Notre-​Dame du Sacré-​Cœur à Issoudun

Au cœur de la Fran­ce, en Ber­ry, la vil­le d’Issoudun est domi­née par une blan­che et légè­re égli­se que sur­mon­te la sta­tue dorée du Sacré-​Cœur. Les pèle­rins qui pénè­trent dans cet­te basi­li­que sont sai­sis par le rayon­ne­ment des mil­liers de lam­pes rou­ges qui brû­lent devant la sta­tue de la Vier­ge, et par les innom­bra­bles pla­ques de mar­bre blanc qui tapis­sent les murailles et disent les grâ­ces mer­veilleu­ses obte­nues par l’intercession de Marie. Ces « ex-​voto », il y en a par­tout, depuis les cryp­tes et les par­vis jusqu’aux voû­tes. Pas un coin, si petit soit-​il, où la recon­nais­san­ce n’ait trou­vé le moyen de se glis­ser pour crier la bon­té, la puis­san­ce de Notre-​Dame du Sacré-​Cœur, que l’on invo­que dans ce sanc­tuai­re sous le beau nom « d’Espérance des déses­pé­rés ».

Issou­dun, capi­ta­le du Bas-​Berry, avait eu à tra­vers les siè­cles et les guer­res, une his­toi­re tour­men­tée. Sans ces­se pillée, dévas­tée, brû­lée, cet­te vil­le s’était pour­tant tou­jours signa­lée par sa dévo­tion envers Marie.

Long­temps, la Vier­ge y fut priée sous le nom de « Notre-​Dame de grand pou­voir ». La Révo­lu­tion, fit dis­pa­raî­tre ce culte, jusqu’au jour où il devait revi­vre de plus bel­le en mon­trant le « grand pou­voir » de Marie sur le Cœur de Jésus.

Com­ment fleu­rit sur ce sol, la dévo­tion à Notre-​Dame du Sacré-​Cœur ? — C’est ce que nous allons essayer de dire.

« Tenez, ma bonne Mère, je vous l’abandonne ! »

Au com­men­ce­ment du siè­cle der­nier, dans la peti­te vil­le de Riche­lieu, en Tou­rai­ne, la famil­le Che­va­lier vivait pau­vre­ment. Le père, très modes­te bou­lan­ger, était un hom­me rude, igno­rant, peu capa­ble de pour­voir aux besoins de ses enfants. Sa fem­me, labo­rieu­se et méri­tan­te, pour essayer d’augmenter les res­sour­ces du foyer, se ren­dait cha­que matin au mar­ché où elle reven­dait des légu­mes et des fruits. Mal­gré tout, le ména­ge connais­sait sou­vent la gêne. Aus­si, quand, en 1824, naquit le der­nier des enfants, le petit Jean-​Jules, fut-​il très mal accueilli par son père. Celui-​ci sen­tait ses for­ces s’en aller, et, ne comp­tant pas sur la Pro­vi­den­ce, il se tour­men­tait d’avoir une bou­che de plus à nour­rir. Le pau­vre inno­cent devint donc un sujet de dis­cor­de entre ses parents.

Un jour, le mari, de plus méchan­te humeur enco­re que d’habitude, se diri­gea vers le mar­ché où sa fem­me assi­se devant son éta­la­ge, ser­vait sa nom­breu­se clien­tè­le. Pour ne pas lais­ser son pou­pon tout seul à la mai­son, elle l’emportait dans une cor­beille où il dor­mait pai­si­ble entre les choux et les carot­tes. L’homme, en colè­re, s’approchant du comp­toir, accu­sa sa fem­me de le négli­ger pour ne s’occuper que de son petit et se répan­dit en paro­les amè­res et bles­san­tes. La mal­heu­reu­se, inter­di­te, conster­née de tous ces repro­ches qui tom­baient sur sa tête en public, fon­dit en lar­mes.

Pour met­tre fin à une scè­ne trop péni­ble, elle sai­sit son enfant, et, le ser­rant contre elle, cou­rut se réfu­gier dans l’église tou­te pro­che. Là, dépo­sant le petit aux pieds de la Vier­ge :

Le petit Jean-Jules Chevalier offert a la Vierge par sa mère
« Tenez ma bon­ne Mère, je vous l’abandonne ! »

— « Tenez, ma bon­ne Mère », s’écria-t-elle en san­glo­tant, « s’il doit tou­jours me cau­ser autant de pei­ne qu’aujourd’hui, vous pou­vez le pren­dre et en fai­re ce que vous vou­lez, je vous l’abandonne ! »

Puis, lais­sant l’enfant à la gar­de de Marie, elle s’en alla…

Au bout d’un moment, plus cal­me, et confu­se de son mou­ve­ment de déses­poir, elle revint vers l’église. Son petit gar­çon sou­riait à la Vier­ge qui sem­blait le regar­der avec ten­dres­se. La pau­vre mère s’agenouilla près de lui, pleu­ra, pria, et, se sen­tant récon­for­té, elle reprit cou­ra­geu­se­ment avec son fils, le che­min de sa mai­son.

Marie ne devait pas oublier que cet enfant lui était don­né et qu’elle pou­vait en fai­re tout ce qu’elle vou­drait.

Il paraît que, depuis ce jour, le petit Jules mon­trait un grand amour pour cet­te ima­ge de la Vier­ge. Dès qu’il sut prier, on le voyait sou­vent age­nouillé devant elle, réci­tant bien pieu­se­ment son cha­pe­let. Il aimait venir à l’église et sa joie fut vive quand le vieux curé le choi­sit com­me enfant de chœur. Tan­dis que, sage et recueilli, il ser­vait la mes­se, un ardent désir s’éveillait dans son cœur : celui de mon­ter lui aus­si à l’autel et de célé­brer le saint Sacri­fi­ce. Être prê­tre, quel suprê­me bon­heur !

Hélas ! la pau­vre­té si gran­de de ses parents ne per­met­tait pas d’y son­ger. Impos­si­ble à eux de se char­ger des frais des étu­des. Jules, le cœur très gros, dut se rési­gner à entrer com­me appren­ti chez un cor­don­nier. Dur sacri­fi­ce que celui de pas­ser tou­tes ses jour­nées cour­bé sur de vieilles semel­les, alors que l’on rêve à de si bel­les cho­ses et que l’appel du Sei­gneur reten­tit si for­te­ment au fond de l’âme ! Tou­te­fois, le cor­don­nier, bra­ve hom­me, per­met­tait à son appren­ti de conti­nuer cha­que matin à ser­vir la sain­te mes­se, et cet­te mes­se res­tait la conso­la­tion et la for­ce du pau­vre gar­çon.

L’épreuve se pro­lon­gea qua­tre lon­gues années. Mais la sain­te Vier­ge veillait sur l’enfant qui lui avait été confié. Les cir­cons­tan­ces obli­gè­rent la famil­le Che­va­lier à quit­ter Riche­lieu pour les envi­rons de Bour­ges. Là, le curé de la nou­vel­le égli­se, recon­nais­sant en son jeu­ne parois­sien une sérieu­se voca­tion, le fit admet­tre au petit Sémi­nai­re. Ce pas fran­chi, Jules Che­va­lier ne se trou­vait pour­tant pas au bout de ses pei­nes. Il attei­gnait dix-​huit ans et ce qu’il avait appris à l’école s’était en par­tie envo­lé de sa mémoi­re. Il dut s’asseoir sur les mêmes bancs que des enfants de dou­ze et trei­ze ans, qui, peu cha­ri­ta­ble­ment, se moquaient de la gran­de taille et de l’ignorance du nou­vel élè­ve. Il y eut des heu­res très dures. Mais le jeu­ne hom­me se réfu­giait près de Marie, et son immen­se désir du sacer­do­ce l’aidait à sur­mon­ter cou­ra­geu­se­ment les humi­lia­tions et les dif­fi­cul­tés des étu­des.

Au grand Sémi­nai­re, Jules Che­va­lier mit tou­te son éner­gie à se sanc­ti­fier. Il s’était consa­cré au Cœur de Jésus pour se dévouer sans réser­ve à le fai­re connaî­tre et aimer.

Que lui disait le divin Maî­tre au fond de l’âme ?…

Il lui sem­blait que le Sau­veur l’appelait, non seule­ment à deve­nir mis­sion­nai­re, mais à réunir des apô­tres qui tra­vaille­raient à éten­dre son règne.

Par­fois, au cours des récréa­tions, il osait confier à quel­ques amis les grands dési­rs qui le pour­sui­vaient, et même, il leur assu­rait, com­me s’il en était sûr, que dans la vil­le d’Issoudun, alors si indif­fé­ren­te, une mai­son de mis­sion­nai­res serait éta­blie… Ses com­pa­gnons riaient de ses rêves. Un seul, l’abbé Man­ge­nest, écou­tait gra­ve­ment, sen­tant que Jésus l’invitait à par­ta­ger la même voca­tion…

Missionnaires

Ordon­né prê­tre, l’abbé Che­va­lier, après un rapi­de minis­tè­re dans de peti­tes parois­ses, se vit, en octo­bre 1854, nom­mé vicai­re à Issou­dun. Les des­seins de Dieu allaient-​ils se réa­li­ser ?

Dans cet­te vil­le d’Issoudun, la Révo­lu­tion avait tout détruit. Des égli­ses, jadis nom­breu­ses, une seule res­tait en par­tie debout. La foi sem­blait com­plè­te­ment mor­te chez les habi­tants. Sur les dou­ze mil­le âmes de l’unique parois­se, à pei­ne tren­te hom­mes allaient-​ils à la mes­se le diman­che, et un seul fai­sait ses pâques.

L’abbé Che­va­lier se mit cou­ra­geu­se­ment à la tâche. Il venait de s’installer à Issou­dun, quand, à sa gran­de sur­pri­se et joie, son ancien com­pa­gnon, l’abbé Man­ge­nest, l’y rejoi­gnit. La Pro­vi­den­ce les réunis­sait visi­ble­ment.

Un soir, après avoir beau­coup prié, l’abbé Che­va­lier se déci­dait à confier à son ami ses pro­jets d’apostolat, puis, tous deux, très émus, réso­lu­rent de se don­ner entiè­re­ment à une fon­da­tion mis­sion­nai­re.

On était alors à la veille de la pro­cla­ma­tion du Dog­me de l’Immaculée Concep­tion. Les deux prê­tres se dirent :

— « Fai­sons une neu­vai­ne pré­pa­ra­toi­re à cet­te fête et deman­dons à la Très Sain­te Vier­ge, com­me pre­mier fruit de la gloi­re dont elle va être cou­ron­née dans le ciel, la nais­san­ce de cet­te nou­vel­le socié­té du Sacré-​Coeur. »

En signe de la volon­té divi­ne, l’abbé Che­va­lier et l’abbé Man­ge­nest, aus­si pau­vres l’un que l’autre, priaient Marie de leur pro­cu­rer les pre­miè­res res­sour­ces néces­sai­res pour com­men­cer l’œuvre dési­rée. S’ils étaient exau­cés, ils s’engageaient par écrit à fai­re hono­rer leur Mère du ciel d’une maniè­re spé­cia­le.

Le 30 novem­bre 1854, les deux vicai­res com­men­çaient leur neu­vai­ne avec une fer­veur extrê­me. Le der­nier jour, 8 décem­bre, à pei­ne l’abbé Che­va­lier terminait-​il sa mes­se, qu’une per­son­ne deman­dait à lui par­ler. Elle venait lui offrir une som­me de 20.000 francs, des­ti­née à éta­blir une bon­ne œuvre en Ber­ry, de pré­fé­ren­ce, une œuvre de mis­sion­nai­res.

Quel sai­sis­se­ment pour l’abbé Che­va­lier ! Et quel­les actions de grâ­ces mon­tè­rent vers le ciel durant cet­te jour­née du 8 décem­bre ! L’Immaculée Concep­tion devait res­ter désor­mais la fête de la socié­té qui nais­sait ce jour-​là.

En sep­tem­bre 1855, le jour de la fête du saint Nom de Marie, l’archevêque de Bour­ges impo­sait à l’abbé Che­va­lier et à son com­pa­gnon, le nom de « Mis­sion­nai­res du Sacré-​Cœur ».

« Notre-​Dame du Sacré-​Cœur »

Quel­ques années pas­sè­rent, durant les­quel­les, par l’étude et la priè­re, les mis­sion­nai­res se pré­pa­raient, dans la soli­tu­de de leur mai­son déla­brée, à la vie apos­to­li­que.

Le Père Che­va­lier, pour diri­ger l’œuvre nais­san­te, se tour­nait plus que jamais vers sa mère du ciel. Il entre­prit divers pèle­ri­na­ges et vou­lut consul­ter le saint Curé d’Ars. Celui-​ci, après l’avoir lon­gue­ment écou­té, lui dit : « Le ciel béni­ra votre œuvre, mais après bien des épreu­ves. Ayez cou­ra­ge et confian­ce ! »

Le père Chevalier et le curé d'Ars - histoire de Notre Dame du Sacré Coeur d'Issoudin
Le Père Che­va­lier consul­te le saint Curé d’Ars.

L’année sui­van­te, le Père Che­va­lier allait jusqu’à Rome, cher­cher, pour son entre­pri­se, la béné­dic­tion de Pie IX. Le Saint Père l’encouragea vive­ment : « Crois­sez et mul­ti­pliez… L’Église et la Socié­té n’ont d’espérance que dans le Cœur de Jésus. »

Les épreu­ves ne man­quaient pas à la fon­da­tion, autour de laquel­le le dia­ble s’agitait. Des lan­gues méchan­tes affir­mant que la cha­pel­le était en pres­sant dan­ger de s’écrouler et d’écraser les fidè­les, l’ordre fut don­né de la fer­mer dans les vingt-​quatre heu­res.

Si le dia­ble croyait, par là, rui­ner l’œuvre nais­san­te, il dut être bien attra­pé.

— « Eh bien ! », se dit le Père Che­va­lier, « nous bâti­rons une cha­pel­le plus gran­de et plus bel­le ! »

Quand il crut bon d’annoncer ses pro­jets, une pau­vre et pieu­se ouvriè­re vint le trou­ver. Elle lui ten­dit un petit paquet qui conte­nait cinq piè­ces d’or…

— « Mon Père, ce sont tou­tes mes éco­no­mies : J’ai pro­mis au Cœur de Jésus de vous les appor­ter pour son égli­se. Prenez-​les je vous les don­ne de bon cœur »

Et com­me le reli­gieux, tout ému, insis­tait pour qu’elle gar­de au moins une par­tie de cet or :

— « Mais, si vous man­quez de tra­vail ? Si vous tom­bez mala­de ?

— « Mon Père, j’ai don­né cet argent à Dieu, je n’en repren­drai pas une obo­le. Quant à l’avenir, Dieu seul le connaît. Je M’en remets à sa pro­vi­den­ce. »

Ce fut la pre­miè­re offran­de. Dès lors, au fur et à mesu­re des besoins, les dons arri­vè­rent à Issou­dun, des pays les plus éloi­gnés.

Les pier­res du futur édi­fi­ce sor­taient à pei­ne de ter­re, quand le Père Che­va­lier dit à son ami :

— « Un temps vien­dra où vous ver­rez des fou­les nom­breu­ses accou­rues ici des diver­ses régions de la Fran­ce et d’ailleurs. »

Pré­dic­tion qui se réa­li­sa, en effet.

L’église s’élevait et tou­chait à son achè­ve­ment.

Dans la bel­le cha­pel­le dédiée à la Vier­ge, sous quel titre Marie serait-​elle invo­quée ?

Le Père Che­va­lier médi­tait, priait… Il sup­pliait Marie de l’inspirer, elle qu’il s’était enga­gé à fai­re hono­rer d’une façon spé­cia­le.

Puis, un jour, la lumiè­re s’étant fai­te, il annon­çait à ses confrè­res éton­nés, que le nou­vel autel serait consa­cré à « Notre-​Dame du Sacré-​Cœur ». Et, sur le socle de la sta­tue de Marie, il fit tra­cer en gran­des let­tres : « Notre-​Dame du Sacré-​Coeur, priez pour nous ! »

Que signi­fiait ce nom nou­veau ?

Sans dou­te, il rap­pe­lait que c’est par Marie que l’on va le plus sûre­ment au Cœur de Notre-​Seigneur, qu’on apprend à l’aimer, à l’adorer, à le conso­ler. Mais il devait mani­fes­ter, sur­tout, le grand pou­voir de la Sain­te Vier­ge sur le Cœur de Jésus. Le cœur d’un fils peut-​il refu­ser quel­que cho­se à sa mère ? Jadis, aux noces de Cana, à la priè­re de Marie, le Sau­veur fit son pre­mier mira­cle. Au ciel, la Vier­ge conti­nue tou­jours à implo­rer son Fils pour les besoins, les détres­ses de ses pau­vres enfants de la ter­re et elle obtient tout de lui.

Marie, priée sous ce titre de « Notre-​Dame du Sacré-​Cœur », ne tar­da pas a mon­trer par des grâ­ces écla­tan­tes, son pou­voir sur le Cœur de son divin Fils. Et Jésus sem­blait se plai­re à dire : « Pour pui­ser avec assu­ran­ce dans les tré­sors d’amour et de misé­ri­cor­de que ren­fer­me mon Cœur, adressez-​vous à ma Mère ! »

Les mala­des aban­don­nés, les famil­les dans la détres­se, les pécheurs sur le bord de l’abîme, voyaient le secours venir à eux par l’intercession de Notre-​Dame du Sacré-​Cœur.

Tant de faveurs extra­or­di­nai­res, de mira­cles de grâ­ce, se ver­saient sur les âmes par son entre­mi­se, que bien­tôt, à ce titre de « Notre-​Dame du Sacré-​Cœur », on ajou­ta celui : « d’avocate des cau­ses dif­fi­ci­les et déses­pé­rées ».

La dévo­tion à Notre-​Dame du Sacré-​Cœur se répan­dait non seule­ment en Fran­ce, mais à tra­vers te mon­de, avec autant de rapi­di­té que si elle eût été por­tée par les anges. Jésus vou­lait mon­trer dans tout l’univers la mer­veilleu­se puis­san­ce de sa Mère sur son Cœur.

La Nouvelle-​Guinée

De l’autre côté du glo­be, se trou­vaient les âmes peut-​être les plus misé­ra­bles et les plus aban­don­nées de la ter­re. Sur ces âmes, Notre-​Dame dû Sacré-​Cœur allait se pen­cher et ver­ser les tré­sors de la misé­ri­cor­de divi­ne.

Le 25 mars 1881, le Pape Léon XIII offrait au Père Che­va­lier et à ses Fils les mis­sions de la Nouvelle-​Guinée, ter­ri­toi­res immen­ses, avec les archi­pels voi­sins qui com­pre­naient 1.600 îles, sépa­rées les unes des autres par de gran­des dis­tan­ces ! Tâche effrayan­te, bien fai­te pour décou­ra­ger, car, sur les peu­pla­des cruel­les, dis­sé­mi­nées à tra­vers ces éten­dues, le démon régnait en maî­tre.

Le Père Che­va­lier, comp­tant sur Marie, acquies­ça com­me elle a la volon­té de Dieu, signi­fiée par le Pape. Mais sa Congré­ga­tion, enco­re si peu nom­breu­se, ne pou­vait four­nir que trois prê­tres ; Léon XIII leur dit : « Allez sans crain­te, c’est l’Église qui vous envoie. Dieu béni­ra votre dévoue­ment. »

En sep­tem­bre 1881, les mis­sion­nai­res s’embarquent. Il leur faut plus d’une année pour accom­plir ce dif­fi­ci­le et dan­ge­reux voya­ge. En abor­dant, ils chan­tent le Mag­ni­fi­cat et pren­nent pos­ses­sion de ces ter­res sau­va­ges au nom du Cœur de Jésus et de Notre-​Dame du Sacré-​Cœur.

Les débuts sont exces­si­ve­ment durs sur ce sol héris­sé de dif­fi­cul­tés. Les mis­sion­nai­res s’usent et tom­bent à la pei­ne. Il faut plu­sieurs années pour que Mgr Ver­jus — un saint — par­vien­ne à péné­trer en Papoua­sie et à y fon­der la « Mis­sion de Notre-​Dame du Sacré-​Cœur ». Sur les som­bres forêts de cet­te région, les crê­tes escar­pées, les dan­ge­reux pré­ci­pi­ces, le dia­ble sem­ble avoir soli­de­ment éta­bli son empi­re. Tout se ligue contre les apô­tres : nua­ges de mous­ti­ques, ser­pents dont la piqû­re est mor­tel­le, cha­leur tor­ri­de, fiè­vres épui­san­tes, et, sur­tout, gros­siè­re­té, féro­ci­té des habi­tants plon­gés dans tou­tes les hor­reurs des super­sti­tions païen­nes. Les hom­mes se font gloi­re de man­ger la chair humai­ne, les fem­mes tuent leurs enfants nouveaux-​nés.

Un jour, sous les yeux d’un mis­sion­nai­re épou­van­té, un vieux chef sau­va­ge sai­sit une peti­te fille, l’égorge, la dépè­ce, puis il se sau­ve dans la forêt pour la dévo­rer, en criant : « Viens la pren­dre si tu peux ! » Le Père ne par­vient qu’à recueillir quel­ques os.

Une autre fois, un mis­sion­nai­re entou­ré par une tri­bu bar­ba­re est sai­si, soli­de­ment lié à un poteau. Les sau­va­ges allu­ment un grand feu et le pri­son­nier, qui com­prend leur lan­gue, les entend se réjouir de man­ger bien­tôt de la chair blan­che. Mais le reli­gieux leur par­le avec une tel­le for­ce du grand Dieu du ciel, dont la colè­re va tom­ber sur eux s’ils font mou­rir son envoyé, que les Papous, effrayés, se déci­dent à déli­vrer leur vic­ti­me et à la lais­ser par­tir.

Récit des Missionnaires du Sacré-Coeur en Papouasie - pour les jeunes du KT
Les sœurs papoues ensei­gnant aux enfants la priè­re et le caté­chis­me

Peu à peu, devant la puis­san­ce de Notre-​Dame du Sacré-​Cœur, le démon recu­le pas à pas. Des chefs de tri­bu aban­don­nent les sor­ciers et vien­nent deman­der le bap­tê­me. Des cha­pel­les s’élèvent au milieu des hut­tes misé­ra­bles qui com­po­sent les vil­la­ges papous et, dans ces cha­pel­les, des sau­va­ges conver­tis prient, com­mu­nient.

Une bon­ne vieille tou­te ridée confie au mis­sion­nai­re : « Écou­te mon petit-​fils, depuis que tu m’as don­né le bap­tê­me, j’ai une gran­de lumiè­re, là, dans le cœur, je sais que si je pèche, elle s’éteindra. »

Une trans­for­ma­tion pro­di­gieu­se s’accomplit dans ces peu­pla­des jusque-​là si bar­ba­res.

En 1921, une jeu­ne fille de Fran­ce, Marie-​Thérèse Noblet, que la Sain­te Vier­ge a mira­cu­leu­se­ment gué­rie en vue de cet­te tâche, vient pren­dre la direc­tion d’un petit cou­vent construit au milieu de l’immense forêt papoue, dans la clai­riè­re du Kou­bou­na. Là, sont réunies quel­ques jeu­nes sau­va­ges­ses. Elles ont pous­sé dans la brous­se, accro­chées aux lia­nes des grands arbres. Leurs parents dévo­raient la chair humai­ne. Main­te­nant, ces peti­tes papoues, deve­nues chré­tien­nes, aspi­rent, de tout leur cœur, à aimer le bon Dieu et à ser­vir leurs frè­res, com­me leurs sœurs blan­ches, les Filles de la Cha­ri­té. For­mées à la vie reli­gieu­se par leur Mère Marie-​Thérèse, les « Peti­tes Ser­van­tes de Notre-​Seigneur » vont, elles aus­si, à la conquê­te des âmes de leurs frè­res. Pieds nus, en robe gri­se, un voi­le léger sur leurs che­veux cré­pus, le cru­ci­fix au cou, le cha­pe­let à la main, elles par­cou­rent les vil­la­ges accro­chés aux crê­tes rocheu­ses, ou cachés dans les grands bois. Elles y ensei­gnent aux petits enfants les priè­res et le caté­chis­me, se dévouent près des mala­des, des lépreux, pren­nent soin des pau­vres égli­ses de bam­bous. Leur devi­se est l” « Ecce » de la Vier­ge : « Me voi­ci ! » Et elles vont par­tout où les appel­le un devoir de cha­ri­té.

Dans le petit cou­vent de Kou­bou­na, Mère Marie-​Thérèse recueille les bébés papous aban­don­nés. Elle les entou­re de ten­dres­se et vit au milieu de ces bam­bins noirs, aux che­veux bou­clés, qui s’accrochent à sa robe. « C’est si bon », écrit-​elle, « de pen­ser qu’on élè­ve ces tout petits pour le bon Dieu tout seul ! En plu­sieurs, mon cœur de maman voit déjà de petits prê­tres. »

Ce rêve s’est réa­li­sé. La Papoua­sie a eu l’honneur d’offrir à Dieu son pre­mier prê­tre, Louis Vau­gé­ké.

Sur ces régions sau­va­ges et déso­lées, Notre-​Dame du Sacré-​Cœur étend cha­que jour davan­ta­ge le règne de son Fils.

* * *

En octo­bre 1907, le Père Che­va­lier mou­rait sain­te­ment, bénis­sant Marie « qui avait tout fait dans son œuvre ».

La Vier­ge, qui se plaît à pren­dre com­me ins­tru­ments les petits et les hum­bles, s’était ser­vie d’un pau­vre enfant qu’on lui aban­don­nait pour l’aider à répan­dre sur le mon­de les tré­sors de misé­ri­cor­de et d’amour du Cœur de son Fils.

Les flots de grâ­ces qui pas­sent par les mains de notre Mère du ciel sont si pres­sés, si abon­dants, si mer­veilleux, que tous ceux qui per­dent cou­ra­ge sous les dif­fi­cul­tés et les pei­nes de la vie, ceux qu’accablent les plus amè­res détres­ses, peu­vent tou­jours espé­rer le secours de Cel­le qui aime à être invo­quée sous le titre de « Notre-​Dame du Sacré-​Cœur, Espé­ran­ce des déses­pé­rés ! »

J. M.

PRIÈRE A NOTRE-​DAME DU SACRÉ CŒUR

Coloriage pour le KT : Notre-Dame du Sacré Coeur - Issoudun

Souvenez-​vous, ô Notre-​Dame du, Sacré-​Cœur, de l’ineffable pou­voir que votre Divin Fils vous a don­né sur son cœur ado­ra­ble.

Pleins de confian­ce en vos méri­tes, nous venons implo­rer votre pro­tec­tion. O Céles­te Tré­so­riè­re du Cœur de Jésus, de ce Cœur qui est la sour­ce inta­ris­sa­ble de tou­tes les grâ­ces et que vous pou­vez ouvrir à votre gré pour répan­dre sur le mon­de tous les tré­sors d’amour, de misé­ri­cor­de, de lumiè­re et de salut qu’il ren­fer­me, accordez-​nous, nous vous en sup­plions, les faveurs que nous sol­li­ci­tons…

Non, nous ne pou­vons essuyer de refus, et, puis­que vous êtes notre Mère, ô Notre-​Dame du Sacré-​Cœur, accueillez favo­ra­ble­ment nos priè­res et dai­gnez les exau­cer ! Ain­si soit-​il !

6 Commentaires

  1. ZIBI a dit :

    Mon Père

    Je suis en Gran­des souf­fran­ces tant sur le plan per­son­nel que pro­fes­sion­nel.
    Pouvez-​vous s’il vous plaît dire une mes­se pour moi dans les jours à venir pour implo­rer le Sei­gneur afin qu’il me per­met­te de quit­ter mon pos­te de tra­vail actuel. Au Nom de Jésus qu’il me don­ne un nou­veau pos­te dans un autre ser­vi­ce où mon han­di­cap et mes ori­gi­nes ne sus­ci­te­ront pas la hai­ne
    MERCI par avan­ce. En union de priè­res
    une bles­sée de la vie
    Edi­th

    22 juin 2016
    Répondre
    • Le Raconteur a dit :

      Bon­jour mada­me,
      Je ne suis qu’un sim­ple laïc. Mais je pen­se­rai à vous dans mes modes­tes priè­res et je vous sou­hai­te bon cou­ra­ge.

      Le racon­teur

      22 juin 2016
      Répondre
  2. ZIBI a dit :

    Bon­ne décou­ver­te. Je ne connais­sais pas cet endroit. C’est une amie qui m’a orien­tée vers vous.
    S’il vous plaît, aidez moi

    22 juin 2016
    Répondre
    • Le Raconteur a dit :

      Oui Notre-​Dame du Sacré-​Cœur d’Issoudun est une bon­ne auxi­lia­tri­ce en cas de sou­cis. Le cler­gé de la basi­li­que peut cer­tai­ne­ment vous appor­ter une aide spi­ri­tuel­le ; n’hésitez pas à les contac­ter.

      En union de priè­re.
      Le racon­teur

      22 juin 2016
      Répondre
  3. Bernardine a dit :

    Mon Père,
    je viens vous deman­der de m’aider dans la priè­re, ma gran­de soeur rose marie est très mala­de mais de mala­die natu­rel­le.
    Nous prions tous pour elle, pou­vez vous vous join­dre à nous par pen­sée en priant de votre côté ?
    Je vous remer­cie gran­de­ment.
    Une soeur très mal­heu­reu­se de voir la situa­tion a laquel­le se trou­ve sa soeur.
    enco­re mer­ci pour votre aide,
    Ber­nar­di­ne

    21 février 2017
    Répondre
    • Le Raconteur a dit :

      Bon­jour Mada­me,
      Je ne suis pas prê­tre, mais je vous assu­re de mes hum­bles priè­res.
      Bon cou­ra­ge et sain­te Espé­ran­ce en cet­te épreu­ve.

      Le racon­teur

      24 février 2017
      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*