La belle histoire de Saint Benoît (480 – 545)

Auteur : Douglas Viscomte, Patricia | Ouvrage : Les amis des Saints .

Saint Benoît, né en l’an 480 à Nur­sia (ville de la Sabine au nord de l’Italie, aux pieds des Apen­nins), mort au Mont Cas­sin (sud de Rome) le 21 mars 543, fon­da­teur de l’Ordre des Bénédictins.

Saint Benoît naquit à Nur­sia, d’une noble famille aus­tère et guer­rière. Quand il naquit, l’Empire Romain était en pleine déca­dence, la socié­té dis­so­lue, un monde s’écroulait ; par­tout régnaient la cor­rup­tion, le déses­poir et la mort. L” Eglise elle-​même était ébran­lée ; les schismes la divi­saient, l’Institut monas­tique, après la magni­fique flo­rai­son de saints qu’il avait don­nés au monde était en pleine dégra­da­tion, l’hérésie d’Arius triom­phait, se ser­vant des bar­bares pour per­sé­cu­ter l’Église. Et voi­ci que l’illustre race des Ani­ciens donne un reje­ton qui va recon­qué­rir l’Occident au Christ par ses légions paci­fiques, n’ayant d’autres armes que la prière et l’exemple.

On don­na à l’enfant, à son bap­tême, le nom de Benoît : Bene­dic­tus le « bien­dit » ou « béni ». Alors qu’il était encore très jeune, Dieu se révé­la à lui comme l’Unique Réa­li­té dans un monde où tout se dis­lo­quait. A qua­torze ans, il s’arracha ain­si à sa famille et s’enfuit. A chaque grand tour­nant de l’Histoire, lorsque le désordre est deve­nu into­lé­rable, une soif d’absolu sai­sit d’innombrables âmes et les pousse au désert.

L'histoire de Saint Benoit pour les jeunes - à Subiaco

Le renon­ce­ment le plus sen­sible pour lui fut d’abandonner sa vieille nour­rice, dont l’affection l’avait entou­ré dès son ber­ceau. Mais elle le sui­vra aus­si loin que cela lui sera pos­sible. Et voi­ci le jeune homme fuyant pour cher­cher dans le mas­sif des Apen­nins un refuge loin de la cor­rup­tion. Et il le trou­ve­ra enfin. L’Anio avait creu­sé là une gorge pro­fonde sépa­rant la Sabine du pays autre­fois habi­té par les Eques et les Mer­niques. Le lieu était consti­tué d’un bas­sin où la rivière s’élargissait entre d’énormes parois de rochers, et, de cas­cade en cas­cade, tom­bait dans un lieu appe­lé Subia­co (du latin subla­quem) for­mant un lac où se trou­vaient encore les ruines d’une vil­la que Néron, séduit par la beau­té du site, y avait fait construire. En che­min, Benoît avait d’ailleurs ren­con­tré un soli­taire, nom­mé Romain, à qui il avait confié ses aspi­ra­tions ; le moine lui avait don­né un cilice et un habit en peaux de bêtes et pro­mit de lui don­ner le pain quo­ti­dien néces­saire à sa subsistance.

Benoît éta­blit sa demeure dans une de ces sombres et étroites cavernes. Il y demeu­ra trois ans, se livrant à la contem­pla­tion et lut­tant contre les ten­ta­tions qui venaient l’assaillir dans sa retraite. Des sou­ve­nirs pro­fanes le har­ce­laient encore et pour se vaincre, il n’hésitera pas à se rou­ler dans les ronces et les épines. Depuis, il fut à jamais vain­queur de ses sens ; maître de ses pas­sions, il était désor­mais capable d’établir une école où l’on appren­drait à ser­vir le Seigneur.

En effet, peu à peu, des hommes vien­dront à lui ; sa parole touche les cœurs et bien­tôt des dis­ciples, par­mi les­quels se côtoient Goths et Romains, laïcs et clercs, avides de per­fec­tion, affluent. Il éta­blit alors douze monas­tères, peu­plés cha­cun de douze moines. Et voi­ci l’Ordre Béné­dic­tin fon­dé, avec les inévi­tables épreuves du début.

Benoît don­ne­ra à ses moines une règle de vie qui sera la pre­mière écrite en Occi­dent et pour l’Occident. Jusque-​là, les moines vivaient sous l’inspiration de règles impor­tées de l’Orient (celle de saint Basile par exemple) et des tra­di­tions des Pères du Désert, recueillies par Cas­sien. L’expérience acquise de saint Benoît dans la direc­tion des moines lui dic­te­ra une règle plus souple, plus sage, plus conforme aux pos­si­bi­li­tés de la nature humaine, témoin, le sou­ci qu’il exprime dans le Pro­logue de sa règle : « J’espère que rien n’y sera trop rigou­reux ni trop lourd ». Tou­te­fois, rien n’est lais­sé aux caprices de la nature ; sa fai­blesse trou­ve­ra sa force dans la grâce de Dieu.

Saint Benoit fonde l'abbaye de Mont-Cassin
L’abbaye du Mont-Cassin

Mais ce ne sera pas à Subia­co que le monas­tère défi­ni­tif sera fon­dé. Tra­hi par de faux frères, en butte à des vexa­tions exté­rieures, Benoît, entou­ré de ses dis­ciples les plus fidèles, des­cen­dra au sud de Rome, au Mont Cas­sin, où sera construite « L’Arche Sainte ». Il avait vécu trente-​cinq ans à Subia­co et ce ne fut pas sans un ser­re­ment de cœur qu’il dut quit­ter ces lieux où tant de grâces lui avaient été don­nées. C’était main­te­nant sur un mont abrupt, domi­nant les plaines envi­ron­nantes et sur une cime pré­des­ti­née que sera fon­dé le ber­ceau de l’Ordre Bénédictin.

Saint Benoît, a-​t-​on dit avec rai­son, a appor­té au Christ toutes les ver­tus de l’Antique Rome. Il a en lui la gra­vi­té du légis­la­teur et ce génie d’organisation qui firent des Romains des construc­teurs d’Empire ; mais le cœur du patriarche des moines se révèle à nous dans de mul­tiples épi­sodes de sa vie com­pa­tis­sante aux plus humbles peines des hommes.

Récit du Miracle : Saint Benoît remet le fer du falcastrumEn voi­ci quelques exemples : un pauvre Goth peu doué, se pré­sen­ta à saint Benoît pour entrer dans l’Ordre monas­tique. L’homme de Dieu l’accueillit avec bon­té et le reçut comme frère. Pour accom­plir le tra­vail de défri­che­ment qu’on lui avait don­né à faire, on lui remit un ins­tru­ment, le fal­cas­trum, res­sem­blant à une faux afin de pré­pa­rer un endroit enva­hi de ronces pour y faire un jar­din pota­ger. Or, l’emplacement était à côté du lac de Subia­co et le brave frère mit tout son zèle dans sa tâche. Mais… Mal­heur ! Sa force était telle que le fer de l’instrument se déta­cha du manche et fut pro­je­té dans l’eau qui, à cet endroit, était si pro­fonde qu’on ne pou­vait espé­rer récu­pé­rer l’outil per­du. Le pauvre Goth, bou­le­ver­sé, court chez le moine Maur (un des dis­ciples les plus aimés de saint Benoît). Il lui raconte son mal­heur en pleu­rant ; Maur va en rendre compte à son abbé, Benoît. Ce der­nier, connais­sant la bonne volon­té du frère, vient au bord du lac. « Donne-​moi le manche de l’outil » dit-​il au Goth tout trem­blant. Il le plonge alors dans l’eau, et, miracle ! Voi­ci que le fer remonte vers le manche et s’y adapte de lui-​même. Saint Benoît tend l’instrument au frère en lui disant : « Tra­vaille main­te­nant et cesse d’être triste ».

Une autre fois (tou­jours à Subia­co) on envoie le petit Pla­cide qui avait été confié à saint Benoît par son père, sei­gneur du ter­ri­toire de Subia­co, afin qu’il puise de l’eau dans le lac. Mais voi­ci que le poids de la cruche entraîne l’enfant et il tombe dans l’eau… il était per­du. Benoît voyant le drame appelle Maur afin de sau­ver Pla­cide, qu’il aimait ten­dre­ment. Maur ne rai­sonne pas sur l’impossibilité du sau­ve­tage et il court au secours du petit et se met à mar­cher… sur les eaux ! Quand il revint sur la terre ferme, l’enfant dans ses bras, Benoît est là, plein de joie, pour les rece­voir. Une dis­cus­sion ami­cale s’élève alors entre l’abbé et son moine : « C’est à votre prière d’intervention, Père, que le miracle s’est accom­pli ». « Non, mon fils, c’est parce que vous avez obéi à ce qui sem­blait impos­sible à la nature que Dieu est inter­ve­nu ». Mais alors s’élève la voix du petit Pla­cide : « Moi, quand j’ai été tiré de l’eau, j’ai bien aper­çu au-​dessus de ma tête la mélote 1 de mon Abbé et je vis bien que c’était lui qui me sauvait ».

Coloriage - Sainte Scholastique la sœur de Saint Benoît
Sainte Scho­las­tique

Enfin, émou­vant entre tous, est le récit si sobre et pour­tant si plein d’émotions, de la der­nière entre­vue entre saint Benoît et sa sœur bien-​aimée Scho­las­tique. Celle-​ci avait sui­vi son frère dans la voie de la per­fec­tion et elle avait fon­dé sous la hou­lette de son frère un monas­tère de vierges consa­crées près du Mont Cas­sin. Or, chaque année, Benoît lui ren­dait visite. La jour­née se pas­sait dans les louanges de Dieu et la prière puis, vers le soir, ils pre­naient ensemble leur réfec­tion. Scho­las­tique atten­dait le retour de cette visite annuelle avec joie car son frère l’instruisait dans « les voies du divin amour ».

Sen­tant sa fin proche lors donc de la der­nière visite, quand l’obscurité vint, Scho­las­tique dit à son frère : « Je vous prie de ne pas me quit­ter cette nuit, afin que nous puis­sions par­ler jusqu’au matin des joies de la vie céleste ». « Que dites-​vous là, ma sœur ? Je ne puis aucu­ne­ment res­ter hors du monastère ».

Or, raconte saint Gré­goire, pre­mier bio­graphe du saint, et dont nous tenons ces détails, le ciel était d’une pure­té abso­lue, sans aucun nuage, Scho­las­tique ne répon­dit pas à son frère, mais posa sur la table ses mains entre­la­cées et elle adres­sa à Dieu une ardente prière. Au moment même où elle rele­va la tête, un orage d’une vio­lence inouïe écla­ta, accom­pa­gné d’un tel déluge de pluie que Benoît et ses frères qui l’avaient sui­vi ne purent se hasar­der dehors. L’orage ne relâ­chant pas de sa vio­lence, l’homme de Dieu com­prit qu’il ne pou­vait retour­ner à son monas­tère : plein de tris­tesse, il se plai­gnit à sa sœur : « Que le Dieu Tout-​puissant vous par­donne, ma Sœur, qu’avez-vous fait là ? »

Elle lui répon­dit : « Je vous ai prié et vous n’avez pas vou­lu m’écouter ; alors j’ai prié mon Sei­gneur et il m’a exau­cée… main­te­nant, sor­tez si vous le pou­vez, laissez-​moi, retour­nez au monas­tère ». Benoît, ne pou­vant quit­ter l’abri, se ren­dit alors aux requêtes de sa sœur et ils veillèrent ensemble toute la nuit, se ras­sa­siant des paroles de vie spi­ri­tuelle qu’ils s’adressaient.

Trois jours plus tard, Scho­las­tique mou­rait et son frère vit son âme s’envoler au ciel sous la forme d’une blanche colombe. Il fit pla­cer le corps de sa sœur dans le tom­beau qu’il s’était pré­pa­ré « afin, écrit saint Gré­goire, que ceux qui n’avaient tou­jours eu qu’une âme en Dieu n’eussent aus­si pour leur corps qu’une même sépul­ture ». Tou­chant épi­sode aus­si que celui de l’affection du patriarche des moines pour un oiseau… Lors de son séjour à Subia­co, il avait appri­voi­sé un cor­beau qui, à chaque repas, venait cher­cher sa nour­ri­ture de la main même du saint.

Saint Benoît se révèle à nous dans toute sa majes­té, lors d’une vision qu’il racon­ta à ses dis­ciples… il aimait à prier, dit-​il, dans le silence noc­turne devant l’immense fir­ma­ment ; debout à sa fenêtre, tout absor­bé dans son orai­son, il vit tout d’un coup une lumière empor­tant en clar­té celle du jour. Et, dans ce rayon­ne­ment, le monde tout entier parais­sait devant ses yeux « comme s’il avait été recueilli en une seule irra­dia­tion lumi­neuse ». Saint Gré­goire expli­quant cette vision du Bien­heu­reux Benoît écrit : « Le ciel et la terre n’ont donc pas été rétré­cis (pour que Benoît les vît) mais l’âme du voyant fut élar­gie de sorte que sur­ele­vée en Dieu elle put contem­pler sans dif­fi­cul­té tout ce qui était infé­rieur à Dieu ».

dépouille de saint Benoît, maintenant à Saint-Benoît-sur-LoireLorsque la der­nière heure vien­dra pour Benoît, ce sera debout, dans l’oratoire, sou­te­nu par ses frères qu’il ren­dra son âme à ce Dieu qu’il avait si fidè­le­ment servi.

Et on pour­ra dire du patriarche des moines comme d’Abraham, le père des croyants, que sa des­cen­dance sera plus nom­breuse que les sables de la mer. Les moines mis­sion­naires, envoyés dans toute l’Europe ont mode­lé l’Occident chré­tien. « Notre civi­li­sa­tion a été mar­quée par les Béné­dic­tins des pre­miers siècles. Ils ont mis l’accent sur la gra­tui­té du ser­vice divin, sur l’amour dés­in­té­res­sé, et je crois que c’est cela qui sau­ve­ra le monde. »

Patri­cia Dou­glas Viscomte.

L'histoire de la fondation de l'ordre bénédictin par Saint Benoît
Saint Benoît

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Notes :

  1. Man­teau ou cape en peau de bre­bis que les moines por­taient à cette époque.

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