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L’enfant au potier

La cam­pagne était toute de neige autour du bourg de Beth­léem, et les cubes blancs des mai­sons pre­naient des teintes lai­teuses parmi cette sur­na­tu­relle pureté.

Le ciel bom­bait au-​dessus, comme un grand bocal d’un bleu pâle et trans­lu­cide. Il y avait dans l’air une joie pai­sible comme si des anges venaient d’y pas­ser.

Noel : L'enfant obéissant de BethléemÀ la vérité, des anges l’avaient tra­versé la nuit pré­cé­dente. Jésus étant né, cette nuit-​là, dans une grotte des envi­rons, ils avaient chanté, devant un groupe de ber­gers d’abord, au-​dessus de la grotte ensuite, un beau chœur à plu­sieurs voix dont le refrain est demeuré célèbre : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté. »

La nou­velle du miracle s’était répan­due dans les mai­sons du bourg, et cir­cu­lait sous le man­teau, accueillie ici avec joie, là par des haus­se­ments d’épaules.

La fin de la classe du matin venait de lâcher les enfants dans les rues. Sur la pla­cette, autour de la fon­taine, beau­coup s’attardaient à bavar­der, en petits groupes mys­té­rieux et ani­més. La glis­soire en pente lui­sait comme un marbre sombre, délais­sée.

— Bien sûr que c’est vrai ! dit un gamin dont les yeux noirs étin­ce­laient d’enthousiasme. Le père de Lévi doit le savoir, je sup­pose, puisqu’il y était !

— Mon père ne veut pas y croire, répli­qua sans convic­tion un enfant mieux vêtu que les autres. Mon père est savant. Il doit avoir ses rai­sons. Mais j’aimerais mieux que ce soit vrai.

— Tiens ! inter­vint un troi­sième, pour­quoi ne serait-​ce pas vrai ? Ils étaient huit à aller à la grotte cette nuit, et tous racontent la même chose. Ils ont vu un ange, je vous dis, ils ont entendu le chant, ils ont vu l’Enfant et sa Mère.

— Mon père pré­tend que le Mes­sie sera un Roi, objecta un autre. Alors, cet enfant pauvre ?…

— Oui, mais ces anges ? Est-​ce qu’ils viennent chan­ter autour de notre mai­son, quand nous rece­vons un petit frère ou une petite sœur ? Conti­nuez à lire »

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Le Seigneur vient…

Un matin d’hiver, le crieur public par­court les ruelles du vil­lage, en son­nant dans sa corne. Au nom d’Hérode, il pro­mulgue, en ara­méen, l’édit d’Auguste 1 ordon­nant le recen­se­ment. Ici comme en Égypte, l’inscription se fera dans la ville d’origine. C’est là qu’avec grand soin sont conser­vées les généa­lo­gies 2. Le char­pen­tier et Marie devront donc gagner Beth­léem, patrie de David leur ancêtre. Joseph, comme chef de famille, Marie comme fille unique et héri­tière de Joa­chim. Long et pénible dépla­ce­ment (quatre à cinq jours de marche) pour de pauvres arti­sans ! Mais tous deux savent que Dieu se sert des hommes, de leurs folies et de leurs crimes pour réa­li­ser ses des­seins. Or le pro­phète Michée (v. 2) n’a-t-il pas annoncé que le Mes­sie naî­trait à Beth­léem ?

La sainte famille se rend à Bethléem

L’âme meur­trie mais calme, Joseph pré­pare tout. Dans la double besace de l’âne — le petit âne gris, sobre et vaillant, de tous les foyers popu­laires — il range d’un côté ses outils, de l’autre les langes, les pro­vi­sions. Marie pren­dra place en arrière du bât. Et ils partent, par la plaine d’Esdrelon, l’inhospitalière Sama­rie. Routes noires de chars, de cha­meaux, encom­bre­ments. Au nord du Jour­dain, les che­mins noyés de pluie res­semblent à des affluents du fleuve. Ciel bru­meux et bas. Joseph, la bride de l’âne dans sa main, suit, ses vête­ments macu­lés de boue, le bord du che­min, se garant des bruyants atte­lages.

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Notes:

  1. Auguste était l’empereur romain qui avait, par un édit (une loi), ordonné le recen­se­ment ; Hérode était gou­ver­neur de la pro­vince de Judée.
  2. La généa­lo­gie concerne l’origine et la filia­tion des familles.

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Charité de Noël - Dans un couvent italienUn soir, dans les der­nières années du pon­ti­fi­cat de Pie IX, un vieux juif s’approchait fur­ti­ve­ment de la porte d’un des nom­breux cou­vents de femmes qui s’élevaient alors dans le dédale d’obscures ruelles s’enchevêtrant entre le Campo dei Fiori, où fut brûlé Gior­dano Bruno, et la vaste place Navona, aimée du soleil.

C’était la veille de Noël, et dans les innom­brables églises et cha­pelles de Rome on met­tait la der­nière main aux pré­pa­ra­tifs qui pré­cèdent la solen­nité de la messe de minuit.

Le vieillard cogna à plu­sieurs reprises avec le poing contre la porte de fer et recula aus­si­tôt comme effrayé de sa har­diesse… Il vou­lait déjà même se reti­rer, lorsque la lourde porte roula pesam­ment sur ses gonds et il péné­tra dans un étroit cou­loir avec une porte en face, her­mé­ti­que­ment fer­mée, qui condui­sait au par­loir, et une autre de côté, munie d’un vasis­tas, ouvrant sur la cour du couvent.

Déjà le regard cour­roucé de la tou­rière lui­sait der­rière le treillis du vasis­tas. Ayant aperçu le vieillard, la reli­gieuse ten­dit en avant ses deux mains d’un geste qui repous­sait et cria :

– Encore vous ?… Allez-​vous en, allez-​vous en !.. Vous osez venir nous trou­bler pen­dant la sainte nuit de Noël ?… Retirez-​vous de bonne grâce, Nathan…

– J’ai à par­ler à la Mère Supé­rieure… Il faut que je la voie, dit le juif avec insis­tance… Je suis venu exprès pour cela ce soir… c’est ce soir que je dois la voir… J’ai attendu cette nuit comme la manne du ciel… Elle ne peut pas me ren­voyer ce soir. Bonne sœur Lodo­vica, ayez pitié d’un pauvre vieillard…

Il tomba à genoux et san­glota…

Histoire pour les enfants à NoëlMais la tou­rière ferma le vasis­tas et der­rière la porte cria :

– Par­tez, par­tez !… Ce soir à plus forte rai­son la Mère Agnès refu­sera de vous rece­voir… Vous enten­dez ?… Vous voyez qu’elle est occu­pée… elle répète le chant avec les sœurs… elle se pré­pare pour la messe.

En effet, un chœur har­mo­nieux mon­tait de la cha­pelle. Nathan écouta avi­de­ment… Tout à coup ses yeux brillèrent de joie.

Réso­lu­ment il frappa au vasis­tas :

– Sœur tou­rière… je ne par­ti­rai pas d’ici sans avoir vu la Mère Supé­rieure… C’est Don Paolo qui m’a envoyé… Dites à la Mère Supé­rieure que je lui apporte un mes­sage de Don Paolo. Conti­nuez à lire »

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Le vieux cordonnier

Conte de Noël : comment préparer son coeur Un soir de noël, un vieux cor­don­nier se reposa dans son petit maga­sin en lisant : « La visite des hommes sages à l’Enfant Jésus. »  À la lec­ture des cadeaux que les ber­gers et les rois mages appor­tèrent à la crèche, il se dit : « Si demain était le pre­mier Noël, et si Jésus devait être né ce soir dans cette ville, je sais ce que je lui don­ne­rais !  »

Il se leva et prit d’une éta­gère deux petites chaus­sures en cuir neige-​blanc le plus mou, avec des boucles argen­tées lumi­neuses qu’il venait de finir : « Je lui don­ne­rais cela, mon tra­vail le plus fin. Que sa mère sera heu­reuse ! Mais je suis un vieil homme idiot, pensa-​t-​il avec un sou­rire. Le Maître n’a aucun besoin de mes pauvres cadeaux. »

Remet­tant les mignonnes chaus­sures à leur place, il souf­fla la bou­gie, et alla se repo­ser. Il ferma ses yeux, quand il enten­dit une voix qui appe­lait son nom. « Mar­tin ! » Intui­ti­ve­ment, il recon­nut cette voix. « Mar­tin, tu as envie de Me voir. Demain je pas­se­rai devant ta fenêtre. Si tu me vois, offre-​moi ton hos­pi­ta­lité : je serai ton invité et m’assiérai à ta table. »

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XI

Le martyr du père Spinola

Récit du martyr du père SpinolaCharles Spi­nola avait vingt ans ; l’éclat de la famille génoise dont il était le fils lui pro­met­tait toutes les digni­tés, toutes les gloires. Un jour tom­bait entre ses mains le récit du mar­tyre du Père Aqua­viva à l’île de Sal­sette, et désor­mais il ne vou­lut plus d’autre gloire que celle d’apôtre dans la Société de Jésus. Apôtre, il le serait, même si son père ne vou­lait pas ; il le serait, même si son oncle le car­di­nal parais­sait tiède pour ce pro­jet ; oui, il le serait, même si le Père géné­ral des Jésuites ne vou­lait pas de lui ; il le serait, dût-​il por­ter sa requête aux pieds du Pape. Dix ans durant, comme novice, puis comme jeune Père, il disait à ses supé­rieurs : « Je veux être mis­sion­naire. » On l’envoyait, non pas au Japon, mais dans la mai­son que les Jésuites avaient à Cré­mone : il y allait, docile… Mais l’année d’après, ses sou­haits étaient com­blés : c’est au Japon qu’on l’expédiait. Il avait hâte de s’éloigner, de ne plus entendre les siens mettre devant ses yeux les belles charges d’Église, les belles cou­leurs vio­lettes ou rouges, aux­quelles un Spi­nola pou­vait pré­tendre. Il se sen­tit très content du capi­taine du vais­seau, lorsque celui-​ci, oubliant les pro­messes faites à la famille Spi­nola de bien trai­ter un tel pas­sa­ger, le logea très peu confor­ta­ble­ment et en gros­sière com­pa­gnie : « Je serai encore plus mal chez les païens, » pensait-​il. Et pour se mettre à l’école des héros qui avaient su mou­rir pour Dieu, il com­po­sait les lita­nies des mar­tyrs jésuites, des huit qui en 1570 avaient versé leur sang en Flo­ride, et des qua­rante qui, la même année, voguant vers le Bré­sil, avaient été atta­qués et noyés par des cor­saires hugue­nots. Il sem­bla que l’Océan vou­lût faire bar­rière entre Spi­nola et le Japon tant désiré. Mais rien ne le décou­ra­geait : oura­gans, manque de vivres, épi­dé­mie de peste, atteintes de la fièvre, longues haltes dans cer­tains ports du Bré­sil ou des Antilles pour répa­rer le vais­seau. Que pesaient tous ces ennuis, dès lors qu’on s’acheminait vers le Japon ? Mais, hélas ! Spi­nola et toute l’embarcation tom­baient entre les mains d’un cor­saire anglais. Adieu les quatre cents beaux lin­gots d’or que Spi­nola empor­tait avec lui, cadeau du Très Saint-​Père pour la mis­sion japo­naise ! Le cor­saire les confis­quait. Et Spi­nola crut un ins­tant qu’il fau­drait dire : « Adieu, la mis­sion japo­naise ! » car lui-​même était traité en pri­son­nier et débar­qué en Angle­terre. On lui per­met­tait pour­tant de gagner Lis­bonne ; de là, naguère, il était parti pour le Japon ; il reve­nait, ayant inuti­le­ment erré sur les mers… Tout était à refaire : sa famille, le sachant revenu, lut­tait de nou­veau pour le conser­ver en Europe. Dieu ne veut pas de lui au Japon ! prétendait-​elle. Les nou­velles luttes qu’il eut à livrer se dénouèrent par de nou­velles vic­toires : en mars 1599, il repre­nait la mer ; cette fois, la tra­ver­sée fut pro­pice : le vais­seau fila droit vers Macao, où Spi­nola, deux ans durant, apprit la langue japo­naise et ce qu’étaient les Japo­nais. Cet appren­tis­sage achevé, il débar­quait, en 1602, dans la région de Naga­saki.

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