Les œufs de Pâques de Catiche

Auteur : Jourdan, Juliette | Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Fêtes de l'année liturgique .

Il était une fois… Comme dans un conte… une petite prin­cesse belle comme le jour… blonde comme les blés… bonne comme le pain… et tout… et tout…

Histoire pour les momes à imprimer - Les oeufs de Pâques -Vieille femme et ses poulesElle s’appelait Alinda.

Ce matin-​là, elle s’en reve­nait de chez Catiche, l’ancienne gar­dienne d’oies du château.

Il faut vous dire que cette Catiche avait une mau­vaise répu­ta­tion… on la disait sorcière.

Comme elle était laide et bos­sue depuis son jeune âge, les gens se moquaient d’elle et, pour se ven­ger, elle leur disait :

« Je vais vous jeter un sort… Pre­nez garde ! vos bêtes seront malades, l’eau de vos puits vous don­ne­ra la colique… »

Et comme on a tou­jours des ennuis dans la vie avec les bêtes, et quel­que­fois mal au ventre, les vil­la­geois gémis­saient : « Ça y est » et finis­saient par la croire, et elle aussi…

Mais Alin­da était tel­le­ment bonne qu’elle ne s’occupait pas de cela et visi­tait la vieille Catiche, tou­jours aus­si laide et main­te­nant presque impotente.

***

Qu’il fai­sait beau ce matin du Samedi-​Saint. L’air était léger, le soleil inon­dait la cam­pagne ; on res­pi­rait, on vivait, on avait envie de s’envoler.

A son départ de la chau­mière, la vieille avait don­né trois œufs de Pâques à la jeune fille :

« Le blanc est l’œuf de Blan­chette : quand vous l’aurez gobé, demoi­selle, vous serez heu­reuse… Le jaune, qu’a pon­du Jau­nette, vous appor­te­ra la for­tune ; et le coco tout rosé de ma pou­lette noire vous don­ne­ra un mari. »

Récit pour la Catéchèse des jeunes - œufs de Pâques colorésAlin­da savait bien que les pou­lettes ne peuvent pas mettre dans leurs œufs le pou­voir que les hommes eux-​mêmes n’ont pas, mais l’imagination de Catiche l’amusait et fai­sait trot­ter la sienne.

Riche… heu­reuse… aimée… Hélas ! en fait de mari son père par­lait bien d’un sien cou­sin, mais elle ne se connais­sait comme parent qu’un vieux gen­til­homme chauve, pos­ses­seur d’un gros ventre et dont le nez se plis­sait si drô­le­ment quand il par­lait qu’elle avait tou­jours envie de rire… C’était un mari quelque peu mal assor­ti à ses dix-​huit ans.

Elle che­mi­nait vers le châ­teau, quand, au détour de la route, elle aper­çoit un jeune homme, assis sur une souche, la tête dans les mains.

En fille bien éle­vée, elle passe outre…

Et puis, son bon cœur l’emporte : il est peut-​être malade ou malheureux.

« Mes­sire… Mes­sire… Avez-​vous besoin de quelque secours ?

— Hélas ! Made­moi­selle, le seul secours qu’il me faut, vous êtes fille trop noble sans doute pour le por­ter dans votre aumô­nière. Ce serait un croû­ton de pain, car je me suis égare et je meurs de faim.

— Du pain ? Je n’en ai pas, bien sûr, mais je vous don­ne­rai mieux : un œuf, que vous allez gober. »

Le blanc ? le jaune ? le rosé ? Lequel sacrifiera-​t-​elle ? Bah ! elle est assez riche comme cela.

Conte d'un princesse et son chateau - Jeune fille et campagne printanière Toc, toc, toc, voi­là l’œuf de Jau­nette bri­sé d’un coup de cou­teau et hop… il a disparu.

« Déjà fini le repas ? Vous en man­ge­rez bien deux, Messire ? »

La cou­leur monte aux joues du gar­çon et ses yeux brillent.

L’œuf blanc devait por­ter bon­heur à la petite prin­cesse, mais y en a-​t-​il de plus grand que de nour­rir un malheureux ?

« Tenez, Mes­sire, rassasiez-vous. »

Le vaga­bond se relève, tré­buche un peu et se redresse.

« Allons ! fait Alin­da, pre­nez ce troi­sième œuf dans votre besace, vous ne res­te­rez plus à jeun. »

Adieu, songe-​t-​elle, mon œuf de Pâques, mes­sa­ger d’amour. Je suis Alin­da comme avant, avec tous mes rêves envolés.

« Est-​ce loin, le Châ­teau Noir ? » inter­roge le voyageur.

« Vous en êtes à deux pas…

— Mais alors, j’atteignais le but et ne le savais point ! Oh ! Dites !… vous devez connaître la demoi­selle ? Est-​elle belle ?

— Je ne sais pas… »

Le voya­geur soupire…

« On m’a dit qu’elle était belle, mais sur­tout que son âme se lisait sur son visage…

— Que vous a-​t-​on dit encore ?

— Que dans ses yeux était une grande lumière… Car elle est tel­le­ment bonne… Mais, vous vous tai­sez, petite fille ?… Il paraît qu’elle ne peut pas voir un mal­heu­reux sans lui don­ner tout ce qu’elle a et sans l’aimer de toutes ses forces. Mais vous êtes gen­tille et vos yeux aus­si sont lumi­neux. Alors, je vais vous dire mon grand secret… Mon escorte est déjà arri­vée au châ­teau. Ne l’avez-vous point vue ?

— Non…

— Chut… Je viens deman­der la main de la Prin­cesse du Châ­teau Noir… ma loin­taine cou­sine… On m’a mon­tré tant de châ­te­laines orgueilleuses et de jeunes filles au cœur dur, tant de beau­tés sans âme… Je sais qu’avec Alin­da j’aurai la joie… Mais qu’avez-vous ? Qu’avez-vous ? »

…Alin­da était blanche comme neige. Des larmes rou­laient sur ses joues et ses mains trem­blaient. Alors, le voya­geur devina :

« C’est vous Alin­da ! C’est vous ! »

II lui prit la main :

« Ah ! comme nous allons être heureux ! »

Et ils dis­pa­rurent ensemble vers le Châ­teau Noir.

Riche… Aimée… Heureuse !

Com­ment Catiche croira-​t-​elle qu’Alinda n’a pas man­gé ses œufs ?

 

Juliette Jour­dan.

Conte pour Pâques, le chateau de la princesse qui rencontre son prince !

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