Le Breton Yves, patron des avocats

Auteur : Daniel-Rops | Ouvrage : Légende dorée de mes filleuls .

Le saint dont je veux vous par­ler aujourd’hui ne vous paraî­tra peut-​être pas très extra­or­di­naire. Il n’y a rien, en effet, de bien sur­pre­nant dans son enfance ; on ne rap­porte pas que, pour lui, Dieu ait accom­pli des miracles, ni que des anges du ciel lui soient appa­rus, ni même que le Diable lui ait fait quelques-​uns de ses tours. Tout au plus raconte-​t-​on, dans les anciennes chro­niques, que sa mère, alors qu’il allait naître, enten­dit en rêve un mes­sa­ger du ciel lui annon­cer que son fils serait un des plus grands saints de l’Église et qu’il ser­vi­rait la vraie jus­tice de Dieu : mais cela s’est pro­duit pour bien des saints… Non, donc, Yves le bre­ton, n’eut rien, — en appa­rence du moins, — de bien extra­or­di­naire ; il fut un enfant sem­blable à ce que cha­cun de vous peut être. Sa sain­te­té naquit tout sim­ple­ment de sa bon­té, de sa sagesse, de son appli­ca­tion quo­ti­dienne à sa tâche et de sa volon­té ferme de suivre en toutes choses les pré­ceptes du Christ : vous voyez que c’est à la por­tée de tout le monde ! En somme, il ne reste plus à cha­cun qu’à suivre son exemple. C’est là sans doute que com­mencent les difficultés !

* * *

Mais vous savez cer­tai­ne­ment que saint Yves est le patron des avo­cats ; com­ment il eut cette voca­tion, pour­quoi il fut le modèle des gens de robes et com­ment, dès son enfance, il déci­da de défendre les pauvres gens en jus­tice, cela vaut d’être rapporté.

Au châ­teau de Ker-​Martin, non loin de Tré­guier, où il vivait dans sa famille, avec ses cinq frères et sœurs, le petit Yves aimait à écou­ter les magni­fiques his­toires que racon­tait son grand-​père Tan­crède. C’était alors un vieil homme cas­sé et ridé, blanc de che­veux, boi­tant bas d’une bles­sure, mais, lorsqu’il com­men­çait à évo­quer les prouesses de sa jeu­nesse, sa voix rede­ve­nait vibrante, ses yeux brillaient et, de son bâton manié comme une épée, il sem­blait frap­per encore à grands coups les Infi­dèles. On était alors au milieu du XIIIe siècle et tous les cœurs vaillants bat­taient à la seule idée de la croi­sade. Ah, lut­ter pour que le saint tom­beau res­tât sous la garde des che­va­liers chré­tiens ! quel idéal sublime et, pour ceux qui avaient la chance de par­ti­ci­per à ces admi­rables expé­di­tions, que de sou­ve­nirs exal­tants ! Mais cepen­dant, à ces pages de gloire se mêlaient par­fois des pages de tris­tesse, et le noble Tan­crède, pour sa part, en avait trop connu…

Vie de Saint Yves pour les enfants : Chevalier participant à la CroisadeLorsque l’appel du Pape à la croi­sade avait été connu en Bre­tagne, Tan­crède n’avait pas hési­té un ins­tant. Il par­ti­rait ! Mais, se croi­ser, ce n’était pas si facile à faire qu’à dire ! Rien n’était plus simple que de décou­per une croix d’étoffe rouge et de la coudre sur son grand man­teau blanc ; ce qui parais­sait moins com­mode, quand on vivait en che­va­lier pauvre, père de nom­breux enfants, c’était de ramas­ser la somme d’argent suf­fi­sante pour ache­ter un des­trier vigou­reux, une armure neuve, et pour équi­per de même façon l’escorte de quinze ou vingt hommes sans laquelle un sei­gneur n’eût pu partir.

À quelques lieues de Ker-​Martin vivait un autre sei­gneur, très riche et qu’on disait fort ami de son argent. Tan­crède alla trou­ver ce voi­sin et lui deman­da un prêt, qui lui per­mît de s’armer, lui et ses gens, pour la croi­sade. L’autre flai­ra tout de suite la bonne affaire. Il accep­ta avec empres­se­ment, mais, bien enten­du, il exi­gea quelques garan­ties. Tan­crède aurait l’argent, mais son châ­teau serait tenu en gage par son voi­sin, et le bon che­va­lier, qui ne son­geait qu’à cou­rir au plus vite en Terre Sainte, accep­ta de signer tout ce que l’autre vou­lut, sans même lire les par­che­mins au bas des­quels on le priait de mettre son sceau et sa griffe. Puis il par­tit, lais­sant ses enfants et ses biens à la garde de sa chère femme Yvette, qui avait le cœur gros.

Des années durant, le croi­sé demeu­ra en Orient. Il batailla avec héroïsme, il occit maints et maints cou­ra­geux Sar­ra­sins. Il revint en Bre­tagne. Tant d’efforts et de lieues par­cou­rues les avaient pas­sa­ble­ment fati­gués, son bon che­val et lui. Sa grave bles­sure lui fai­sait très mal. Comme il appro­chait de son cher Ker-​Martin, une men­diante, sur le bord du che­min, lui fit signe. Il s’arrêta. Elle lui deman­da l’aumône.

« Eh, ma bonne femme, s’écria Tan­crède, je reviens de Terre Sainte et n’ai rap­por­té que grâces et prières, mais d’argent, nen­ni ! Et je n’ai même rien man­gé depuis hier !

— Ah, noble sei­gneur, répon­dit la quê­teuse, je suis plus pauvre que vous encore, mais il me reste un peu de pain, voulez-​vous le par­ta­ger avec moi ? »

Ému de cette offre géné­reuse, le croi­sé met pied à terre et s’approche de la bonne femme. Celle-​ci pous­sa un cri :

« Tan­crède, mon mari ! »

Et lui, bou­le­ver­sé, hési­tant à la recon­naître, se mit à bégayer :

« Mais cela est-​il pos­sible ? Yvette, serait-​ce vous ? »

Que s’était-il donc pas­sé ? Voi­ci… À peine Tan­crède avait-​il dépas­sé la fron­tière du duché de Bre­tagne, que le cupide voi­sin avait com­men­cé à ennuyer sa mal­heu­reuse épouse. Elle devait tant et tant ; il fal­lait payer ceci et cela ; n’était-ce pas écrit sur les par­che­mins que son mari avait dûment signés ? Comme elle se débat­tait, ne com­pre­nant rien à toutes ces pro­cé­dures, ennuyée d’avoir affaire à tous ces hommes en robe noire et en toque car­rée que son voi­sin lui envoyait, elle fit appel elle-​même à des avo­cats pour l’aider à se défendre. Mais son riche voi­sin s’arrangea pour les payer en cachette afin qu’ils lui fissent perdre ses pro­cès. Et, tout le temps que Tan­crède se bat­tit au loin, la mal­heu­reuse Yvette fut ain­si en butte à toutes les dif­fi­cul­tés, les com­pli­ca­tions, les intrigues que des hommes retors pré­pa­raient contre elle. Tant et si bien qu’un jour, un triste jour, elle avait dû aban­don­ner le châ­teau, le cher Ker-​Martin, bien de la famille depuis des siècles, où le voi­sin vint s’installer.

En enten­dant ce récit, Tan­crède sen­tit bouillir son sang. Il remon­ta en selle, piqua son vieux che­val des épe­rons et, au galop, se lan­ça vers la porte de son châ­teau per­du. Au moment même, le nou­vel occu­pant en sor­tait, tout joyeux, pour la chasse, fau­con au poing.

« Dieu ait ton âme ! lui cria-​t-​il. Défends-toi ! »

Une minute après, le voleur gisait à terre, le crâne fen­du ; Dieu avait per­mis à son ser­vi­teur de tirer ven­geance de l’injustice.

* * *

Lorsque, tout petit gar­çon, Yves enten­dait racon­ter cette his­toire, son sang, à lui aus­si, bouillait. Était-​ce donc pos­sible qu’avec des par­che­mins et des signa­tures et beau­coup de paroles incom­pré­hen­sibles, des hommes trop habiles pussent faire perdre des biens à un che­va­lier héroïque, durant même qu’il se bat­tait pour le Christ ? Cela lui parais­sait si injuste qu’il ne vou­lait pas l’admettre. N’était-il donc pas néces­saire de deve­nir le défen­seur des faibles, de ceux qui risquent tou­jours d’être vic­times de machi­na­tions sem­blables ? Les avo­cats de sa grand’mère avaient été de bien mau­vais avo­cats, mais ne pourrait-​il pas, lui, se faire le modèle des gens de robe ? Et ain­si naquit sa vocation.

Chez les Ker-​Martin, bien sûr, il n’y avait jamais eu gens de robe ni avo­cat. De père en fils, depuis tou­jours, on était sol­dat et noble ter­rien. Aus­si quand le petit Yves annon­ça à ses parents qu’il ne vou­lait point ceindre l’épée, mais étu­dier le droit et autres sciences, ceux-​ci furent fort sur­pris. Mais c’étaient de grands chré­tiens, eux aus­si, qu’Hélory et Aude de Ker-​Martin, d’une foi vive et cha­ri­table ; n’entretenaient-ils pas au châ­teau tout un lot de pauvres hères ? Depuis sa plus petite enfance, Yves ne leur avait jamais don­né le moindre sou­ci ; sans cesse ils l’avaient trou­vé appli­qué à sa tâche autant qu’assidu aux céré­mo­nies de la cha­pelle, aimant lire la vie des Saints innom­brables — et si pit­to­resques, — dont s’enorgueillit la Bre­tagne, visi­ble­ment bénie de Dieu. Si cet enfant vou­lait embras­ser une pro­fes­sion si peu habi­tuelle dans leur famille, c’était assu­ré­ment que la divine Pro­vi­dence lui en avait souf­flé l’idée. Et puis, il y avait les grands parents, le croi­sé Tan­crède et la chère grand’mère Yvette, qui don­naient rai­son à leur petit-fils.

Cathédrale St Tugdual à Tréguier - récit pour les enfants de la vie de saint Yves de BretagneUn jour que Dame Aude reve­nait avec son enfant d’une messe solen­nelle en la basi­lique de Saint-​Tugdual à Tré­guier, Yves lui dit :

« Madame ma mère, s’il vous plaît, que dois-​je faire pour vous être agréable ?

— Rien d’autre, mon enfant, répondit-​elle, que de vous effor­cer à vivre saintement.

— C’est mon désir, Madame ma mère, et j’en ai fait la pro­messe à Jésus. »

Cela fut dit si sim­ple­ment, si fer­me­ment, qu’en ren­trant Dame Aude dit à son mari :

« Cet enfant est, sans aucun doute, comme l’ange me l’a annon­cé en songe, sous la pro­tec­tion spé­ciale du Sei­gneur. Il nous faut le lais­ser déci­der à sa guise et puisqu’il ne veut pas deve­nir che­va­lier et se battre, mais étu­dier pour se faire avo­cat, notre devoir est de ne pas le contraindre. »

Et le sire Hélo­ry se ren­dit à ses raisons.

* * *

Yves com­men­ça donc à faire de sérieuses études. À quatre lieues de Ker-​Martin vivait un prêtre extrê­me­ment docte, qui vou­lut bien se char­ger de l’enfant. Mais vous rendez-​vous compte du cou­rage qu’il fal­lait à l’écolier, par tous les temps, de pluie ou de dur soleil, pour faire à pied quatre heures le matin et quatre heures le soir afin d’aller étu­dier ? D’autres s’en fussent bien vite décla­rés fati­gués. Lui, non. Il se levait tout seul, de très bonne heure, par­tait, son sac au dos, le long des che­mins creux ; tout le jour avec le bon curé, il s’appliquait à ses conju­gai­sons latines et déjà lisait tous les livres dif­fi­ciles qu’il pou­vait trou­ver. Son maître s’émerveillait de son intel­li­gence autant que de la jus­tesse de son esprit.

Un jour, l’excellent prêtre vint trou­ver le sei­gneur Hélo­ry et lui dit :

« Désor­mais, je n’ai plus rien à apprendre à votre fils. Ma science est épui­sée. Il faut qu’il s’en aille à Paris, dans cette grande école qu’a fon­dée le chan­ce­lier Sor­bon, sur l’ordre du saint roi Louis, car c’est là, assure-​t-​on, qu’enseignent les maîtres les plus savants de notre temps. »

Envoyer à Paris un gamin de qua­torze ans à peine ! Que de dan­gers !… Aude en était toute remuée et Hélo­ry mit du temps à se déci­der. D’abord les routes étaient rien moins que sûres, où rôdaient des bandes de sol­dats pillards, aux aguets pour détrous­ser les voya­geurs. Et puis, à Paris, n’y aurait-​il point, pour un enfant, mille autres craintes à avoir ?… Ce qu’on racon­tait sur la vie des étu­diants dans les col­lèges de Sor­bonne n’était pas très édifiant.

Mais Yves tint bon dans sa réso­lu­tion d’aller ache­ver à Paris ses études, et ses parents finirent par consen­tir. Accom­pa­gné d’un cama­rade bre­ton, il arri­va donc à Paris. Bien sûr, elle n’était pas trop recom­man­dable, la vie des éco­liers pari­siens de ce temps ! Pour beau­coup d’entre eux, étu­dier à Paris, c’était sur­tout s’amuser et faire mille tapages, cou­rir à tra­vers les rues en ros­sant les pas­sants, vider maints pots chez les caba­re­tiers et, de sur­croît, s’égayer à cas­ser la vais­selle. Il va de soi que l’existence d’Yves ne fut rien de cette sorte…

Histoire bretonne pour les enfants : Saint YvesIl s’était ins­tal­lé dans une très pauvre chambre, à peine meu­blée d’un lit et d’une table. Il lais­sait à son cama­rade sa por­tion de viande et son verre de vin, se conten­tant pour lui de pain et de légumes, vivant à peu près comme un moine. Tout ce qu’il rece­vait de ses parents, il le gar­dait pour faire l’aumône. Bien sou­vent il fai­sait des remon­trances aux plus agi­tés de ses cama­rades, de vrais voyous, leur repro­chant leur conduite. Quant à lui, il étu­diait avec achar­ne­ment. Bien­tôt les lois et les codes n’eurent plus de secrets pour lui ; il connais­sait le droit romain et les cou­tumes de toute la France ; il avait étu­dié les Digestes et les Pan­dectes, et il n’existait ordon­nance royale qu’il ne fût capable de com­men­ter. Bref, il était déjà, étant à peine entré dans sa sei­zième année, un juriste aver­ti, c’est-à-dire un spé­cia­liste du droit, un futur avocat.

Et voi­ci qu’un jour, une affaire se pro­dui­sit où son jeune talent fut mis à l’épreuve. Tout un groupe de mau­vais gar­çons s’étaient amu­sés, la nuit, à péné­trer chez un caba­re­tier, à bri­ser ses pots et ses cruches, répan­dant le vin sur le pavé et, de sur­croît, le frap­pant à grands coups quand il vou­lut défendre son bien. Sur quoi le Pré­vot de la ville envoya les gardes dans le quar­tier des éco­liers pour se sai­sir des cou­pables. Ceux-​ci ne les avaient pas atten­dus et s’étaient cachés. Pour ne pas ren­trer bre­douilles, les poli­ciers s’en allèrent du côté du Pré-​aux-​clercs, où des étu­diants jouaient pai­si­ble­ment à la paume, les arrê­tèrent et les condui­sirent en pri­son. Quand il apprit que ces inno­cents étaient ain­si trai­tés, Yves sen­tit en lui bon­dir son âme ardente de ser­vi­teur de la jus­tice du Christ. Il se pré­ci­pi­ta devant le Pré­vot, au moment où celui-​ci allait condam­ner à la potence ces mal­heu­reux. Il deman­da la parole.

« Qui est encore celui-​ci ? » deman­da le magis­trat furieux.

Mais un des témoins, pro­fes­seur en Sor­bonne, le connais­sait bien pour ce qu’il était, un gar­çon plein de sain­te­té et de sagesse. Le Pré­vot accep­ta de l’entendre. Et Yves fut si élo­quent, si per­sua­sif, il sut si bien trou­ver les argu­ments qu’il fal­lait et citer des textes et invo­quer des articles d’ordonnances royales, qu’à la fin le tri­bu­nal se ren­dit à ses rai­sons, et ordon­na que les étu­diants fussent relâchés.

Telle fut la pre­mière affaire de l’avocat Yves…

saint Yves défenseur des pauvres contre les riches

Ce ne devait point être la der­nière ! Reve­nu en Bre­tagne, ses études ache­vées, il s’installa à Tré­guier, où il se consa­cra tout entier à la défense des pauvres, des orphe­lins, des veuves, et de tous les inno­cents injus­te­ment trai­tés. Bien vite, son esprit de jus­tice et sa science furent célèbres dans toute la Bre­tagne, et l’on vint le consul­ter depuis le Mor­bi­han, depuis la Pointe des Terres connues, depuis la baie du Mont où Mon­sieur Saint Michel est invo­qué. Sa cha­ri­té était inépui­sable. Un jour que l’archidiacre de Rennes, pour le remer­cier de l’avoir aidé dans une affaire, lui avait don­né un che­val de grand prix, qui lui per­met­tait de cir­cu­ler autour de Tré­guier sans fatigue, sur la route du retour Yves ren­con­tra un vieillard qui lui ten­dit la main. Comme à l’ordinaire, le Saint n’avait rien dans sa bourse ; il sau­ta les­te­ment à terre, ten­dit au men­diant la bride du che­val et lui dit :

« Vends cette bête, tu en auras bon prix, et vis avec cet argent. »

Voi­là com­ment le bre­ton Yves a méri­té d’être le patron des avo­cats. Vous voyez bien que, dans sa vie, il n’y a rien de très excep­tion­nel en appa­rence ; mais ce qui est excep­tion­nel c’est d’être sans défaillance, tou­jours sage, tou­jours ferme au tra­vail, tou­jours bon et cha­ri­table… Arri­ver à res­ter hon­nête et droit quand on est sans cesse mêlé à des affaires judi­ciaires, à des pro­cès, à des intrigues, est-​ce si com­mode ? Aux avo­cats et aux gens de jus­tice, saint Yves offre un modèle parfait.

Et voulez-​vous que, pour finir, je vous rap­porte une petite his­toire mali­cieuse qu’on raconte en Bre­tagne ? Quand il arri­va à la porte du Para­dis, après une vie si bien rem­plie, saint Yves en trou­va le seuil fort encom­bré. Il y avait là tout un couvent de reli­gieuses, mortes ensemble dans je ne sais quel acci­dent. Et saint Pierre, secouant ses clefs, leur disait :

« Qu’étiez-vous sur terre, vous toutes ?

— Très Saint Pierre, répon­dit la plus jeune, nous étions bonnes sœurs et pas­sions notre temps en prières.

— Des bonnes sœurs, des bonnes sœurs, mur­mu­rait le gar­dien du Para­dis en se cares­sant la barbe, j’en ai déjà beau­coup ici. Elles sont toutes par­faites ou se disent telles ! Je ne sais vrai­ment plus où les loger ! »

« Ne serais-​tu point avo­cat ? » s’écria alors saint Pierre.

Et se tour­nant vers le jeune homme vêtu d’une robe noire, coif­fé d’une toque car­rée qui atten­dait, hum­ble­ment, dans un coin :

« Et toi ? Qu’étais-tu sur terre ?

— Moi… oh, pas grand’chose. J’ai pas­sé ma vie à dis­cu­ter dans maints pro­cès et chi­canes, j’ai beau­coup par­lé, j’ai essayé de sau­ver des inno­cents et de démas­quer des imposteurs.

— Ne serais-​tu point avo­cat ? s’écria alors saint Pierre.

— Si, confes­sa Yves, encore plus humble.

— Ah, s’écria alors le saint por­tier, tout en joie, entre vite. Car dans ma col­lec­tion de saints que je fais pour le Sei­gneur, je n’avais jamais pu mettre un de tes pareils. Tu seras le pre­mier saint avocat ! »

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