La Vierge Marie, de la Croix à l’Assomption

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La Simple Histoire de la Vierge Marie

A lire en ligne : les noces de Cana

Les mariés de Cana - Histoire à lire au catéchismeA plu­part d’entre vous ont déjà par­ti­ci­pé à un maria­ge.

Vêtus d’un cos­tu­me de satin bleu, d’une robe crè­me, tenant en main un petit bou­quet d’œillets roses, ils ont sui­vi la mariée en por­tant la traî­ne blan­che de sa robe jolie. Puis, après le cor­tè­ge, le dîner des gran­des per­son­nes pres­que ter­mi­né, ils sont entrés dans la sal­le du fes­tin, timi­des, un peu rou­gis­sants et, dans les excla­ma­tions de joie, se sont fau­fi­lés à une pla­ce réser­vée pour y savou­rer une bon­ne gla­ce aux frai­ses et boi­re un doigt de cham­pa­gne pétillant et mous­seux, qui leur cha­touillait le bout du nez et le fond de la gor­ge, déli­cieu­se­ment.

Et vous tous à qui cela est arri­vé, vous avez cer­tai­ne­ment pen­sé durant la mes­se à cet­te réjouis­san­ce qui vous atten­dait, et vous étiez très impa­tients de voir arri­ver le moment de vous pré­sen­ter devant les gran­des per­son­nes et de pren­dre part à leur joie.

Or imaginez-​vous votre décep­tion si, en arri­vant dans la gran­de sal­le tou­te bleue de la fumée des ciga­res, vous vous trou­viez devant le maî­tre de la mai­son qui vous dirait :

« Mes chers enfants, je suis ravi de vous voir, mais il ne res­te plus rien à vous offrir. Nous avons tout man­gé, tout bu… Les plats, les bou­teilles sont vides. Vous arri­vez trop tard. Embras­sez la mariée et retirez-​vous ! »

C’est char­mant d’embrasser une mariée, rose, fraî­che et jolie, mais cela ne vaut pas un gros bai­ser de cham­pa­gne et une déli­cieu­se gla­ce qui vous fond dans la bou­che avec un goût de frai­se !

Eh bien ! cet­te désa­gréa­ble aven­tu­re allait arri­ver aux enfants qui, le matin, avaient assis­té aux céré­mo­nies reli­gieu­ses des noces de Cana. Ils s’étaient tenus sage­ment durant le long offi­ce, avaient recon­duit la mariée à la mai­son du ban­quet, en por­tant non sa traî­ne, car elle n’en avait pas, mais des pla­teaux sur les­quels se trou­vaient du sel, de la fari­ne, du levain, ces sym­bo­les de la vie ména­gè­re que la jeu­ne épou­se devrait mener. Puis, ils avaient été s’amuser dans un coin de la cour, en essayant de ne pas trop salir leurs robes de céré­mo­nie. À quoi jouer, quand on ne peut ni se traî­ner par ter­re, ni se pour­sui­vre, ni se bat­tre ?

histoires bibliques illustrées : les noces de Cana

Ne sachant trop que fai­re, les enfants s’étaient appro­chés de la cui­si­ne et de ses dépen­dan­ces. Ils joui­raient à l’avance des excel­lents mets dont ils pour­raient se réga­ler et se dis­trai­raient au spec­ta­cle ani­mé qui se dérou­lait sous leurs yeux. Sans ces­se, l’on voyait pas­ser des ser­vi­teurs, por­tant solen­nel­le­ment de grands plats de ter­re cui­te sur les­quels repo­sait un mou­ton rôti, avec tant de sau­ce autour qu’elle en dégou­li­nait et que les chiens du voi­si­na­ge léchaient les lon­gues traî­nées bru­nes sur le sol pous­sié­reux. Des escla­ves affai­rés cou­raient sans arrêt rem­plir à de gran­des urnes ven­trues les brocs de vin, dont les invi­tés sem­blaient fai­re une énor­me consom­ma­tion. Il faut dire qu’ils étaient très nom­breux (plus d’une cen­tai­ne), que la cha­leur était acca­blan­te, et puis qu’ils étaient tous très émus : et l’émotion don­ne soif. Pen­sez donc, à ce maria­ge, c’était la pre­miè­re fois que Jésus se mon­trait en public, et tout le mon­de savait que Jean-​Baptiste, qui était très célè­bre, l’avait décla­ré bien plus grand que lui !

Lorsqu’on ren­con­tre pour la pre­miè­re fois un impor­tant per­son­na­ge, l’on est tou­jours un peu angois­sé. Pour se don­ner du cou­ra­ge, volon­tiers l’on boit un petit coup de vin. Cela fouet­te le sang, don­ne du nerf, de la ver­ve. On se sent plus assu­ré. Puis lorsqu’on l’a vu, ce grand hom­me, lorsqu’on a com­pris com­bien il est sim­ple, gen­til, accueillant, une gran­de joie vous enva­hit et l’on se sent si heu­reux qu’on reprend enco­re un petit ver­re de vin. Un ver­re de vin de fête. C’est pour­quoi les invi­tés de la noce témoi­gnaient d’une tel­le soif.

Le maî­tre de la mai­son se deman­dait par­fois com­ment ses pro­vi­sions suf­fi­raient à tant de mon­de, mais il n’avait pas le temps de son­ger beau­coup à ce sou­ci, car arri­vaient enco­re de nou­veaux invi­tés, de nou­veaux curieux à ins­tal­ler et à fai­re ser­vir.

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La sain­te Vier­ge, (elle n’était plus la jeu­ne fille que nous avons connue, mais la maman d’un hom­me de tren­te ans), la sain­te Vier­ge avait aus­si remar­qué la gran­de affluen­ce ris­quant de com­pro­met­tre la fin du fes­tin et de pri­ver les enfants de leur des­sert. Com­me elle était de la famil­le et aidait au ser­vi­ce, elle dis­pa­rut un ins­tant à la cui­si­ne et, au pas­sa­ge, elle aver­tit les enfants de s’apprêter, car ce serait bien­tôt leur tour d’entrer dans la sal­le. Cha­cun se bros­sa, repei­gna ses che­veux et alla se laver les mains près des gran­des outres. Elles étaient à l’ombre des vignes, à côté des réci­pients où repo­sait le vin, mais ceux-​ci étaient qua­si vides. Une urne conte­nait enco­re un petit fond qu’un ser­vi­teur pui­sait pour la der­niè­re fois. Il le fit remar­quer la sain­te Vier­ge. Elle en parut sou­cieu­se, puis eut une curieu­se répon­se :

« Fai­tes tout ce qu’il vous dira », fit-​elle en mon­trant Jésus dont on voyait la hau­te sil­houet­te appuyée contre la por­te de la sal­le. D’un pas M, elle tra­ver­sa la cour inon­dée de soleil et rejoi­gnit Jésus, puis à mi-​voix, elle lui glis­sa :

« Ils n’ont plus de vin ! Qu’est-ce qu’ils vont fai­re ? »

Jésus lui répon­dit tout bas :

« Je n’avais pas l’intention de com­men­cer à fai­re des mira­cles dès main­te­nant… mais ne vous inquié­tez pas ».

Marie com­prit que Jésus avait pris en main la détres­se de ses hôtes, qu’il s’en occu­pe­rait. Pouvait-​il résis­ter à un désir de sa maman ?

Lors­que le ser­vi­teur qui avait pui­sé dans la der­niè­re cru­che le der­nier fond de vin pas­sa devant lui, Jésus lui dit :

« Dès que vous aurez ser­vi, rem­plis­sez d’eau tou­tes les outres ».

la bible racontée aux enfants : l'eau transformée en vin Le ser­vi­teur appe­la les enfants, les envoya à la fon­tai­ne avec les usten­si­les qu’on put trou­ver : et ils rem­pli­rent ain­si six urnes de cent vingt litres.

« Pour­quoi les rem­plir d’eau ? » se demandait-​il ; car le vin seul fai­sait défaut. Mais un bon domes­ti­que doit obéir sans com­pren­dre et Marie avait ordon­né : « Fai­tes tout ce qu’il vous dira » ; alors, il obéis­sait. Les enfants auraient pré­fé­ré entrer dans la sal­le du fes­tin ; mais Marie et Jésus les regar­daient de la por­te et ils n’osèrent se déro­ber au ser­vi­ce qu’on exi­geait d’eux. Lors­que les cru­ches furent rem­plies, ils revin­rent auprès de Jésus en criant : « C’est fini ! »

Les invi­tés sur­sau­tè­rent en enten­dant cet­te excla­ma­tion. Qu’est-ce qui était fini ? Déjà le ban­quet ? Et le maî­tre de la mai­son se leva de table, fort inquiet.

À ce moment, Jésus disait au ser­vi­teur :

« Pui­sez dans les outres ! »

Il obéit une fois enco­re. Le maî­tre du fes­tin l’arrêta au pas­sa­ge pour voir ce qu’il por­tait et fut bien éton­né, lorsqu’il goû­ta le conte­nu de la cru­che, de décou­vrir un vin frais, moel­leux, léger, si bon que jamais il n’en avait dégus­té de sem­bla­ble.

Alors il se dit : « C’est fini, le mau­vais vin. Voi­ci main­te­nant un vin déli­cieux, mais quel­le idée de le ser­vir le dîner pres­que ache­vé ! »

« Qu’à cela ne tien­ne, repar­tit la sain­te Vier­ge. Jésus est arri­vé un peu tard : et voi­ci le cadeau qu’il vous appor­te ! »

Fai­sant ouvrir bien gran­des les por­tes, elle invi­ta les enfants à entrer. À cha­cun, elle dis­tri­bua un grand gobe­let de ce vin bien meilleur que le cham­pa­gne, aus­si amu­sant et sau­tillant que lui, qui, com­me des abeilles autour d’une fleur, chan­tait dans les réci­pients une peti­te chan­son joyeu­se qu’on ne com­pre­nait que dans le cœur et qui disait : « C’est le vin de Jésus ! Vive Jésus ! »

 

 

Liturgie de la Parole avec les enfants : La Crucifixion

La vie de Jésus racontée aux enfants : Le Christ mort sur la CroixROIS ans durant, la sain­te Vier­ge sui­vit de loin Jésus.

Sa pen­sée était tou­jours occu­pée de lui. Elle enten­dait rap­por­ter les éton­nants mira­cles, les conver­sions, les gué­ri­sons, les résur­rec­tions qu’il accom­plis­sait. Et la hai­ne aus­si qui le pour­sui­vait, car Jésus avait, hélas ! une fou­le d’ennemis, jaloux de son influen­ce, de sa bon­té, de son suc­cès. Ils ne son­geaient qu’à le fai­re mou­rir. Plu­sieurs fois, ils lui avaient dres­sé des embus­ca­des qu’heureusement Jésus avait pu déjouer. C’était une bien gran­de souf­fran­ce pour Marie que d’apprendre les dan­gers qui guet­taient Jésus. Volon­tiers, elle se serait offer­te à sa pla­ce ; mais elle savait que lui seul pou­vait sau­ver les hom­mes et devait le fai­re au prix d’un immen­se sacri­fi­ce. Lequel ? Elle l’ignorait ; mais plus gran­dis­saient les rumeurs méchan­tes, plus son pau­vre cœur se ser­rait.

Tout der­niè­re­ment, elle venait de connaî­tre la rage qu’avait exci­tée auprès des enne­mis de Jésus sa triom­pha­le récep­tion à Jéru­sa­lem ; mor­due d’inquiétude, Marie avait quit­té son hum­ble bour­ga­de et était mon­tée, elle aus­si, à Jéru­sa­lem pour voir ce qu’il allait adve­nir de son Jésus.

Le long du tra­jet, les gens s’entretenaient déjà du pro­cès. Son arres­ta­tion dans le jar­din des Oli­ves pen­dant qu’il était en priè­re avec ses dis­ci­ples était cer­tai­ne, mais d’autres bruits ter­ri­fiants cou­raient enco­re sur son comp­te : qu’il aurait été bat­tu, mar­ty­ri­sé, qu’on l’aurait tiré en déri­sion, moqué, fla­gel­lé !

La pau­vre sain­te Vier­ge aurait vou­lu ne pas enten­dre tou­tes ces hor­reurs et accé­lé­rait sa mar­che sur la grand’route sablée et chau­de. Un hom­me, mon­té sur un petit âne bei­ge, eut pitié de cet­te fem­me âgée dont l’ombre trot­ti­nait, hâti­ve, en ce midi acca­blant. Il des­cen­dit et lui offrit sa pla­ce. La sain­te Vier­ge accep­ta avec grand plai­sir. Elle remer­cia l’homme d’un tris­te sou­ri­re et se lais­sa condui­re par lui.

Jéru­sa­lem fut bien­tôt pro­che. Sur le pas des mai­sons, des hom­mes, des fem­mes et des enfants papo­taient à qui mieux mieux. Marie devi­nait trop bien ce qui éveillait leur curio­si­té et elle avait d’autant plus hâte de péné­trer plus avant. La cohue deve­nant trop gran­de, la fou­le trop den­se, elle dut met­tre pied à ter­re et essaya de se frayer un pas­sa­ge à tra­vers les grou­pes sta­tion­nants. À un tour­nant de rue, elle demeu­ra coin­cée dans la fou­le déjà refou­lée le long des bor­du­res des mai­sons par des sol­dats en armes. Mal­gré le tumul­te, on per­ce­vait les jurons brefs des légion­nai­res, les ordres des offi­ciers, le pié­ti­ne­ment des che­vaux.

chemin de croix adapté aux enfants : Jésus rencontre sa mèreMarie connut une atro­ce angois­se lors­que, der­riè­re les sol­dats, elle décou­vrit son Jésus, péni­ble­ment cour­bé sous le far­deau de sa croix, avec une pau­vre mine tirée, des yeux las, la sueur au front et des gout­tes de sang dans les che­veux.

Marie essaya de se pré­ci­pi­ter vers lui pour l’embrasser. Pri­son­niè­re de la fou­le, elle ne put s’en déga­ger. Jésus, devi­nant la pré­sen­ce de sa mère, rele­va la tête, pen­cha sa croix un peu en avant et regar­da Marie. Dans ce regard, la sain­te Vier­ge lut une immen­se ten­dres­se, une volon­té fer­me de souf­frir jusqu’au bout, et une invi­ta­tion à accep­ter, elle aus­si, sa souf­fran­ce. L’entrevue ne dura qu’un ins­tant ; le cor­tè­ge ne s’était pas arrê­té, car un nègre énor­me fouaillait Jésus de son fouet et l’empêchait de traî­ner. Com­me tout le mon­de se pré­ci­pi­tait der­riè­re les der­niers gar­des, Marie sui­vit le tris­te cor­tè­ge. Elle mon­ta avec lui au haut du cal­vai­re, vit Jésus cloué à la croix. Elle eut mal com­me si on la frap­pait elle-​même.

Lors­que les curieux se furent enfin écar­tés, elle s’avança le plus près pos­si­ble de la croix et contem­pla Jésus.

Son cher Jésus, voi­là ce qu’en avaient fait les péchés des hom­mes ! Elle avait bien com­pris à l’Annonciation que ce serait une cho­se très dif­fi­ci­le que d’être la maman de Jésus, mais elle n’avait jamais son­gé qu’elle devrait, un jour, assis­ter à cet hor­ri­ble spec­ta­cle. Ne vou­lant pas se mon­trer moins cou­ra­geu­se que son fils, elle deman­da à Jésus de l’unir à sa souf­fran­ce autant qu’il le pou­vait. Com­me s’il vou­lait immé­dia­te­ment l’exaucer, Jésus ouvrit les yeux et, se pen­chant vers sa mère, dit en dési­gnant saint Jean du regard :

« Voi­là ton fils ! »

Puis regar­dant saint Jean, il décla­ra :

« Je te confie ma mère, car elle sera la tien­ne désor­mais ! »

Voici ta mère, Jésus nous confie à Marie

Saint Jean fut ravi. La sain­te Vier­ge, qui ne s’attendait pas du tout à cet­te sub­sti­tu­tion — elle aimait cer­tes Jean, mais qu’était-ce en com­pa­rai­son de Jésus ? — res­sen­tit d’abord une ter­ri­ble pei­ne. Lorsqu’elle vit, der­riè­re le visa­ge de saint Jean, se lever les minois de tous les enfants de la ter­re, les figu­res de tou­tes les gran­des per­son­nes que lui seul repré­sen­tait au pied de la croix, Marie com­prit ce qu’avait vou­lu dire Jésus.

Son cœur se fit plus grand enco­re. Oubliant sa dou­leur immen­se, il se pen­cha vers cet­te fou­le qui atten­dait de lui la ten­dres­se mater­nel­le et pour tou­jours se don­na au mon­de.

Ain­si, la sain­te Vier­ge, auprès de son Jésus mou­rant, devint ce qu’elle allait être pour cha­cun de nous : la maman de notre âme, notre maman du ciel.

 

 

Marie racontée aux petits. Marie monte au Ciel

La Vierge Marie après la PentecôteORSQUE mou­rut la sain­te Vier­ge, les apô­tres étaient dis­per­sés dans le vas­te mon­de, pour­sui­vant les âmes aux­quel­les ils appor­taient la nou­vel­le de la vie de Jésus, l’enseignement de sa doc­tri­ne et l’étonnant récon­fort de sa grâ­ce. La des­cen­te du Saint-​Esprit les avait for­ti­fiés ; cha­cun d’eux s’était trou­vé plein de cou­ra­ge, d’intrépidité même, pour gagner des âmes à Jésus. Com­me ils étaient trop nom­breux pour tra­vailler uti­le­ment, sans se gêner les uns les autres, saint Pier­re, le chef, avait déci­dé que cha­cun s’en irait de son côté. Saint Jean gar­da avec lui la sain­te Vier­ge, puis­que Jésus la lui avait confiée au moment de sa mort.

Quand il ren­trait à la mai­son, sa lon­gue et dure jour­née de pré­di­ca­tion ache­vée, il écou­tait Marie lui racon­ter sa vie, sa vie par­fu­mée du sou­ve­nir de Jésus. Dans le soir très cal­me, elle lui disait, dou­ce­ment, les menus faits d’une exis­ten­ce dont elle n’avait oublié aucun détail. Sa voix, quoiqu’elle fût bien vieille, était enco­re légè­re et dou­ce com­me une voix de jeu­ne fille, si chan­tan­te que les oiseaux aimaient se grou­per sur les bran­ches du vieux magno­lia rose qui ombra­geait la por­te, et demeu­rer de lon­gues heu­res pen­dant qu’elle racon­tait.

La nuit, len­te­ment, recou­vrait la ter­re de son man­teau si usé, tant il avait déjà ser­vi, que les étoi­les, minus­cu­les et apeu­rées, se fau­fi­laient par les trous. De gran­des lucio­les phos­pho­res­cen­tes accro­chaient à cha­que fleur un petit lam­pion vivant, et le vent, qui cou­rait dans les feuilles pour les débar­ras­ser de la pous­siè­re de la jour­née avant le som­meil noc­tur­ne, s’arrêtait, lui aus­si, dans son tra­vail. Res­pec­tueu­se­ment, il se chan­geait en bri­se légè­re et embau­mée pour cares­ser, de loin, les blancs che­veux et le front pur de Marie.

Un soir, elle se trou­va plus las­se que d’habitude et une étran­ge joie l’envahit. Lors­que Jean vint la retrou­ver pour leur col­lo­que habi­tuel, elle lui confia que, cet­te fois, elle ne par­le­rait plus de Jésus, car elle allait le rejoin­dre, et son visa­ge était trans­fi­gu­ré par cet espoir. Jean fut tris­te de savoir Marie si pro­che de le quit­ter. Il n’essaya pas de la rete­nir, car il l’aimait assez pour sou­hai­ter, avant tout, ce qui lui ferait plai­sir. Il n’était pas égoïs­te et com­pre­nait que ce serait pour la sain­te Vier­ge une mer­veilleu­se fête que sa mort. Il lui recom­man­da, une fois enco­re, tou­tes ses inten­tions, l’aida à s’étendre sur sa cou­che et la recou­vrit de son man­teau. Marie le remer­cia, lui pro­mit de ne rien oublier et lui sou­hai­ta une bon­ne nuit.

Demeu­rée seule, elle se sen­tit heu­reu­se com­me jamais elle ne l’avait été au cours de sa lon­gue vie. Elle fer­ma les yeux pour savou­rer son bon­heur et, quand elle les rou­vrit, elle vit devant elle, beau com­me au jour où il l’avait quit­tée pour com­men­cer son minis­tè­re, son Jésus qui lui ten­dait les bras.

« Viens, lui dit-​il, ô ma maman de la ter­re ! Bénie entre tou­tes les fem­mes, je veux qu’avec moi tu connais­ses la gloi­re et la joie de mon ciel ».

Se pen­chant sur elle, il la prit dans ses bras. Marie enten­dit contre son oreille bat­tre le cœur de Jésus, ce cœur qu’elle avait tant aimé. Elle devi­na qu’il l’emportait, elle n’eut pas peur. Que crain­dre avec Jésus ?

Marie Reine du Ciel : l'Assomption

Entr’ouvrant les yeux, elle vit filer, sous elle, de petits nua­ges roses, pres­sés de ren­trer au logis pour racon­ter aux gros nua­ges noirs l’étonnante nou­vel­le, qu’ils redi­raient à la ter­re par les mil­le voix de la pluie.

Son cœur vou­lait s’envoler de sa poi­tri­ne com­me un oiseau hors de sa cage.

Elle pen­sa : « Vole, mon cœur ! Vole près de Dieu ! »

À cet ins­tant, son cœur l’abandonna ; son âme quit­ta ce corps qu’emportait Jésus, le devan­çant dans le ciel. Bien­tôt l’âme et le corps se rejoi­gni­rent. Jésus dépo­sa sa Mère auprès du trô­ne de Dieu le Père, si éblouis­sant que Marie ne put Le regar­der. Pour voi­ler cet­te majes­té insou­te­na­ble, Jésus se pla­ça entre Marie et Dieu le Père, et c’est par Jésus qu’elle ren­con­tra, en ce matin tout neuf de son Assomp­tion, le Bon Dieu que nous ne trou­vons, nous aus­si, qu’en pas­sant par Jésus.

Les anges s’étaient pré­ci­pi­tés en fou­le à sa ren­con­tre. Autour d’elle, ils éta­laient leurs plu­mes blan­ches, soyeu­ses et légè­res com­me de la nei­ge. Les Trô­nes lui pous­sè­rent un siè­ge jus­te devant Jésus.

Marie ne savait com­ment mon­trer sa joie. Son cœur chan­tait un can­ti­que de recon­nais­san­ce et d’allégresse, et les anges se turent à cet­te mélo­die bien plus sua­ve que la leur. Ce que Marie disait, c’était sa vie, sa vie d’humble ser­van­te du Bon Dieu. Tou­te sa vie de fem­me, de créa­tu­re mon­tait à ses lèvres en ce chant d’extase appor­tant dans le ciel cet­te uni­que mélo­die : la voix humai­ne, ombrée de pei­nes, de lut­tes et de san­glots, de ces pei­nes et de ces dou­leurs que les anges ne connais­sent pas. D’entendre, dans le chant de Marie, vibrer le sou­ve­nir des heu­res tris­tes et dou­lou­reu­ses, chan­gées par la grâ­ce en heu­res de lumiè­re et de joie, leur fit com­pren­dre qu’être un hom­me, rache­té par le Christ et tout don­né à Lui, c’est enco­re bien plus beau que d’être un ange, car c’est plus dif­fi­ci­le.

Alors, les anges déci­dè­rent qu’à l’avenir, ils tâche­raient d’aider davan­ta­ge les hom­mes, d’en être les plus fidè­les gar­diens dans les che­mins dan­ge­reux de la vie, de leur souf­fler les bon­nes pen­sées, cel­les qui font rele­ver vers la lumiè­re les yeux noyés de lar­mes.

Ce fut la pre­miè­re grâ­ce de Marie.

Depuis lors, tout près de Dieu, elle en répand bien d’autres, car elle nous regar­de et nous aime.

Nos pei­nes et nos joies, elle les cueille entre ses blan­ches mains et les pré­sen­te à Jésus. N’est-elle pas toute-​puissante sur son cœur ? N’est-elle pas sa maman et la nôtre ?

Et lors­que sur le ciel lourd de nuées som­bres, un peu de fir­ma­ment se décou­vre, c’est elle enco­re qui, dérou­lant un pan de sa cein­tu­re bleue, nous mon­tre qu’elle est et sera tou­jours là : « main­te­nant et à l’heure de notre mort ».

Les albums de la Terre Promise, La Vierge Marie Reine du ciel et de la Terre


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« Marie veillant sur l’Enfant-Jésus

4 Comments

  1. Pincemaille said:

    Mes­sieurs,
    Com­me je vous l’ai dit, je pos­sè­de ce livre.
    Par­ve­nue au cré­pus­cu­le de ma vie (j’ai 70 ans), je ne me sou­ve­nais, dans ce joli petit livre lu il y a tant et tant d’années, que d’une des der­niè­res phra­ses : « Être un hom­me rache­té par le Christ et tout don­né à Lui, c’est enco­re bien plus beau que d’être un ange, car c’est plus dif­fi­ci­le » !
    Mer­ci pour ce rap­pel si émou­vant – et pas seule­ment par­ce qu’il me rap­pel­le mon enfan­ce – émou­vant par­ce que, com­me l’indique le titre, cet­te His­toi­re est si Sim­ple, si Sim­ple ! qu’elle aurait pu n’être jamais contée si le Fils de Marie n’avait pas été le SAUVEUR DU MONDE !
    Enco­re MERCI à vous tous. Ami­tiés.

    17 août 2015
    Reply
    • Le Raconteur said:

      Mer­ci à vous pour ces mots pleins de fraî­cheur.

      20 août 2015
      Reply
  2. Aripott said:

    Quel dom­ma­ge que la résur­rec­tion ne fas­se pas par­tie de votre très jolie his­toi­re. . C’est quand même la base de notre foi. Et puis l’apparition de Jésus res­sus­ci­té à sa mere est aus­si un joli moment de ten­dres­se et d’intimité qui, bien que pas rela­té dans les Evan­gi­les, fait par­tie de notre tra­di­tion.
    Mer­ci pour cet­te super his­toi­re à racon­ter aux enfants et bien illus­trée

    12 novembre 2015
    Reply
    • Le Raconteur said:

      Oui, j’avais noté cet­te absen­ce… Mais je modi­fie très rare­ment les tex­tes que je publie. 

      On pour­rait aus­si cri­ti­quer le long déve­lop­pe­ment sur l’enfance de Marie issu des tex­tes apo­cry­phes ; alors que tou­tes les évo­ca­tions de Marie de l’Évangile ne sont pas pré­sen­tes dans cet ouvra­ge.

      17 novembre 2015
      Reply

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