Notre-​Dame de Boulogne

racontée aux enfants

 

L’arrivée

« Elle va pas­ser ici !

— Qui ?

— Notre-​Dame de Bou­lo­gne !

— Qui c’est, Notre-​Dame de Bou­lo­gne ?

— Tiens, la Sain­te Vier­ge ! Tu t’appelles Jean-​Claude, ça ne fait pas deux gar­çons. Je m’appelle Marie-​Françoise-​Jeanne, ça ne fait pas trois filles ! La Sain­te Vier­ge c’est pareil ! Elle a beau­coup de noms mais que nous l’appelions Notre-​Dame de Lour­des, ou Notre-​Dame de Fati­ma, ou Notre-​Dame de Bou­lo­gne, ça ne fait pas plu­sieurs per­son­nes. C’est tou­jours la Sain­te Vier­ge !

— C’est loin, Bou­lo­gne ?

— Tout en haut de la Fran­ce, dans le Pas-​de-​Calais ; en face de l’Angleterre. Figure-​toi que la Sain­te Vier­ge y est venue en bateau.

— En bateau ?

— Mais oui. Maman m’a racon­té l’histoire. Il y a très long­temps de cela, enco­re au temps des Gau­lois, les Chré­tiens avaient éle­vé à Bou­lo­gne une pau­vre égli­se en bois sur l’emplacement d’un tem­ple païen. Bien des années après, un jour, com­me ils priaient dans cet­te égli­se, la Sain­te Vier­ge leur appa­rut et leur dit : « Les anges, par l’ordre de Dieu, ont conduit un vais­seau dans votre rade. Allez, vous y trou­ve­rez mon ima­ge, et vous la pla­ce­rez dans cet­te égli­se. C’est ici que je veux rece­voir à per­pé­tui­té le témoi­gna­ge d’un culte tout par­ti­cu­lier. »

— Les Bou­lon­nais ont dû pren­dre leurs jam­bes à leur cou ?

— Oh oui ! Ils ont cou­ru bien vite au port, et ils y ont trou­vé le bateau, et dans le bateau une bel­le sta­tue de la Sain­te Vier­ge por­tant l’Enfant Jésus.

— D’où venait cet­te sta­tue ?

— On ne sait pas. De très loin peut-​être… Sans dou­te du pays de Jésus, là-​bas en Orient car les Maho­mé­tans pillaient la Ter­re Sain­te, mas­sa­craient les Chré­tiens, bri­saient les sta­tues. Pour sau­ver celle-​là on a dû la cacher dans une bar­que com­me autre­fois Moï­se dans sa cor­beille, et à Dieu vat !… Seule­ment, cet­te fois, ce n’est pas la fille du Pha­raon qui l’a trou­vée ; les anges ont conduit le bateau chez nous ! Tu pen­ses quel voya­ge ! Il fal­lait lon­ger tout le sud de l’Europe, contour­ner l’Espagne… tra­ver­ser la Médi­ter­ra­née, l’Océan et la Man­che. Regar­de un peu dans ta géo­gra­phie.

Histoire pour les scouts marins du Nord - Notre-Dame de Boulogne

— Et per­son­ne n’a vu ce bateau arri­ver à Bou­lo­gne ?

— Si, des marins l’ont aper­çu ; et com­me il déga­geait une bel­le lumiè­re, ils ont cou­ru au port pour voir ce que c’était.

— Ce que les gens ont dû être sur­pris !

— Et contents ! Ils se ran­gè­rent en pro­ces­sion pour por­ter la sta­tue à l’église ; et ils priaient, et ils chan­taient… Il ne man­quait que les ten­tu­res. Mais ça ne fait rien ! Le ciel et la mer étaient aux cou­leurs de la Vier­ge.

— J’aurais tant vou­lu être là !

— Tiens ! Tu n’étais pas né ! Mais tout le mon­de aux alen­tours disait com­me toi. On met­tait la clef sous la por­te, et vite on par­tait à pied, à che­val, en char­ret­te… pour aller admi­rer et prier la bel­le Sain­te Vier­ge. A tra­vers tou­te la Fran­ce, et en Bel­gi­que, et en Alle­ma­gne, on racon­ta ce qui s’était pas­sé ; les gens venaient de très loin… Saint Eloi, le minis­tre du bon Roi Dago­bert, est venu à Bou­lo­gne, et aus­si saint Benoît Labre et Gode­froy de Bouillon.

— Celui des Croi­sa­des ?

— Oui. Il était Bou­lon­nais. Sou­vent sa mère le condui­sait avec ses frè­res prier Notre-​Dame de Bou­lo­gne. Les gar­çons gran­di­rent ; ils par­ti­rent à la guer­re. Ils allè­rent là-​bas, au pays d’où venait sans dou­te la sta­tue, au pays de Jésus. Il fal­lait repren­dre le tom­beau du Christ aux Maho­mé­tans.

— Pour­tant Jésus n’était plus dans son tom­beau !

— Natu­rel­le­ment, puisqu’il est res­sus­ci­té le jour de Pâques ! Mais les Maho­mé­tans pro­fa­naient les Lieux-​Saints. Les chré­tiens devaient les défen­dre. La prin­ces­se Ida trem­bla pour ses trois fils, mais elle était conten­te qu’ils fas­sent leur devoir. Elle les recom­man­dait bien fort à Notre-​Dame de Bou­lo­gne, implo­rant la vic­toi­re des Croi­sés. Et voi­ci qu’un jour elle apprit que son fils Gode­froy avait pris Jéru­sa­lem et en avait été fait roi. Seule­ment vois-​tu, il n’a pas accep­té la cou­ron­ne. Il a dit « je ne veux pas por­ter une cou­ron­ne d’or là où mon Sau­veur a por­té une cou­ron­ne d’épines ».

— Alors, qu’en a-​t-​il fait de sa cou­ron­ne ?

— Il l’a envoyée à Notre-​Dame de Bou­lo­gne que sa mère avait tant priée.

— Ça c’était gen­til !

— Les Croi­sés l’aimaient bien Notre-​Dame de Bou­lo­gne ! Saint Louis et ses sol­dats por­taient son insi­gne. On a retrou­vé de ces insi­gnes à Car­tha­ge, en Afri­que du Nord et aus­si dans la Sei­ne et dans la Tami­se. Ils étaient en argent et repré­sen­taient la Sain­te Vier­ge et l’Enfant Jésus autour on avait écrit : Notre-​Dame de Bou­lo­gne.

— Est-​il venu à Bou­lo­gne saint Louis ?

— Mais oui ! Et bien d’autres rois avant lui et après. Attends un peu que je me rap­pel­le : Phi­lip­pe le Bel, Phi­lip­pe le Bon, Char­les VIII, Louis XI, Louis XII… Et qui enco­re ?… Fran­çois I, Louis XIII, Louis XIV, Louis XVIII… Et aus­si deux empe­reurs : Char­le­ma­gne et Napo­léon III.

 

Reine de France

Pour­quoi hier a-​t-​on chan­té Rei­ne de Fran­ce, priez pour nous ? La Sain­te Vier­ge est la Rei­ne de la Fran­ce ?

Le roi Saint Louis priant Notre-Dame de Boulogne - coloriage de Marie— Bien sûr ! Tu ne sais pas enco­re cela ? D’abord, Louis XI a don­né à la Sain­te Vier­ge le pays de Bou­lo­gne ; mais là ! don­né pour de bon ! Il serait son vas­sal. Les rois ses suc­ces­seurs devraient, en mon­tant sur le trô­ne, fai­re hom­ma­ge à Marie d’un cœur d’or. Lui offrir ce cœur c’était lui dire : « Ma Sou­ve­rai­ne, je vous don­ne le cœur de la Fran­ce ». Pour­tant, le Bou­lon­nais ce n’était pas assez pour la Rei­ne du ciel ; le roi Louis XIII, lui, don­na tou­te la Fran­ce. C’est depuis ce jour-​là que, dans tou­te la Fran­ce, on fait une bel­le pro­ces­sion le 15 août.

— Ce n’est pas si mal d’avoir pour Rei­ne de Fran­ce la Rei­ne du Ciel et de la Ter­re !

— La Rei­ne des anges et des hom­mes !

— Je chan­te­rai enco­re d’un meilleur cœur : Rei­ne de Fran­ce !

— A Bou­lo­gne com­me à Lour­des, on chan­tait dans tou­tes les lan­gues et dans tous les patois. Et la Sain­te Vier­ge était si tou­chée de la confian­ce, de l’amour des pèle­rins, qu’elle leur obte­nait du bon Dieu des mas­ses de grâ­ces. Ils repar­taient meilleurs et les mala­des étaient sou­vent gué­ris. C’est une peti­te fille para­ly­sée qui dit à sa mère : « Pose-​moi à ter­re. Je sens que main­te­nant je peux mar­cher. Une bel­le dame en blanc me tend la main ». Et elle court vers l’autel, suit la pro­ces­sion, et ren­tre à pied chez ses parents. Une autre fois c’est un gar­çon, para­ly­ti­que aus­si, et qui ne peut par­ler. Il com­men­ce à par­ler. Le len­de­main il se lève. Il y eut même des morts res­sus­ci­tés, grâ­ce à l’intercession de la Sain­te Vier­ge.

— Ce qu’ils devaient bis­quer les méchants !

— Par­mi ces méchants était Hen­ri VIII, roi d’Angleterre, l’ancien pèle­rin de Notre-​Dame. Après avoir été très catho­li­que, après avoir défen­du la sain­te Eucha­ris­tie et aimé la Sain­te Vier­ge, il devint schis­ma­ti­que.

— Qu’est-ce que c’est que schis­ma­ti­que ?

— Ça veut dire qu’il se sépa­ra du pape. Et il se sépa­ra aus­si de la Sain­te Vier­ge. Quand il enva­hit Bou­lo­gne avec ses sol­dats, il pro­fa­na l’église et vola la sta­tue. Mais Jésus ne veut pas qu’on tou­che à sa Mère ! En cinq semai­nes, plus de 10.000 sol­dats anglais mou­ru­rent de la pes­te. Le roi appe­la de nou­vel­les trou­pes ; elles refu­sè­rent de par­tir. Il fal­lut lier les sol­dats sur les navi­res. Fina­le­ment, les Anglais durent quit­ter Bou­lo­gne ; la pes­te fai­sait trop de rava­ges. Le roi de Fran­ce n’avait pas eu à per­dre un hom­me pour les chas­ser. Aus­si, offrit-​il à la Sain­te Vier­ge un bel ex-​voto de recon­nais­san­ce ! Une Vier­ge en argent mas­sif mon­tée sur un bateau. Cet­te sta­tue rem­pla­ça cel­le que les Anglais avaient empor­tée.

 

Premiers retours

— Qu’en ont-​il fait de la sta­tue ? Ils l’ont noyée ?

— Ils n’osèrent pas ! Après l’avoir gar­dée sept ans, ils la ren­di­rent au roi de Fran­ce. Bou­lo­gne n’avait peut-​être enco­re jamais vu pareille fête ! En Fran­ce mal­heu­reu­se­ment, la sta­tue n’était pas à l’abri. Les pro­tes­tants fran­çais — on disait : les Hugue­nots — repro­chaient aux catho­li­ques d’adorer la Sain­te Vier­ge.

— C’est pas vrai ! On n’adore que Dieu !

— Natu­rel­le­ment ! Est-​ce que j’adore papa ? Est-​ce que j’adore maman ? Non ; ils ne sont pas Dieu, je ne les ado­re pas. Je les res­pec­te et je les aime. La Sain­te Vier­ge c’est pareil, mais je l’aime enco­re plus, par­ce qu’elle est la mère de Dieu. Les Hugue­nots ne com­pre­naient pas cela. Une nuit (11 octo­bre 1567), ils péné­trè­rent dans l’église, liè­rent la sta­tue avec des cor­des, et la traî­nè­rent à tra­vers la vil­le.

— Ils ne sont pas morts de la pes­te ?

Des marins l’ont aper­çue.

— Dieu, vois-​tu, n’agit pas tou­jours à coups de mira­cles, et Il a le temps et l’éternité pour fai­re jus­ti­ce. Au lieu d’exterminer les Hugue­nots, Il leur mon­tra par une sui­te de pro­di­ges le prix qu’Il atta­che aux sta­tues de Marie. Les sol­dats atta­què­rent à coups de hache la bel­le sta­tue de la Sain­te Vier­ge, mais le fer des haches s’émoussa plu­tôt que d’attaquer le bois. Alors, ils vou­lu­rent la brû­ler ; ils la jetè­rent dans un bra­sier, mais le feu ne la brû­la pas. Furieux, il la cachè­rent sous du fumier ; le fumier ne la pour­rit pas. Quand, après trois ans, ils la déter­rè­rent, elle était intac­te. Alors, exas­pé­rés, ils la jetè­rent au fond d’un puits, et l’eau la res­pec­ta.

— L’a-t-on retrou­vée ?

— Oui. Ce puits était à la cam­pa­gne, près d’un châ­teau. Le Châ­te­lain était pro­tes­tant, mais sa fem­me était catho­li­que. Elle se ren­sei­gna, fit cher­cher la sta­tue et la cacha dans une chambre-​haute. Sou­vent elle allait la prier, tant et si bien qu’elle obtint une gran­de grâ­ce : la conver­sion de son mari.

— Les gens savaient que la sta­tue était retrou­vée ?

— Non ; c’était un secret, mais les secrets, ça se sait tou­jours un jour ou l’autre ! Un bon ermi­te des envi­rons, par­la de la trou­vaille à un prê­tre de Bou­lo­gne. Celui-​ci vint avec l’ermite, char­gea la sta­tue sur son épau­le et reprit le che­min de la vil­le. Ce che­min s’appelle depuis, le che­min de la Vier­ge.

— La Sain­te Vier­ge est ren­trée chez elle ! Pour tou­jours j’espère !

— Pas pour tou­jours ! Quel­ques siè­cles après écla­ta la Révo­lu­tion… Et ce fut le pilla­ge, l’incendie des égli­ses, la pro­fa­na­tion des cho­ses sain­tes… La sta­tue de Notre-​Dame de Bou­lo­gne fut de nou­veau volée. Les révo­lu­tion­nai­res la brû­lè­rent, mais la tra­di­tion veut qu’elle ait échap­pé aux flam­mes.

— Et qu’est-elle deve­nue ?

— On ne sait pas. Elle a dis­pa­ru depuis ce temps-​là. Il n’en res­te qu’une main. Figure-​toi qu’un jeu­ne offi­cier qui se trou­vait là, avait une tan­te très pieu­se et qu’il aimait beau­coup. S’apercevant qu’une main de la sta­tue ne tenait pres­que plus, il la déta­cha avec son sabre et l’envoya à sa tan­te.

— C’est bien dom­ma­ge qu’il ne lui ait pas envoyé la sta­tue tout entiè­re !

— Moi j’espère bien qu’elle exis­te enco­re, cachée je ne sais où, et qu’on la retrou­ve­ra. On l’a rem­pla­cée par une autre, et c’est tou­jours la même Sain­te Vier­ge qu’on aime et qu’on hono­re, mais tout de même, ce n’est plus la sta­tue arri­vée en bateau, la sta­tue sau­vée de la main des Anglais et des Hugue­nots, la sta­tue devant laquel­le pen­dant plus de onze siè­cles, s’assemblèrent nos pères.

— J’espère com­me toi qu’on la retrou­ve­ra. Sau­vée des Musul­mans, ren­due par les Anglais, pré­ser­vée de la hache et du feu, du fumier et de l’eau, pour­quoi aurait-​elle été détrui­te après ! Vois-​tu, quel­le fête si on la retrou­vait ! Ah ! Elle en a vu Notre-​Dame de Bou­lo­gne !

— Et ce n’est pas fini ! Lors de la Révo­lu­tion, sa bel­le égli­se, construi­te par la mère et le frè­re de Gode­froy de Bouillon fut ven­due et détrui­te. Un saint prê­tre réso­lut de la rele­ver. (Sa mère l’avait ame­né tout petit à Bou­lo­gne, et l’avait consa­cré à la Sain­te Vier­ge.) Il par­tit quê­ter à Paris, à Lour­des, à Rome… et il put recons­trui­re une égli­se magni­fi­que.

— Bra­vo !

 

Le couronnement de Notre-​Dame

— L’Évêque de Bou­lo­gne aimait beau­coup la Sain­te Vier­ge sous le voca­ble de l’Immaculée Concep­tion. C’était pour­tant bien avant que Pie IX n’ait défi­ni ce dog­me. Il bénit donc une gran­de sta­tue de l’Immaculée qui devait domi­ner la cou­po­le. Ce fut enco­re plus beau le jour du cou­ron­ne­ment de Notre-​Dame. Il y avait là plus de 100.000 per­son­nes. Le pape ne pou­vant venir lui-​même cou­ron­ner la Sain­te Vier­ge, avait envoyé son repré­sen­tant, son légat.

— Quel­le cou­ron­ne était-​ce ? Cel­le de Gode­froy de Bouillon ?

— Mal­heu­reu­se­ment non. Elle avait été volée à la Révo­lu­tion de 1793. La nou­vel­le cou­ron­ne était sur le même modè­le. A Rome au soir de la Saint-​Pierre et Paul, on tira un feu d’artifice qui des­si­na dans le ciel, en lignes de feu, la nou­vel­le égli­se de Bou­lo­gne. On vit aus­si la Vier­ge dans sa bar­que, escor­tée de deux anges. Le canon du pape la salua, la musi­que des régi­ments fran­çais répon­dit.

— Saint Pier­re a dû sou­vent pro­me­ner la Sain­te Vier­ge dans sa bar­que !

— Il a pu en effet, plus d’une fois, lui fai­re tra­ver­ser le lac de Tibé­ria­de. Mais de Caphar­naüm à Beth­saï­de, le voya­ge était moins long que de la Ter­re Sain­te à Boulogne-​sur-​Mer ou de Bou­lo­gne à Dou­vres ! Et puis, pour venir chez nous, ce n’était plus saint Pier­re qui la condui­sait, mais les anges. Main­te­nant, les rôles sont ren­ver­sés. C’est la Sain­te Vier­ge qui conduit la bar­que de Pier­re.

— Com­ment cela ?

— Tiens, la bar­que de Pier­re, com­me l’Arche de Noé, était une figu­re de l’Église. L’Arche de Noé, mal­gré la pluie et la tem­pê­te n’a pas péri dans le délu­ge, et tous ceux qui étaient dedans : Noé, sa fem­me, ses fils : Sem, Cham et Japhet… et leurs fem­mes… ont été sau­vés. Sur la mer de Gali­lée, il y avait de gros­ses tem­pê­tes. L’Évangile en par­le. Mais la bar­que de Pier­re n’a pas cha­vi­ré. L’Église aus­si affron­te des tem­pê­tes ; cel­les des bar­ba­res, des Musul­mans, des héré­sies, des révo­lu­tions, mais elle ne périt pas. C’est tou­jours Pier­re qui la conduit, puis­que c’est le Pape, suc­ces­seur de Pier­re, qui par­le et agit au nom de Jésus ; il est assis­té du Saint-​Esprit, mais aus­si de la Sain­te Vier­ge.

— C’est beau de pen­ser cela !

— Oui, et ça don­ne cou­ra­ge ! Main­te­nant c’est la guer­re 1, et la gran­de pei­ne des pri­son­niers, des dépor­tés et des sol­dats qui lut­tent. Mais prions bien, fai­sons des sacri­fi­ces, soyons bons et purs com­me Notre-​Dame l’a deman­dé à Fati­ma, alors la Sain­te Vier­ge se lève­ra dans la bar­que de Pier­re, elle com­man­de­ra au vent et à la tem­pê­te… Les gros nua­ges se dis­si­pe­ront, et le gai soleil de la paix, de la joie, brille­ra sur tou­te la ter­re dans un beau ciel tout bleu.

— Dis, il y a tou­jours de bel­les fêtes à Bou­lo­gne ?

— Com­ment veux-​tu avec la guer­re ! Les der­niè­res gran­des fêtes remon­tent à 1938. Elles com­mé­mo­raient le troi­siè­me cen­te­nai­re de la consé­cra­tion de la Fran­ce par Louis XIII.

— C’était très beau ?

— Magni­fi­que. Tan­te Made­lei­ne y était. Elle m’a tout racon­té. D’abord, on orga­ni­sa une « voie arden­te ».

— Qu’est-ce que c’est que ça : une « voie arden­te ? »

— Eh bien ! voi­là ! Un jour, dans la cathé­dra­le d’Arras, il y a très long­temps Notre-​Dame don­na un cier­ge à deux ménes­trels et à l’Évêque. On appel­le ce cier­ge « le cier­ge des Ardents ». Avant les fêtes de Bou­lo­gne, on fit qua­tre sta­tues de Notre-​Dame dans son bateau, et ces qua­tre sta­tues se ren­di­rent d’Arras à Bou­lo­gne par qua­tre che­mins dif­fé­rents, cha­cun étant accom­pa­gnée d’un cier­ge conte­nant une par­cel­le du cier­ge des ardents, d’où ce nom de la « voie arden­te ».

Par­tout sur le pas­sa­ge de la Sain­te Vier­ge, ce fut un enthou­sias­me indes­crip­ti­ble. Après les fêtes, une des sta­tues par­cou­rut les champs de bataille 1914 – 1918. Ce qu’on appel­le la voie sacrée. Et puis cet­te sta­tue s’arrêta à Reims et on n’en par­la plus.

Coloriage de Notre-Dame de Boulogne pour les mômes

Arri­va le Congrès des Jeu­nes au Sanc­tuai­re de Notre-​Dame du Puy, un peu au sud-​ouest de Lyon, et l’Évêque dit aux jeu­nes : « Il faut des­cen­dre Notre-​Dame de Bou­lo­gne jusqu’au Puy, et même jusqu’à Lour­des ». Et la sain­te sta­tue tra­ver­sa tou­te la Fran­ce. Il y a deux ans on déci­da de lui fai­re rega­gner le Nord. La sta­tue quit­ta Lour­des ; par­tout sur les rou­tes la fou­le se pres­sait, des pécheurs se conver­tis­saient, la Sain­te Vier­ge écou­tait les priè­res. Et les gens disaient : « Je veux qu’elle pas­se par ma vil­le ! Je veux qu’elle vien­ne dans mon vil­la­ge ! »

 

Le grand retour

— Cet­te sta­tue, elle ne pou­vait être par­tout !

— Natu­rel­le­ment ! Alors on a fait venir les trois autres sta­tues, et main­te­nant, qua­tre sta­tues sillon­nent la Fran­ce, conver­geant vers Bou­lo­gne. C’est une de ces qua­tre sta­tues qui va pas­ser ici. Et par­ce qu’elles font tou­tes retour à Bou­lo­gne, on a appe­lé cet­te ran­don­née : « Le Grand Retour ».

— Main­te­nant, je com­prends !

— Vois-​tu com­me c’est joli ! Rien n’a été vou­lu, ni arran­gé d’avance en tout cela, c’est le peu­ple fran­çai­se lui-​même qui a récla­mé, obte­nu… On dit qu’au début, des prê­tres, des évê­ques, n’étaient pas très contents ; mais les Fran­çais ont vou­lu ! Et ils ont eu ! Et quand les prê­tres et les évê­ques ont vu tant de fer­veur et tant de foi ; quand ils ont consta­té tant de conver­sions et de grâ­ces obte­nues, ils ont été contents eux aus­si ; très contents.

— Et com­ment voyage-​t-​elle la Sain­te Vier­ge ?

— Elle ne quit­te pas son bateau. Celui-​ci est pla­cé sur une remor­que que pous­sent et traî­nent sur les rou­tes une équi­pe d’hommes ou de jeu­nes filles. La fou­le mar­che devant ou suit en priant, en chan­tant. On fait ain­si 15, 20 kilo­mè­tres par jour, quel­que­fois plus, jamais moins. Par­fois la sta­tue voya­ge en bateau. Elle a ain­si des­cen­du une par­tie de la Loi­re et tra­ver­sé deux fois la Ran­ce.

— Elle voya­ge même la nuit ?

— Non ! La nuit se pas­se dans une égli­se ; jusqu’à minuit c’est la veillée de priè­re, ce sont les confes­sions… Et de très bon­ne heu­re le len­de­main les confes­sions recom­men­cent ; puis ce sont les mes­ses. Il paraît que la fou­le prie tout haut. Le prê­tre expli­que la mes­se ; il fait prier, chan­ter. C’est très, très beau.

— Et quoi enco­re ?

— Je t’ai tout dit je crois. Tout le mon­de veut voir et prier Notre-​Dame de Bou­lo­gne. Quand elle entre dans un vil­la­ge, les éco­les par­fois se fer­ment, les usi­nes chô­ment. Et puis, sur le par­cours, par­tout des guir­lan­des, des ban­de­ro­les, des arcs de triom­phe. Les croix sont déco­rées, les mai­sons, les sta­tues…

— Moi, pour sui­vre, je pren­drai mon vélo.

— Ah ! non ! Tu iras à pied et sou­vent on mar­che même pieds nus J’ai lu dans les anna­les des Pères Oblats, qu’un gar­çon com­me toi mar­chait sans chaus­su­res sur la rou­te caillou­teu­se. De temps en temps il devait s’arrêter pour arra­cher de ses pieds un gra­vier poin­tu et il venait du sang. « Prends tes sou­liers lui dit-​on. La Bon­ne Vier­ge a com­pris !

— Non ! je veux conti­nuer. C’est pour mon papa qui a dû tra­vailler tout l’hiver en Alle­ma­gne dans la boue et la nei­ge avec des sou­liers qui lais­saient pas­ser l’eau »

— Dis, Jean-​Claude, aurais-​tu ce ‚cou­ra­ge ?

— Et toi ?

— Les filles aus­si sont cou­ra­geu­ses ! Il y en a une qui a mar­ché trois jours, qui a veillé trois nuits pour aider son frè­re qui allait aban­don­ner sa voca­tion de prê­tre. Elle a été exau­cée. Elle a dit au mis­sion­nai­re : « Vous savez, mon frè­re, il conti­nue ! » Il y avait aus­si une pau­vre vieille qui n’en pou­vait plus de lut­ter contre le vent ; elle tom­bait, se rele­vait et mar­chait quand même : « Je ne peux pour­tant pas, disait-​elle, la lais­ser à moi­tié che­min ; je veux la sui­vre jusqu’au bout. »

— Dis, nous irons au devant d’elle ?

— Oui. Tout le vil­la­ge ira au devant d’elle, jusqu’à mi-​route de la vil­le ; et puis, le soir, nous l’accompagnerons jusqu’à mi-​route du bourg voi­sin.

— Alors ça fait deux pro­ces­sions !

— Oui. Une qui va, une qui vient : deux pro­ces­sions qui se rejoi­gnent. On est beau­coup, beau­coup… Le mis­sion­nai­re par­le, tout le mon­de se met à genoux, tout le mon­de chan­te le Sal­ve Regi­na les bras en croix…

— Nous irons tous : papa, maman, grand-​père…

— Oui, mais ce que la Sain­te Vier­ge deman­de sur­tout, vois-​tu, c’est le Retour de notre cœur. Il nous faut être bons. Il faut prier pour que tout le mon­de soit bon, obéis­se à Dieu, aime Dieu. Il faut que tout le mon­de se consa­cre, se don­ne à la Sain­te Vier­ge vrai­ment. Et puis tu sais, tous ces mil­liards d’Avé, ces consé­cra­tions, ces pas, ces sacri­fi­ces ne seront pas per­dus pour la paix du mon­de. Elle est si bon­ne la Sain­te Vier­ge !

— Aus­si, moi je l’aime tant !

 Agnès Gol­die.

Récit pour le catéchisme : Notre-Dame de Boulogne raconté aux enfants

Imprimatur
Verdun, le 8 juin 1958. L. CHOPPIN, vic. gén.

Notes :

  1. Ces pages furent écri­tes à la fin de la 2e guer­re mon­dia­le.

Soyez le premier à commenter

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    *