Catégorie : Les fêtes civiles

Auteur : Jourdan, Juliette | Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Les fêtes civiles .

Mardi-​gras

Vous nous ferez goû­ter de vos crêpes, Madame Michou ?

— Oui, oui, Madame Fol­len­fant… Venez ce soir à 8 heures. »

Madame Mic­tion, depuis huit jours, ne parle plus que de ses crêpes. Il n’y en a pas comme elle pour les faire, paraît-​il… blondes, fines, par­fu­mées. La recette n’en est pas extra­or­di­naire, puisque, sur ses ins­truc­tions, c’est Jacotte, sa petite fille, qui délaye la farine. Mais le tour de main… parlez-​moi de ce tour de main-​là… Madame Michou vous attrape la queue de la poêle, fait cou­ler la pâte comme du lait, et hop ! avant qu’on ait le temps d’ouvrir la bouche, voi­là la crêpe en l’air, puis à nou­veau dans la poêle, dorée, onc­tueuse, légère comme une den­telle…

Les crêpes du mardi gras ou de la Chandeleur

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Aus­si, chaque Mardi-​Gras et chaque dimanche de Mi-​Carême sont pour Madame Michou ce que, toutes pro­por­tions gar­dées, fut Aus­ter­litz pour le grand empe­reur Napo­léon…

Auteur : Didelet, A.-M. | Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Les fêtes civiles .

Jour de l’An

De leur local de la rue de Gre­nelle, les fillettes sortent en cou­rant. Les visages sont radieux et les langues marchent bon train.

« Moi, je vou­drais une belle pou­pée.

— Moi, j’espère avoir un ber­ceau.

— Et nous, nous irons à Meu­don réveillon­ner ! »

Récit pour les mômes de la catéchèseC’est demain le jour de l’an. En ce soir de la Saint-​Sylvestre, tous les yeux rient de plai­sir.

La petite Agnès ne dit rien. Elle sait déjà, la pau­vrette, bien qu’elle n’ait pas encore sept ans, que tout cela n’est pas pour elle.

Len­te­ment, elle tra­verse la cour et aper­çoit sur le trot­toir son grand-​oncle qui l’attend en sou­riant.

Agnès sou­rit gen­ti­ment et son regard s’illumine ; mais, dans sa petite tête, elle songe :

« Ce que je vou­drais, moi, c’est avoir une maman. »

Mais Agnès découvre au coin de la rue la bicy­clette et la remorque de l’oncle Toire. Elle recon­naît l’inscription jaune : « Gré­goire, com­mis­sion­naire, rue Malar »

« Oh ! tu me ramènes, oncle Toire ? Je peux mon­ter dans la remorque pour ren­trer ?

— je vais t’offrir bien mieux, petite. Nous allons faire une grande pro­me­nade dans Paris. J’avais tant de courses à faire pour les fêtes, qu’elles ne sont pas encore ter­mi­nées. Il me faut por­ter ces six bou­teilles de cham­pagne ave­nue Victor-​Hugo. Je ne veux pas que tu rentres seule, car ce soir, c’est le der­nier jour de l’année ; je t’emmène, mon agneau. »

Le pauvre vieux Gré­goire peine à tirer le lourd char­ge­ment ; pour sûr, il lui fau­dra mon­ter l’avenue Mar­ceau à pied. Une fillette et une remorque, c’est là tout l’héritage que le vieux Gré­goire reçut de son neveu, mort voi­là bien­tôt cinq ans, quelques mois après sa femme.

Et tout le long du jour, l’oncle Gré­goire pédale pour gagner la vie de sa petite nièce. Jadis, lorsqu’il était seul, sa pen­sion lui suf­fi­sait, mais à deux, avec la vie chère, il faut tra­vailler…

Arri­vé presqu’à la Seine, près du pont de l’Alma, le cafe­tier du coin fait un signe d’appel.

« Eh ! Père Gré­goire, pas­sez voir ici deux minutes, j’ai un petit tra­vail à vous deman­der. »

L’oncle Toire s’arrête, se retourne.

« Attends-​moi, mignonne. Tiens, il pleut… Je vais… Mais, on dirait que tu t’endors…

— Oh ! je suis si bien, oncle Toire.

— Ne bouge pas, je te couvre avec la bâche. Je reviens tout de suite. »

La minute dure… un quart d’heure ; et lorsque l’oncle sort de chez son client, plus de remorque, plus de bicy­clette.

Gré­goire pousse un cri d’effroi.

« Agnès, Agnès, on m’a

Auteur : Rougemont, Pierre | Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Les fêtes civiles .

Jour de l'An

« M'dame Michu !

— Quoi ?

— Je vous la souhaite bonne et heureuse ! »

Bonne et sainte année 2013 ! histoire d'un jeune garçonLa concierge se retourne, bourrue comme toujours, et se trouve en face de Jean Larcher, douze ans, la taille bien prise dans son sweater de laine blanche, l’œil légèrement coquin sous la chevelure embroussaillée, et qui la regarde en souriant.

« Bonne et heureuse... bonne et heureuse... C'est vite dit.

— Dame, vous savez, M'dame Michu, c'est tout ce que je peux vous offrir comme étrennes moi... J'ai pas d'sous.

— Je ne t'en demande pas non plus... Seulement, tu me dis que tu me souhaites une bonne et heureuse année... alors, ça me fait pitié, quoi ! »

Auteur : Lauriot-Prévost, Suzanne | Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Les fêtes civiles .

Fêtes des mères

Un beau jour, cela cas­sa… Sim­ple­ment, la maî­tresse du logis ne se leva pas ce matin-​là. Les enfants, encore dans un demi-​sommeil, n’entendirent pas, comme d’habitude, les volets de la salle com­mune cla­quer contre la muraille, le feu ne ron­fla pas dans l’âtre, la corde du puits ne grin­ça pas. Per­sonne n’ouvrit la porte du pou­lailler où la volaille piaillait et caque­tait. Et la petite Élise res­ta à pleu­rer inter­mi­na­ble­ment dans ses langes humides.

Ce fut le père qui don­na l’alarme ; il vint frap­per à la porte des enfants en criant rude­ment : « La mère est malade. Levez-​vous. » Et un grand malaise, une grande angoisse, une grande désor­ga­ni­sa­tion tom­bèrent sur la mai­son.

* * *

Histoire pour la Fête des mères - La maman est malade Le méde­cin vint ; il en vint même deux. Matin et soir, on alla au bourg pour faire faire des ordon­nances, ache­ter des remèdes. Per­sonne ne pou­vait dire le mal qui minait la maî­tresse. Pour­tant, quelqu’un le savait : c’était l’innocent.

Tho­mas, l’innocent, avait été recueilli tout petit par la maî­tresse. Elle l’avait recueilli parce que per­sonne n’en vou­lait. Elle lui avait don­né une place au foyer, en défen­dant qu’on lui fit des misères car, disait-​elle, les souf­frants portent Dieu. Et elle pré­ten­dait que s’il n’en savait pas tant que les autres, il avait cepen­dant le secret des choses mys­té­rieuses que les autres ne connaî­traient jamais.

Peut-​être que c’était vrai. En tout cas, pen­dant que les méde­cins dis­cu­taient, écri­vaient, cher­chaient et pres­cri­vaient, il bran­lait tris­te­ment la tête et répé­tait :

« Je sais ben, moué, je sais ben qui c’est qui l’a ren­due malade… »

Gas­pard, l’aîné des enfants, et José, la seconde, et Lucas, et Mathieu et même Mariette qui n’avait que six ans, le prirent à par­ti :

« Eh ! bien, dis-​le, Tho­mas, si tu le sais ; dis-​le nous qui lui a fait son mal à

Auteur : Alençon, M. d’ | Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Les fêtes civiles .

Premier Mai

 

Il fai­sait un temps affreux, ce soir-​là, dans la val­lée d’Alpenrose. Dès la nuit venue, le vent était tom­bé des mon­tagnes envi­ron­nantes, s’abattant avec des rafales de pluie et de grêle sur les bâti­ments du couvent.

Par bon­heur, ceux-​ci étaient solides, bâtis de bon gra­nit de la mon­tagne ; ils avaient vu bien d’autres tem­pêtes mais les hur­le­ments du vent dans les cou­loirs, les sif­fle­ments dans les che­mi­nées, le fra­cas d’une ardoise ou d’une branche qui s’écrasait, étaient vrai­ment impres­sion­nants.

Récit du muguet du 1er maiEt l’on pen­sait au voya­geur per­du dans la mon­tagne, au ber­ger attar­dé, au pauvre sans logis.

« Que Dieu les conduise jusqu’à la porte du couvent, mur­mu­ra le bon frère hôte­lier qui, un impo­sant trous­seau de clés à la main, reve­nait de la tour­née qu’il fai­sait chaque soir dans le monas­tère. Que Dieu les conduise ici : ils trou­ve­ront cha­leur, bon gîte et récon­fort. »

« Quel temps ! quel temps ! dit-​il encore, est-​ce un temps de mars ? L’hiver ne veut point lais­ser la place… »

Et il s’attrista en pen­sant à son jar­din — car frère Bona­ven­ture était jar­di­nier en même temps qu’hôtelier du couvent. La semaine pas­sée, encou­ra­gé par un rayon prin­ta­nier, il avait sor­ti de leur abri d’hiver des fleurs, des plants que cette tem­pête était en train d’anéantir. Quel mal­heur ! Quel mal­heur ! Il en avait beau­coup de peine car, grâce à ses soins et à ses capa­ci­tés, les jar­dins du monas­tère étaient magni­fiques ; on venait de loin pour les admi­rer…

* * *

Sou­dain, un violent coup de cloche à la por­te­rie le fit sur­sau­ter, l’arrachant à ses regrets.

« Quoi ? Serait-​ce un voya­geur ? »

Il se