Catégorie : Des Brosses, Jean

Catéchisme : récit de menuiserie pour la fête de Saint JosephIl pleu­vait depuis bien­tôt trois jours, mais cela n’empêchait point Tho­mas, Jac­ques et Mathieu, les trois appren­tis du sieur Bille, maî­tre ébé­nis­te en la com­mu­ne d’Auteuil-en-Parisis, d’avoir la joie au cœur. La fête de l’illustre cor­po­ra­tion des Arti­sans Charpentiers-​Menuisiers-​Ebénistes était pro­che. On la célé­bre­rait le len­de­main avec tout l’éclat accou­tu­mé. Pour les trois jeu­nes gar­çons qui, depuis trois ans, œuvraient en appren­tis­sa­ge sous la direc­tion de Maî­tre Bille, cet­te jour­née était d’importance. Ils allaient pré­sen­ter à Mes­sieurs les Syn­dics de la Cor­po­ra­tion leurs « chefs-d’œuvre ». Une accep­ta­tion ou un refus, et nos trois appren­tis se voyaient accé­der à la digni­té de « com­pa­gnons », ou bien ils demeu­raient enco­re, au moins pour une année, d’humbles appren­tis sans gages ni renom.

Pour l’heure, Tho­mas, Jac­quot et Mathieu s’appliquaient avec entrain, sous l’œil de Maî­tre Bille, à orner la bou­ti­que de tou­tes sor­tes de guir­lan­des fleu­ries et de jolies ver­du­res.

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coiffeuse louis xv poudreuse Enfin, sur le coup de cinq heu­res, tout fut bien asti­qué, ser­ré et ordon­né. Au dehors, la pluie tom­bait tou­jours. On était à la mi-​mars, et le prin­temps, en cet­te année 1784, sem­blait déci­dé­ment vou­loir se fai­re dési­rer.

C’était alors la tra­di­tion que cha­que appren­ti avant de deve­nir com­pa­gnon, puis plus tard cha­que com­pa­gnon avant de deve­nir patron, pré­sen­te à la cor­po­ra­tion à laquel­le il appar­te­nait un modè­le de tra­vail exé­cu­té exclu­si­ve­ment par lui et qu’on appe­lait « le chef-d’œuvre »

« Eh bien ! vite, s’exclama Maî­tre Bille, montrez-​moi main­te­nant les mer­veilles que vous avez conçues, mes petits, et qui, je n’en veux point dou­ter, feront l’honneur de ma devan­tu­re. »
Fort ému, cha­cun des appren­tis dépo­sa devant son patron la boî­te ver­nis­sée conte­nant son chef-d’œuvre. Tho­mas, le pre­mier, ouvrit la sien­ne. Il en sor­tit une ravis­san­te peti­te table coif­feu­se à deux corps de mar­que­te­rie à la rose, pou­vant conte­nir en ses innom­bra­bles peti­tes cases tant de par­fums et de coli­fi­chets… de quoi fai­re pâmer d’aise la plus enra­gée coquet­te,

« Voi­là qui est fort joli et bien condi­tion­né, approu­va sin­cè­re­ment Maî­tre Bille. Ajouterais-​je que tu as gran­de­ment Conti­nuer la lec­tu­re Le mira­cle de Mes­si­re Jose­ph

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Notre-​Dame

Pen­dant des siè­cles et des siè­cles, jusqu’à ce qu’une main pro­fa­na­tri­ce la détrui­sit en 1793, sous la Ter­reur, on véné­rait dans une très vieille cha­pel­le, à La Saul­ne­rie, en Tar­de­nois, non loin de Reims, en Cham­pa­gne, une sin­gu­liè­re sta­tue de la Vier­ge. Cet­te sta­tue por­tait, pro­fon­dé­ment enfon­cé dans le genou gau­che, un bizar­re trait de fer, long d’une ving­tai­ne de pou­ces. On l’appelait « la Sar­ra­si­ne », mais nul ne savait trop pour­quoi.

La tou­te récen­te décou­ver­te d’une ancien­ne légen­de cham­pe­noi­se vient enfin de don­ner le fin mot de cet­te his­toi­re bien mal connue. Elle méri­te d’être contée. Je vais donc, ici, vous la dire.

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embarquement pour la croisade à Aigues-MortesC’était en l’an 1249. A cet­te épo­que, sous la ban­niè­re aux fleurs de lys de Fran­ce, à la sui­te du très saint roi Louis IX, com­tes et barons d’Anjou, de Cham­pa­gne ou de Poi­tou, ducs, vida­mes ou sim­ples sires d’Auvergne et de Nor­man­die, des Flan­dres, d’Artois ou de Lor­rai­ne, tous grands sei­gneurs ou petit prin­ces par­ti­rent pour le loin­tain Orient.

Cet­te sep­tiè­me Croi­sa­de s’était embar­quée le 25 août 1248 du port d’Aiguës-Mortes, dans le gol­fe du Lion, récem­ment acquis par saint Louis, pré­ci­sé­ment pour que l’expédition chré­tien­ne par­tit d’un port fran­çais.

Une Croi­sa­de n’était pas une min­ce entre­pri­se, hâti­ve­ment condui­te et bien­tôt ter­mi­née. Les armées s’ébranlaient pour plu­sieurs années et, avec elles, une fou­le consi­dé­ra­ble de très hum­bles gens ne por­tant ni heau­mes, ni ban­niè­res, mais, tout modes­te­ment, les outils de leur état : enclu­mes des for­ge­rons ou pics des bâtis­seurs, draps et ciseaux des fai­seurs d’habits, pétrins et fours des bou­lan­gers, char­mes et houes des labou­reurs… Ne fallait-​il pas, pour tant de gens s’exilant par delà les mers en des lieux par avan­ce hos­ti­les, pré­voir qu’ils ne devraient comp­ter que sur eux-​mêmes ?

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Or, c’est ain­si qu’à la sep­tiè­me Croi­sa­de se trou­va entraî­né, dans la trei­ziè­me année de son âge, Thi­baut, de La Saul­ne­rie, en Tar­de­nois, fils d’un hum­ble save­tier. Son père, que le sire de Mont­mi­rail avait enga­gé dans l’expédition, s’était vu contraint, étant veuf, d’emmener avec lui son fils dans la gran­de aven­tu­re. Thi­baut, au prin­temps 1249, débar­quait en Égyp­te, le roi Louis ayant choi­si ce pays pour y lan­cer ses pre­miers assauts.

Saint Louis - DamietteIl y eut d’abord un grand suc­cès, puis­que les Croi­sés, pres­que sans coup férir, purent s’emparer de Damiet­te.

Ah ! que Thi­baut trou­vait donc alors la Croi­sa­de, en même temps que la plus sain­te cho­se, assu­ré­ment, la plus agréa­ble aus­si qui se pût conce­voir en ce mon­de ! On bour­lin­guait sur des flots magni­fi­ques, on décou­vrait des pays d’or et d’azur, d’où les enne­mis s’enfuyaient, aban­don­nant d’inestimables tré­sors entre les mains de leurs vain­queurs.

Tous étaient très bons pour Thi­baut, depuis les plus grands chefs, tel le Séné­chal de Fran­ce, Mon­sei­gneur de Join­vil­le, jusqu’au der­nier des sol­dats. Tous Conti­nuer la lec­tu­re La Vier­ge sar­ra­si­ne

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