en sait plus qu’eux ! Ils lui en gar­de­ront ran­cu­ne et, quand il sera grand et prê­che­ra en Gali­lée et en Judée, ils ne per­dront pas une occa­sion de le tra­cas­ser, de le contre­di­re.

Et tout à coup, Jésus se tait et s’incline, res­pec­tueux ; il vient d’apercevoir son père et sa mère. Pour eux, quel­le sur­pri­se et quel­le joie de le retrou­ver. Pas de repro­ches, de récri­mi­na­tions ; ils savent que Jésus est Dieu ; s’il a agi d’une maniè­re qui leur sem­ble éton­nan­te, ils pen­sent qu’il en a des rai­sons et s’inclinent : tou­jours la foi, l’humilité et la patien­ce. Marie dit sim­ple­ment : « Mon Fils, voi­ci que votre père et moi nous vous cher­chions depuis trois fours fort affli­gés. Pour­quoi avez-​vous agi de la sor­te avec nous ?

— Ne fallait-​il pas, leur répond Jésus, que je sois aux affai­res de mon Père ? »

Au seuil de son ado­les­cen­ce, de sa majo­ri­té (car la majo­ri­té des jeu­nes Pales­ti­niens pré­cé­dait de beau­coup la nôtre), Jésus a vou­lu affir­mer publi­que­ment qu’Il est le Fils de Dieu, venu tra­vailler en ce mon­de à la gloi­re de son Père céles­te. Moins hum­ble, Jose­ph aurait pu en être frois­sé. Il se dévouait depuis dou­ze ans à cet enfant, et ce petit lui dit en public qu’il ne pas­se qu’en second… Jose­ph est de cet avis ; il trou­ve cela tout sim­ple et il ado­re et s’humilie une fois de plus. Il est très jus­te que Jésus soit tout aux affai­res de son Père ; pour­tant, il ne sai­sit pas très bien le sens de cet­te paro­le ; com­me Marie il la gar­de pour la médi­ter dans son cœur et tous trois ren­trent à Naza­re­th, et Jésus leur était sou­mis. Ne trouvez-​vous pas magni­fi­que, cet­te sou­mis­sion du Fils de Dieu, à un ouvrier ? à un hom­me ?

coloriage pour les petits - Saint Joseph charpentier et Jésus rabotant

Les années pas­sent. Jose­ph, qui avait trente-​cinq ans, lors de son maria­ge, perd ses for­ces ; Jésus le secon­de acti­ve­ment ; il pos­sè­de par­fai­te­ment le métier de son père et quand celui-​ci doit s’arrêter, Jésus gagne seul le pain de la mai­son et celui que l’on don­ne. Com­me le meilleur des fils, il entou­re Jose­ph, le soi­gne, et avec Marie, l’assiste en ses der­niers moments. C’est pour­quoi saint Jose­ph, qui fit une mort si bel­le et pai­si­ble, est le patron de la bon­ne mort.

Main­te­nant, il s’en va aux lim­bes atten­dre les beaux jours de Pâques et de l’Ascension : Jésus rachè­te­ra le mon­de et, en mon­tant au ciel, emmè­ne­ra avec lui les élus. Quel­le joie nou­vel­le pour ce grand saint quand, le jour de l’Assomption, Marie vien­dra le rejoin­dre.

Pen­dant long­temps, Jose­ph est res­té caché après sa mort com­me pen­dant la vie. Sain­te Thé­rè­se d’Avila, la gran­de car­mé­li­te, s’est fait un devoir et une joie de le fai­re connaî­tre et aimer. Elle assu­rait qu’on ne l’invoque jamais en vain. La peti­te Thé­rè­se de Lisieux s’imaginait Jose­ph rabo­tant le bois, fati­gant au tra­vail, mais en cachet­te, par déli­ca­tes­se, pour ne pas pei­ner la Sain­te Vier­ge : « Il ne rece­vait pas tou­jours le prix de son labeur, même sans dou­te, il reçut des repro­ches. » C’est ain­si que Thé­rè­se aurait aimé que les prê­tres par­lent de la Sain­te Famil­le. Elle imi­tait saint Jose­ph à sa façon, en pra­ti­quant la sim­pli­ci­té, la patien­ce… et l’amour en tout.

Saint Jose­ph, vous si bon, si pater­nel, si sim­ple, nous vous prions pour nos famil­les, qu’elles soient de sain­tes famil­les, et pour l’Église uni­ver­sel­le dont le Pape vous a pro­cla­mé le glo­rieux patron !

Agnès Gol­die.

Saint Joseph - Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté


Permis d'imprimer :
 Verdun, le 21 novembre 1952                Max. HUARD, Vic. qén.

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