La galette et les rois mages

Auteur : Renoux, Jean-Claude | Ouvrage : Autres textes .

Qui ne connaît l’histoire des rois mages qui, gui­dés par une étoile, se ren­dirent à Beth­léem rendre hom­mage à l’Enfant Jésus ?

Le pre­mier s’appelait Gas­pard. Il avait le teint clair des Euro­péens, et appor­tait de l’or. Le second, Mel­chior, avait la peau brune des gens de Pales­tine et d’Arabie. Celui-​là était por­teur d’encens. Le troi­sième, Bal­tha­zar, était cou­leur de nuit sans lune et ses dents brillaient comme brillent les dents des Afri­cains. Ce der­nier offrit à l’enfant Jésus de la myrrhe.

Raconter l'Epipĥanie aux enfants : Adoration des Mages - Fra Angelico

On sait moins ce qui leur advint sur le che­min du retour.

* * *

Ils étaient savants en beau­coup de choses, certes, mais cela n’empêcha point qu’ils se per­dirent bel et bien, n’ayant plus le secours de l’étoile pour les aider. Après avoir erré plu­sieurs jours dans le désert, à bout de nour­ri­ture et sans eau, ils aper­çurent enfin une misé­rable cahute devant laquelle se tenaient un couple et deux enfants.

Les joues déchar­nées, les yeux brillants de faim, ils firent pour­tant bon accueil aux mages, les invi­tèrent à entrer, et leur offrirent un peu du peu qu’ils avaient : de l’eau pour se rafraî­chir.

— C’est que nous avons faim aus­si, dit Mel­chior. Un peu de pain, même ras­sis, ferait l’affaire.

— Hélas, sou­pi­ra la femme, nous n’avons plus qu’un peu de farine, de lait, d’huile d’olive, une noi­sette de beurre ; juste de quoi faire une galette que nous par­ta­ge­rons entre les enfants. Ensuite, il ne nous res­te­ra plus qu’à nous jeter dans le puits ou à mou­rir de faim.

Les mages se regar­dèrent.

— Faites la galette ma brave femme, dit Gas­pard.

La femme obéit. La galette était tout juste suf­fi­sante pour une per­sonne.

Catéchèse : Evangélisation des petits - L'EpiphanieGas­pard, qui avait le teint clair des Euro­péens, plia la pâte en deux, et la galette dou­bla en volume. Mel­chior, le mage à la peau brune des gens de Pales­tine et d’Arabie, plia de nou­veau la pâte en deux, et il y en eu pour quatre. Bal­tha­zar, le roi Nègre cou­leur de nuit sans lune, plia encore la pâte en deux, et il y en eut pour huit.

Le couple remer­cia cha­leu­reu­se­ment les mages. La femme éta­la la pâte et mit la galette à cuire. Elle était dorée à point.

L’homme se grat­ta la tête, le cou­teau à la main :

— C’est que cette galette est une galette pour huit, et nous sommes sept. Le par­tage sera dif­fi­cile.

— La hui­tième part est celle du men­diant, dit Bal­tha­zar.

— Quel men­diant, dit homme ?

— Celui qui vient et que vous ne voyez pas encore.

À ce moment-​là le plus jeune des enfants, un gar­çon, recra­cha quelque chose. C’était une bague que Mel­chior avait glis­sée – volon­tai­re­ment ou non, l’histoire ne le dit pas – dans la pâte.

L’enfant vou­lut rendre le bijou. Le mage sou­rit, ôta la cou­ronne de sa tête et en coif­fa l’enfant.

— Tout enfant est roi, dit-​il. Tel est le mes­sage que déli­vre­ra un autre Enfant, né il y a peu non loin d’ici. Pour com­mé­mo­rer ce jour, je veux que chaque année on fasse une galette, qu’on n’oublie pas la part du pauvre, qu’on y glisse une fève pour dési­gner un roi ou une reine, ne serait-​ce que pour une jour­née.

Les pauvres gens pro­mirent de res­pec­ter la volon­té des mages.

* * *

C’est ain­si que naquit la tra­di­tion de la galette des rois, qu’elle se répan­dit, et qu’on se la trans­mit jusqu’à nos jours.

 Récit pour L'épiphanie des mômes. La galette

Jean-​Claude Renoux

Source : http://contespourtous.centerblog.net/6581650-La-legende-la-galette-des-rois

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