Le mur de sucre

Auteur : Diethelm, P. Walther | Ouvrage : Le plus beau cadeau .

La petite Thé­rèse était une char­mante enfant, aux yeux bleus rayon­nants, aux joues roses et aux longues tresses ! Vrai­ment, on ne pou­vait s’empêcher de l’aimer. Disons plu­tôt : on n’aurait pu s’empêcher de l’aimer, s’il n’y avait pas eu une chose : les mains de cette petite Thé­rèse ! Ses mains ? Qu’avaient-elles de par­ti­cu­lier ? N’étaient-elles pas propres ? Pour sûr, elles l’étaient : sa maman s’en occu­pait quand elle reve­nait de l’école ou du jeu et devait se mettre à table. Il fal­lait alors laver ces mains fort long­temps avec du savon, et même avec la brosse si c’était néces­saire, jusqu’à ce qu’elles fussent propres comme un sou neuf.

Mais il y a avait tout autre chose : c’est que ces mains Histoire de première communion - Sucre en morceauavaient des doigts trop longs, qui four­raient par­tout. Ils trou­vaient toutes les sucre­ries de la mai­son. Hélas, les mains de la petite Thé­rèse volaient ! Qui l’aurait cru ! Mon Dieu !… tout ce que ces mains avaient déjà attra­pé ! Du sucre sur­tout, et encore du sucre, et tou­jours du sucre ! S’il y avait eu encore des magi­ciens et des sor­cières, il y a bien long­temps que cette enfant aurait été punie. Ils auraient cer­tai­ne­ment trans­for­mé notre petite Thé­rèse en un pain de sucre. Mais comme il n’y avait plus de magi­ciens ni de sor­cières, Thé­rèse volait tant et plus. Elle cro­quait du sucre par ci, du sucre par là. Elle en cro­quait à tout moment, en cachette de sa maman.

Com­bien de fois déjà, sa mère l’avait-elle sur­prise dans sa détes­table gour­man­dise ! Elle l’avait sou­vent aver­tie et punie. Quand on la repre­nait, elle pleu­rait et pro­met­tait de se cor­ri­ger. Pour­tant, quelques jours plus tard, les mains incor­ri­gibles avaient de nou­veau tou­ché au sucre défen­du et la petite bouche gour­mande s’en était délec­tée.

La maman atten­dait une occa­sion favo­rable pour cor­ri­ger l’enfant de ce vilain défaut. Comme la petite Thé­rèse allait se pré­pa­rer à sa pre­mière com­mu­nion, un jour, sa maman la prit à part et lui dit : « Ma chère petite Thé­rèse, le moment est venu de te pré­pa­rer à rece­voir Jésus. Tu as l’occasion de mon­trer main­te­nant ce que tu pré­fères : Jésus ou le sucre que tu voles. Tu sais, ma ché­rie, chaque fois que tu ne sais pas sur­mon­ter ta gour­man­dise, tu mets Jésus de côté, tu le repousses. Vois-​tu com­bien c’est hon­teux, méchant de ta part. Tu sais si bien être une enfant aimante, quand tu le veux ; ain­si, ma petite Thé­rèse, tu vas sur­mon­ter ta gour­man­dise, afin que le bon Jésus te par­donne, oublie tes vilaines fautes et vienne avec joie dans ton cœur bien pré­pa­ré. »

C’est ain­si que la maman avait par­lé à sa petite Thé­rèse. Et l’enfant avait mis sa main dans celle de sa maman et avait pro­mis de ne plus être gour­mande. Vrai­ment, Thé­rèse prit la chose au sérieux et mit tout son cœur à tenir sa pro­messe.

Pen­dant long­temps, la petite Thé­rèse avait été très fidèle, bien qu’elle eût brû­lé d’envie de goû­ter au sucre défen­du. Ses mains s’étalent sou­vent ten­dues vers l’armoire où il était enfer­mé. Mais tou­jours elle les avait reti­rées à temps, car elle ne vou­lait pas mettre Jésus de côté.

Tout parais­sait bien aller, lorsqu’un jour, le sucrier si ten­tant se trou­va près d’elle. L’eau lui en mon­ta à la bouche si fort qu’elle oublia sa belle pro­messe. Vite, vite ses petits doigts s’emparèrent de la frian­dise, le sucre dis­pa­rut dans la bouche gour­mande.

En ce moment la maman entra. Elle ne dit pas un mot, lorsqu’elle vit la petite voleuse devant le sucrier. Mais son regard était si triste, et elle avait l’air de dire : « Oh ! n’as-tu pas honte, mon enfant ? Alors que tu vas bien­tôt rece­voir Jésus. Tu n’as pas pour lui plus d’amour et de bonne volon­té que cela ? Thé­rèse, Thé­rèse. Où vas-​tu ?… »

Comme elle eut honte, la petite Thé­rèse ! Comme jamais dans sa vie ! Le soir dans son lit, elle ne pou­vait se cal­mer, et, le cœur gros, elle pleu­rait à chaudes larmes, à cause de se faute. Bien que sa maman ne l’eût pas punie, ni même gron­dée. Mais elle ne l’avait pas embras­sée et ne lui avait pas dit « Bonne nuit ». Cela lui fai­sait plus de peine que la plus sévère des puni­tions. Oh ! comme elle souf­frait en son cœur !

L’enfant s’endormit enfin, de grosses larmes sur les joues. Et voi­là qu’elle eut un rêve. N’était-ce pas son ange gar­dien qui le lui envoyait pour son bien ? Il connais­sait sa pro­té­gée et savait que c’était une enfant de bonne volon­té, mais faible. Thé­rèse rêva du jour de sa pre­mière Com­mu­nion, et voi­ci com­ment :

Sur le che­min de l’église. Thé­rèse marche toute seule, vêtue de sa robe blanche et por­tant la cou­ronne de pre­mière com­mu­niante. Au loin, elle entend son­ner les cloches, joyeuses et solen­nelles, comme aux jours de pre­mière Com­mu­nion. À chaque son, le divin Ami des enfants semble dire : « Mes enfants, je vous attends et je me réjouis de me don­ner à vous. »

La petite Thé­rèse entend les cloches et se hâte, car elle ne veut pas être en retard. Elle monte la col­line presqu’en cou­rant. De là-​haut on peut déjà voir l’église.

La voi­là arri­vée au som­met. Mais… que se passe-​t-​il ? Ter­ri­fiée, elle s’arrête. Elle regarde à droite. Elle regarde à gauche, elle regarde en face… ! Où donc est l’église ? Elle n’est plus là ! De la tour de l’église les cloches appellent encore, cepen­dant l’église a dis­pa­ru. Un mur énorme tra­verse la val­lée. Il est si haut, si haut que seule la fine pointe du clo­cher le dépasse.

catéchèse eucharistique - Coloriage première communion - le mur de sucre

Quel méchant mur ! La petite Thé­rèse se trouve là-​devant, ne sachant que faire ! Elle vou­drait pour­tant entrer à l’église où Jésus l’attend et l’appelle. Inquiète, elle cherche une porte, qui lui per­mette de pas­ser. Mais elle ne voit aucune porte. Rien ne paraît qu’un mur géant, et der­rière lui, les cloches semblent répé­ter : « Mes enfants. Je vous attends, Je me réjouis de me don­ner à vous… »

Impuis­sante, la petite fille reste un ins­tant debout, en face de ce mur. Peu à peu les cloches ont ces­sé de son­ner : tout est rede­ve­nu silen­cieux. Le petite Thé­rèse se rend compte qu’elle a man­qué son jour de pre­mière com­mu­nion. Elle ne rece­vra pas Jésus comme les autres enfants qui sont à l’église en ce moment.

Une peine pro­fonde emplit son âme. Il lui semble, que son petit cœur doit ces­ser de battre et qu’elle va mou­rir de cha­grin. Man­quer à l’appel de Jésus ! Quel enfant sup­por­te­rait un tel mal­heur !

Bien­tôt les cloches recom­mencent à son­ner. « C’est pour l’élévation, se dit Thé­rèse. Après l’élévation vient la com­mu­nion. Alors, tous les enfants peuvent aller à Jésus, tous excep­té moi, à cause de ce gros mur qui me barre le che­min. Oh ! le vilain mur ! » Thé­rèse le regarde de plus près. Il a l’air drôle, ce mur ! Quelles drôles de pierres : toutes sont comme d’immenses blocs blancs et brillants, on dirait qu’ils sont de sucre. Thé­rèse les tâte… Ils sont de sucre, en effet !

Pauvre, pauvre petite Thé­rèse ! Elle com­prend à pré­sent ; elle est devant le mur qu’elle a elle-​même éle­vé ! Ce qui lui barre le che­min pour arri­ver à Jésus, ce sont les nom­breux mor­ceaux de sucre qu’elle a volés pen­dant sa vie. Tous ces mor­ceaux réunis sont deve­nus un grand mur !

À peine, la petite Thé­rèse a-​t-​elle vu de quoi il s’agit, qu’elle tremble et pousse un cri. Ce cri est déso­lé, comme seul le peut être celui d’un grand pécheur qui paraît devant Dieu et apprend qu’il est per­du pour tou­jours.

À ce cri, la fillette se réveille et se frotte les yeux gon­flés par les larmes. Se maman est auprès du lit. Elle a enten­du le cri de l’enfant et elle est accou­rue aus­si­tôt. Qu’a donc son enfant ? Un rêve effrayant peut-​être  !

Pour cal­mer sa fillette, elle la prend dans ses bras. Thé­rèse san­glote ; entre ses san­glots elle essaye de dire sa peine à sa maman. Celle-​ci la ras­sure : « Mon enfant, ce n’est qu’un rêve qui t’a fait peur  ! Calme-​toi, ce n’est rien. »

La petite Thé­rèse secoue la tête. « Oh, non ! Maman, ce n’est pas un rêve. Le vilain mur est là. Il me barre la route qui conduit à Jésus. Maman, Maman, tu ver­ras. Je ne pren­drai plus jamais du sucre ! Non, plus jamais ! »

En silence, la mère presse l’enfant sur son cœur et remer­cie le Bon Dieu. Elle com­prend que sa petite a reçu une grande grâce.

sacrement de l'Eucharistie - image de première communion petite filleC’est le ven­dre­di saint. La croix repose sur les marches de l’autel. Le bon Jésus y est sus­pen­du et souffre hor­ri­ble­ment. Les pre­miers com­mu­niants en rangs viennent bai­ser les saintes plaies. Avec quel recueille­ment et quel res­pect ils le font, pour conso­ler le Sau­veur souf­frant. Après s’être rele­vés, les enfants s’en vont dépo­ser le billet de leurs sacri­fices dans une petite cor­beille. Ces sacri­fices sont leur offrande de carême. Ils veulent ain­si se pré­pa­rer avec plus de soin encore au jour de la pre­mière com­mu­nion.

Par­mi les petits billets il y en avait un sur lequel on pou­vait lire : « J’ai pris le thé sans sucre pen­dant tout le carême. » C’était le billet écrit par la petite Thé­rèse.

Comme elle a géné­reu­se­ment com­bat­tu son défaut, et par quel sacri­fice ! Jésus qui lit au fond des cœurs jette sur la géné­reuse enfant un regard plein d’amour et, ses mains trans­per­cées se tendent vers elle pour la bénir. D’avance Notre Sei­gneur se réjouit ; car dans quelques semaines, ce sera la pre­mière com­mu­nion de tous ces chers enfants. La petite Thé­rèse pour­ra elle aus­si rece­voir Jésus, car il n’y aura aucun mur cette fois pour lui bar­rer la route. Et le Cœur de Jésus s’ouvrira tout grand pour elle, et pour les autres pre­miers com­mu­niants de la paroisse.

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