Catégorie : Les fêtes civiles

Mardi-​gras

Vous nous ferez goû­ter de vos crê­pes, Mada­me Michou ?

— Oui, oui, Mada­me Fol­len­fant… Venez ce soir à 8 heu­res. »

Mada­me Mic­tion, depuis huit jours, ne par­le plus que de ses crê­pes. Il n’y en a pas com­me elle pour les fai­re, paraît-​il… blon­des, fines, par­fu­mées. La recet­te n’en est pas extra­or­di­nai­re, puis­que, sur ses ins­truc­tions, c’est Jacot­te, sa peti­te fille, qui délaye la fari­ne. Mais le tour de main… parlez-​moi de ce tour de main-​là… Mada­me Michou vous attra­pe la queue de la poê­le, fait cou­ler la pâte com­me du lait, et hop ! avant qu’on ait le temps d’ouvrir la bou­che, voi­là la crê­pe en l’air, puis à nou­veau dans la poê­le, dorée, onc­tueu­se, légè­re com­me une den­tel­le…

Les crêpes du mardi gras ou de la Chandeleur

* * *

Aus­si, cha­que Mardi-​Gras et cha­que diman­che de Mi-​Carême sont pour Mada­me Michou ce que, tou­tes pro­por­tions gar­dées, fut Aus­ter­litz pour le grand empe­reur Napo­léon…

Conti­nuer la lec­tu­re Les crê­pes de mada­me Michou

Et maintenant une histoire II Jourdan, Juliette Les fêtes civiles

Jour de l’An

De leur local de la rue de Gre­nel­le, les fillet­tes sor­tent en cou­rant. Les visa­ges sont radieux et les lan­gues mar­chent bon train.

« Moi, je vou­drais une bel­le pou­pée.

— Moi, j’espère avoir un ber­ceau.

— Et nous, nous irons à Meu­don réveillon­ner ! »

Récit pour les mômes de la catéchèseC’est demain le jour de l’an. En ce soir de la Saint-​Sylvestre, tous les yeux rient de plai­sir.

La peti­te Agnès ne dit rien. Elle sait déjà, la pau­vret­te, bien qu’elle n’ait pas enco­re sept ans, que tout cela n’est pas pour elle.

Len­te­ment, elle tra­ver­se la cour et aper­çoit sur le trot­toir son grand-​oncle qui l’attend en sou­riant.

Agnès sou­rit gen­ti­ment et son regard s’illumine ; mais, dans sa peti­te tête, elle son­ge :

« Ce que je vou­drais, moi, c’est avoir une maman. »

Mais Agnès décou­vre au coin de la rue la bicy­clet­te et la remor­que de l’oncle Toi­re. Elle recon­naît l’inscription jau­ne : « Gré­goi­re, com­mis­sion­nai­re, rue Malar »

« Oh ! tu me ramè­nes, oncle Toi­re ? Je peux mon­ter dans la remor­que pour ren­trer ?

— je vais t’offrir bien mieux, peti­te. Nous allons fai­re une gran­de pro­me­na­de dans Paris. J’avais tant de cour­ses à fai­re pour les fêtes, qu’elles ne sont pas enco­re ter­mi­nées. Il me faut por­ter ces six bou­teilles de cham­pa­gne ave­nue Victor-​Hugo. Je ne veux pas que tu ren­tres seule, car ce soir, c’est le der­nier jour de l’année ; je t’emmène, mon agneau. »

Le pau­vre vieux Gré­goi­re pei­ne à tirer le lourd char­ge­ment ; pour sûr, il lui fau­dra mon­ter l’avenue Mar­ceau à pied. Une fillet­te et une remor­que, c’est là tout l’héritage que le vieux Gré­goi­re reçut de son neveu, mort voi­là bien­tôt cinq ans, quel­ques mois après sa fem­me.

Et tout le long du jour, l’oncle Gré­goi­re péda­le pour gagner la vie de sa peti­te niè­ce. Jadis, lorsqu’il était seul, sa pen­sion lui suf­fi­sait, mais à deux, avec la vie chè­re, il faut tra­vailler…

Arri­vé presqu’à la Sei­ne, près du pont de l’Alma, le cafe­tier du coin fait un signe d’appel.

« Eh ! Père Gré­goi­re, pas­sez voir ici deux minu­tes, j’ai un petit tra­vail à vous deman­der. »

L’oncle Toi­re s’arrête, se retour­ne.

« Attends-​moi, mignon­ne. Tiens, il pleut… Je vais… Mais, on dirait que tu t’endors…

— Oh ! je suis si bien, oncle Toi­re.

— Ne bou­ge pas, je te cou­vre avec la bâche. Je reviens tout de sui­te. »

La minu­te dure… un quart d’heure ; et lors­que l’oncle sort de chez son client, plus de remor­que, plus de bicy­clet­te.

Gré­goi­re pous­se un cri d’effroi.

« Agnès, Agnès, on m’a Conti­nuer la lec­tu­re Au soir de la Saint-​​Sylvestre

Didelet, A.-M. Et maintenant une histoire II Les fêtes civiles

Jour de l’An

« M’dame Michu !

— Quoi ?

— Je vous la sou­hai­te bon­ne et heu­reu­se ! »

Bonne et sainte année 2013 ! histoire d'un jeune garçonLa concier­ge se retour­ne, bour­rue com­me tou­jours, et se trou­ve en face de Jean Lar­cher, dou­ze ans, la taille bien pri­se dans son swea­ter de lai­ne blan­che, l’œil légè­re­ment coquin sous la che­ve­lu­re embrous­saillée, et qui la regar­de en sou­riant.

« Bon­ne et heu­reu­se… bon­ne et heu­reu­se… C’est vite dit.

— Dame, vous savez, M’dame Michu, c’est tout ce que je peux vous offrir com­me étren­nes moi… J’ai pas d’sous.

— Je ne t’en deman­de pas non plus… Seule­ment, tu me dis que tu me sou­hai­tes une bon­ne et heu­reu­se année… alors, ça me fait pitié, quoi ! »
Conti­nuer la lec­tu­re Les étren­nes de la concier­ge.

Et maintenant une histoire II Les fêtes civiles Rougemont, Pierre

Fêtes des mères

Un beau jour, cela cas­sa… Sim­ple­ment, la maî­tres­se du logis ne se leva pas ce matin-​là. Les enfants, enco­re dans un demi-​sommeil, n’entendirent pas, com­me d’habitude, les volets de la sal­le com­mu­ne cla­quer contre la muraille, le feu ne ron­fla pas dans l’âtre, la cor­de du puits ne grin­ça pas. Per­son­ne n’ouvrit la por­te du pou­lailler où la volaille piaillait et caque­tait. Et la peti­te Éli­se res­ta à pleu­rer inter­mi­na­ble­ment dans ses lan­ges humi­des.

Ce fut le père qui don­na l’alarme ; il vint frap­per à la por­te des enfants en criant rude­ment : « La mère est mala­de. Levez-​vous. » Et un grand malai­se, une gran­de angois­se, une gran­de désor­ga­ni­sa­tion tom­bè­rent sur la mai­son.

* * *

Histoire pour la Fête des mères - La maman est malade Le méde­cin vint ; il en vint même deux. Matin et soir, on alla au bourg pour fai­re fai­re des ordon­nan­ces, ache­ter des remè­des. Per­son­ne ne pou­vait dire le mal qui minait la maî­tres­se. Pour­tant, quelqu’un le savait : c’était l’innocent.

Tho­mas, l’innocent, avait été recueilli tout petit par la maî­tres­se. Elle l’avait recueilli par­ce que per­son­ne n’en vou­lait. Elle lui avait don­né une pla­ce au foyer, en défen­dant qu’on lui fit des misè­res car, disait-​elle, les souf­frants por­tent Dieu. Et elle pré­ten­dait que s’il n’en savait pas tant que les autres, il avait cepen­dant le secret des cho­ses mys­té­rieu­ses que les autres ne connaî­traient jamais.

Peut-​être que c’était vrai. En tout cas, pen­dant que les méde­cins dis­cu­taient, écri­vaient, cher­chaient et pres­cri­vaient, il bran­lait tris­te­ment la tête et répé­tait :

« Je sais ben, moué, je sais ben qui c’est qui l’a ren­due mala­de… »

Gas­pard, l’aîné des enfants, et José, la secon­de, et Lucas, et Mathieu et même Mariet­te qui n’avait que six ans, le pri­rent à par­ti :

« Eh ! bien, dis-​le, Tho­mas, si tu le sais ; dis-​le nous qui lui a fait son mal à Conti­nuer la lec­tu­re Les petits ges­tes de cha­que jour

Et maintenant une histoire II Lauriot-Prévost, Suzanne Les fêtes civiles

Premier Mai

 

Il fai­sait un temps affreux, ce soir-​là, dans la val­lée d’Alpenrose. Dès la nuit venue, le vent était tom­bé des mon­ta­gnes envi­ron­nan­tes, s’abattant avec des rafa­les de pluie et de grê­le sur les bâti­ments du cou­vent.

Par bon­heur, ceux-​ci étaient soli­des, bâtis de bon gra­nit de la mon­ta­gne ; ils avaient vu bien d’autres tem­pê­tes mais les hur­le­ments du vent dans les cou­loirs, les sif­fle­ments dans les che­mi­nées, le fra­cas d’une ardoi­se ou d’une bran­che qui s’écrasait, étaient vrai­ment impres­sion­nants.

Récit du muguet du 1er maiEt l’on pen­sait au voya­geur per­du dans la mon­ta­gne, au ber­ger attar­dé, au pau­vre sans logis.

« Que Dieu les condui­se jusqu’à la por­te du cou­vent, mur­mu­ra le bon frè­re hôte­lier qui, un impo­sant trous­seau de clés à la main, reve­nait de la tour­née qu’il fai­sait cha­que soir dans le monas­tè­re. Que Dieu les condui­se ici : ils trou­ve­ront cha­leur, bon gîte et récon­fort. »

« Quel temps ! quel temps ! dit-​il enco­re, est-​ce un temps de mars ? L’hiver ne veut point lais­ser la pla­ce… »

Et il s’attrista en pen­sant à son jar­din — car frè­re Bona­ven­tu­re était jar­di­nier en même temps qu’hôtelier du cou­vent. La semai­ne pas­sée, encou­ra­gé par un rayon prin­ta­nier, il avait sor­ti de leur abri d’hiver des fleurs, des plants que cet­te tem­pê­te était en train d’anéantir. Quel mal­heur ! Quel mal­heur ! Il en avait beau­coup de pei­ne car, grâ­ce à ses soins et à ses capa­ci­tés, les jar­dins du monas­tè­re étaient magni­fi­ques ; on venait de loin pour les admi­rer…

* * *

Sou­dain, un vio­lent coup de clo­che à la por­te­rie le fit sur­sau­ter, l’arrachant à ses regrets.

« Quoi ? Serait-​ce un voya­geur ? »

Il se Conti­nuer la lec­tu­re Muguet joli, muguet de Mai

Alençon, M. d’ Et maintenant une histoire II Les fêtes civiles