Le secret de Jean

Auteur : Diethelm, P. Walther | Ouvrage : Le plus beau cadeau .

Depuis quelque temps déjà, M. le Vicaire trou­vait que Jean avait chan­gé ; il sem­blait que quelque chose n’allait pas. Lui, si gai autre­fois, presque trop, il deve­nait morose, triste.

Un jour, que M. le Vicaire expli­quait le mal­heur qu’il y a à com­mettre le péché mor­tel, qui nous conduit en enfer pour tou­jours, Jean s’était mis à pleu­rer à chaudes larmes. Il avait essayé de se cacher der­rière un cama­rade, mais les yeux de M. le Vicaire l’eurent bien­tôt découvert.

Histoire à colorer - pour la première communion - Le secret de Jean« Qu’est-ce qui peut bien lui faire tant de peine ? » se deman­da M. l’Abbé.

Après la leçon, les enfants se dis­pu­taient l’honneur de por­ter la ser­viette du prêtre. Ce jour là, Jean lui ren­dit ce ser­vice et l’accompagna jusqu’à la mai­son. Arri­vé à la cure, Jean ne fut pas éton­né d’entendre M. le Vicaire l’inviter à entrer chez lui ; c’était l’habitude.

« Eh bien, mon petit Jean, assieds-​toi un ins­tant, dit M. le Vicaire en avan­çant une chaise. Et main­te­nant, dis-​moi ce qui te fait tant de peine ! » lui demanda-​t-​il gentiment.

Le petit rou­git comme un coque­li­cot et se ren­dit compte du pour­quoi de l’aimable invi­ta­tion. Il hési­tait. Com­ment expli­quer son cha­grin, ce cha­grin qui le fai­sait pleu­rer sou­vent le soir dans son lit ?

Non, il ne pou­vait par­ler ; il avait honte de dire ce qu’il aurait dû racon­ter. Mais le prêtre ne le pres­sa pas ; il atten­dit tran­quille­ment. Jean com­prit que le prêtre lui vou­lait du bien ; alors, il sur­mon­ta sa crainte et racon­ta quelle était sa grande croix.

Oui, il avait une croix, le petit Jean ! Et cette croix, c’était son père, qu’il aimait pour­tant beau­coup. Peu à peu, Jean confia à M. le Vicaire que son papa n’allait jamais à l’église, qu’il se moquait de maman quand elle priait avec les enfants. Il se moquait même du bon Dieu. « Il est seule­ment pour les riches, ton bon Dieu », disait-​il. Et depuis que lui, Jean, se pré­pa­rait à la pre­mière com­mu­nion, son père ne le lais­sait plus tran­quille. Le soir, quand il ren­trait de la fabrique, il com­men­çait à le chi­ca­ner. « Aucun homme rai­son­nable ne peut croire que Jésus habite dans un peu de pain, avait-​il dit hier. Si vrai­ment il y avait un Dieu, il aurait autre chose à faire que de s’occuper des hommes. »

Récit pour le catéchisme - le jugement dernier - péché mortel« Voi­là com­ment parle mon papa, san­glo­ta le petit Jean. Il com­met sans doute un péché mor­tel, quand il parle ain­si, n’est-ce pas ? Et vous avez dit, que si on mou­rait avec un péché grave, on per­dait le ciel à jamais, j’ai essayé de lui par­ler des leçons de caté­chisme, à mon papa ; mais il ne veut pas m’écouter. Il se fâche encore plus, il est même arri­vé qu’il m’ait battu. »

Jean avait dit ces der­niers mots tout bas. On voyait com­bien cela lui coû­tait de racon­ter ces choses. Il aimait beau­coup son papa et ne vou­lait l’accuser auprès de per­sonne. Si M. le Vicaire ne l’avait pas ques­tion­né, Jean serait res­té un petit héros caché, qui aurait conti­nué à por­ter sa croix sans se plaindre.

Oui, Jean est un héros, car il reste fidèle à Jésus, bien qu’il soit bat­tu à cause de sa foi.

M. le Vicaire se mit à conso­ler le gar­çon : « Mon petit Jean, je ne connais pas ton père, je ne peux et ne veux pas le juger, ni le cri­ti­quer. Tu ne l’as pas fait non plus, et c’est beau de ta part. Espé­rons que Dieu ne compte pas tout comme péché mor­tel. Peut-​être ton père n’a-t-il pas eu l’occasion d’aller au caté­chisme Images pieuses, Dieu-Eucharistie se donne aux enfantsquand il avait ton âge. Il agît sans com­prendre, cer­tai­ne­ment ; peut-​être n’a-t-il pas eu une maman aus­si pieuse que celle que le bon Dieu t’a don­née. Cepen­dant, il veut lui don­ner une grande grâce par toi. Un pre­mier com­mu­niant, dans une mai­son, attire de grandes béné­dic­tions. Pen­dant ces semaines de pré­pa­ra­tion tu prie­ras beau­coup pour ton papa. Si jamais il te bat, tu diras à Jésus : « Je vous offre cela pour mon papa, pour qu’il se conver­tisse ! » Et tu seras pieux et joyeux, mal­gré ses moque­ries. Tu aime­ras quand même ton papa et le jour de ta pre­mière com­mu­nion, tu prie­ras encore davan­tage pour lui. » Ces bonnes paroles cal­mèrent le petit gar­çon en pleurs. Peu à peu, les larmes s’arrêtèrent et le petit Jean, encou­ra­gé et conso­lé remer­cia gen­ti­ment le prêtre et ren­tra à la mai­son en courant.

Depuis cette dis­cus­sion avec M. le Vicaire, Jean sem­blait avoir repris son entrain : le jour de la pre­mière com­mu­nion se pas­sa sans inci­dent. Mais quelques semaines après la pre­mière com­mu­nion, M. le Vicaire était appe­lé auprès de Jean, gra­ve­ment malade. Sa maman pen­sait qu’il fal­lait même l’administrer ; l’enfant n’allait vrai­ment pas bien.

« Que peut-​il avoir, ce petit Jean ? » se deman­da M. le Vicaire pen­dant qu’il était en route pour aller le voir. Il apprit bien­tôt que le pauvre gar­çon avait une ménin­gite, mala­die qui fait beau­coup souf­frir, et qui est sou­vent mortelle.

M. le Vicaire trou­va la maman auprès de son petit Jean, lui fai­sant des com­presses de glace sur le front, pour cal­mer un peu les souf­frances. Elle salua le prêtre d’un petit signe de tête. Pauvre maman, elle avait tant de cha­grin qu’elle ne pou­vait pas par­ler ; et elle était si fati­guée. Bien­tôt, elle quit­ta la chambre pour lais­ser M. le Vicaire seul avec le petit malade, car Jean vou­lait se confesser.

 

Récit pour les momes - Geoffroy Henri-Jules-Jean - Enfant malade et sa mère

Après la confes­sion, Jean confia son secret au prêtre qui l’encouragea. Son secret le voi­ci. Il avait dit à Jésus, le jour de sa pre­mière com­mu­nion : « Mon Jésus, j’ai un bon papa, il tra­vaille toute la jour­née pour nous, je l’aime beau­coup ; mais mal­heu­reu­se­ment il ne veut rien savoir de vous, et il ne va jamais à l’église. Cela me fait de la peine. Jésus, faites que mon papa croie et prie de nou­veau. Je vous offre ma vie pour lui. Prenez-​la, si vous vou­lez, mais faites que nous nous retrou­vions tous au ciel un jour. »

Cette offrande, il sem­blait que Jésus l’avait accep­tée : Jean était sur son lit de mort. Sa nature robuste se défen­dait encore, mais elle ne tien­drait plus long­temps, on le voyait.

M. le Vicaire encou­rage le petit héros. Il met un cru­ci­fix entre ses mains, pour qu’il ait tou­jours devant lui Jésus mou­rant et qu’il lui offre toutes ses souf­frances. Il pro­met de lui appor­ter Jésus le len­de­main matin, pour le for­ti­fier. Et ce sera le via­tique, si c’est la volon­té de Dieu qu’il meure.

Le soir même, très tard, une visite s’annonça à la cure. C’était le papa de Jean. Lui, qui depuis des années n’était jamais entré dans une église, ni dans une cure ! Le cha­grin de savoir son enfant malade l’avait ame­né. Il parais­sait tout confus, quand il deman­da le prêtre qui ensei­gnait le caté­chisme à Jean.

Mis en confiance par l’amabilité de M. le Vicaire, le papa de Jean avoua sa faute envers son petit gar­çon et fit sa louange.

« M. le Vicaire, dit-​il, vous ne savez pas quel gen­til gar­çon j’ai ; il ne nous a jamais été une cause de mécon­ten­te­ment. Il est malade main­te­nant, et il va mou­rir, c’est le pre­mier cha­grin qu’il nous fait. Et ce n’est pas sa faute, il n’y peut rien. Oh ! j’ai honte de le dire : je l’ai sou­vent contra­rié. Je me suis moqué de lui à cause du caté­chisme, je vou­lais lui gâter la joie de sa pre­mière com­mu­nion. Je l’ai même bat­tu, car sa patience m’enrageait et je n’étais plus maître de moi. Et que faisait-​il alors ? Il me regar­dait avec ten­dresse, un peu ému, et je crois même qu’il priait. Vous voyez, au fond. Dieu à rai­son de me prendre cet enfant ; je ne suis pas digne de pos­sé­der ce petit ange. Je vous pro­mets une chose, si notre gar­çon gué­rit, je veux de nou­veau croire en Dieu, aller à la messe et rece­voir les sacrements. »

Ce n’était pas facile pour M. le Vicaire de conso­ler le papa du petit Jean ; il était bien embar­ras­sé et sur­pris. Il pria pour deman­der conseil à Dieu, Quels sont vos des­seins, mon Dieu ?

Les plans du bon Dieu ? qui les connaî­tra ?… Jean, qui s’était offert en sacri­fice pour son père, mou­rut quelques jours après. Pour l’enfant, c’était plu­tôt un bon­heur, car c’était la déli­vrance de ses grandes souf­frances sup­por­tées avec tant de patience. Et puis, il était mort dans l’innocence bap­tis­male ! Quel plus grand bon­heur sou­hai­ter que de quit­ter la terre en pleine pure­té et inno­cence pour aller tout droit au ciel ?

Vitrail - Confession du papaMais le papa de Jean était incon­so­lable. Jusqu’au der­nier moment il avait espé­ré que son petit gar­çon gué­ri­rait, que Dieu accep­te­rait sa promesse.

Quand il vît son fils mort, il lan­ça à Dieu un ter­rible défi. Dieu n’a pas vou­lu ! Eh bien, moi non plus, je ne veux plus de lui !

Cepen­dant, plus le pauvre papa regar­dait son enfant, plus le calme péné­trait son cœur. Tout à coup, il ne put pas faire autre­ment, il tom­ba à genoux, pleu­rant et… priant. Il était comme for­cé de par­ler de nou­veau au bon Dieu. Il sen­tait que son petit Jean était en para­dis, qu’il était mieux auprès de Dieu que sur la terre.

Le petit Jean sans doute remer­ciait le Bon Dieu d’avoir tou­ché l’âme de son cher papa.

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